‹ La TurquieChapitre 2 sur 86 · Moldo-Valachie · texte numérisé non relu

Moldo-Valachie

Servie 1000000

Monténégro 200000

Egypte et Tunis 3 200000

INTRODUCTION. VII

compter que pour une fraction de nation. En effet, nulle part en Europe il n'existe un empire composé d'éléments aussi divers, aussi hétérogènes que Tempire turc. Ce n'est pas une nation , c'est un composé de nations. Sur une population totale de 35 millions d'habitants, la race conquérante figure au plus pour un tiers ; le reste est mélangé de Grecs, d'Arméniens, de Juifs, de Roumains, de Slaves, d'Albanais, d'Arabes, etc., ayant tous leur physionomie, leur individualité propres. Toutes les races, toutes les religions, tous les idiomes de l'ancien monde, continuent à subsister côte à côte sur les vastes et pacifiques domaines du sultan. Ici, ce sont les Abyssins et les Tchinganés ( Bohémiens), païens pour la plupart ; là, les Chaldéens, qui pro* fessent l'hérésie de Nestorius ; les Ghemsiyés, adorateurs du soleil ; les Yézidis, dont la croyance est le manichéisme modifié par la doctrine de Zoroastre; plus loin, les sectes impies des Ali-Ilahis et des Ismaïliens; les Wahabis, les protestants de l'islamisme; ailleurs encore, les Kurdes, descendants des anciens Parthes, et qui ont retenu avec leur langue leur manière de combattre, et les tribus nomades des Turkomans, débris des hordes conquérantes des Seldjoukides. Cette variété, ce contraste perpétuel de physionomie, de langage, de costume, de mœurs, de religion, au sein des populations de l'empire ottoman, est ce qui frappe le plus le voyageur, soit qu'il traverse les plaines de l'Asie Mineure, soit qu'il s'enfonce dans l'intérieur de la Turquie d'Europe, ou qu'il parcoure les montagnes et les déserts de la Syrie.

Les Ottomans ou Osmanlis figurent dans ce dénombrement pour 42 pu 43 millions, dont 2 millions seulement dans la Turquie d'Europe. Le reste de la population se compose de Grecs (2 millions), d'Arnautes ou Albanais (4 500 000), d'Arméniens (2 400 000) , de Slaves (6 200 000),

vm LNTRODUCTION.

de Roumains ou Moldo-Valaques (4 millions), d*Arabes (4 700 000), de Kurdes (1 million), etc.

Considérée sous le rapport religieux, cette même population donne :

Musulmans 21 000 000

Grecs orthodoxes et Arméniens. 4 3 000 000

Latins 900 000

Israélites 4 50 000

En dehors des trois grandes communions , mahométane, chrétienne et juive , il existe dans l'empire ottoman diverses sectes ou peuplades idolâtres, telles que les Tchinganés, les Chemsiyés , les Yézidis , les Lazes , qui , de même que les Druzes , passent pour professer indistinctement le christianisme et rislamisme. Le nombre total de ces sectaires en Turquie est évalué à 300 000.

Sous le rapport politique et civil , la population des États immédiats du Grand-Seigneur comprend trois catégories parfaitement distinctes :

4^ Les sujets musulmans, qui jouissent de la plénitude des droits civils et politiques ;

2* Les sujets non musulmans ou raïas, assimilés aux premiers sous le rapport civil seulement , et dont le nombre , pris en ma?se, n'atteint pas 40 millions ;

3® Les Francs , c'est-à-dire les Européens domicihés en Turquie, dont l'état et les conditions d'existence sont réglés par les capitulations.

Les raïas forment cinq groupes ou nations distinctes, appelées, en style officiel, witl/ei» /r/tamsè , les cinq communautés : la communauté grecque , la communauté arménienne, la communauté arménienne-unie^ la communauté israélite et la communauté latine ou catholique.

Chaque communauté est régie , sous la surveillance de la

INTRODUCTION. IX

Porte, par un patriarche qui joint quelquefois, mais non pas nécessairement , Tautorité religieuse à l'autorité civile. Le patriarche est élu par ses coreligionnaires et confirmé par la Porte, qui lui délivre un berat ou diplôme d'investiture. Les Juifs de Turquie ont à leur tête un grand rabbin, dont les attributions et les prérogatives sont les mêmes que celles des patriarches des nations chrétiennes.

La communauté grecque (roum milleti), composée de tous les sujets ottomans du rite orthodoxe , se partage en deux races ou nationalités distinctes : les Grecs ou Romàtques , pour me servir du mot par lequel ils se désignent eux-mêmes, et les Slaves , formés de Serbes, de Bulgares, de Bosniaques , etc. Il importe de ne point perdre de vue celte distinction , si Ton veut éviter une méprise très-fréquente en Orient , où la religion et la nationalité sont sans cesse prises Tune pour l'autre , où môme la religion prend la place de la nationalité. Le nom de Grecs ne s'applique pas exclusivement en Turquie aux populations d'origine hellénique ; il sert à désigner indistinctement tous ceux des sujets chrétiens de la Porte , à quelque race qu'ils appartiennent, qui reconnaissent la juridiction civile et religieuse du patriarche de Constantinople.

La race grecque (2 millions) est répandue par tout l'empire , mais d'une manière inégale. Dans la Turquie d'Europe» elle forme environ le onzième de la population totale ; dans l'Asie Mineure et la Syrie, elle atteint à peine à un vingt-cinquième ; dans les îles de l'archipel ottoman , à Mételin , à Chio , à Rhodes , à Candie , elle peut être évaluée, en moyenne, aux trois quarts.

Parmi les peuples de race slave qui sont les sujets immé* diats de la Porte , on distingue en premier lieu les Bulgares, dont le nombre est évalué à 3 millions, disséminés sur toute l'étendue de la Turquie d'Europe. Puis viennent les Serbes

X INTRODUCTION

de la Bulgarie, de la Bosnie et de THerzégovine (4 400000), du Monténégro (^00 000); enfin, les Vlaques ou Zinzares, d*origine latine, de même que les Moldo-Valaques (300000) ; ce quiy joint aux 2 millions de Grecs, forme un total de 6 600000 individus. Or, si Ton retranche de ce total environ 400000 catholiques (Grecs, Bulgares, Bosniaques, etc.}, les 6200000 restant représenteront, d'une manière assez exacte, Teffectif de la communauté grecque.

Les Arméniens passèrent en même temps que les Grecs sous la domination ottomane (4453) et subirent les mêmes conditions. Joachim^ archevêque arménien de Brusa (Brousse) , fut appelé à Constantinople par le Conquérant, qui lui donna l'investiture civile et l'installa avec le même cérémonial qui avait été suivi pour le patriarche des orthodoxes, Grennadius. Depuis cette époque jusqu'en 4830, les Arméniens formèrent une seule communauté, paisiblement occupée de banque et de négoce, et vivant en paix avec les Turcs. En 4828 , une violente persécution ayant été suscitée contre les Arméniens catholiques, qui, depuis le xvii« siècle , formaient une très-petite minorité dans la nation, la séparation fut demandée à la Porte, qui l'accorda deux années après et reconnut le patriarche des Arméniens unis au même titre que le patriarche schismatique. Néanmoins les premiers continuèrent à rester peu nombreux, et, encore aujourd'hui, ils présentent à peine 38 000 âmes sur un total de 2 400 000.

Les Arméniens habitent principalement dans la Turquie d'Asie , du côté de la Perse et de la Russie , contrées où ils comptent un grand nombre de leurs coreligionnaires. Les Arméniens unis sont répartis dans huit diocèses , outre le siège primatial de Constantinople : Brousse, Angora, Trébisonde, Erzeroum, Artin, Alep, Merdin et Amasia-Tokat. Ces trois derniers sont sous la juridiction ecclésiastique du

INTRODUCTION. XI

patriarche de Cilicie , qui réside à Bezoummar , dans le mont Liban, depuis 4744.

Les Juifis de Turquie (iehoudi milleti), au nombre d'environ 4S0 0OO, sont la plupart originaires de TEspagne et du Portugal, d'où ils émigrèrent pendant le cours du xv* siècle, à la suite des persécutions. On les trouve, en plus ou moins grand nombre, dans toutes les Échelles , et principalement à Constantinople, à Salonique et à Smyme.

Les Latins, composés des Latins proprement dits, c*est-àdire des catholiques suivant la liturgie romaine , au nombre d'un demi-million à peu près, d^ Grecs unis et des Melkitep, des Syriens et des Chaldéens unis, des Maronites, forment une communauté d'environ 735 à 750 000 individus, régis spirituellement parleurs patriarches et leurs évoques respectifs et placés sous l'autorité civile dun délégué (vekil) de la Porte , assisté d'un conseil de notables élus par la nation.

Les Francs, c'est-à-dire les Européens domiciliés en Turquie et placés sous la juridiction exclusive de leurs ambassades, sans être soumis aux lois et aux tribunaux du pays , forment , comme il a été dit plus haut , une nouvelle catégorie d'habitants tout à fait, distincte des sujets musulmans ou non musulmans de la Porte. Leur nombre est assez difficile à évaluer; néanmoins il ne paraît pas dépasser 450 ou !200 000, dont la presque totalité réside dans les Échelles, notamment à Constantinople, Smyrne, Salonique, Trébisonde, Beyrout, Alep, etc.

L'acte de Gulkhanè n'était , k proprement parler, qu'une déclaration de principes, les uns renouvelés des premiers siècles de l'islamisme, les autres empruntés aux systèmes

Xïl INTRODUCTION.

politiques des États de TOccident. Il restait à tirer les conséquences de ces principes, c'est-à-dire à promulguer les lois qui devaient ouvrir à la Turquie une nouvelle voie et la régénérer en la transformant. De cet ensemble de lois nouvelles et de réformes est résultée Torganisation actuelle de la Turquie, qui a reçu le nom de tanzimat, mot arabe qui signifie « ordre, organisation. » On y ajoute quelquefois l'épi thète de kkaïriè, « heureuse. »

Le tanzimat n'a fait que pourvoir aux nécessités les plus urgentes ; il laisse donc subsister dans son ensemble bien des lacunes que le gouvernement s'efforce peu à peu de combler ; de plus il rencontre çâ et là dans l'application, et par suite de causes indiquées plus haut, des résistances souvent difficiles à surmonter. On ne saurait donc le considérer comme une œuvre définitive , mais comme le commencement d'un système de réformes qui tend sans cesse à s'améliorer et à s'étendre.

Le tanzimat , dans son état actuel , se divise en quatre grandes branches :

4 ° Le gouvernement ;

2*" L'administration et les finances ;

3** La justice et l'instruction publique ;

4» L'armée et la marine.

QoaYernemenl.

Le gouvernement de la Turquie est une monarchie absolue dans la forme, mais tempérée dans son principe, d'abord par les institutions et par les conditions mêmes de la souveraineté, ensuite par les mœurs qui, là plus que partout ailleurs, modifient et limitent même jusqu'à un certain point l'action du pouvoir.

Le souverain prend le titre d'empereur {padichah) des Ot-

INTRODUCTION. XIII

tomans. Le titre de sultan, qu'il joint également à son nom, a une signification moins relevée et correspond au mot prince, pris dans toutes les acceptions qui indiquent une existence souveraine plus ou moins rapprochée du trône, une origine impériale ou royale. C*est pourquoi il sert à désigner les enfants aussi bien que les frères et les sœurs du padichah, avec la différence que, pour les mâles, le titre est mis avant le nom : sultan Mahmoud , sultan Sélim ; tandis que , pour les femmes , il vient après : Esma sultan, Validé sultan (la sultane mère). ,

Grand-Seigneur est une qualification que les Italiens ont mise en vogue au moyen âge {gran signore) et qui est tout à fait hors d'usage parmi les Orientaux.

Le sultan est le représentant et le dépositaire de la loi ; seul chargé de son exécution , il peut même la modifier dans certaines parties , pourvu qu'il n'en altère pas le caractère essentiel, fondamental. Ses ordonnances sont appe* lées khatti-^hérif (l'écriture illustre) ou khatti-humaioun (récriture auguste), ou simplement fcAa< (l'écriture par excellence).

Le sultan exerce sa double autorité législative et executive par l'intermédiaire de deux personnages éminents, qui sont comme la clef de voûte de l'édifice gouvernemental en Turquie : l'un est le sadr^-azam ou grand vizir; l'autre est le mufti ou cheikh-^l-islam.

Vizir signifie proprement portefaix, pour indiquer que celui qui est revêtu de cette charge porte seul le poids des affaires publiques. Le grand vizir est le lieutenant général et le représentant du sultan, dont il garde les sceaux. De là vient^que, suivant une ancienne étiquette â laquelle il a été dérogé pour la première fois lors de l'arrivée du prince Napoléon à Constantinople , il ne fait aucune visite et n'accepte aucune invitation. Il préside le conseil privé ; rien n'est pré-

XIV INTRODUCTION

sente à la sanction du sultan que par son canal ; rien n'est décidé fyropriomotu qui ne passe par son intermédiaire pour être exécuté.

Les pouvoirs du grand Tizir lui sont conférés en vertu ti*un khatti-chérif que le sultan lui adresse lorsqu'il l'élève au vizirat. Ses ordonnances portent le nom de firmans ou fermanSj mot persan qui signifie c ordre, commandement. » il a sa résidence officielle à la Porte ou Sublime-Porte (en turc Paofui Capouoi, la Porte du Pacha), nom sous lequel on désigne ordinairement le gouvernement ottoman.

Le cheikl>-ul-îslam ou mufti représente le sultan dans l'ordre religieux et dans l'administration de la justice. Son attribution propre est l'interprétation de la loi , attribution considérable là où la loi est tont. Les actes émanés de sa prérogative portent le nom de fetvàs. Le fètva n'est point, à proprement parler, une ordonnance , mais une formule destinée à légaliser les actes de l'autorité souveraine , par la déclaration qu'ils ne renferment aucune disposition contraire au texte du Coran.

Le cheikh-uUislam occupe le môme rang dans la hiérarchie que. le grand vizir, et reçoit comme lui, avec le titre d'Altesse, un traitement fixe de ^ 00 000 piastres (23 000 francs) par mois.

Le grand vizir et le cheikh-ul-islam forment , avec les ministres d'État et quelques hauts dignitaires ayant rang de ministres, le divan ou conseil privé.

Le divan est composé ordinairement comme il suit*.

Le grand vizir , président ;

Le cheikh-ul-islam ;

Le séraskier, ministre de la guerre ;

Le capitan^pacha , ministre de la marine ;

Le président du conseil d'État ;

Le grand maître de l'artillerie, gouverneur général de toutes les forteresses ;

INTRODUCTION. XV

Le ministre des affaires étrangères (l*aiicien rets efênd£)\

Le ministre des finances ;

Le ministre du commerce et des travaux publics (4838);

L'intendant général de l'hôtel <}es Monnaies ;

L'intendant général des vacoufs * ;

Le conseiller [musiechaf) du grand vizir, remplissant les fonctions de ministre de l'intérieur , dévolues sous l'ancienne administration an kiaia bey;

Le ministre de la police (4846).

A chacun de ces départements , à l'exception des ministères des affaires étrangères et de l'intérieur, de l'intendance des Monnaies 4M) de celle des vacoufs , sont attachés des conseils permanents qui élaborent les questions et préparent les projets d'amélioration. Le premier et le plus important de ces conseils est le conseil d'État et de Justice , ou conseil suprême, institué en 4840 , et dont le président est de drqit membre du conseil privé.

Administration et flnanees.

Administration, — La Turquie est divisée, sous le rapport administratif, en 36 éyalets ou grands gouvernements, dont 45 en Europe , 48 en Asie et 3 en Afrique.

Ces gouvernements généraux sont subdivisés en 440 départements appelés livas ou sandjaks , non compris les subdivisions de l'Egypte et celles des autres provinces tributaires.

Les livas se partagent en cazas ou districts ; les cazas en nahiyès, formés de villages et de hameaux.

1. Les vacoufs ( vofef ) sont des biens consacrés aux mosquées ou à des fondations pieuses , et qui forment à peu près le tiers de la propriété territoriale en Turquie.

XVI INTRODUCTION

Voici , d'après la dernière édition de VAlmanach impérial {salnamè) , qui se publie chaque année à Constantinople en langue turque, la nomenclature officielle des gouvernements généraux avec leurs chefs-lieux :

Page 1