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constant, en Orient, de déposer ses babouches à l'entrée de la chambre, le préserve de toute souillure, et contribue beaucoup à la propreté des appartements.
La muraille et le plafond , en bois , comme tout le reste de l'édifice, sont recouverts de stuc ou décorés de peintures à fresque. Le dessinateur y ajoute quelcpiefois, comme ornements, des arabesques, des fleurs, des oiseaux; mais point de tableaux , de portraits surtout : les représentations de la ligure humaine sont interdites par le Coran. De doubles croisées, les unes au-dessus des autres, garnies de rideaux en cotonnade anglaise, de même que les housses du sofa et les portières, éclairent l'appartement.
Tel est l'aspect général d'un intérieur turc : tel était celui de la maison d'Osman aga. Elle était composée d'un grand nombre de pièces, toutes meublées avec cette simplicité. Son principal luxe était dans la beauté et l'étendue des communs, dans le nombre des chevaux, des équipages, des domestiques. Ce luxe faisait partie de son hospitolité.
n portait le vieux costume turc, aux plis amples et flottants, qui prête au corps tant de dignité et de noblesse : d'épaisses et chaudes fourrures cri hiver; l'été, des pelisses fines et légères. Un chiUe de Perse était roulé autour de sa tête en manière
de turban ; un autre lui servait de ceinture. Ses pieds étaient chaussés de bottines en maroquin jaune d*une souplesse extrême ; ces bottines étaient fourrées dans des babouches^ également en maroquin : ce sont ces babouches qui se déposent ordinairement à la porte de l'appartement avant d'entrer.
Ce fut chez Osman aga que je fis mon premier repas « à la turque. » Lorsque j'arrivai au yaU, il était un peu moins de « douze heures*. » C'était à l'époque des plus longs jours. Osman vint à ma rencontre jusqu'à ]a porte du sélamlik. Dans la pièce où il m'introduisit, je trouvai un vieillard , son beaupère, et deux autres efendis auxquels il dit quelques mots en manière de présentation. Un guéridon, recouvert d'un surtout en argent, était placé à l'angle du sofa. Mon hôte et ses compagnons s'accroupirent sur des coussins. Par égard pour uia qualité d'Européen , on avait mis à la place que je devais occuper un siège bas sans dossier, assez semblable à ces petits tabourets qu'on appelle, je crois, des x. Le guéridon n'avait pas plus de dixhuit pouces de diamètre. C'était un bien petit espace pour cinq convives; mais, vu l'exiguïté du
t . Papoutchet sorte de pantoufles sans quartier.
2. C'est-à-dire un peu avant le coucher du soleil, les Turcs ayant l'habitude de compter les heures de la journée d'un coucher de soleil à l'autre.
icrvice, il était plus que sutBsant. Un couteau à inanclie de nacre et un petit pot en porcelaine muni de son couvercle marquaient seuls la place de chaque convire. Point de couverts, ni d'assiettes, ni de verres à boire; des cuillers en buis, que l'on apporte au fur et à mesure , servent à prendre le riz, la crème et les autres mets liquides. Pour le reste, les doigts tiennent lieu de fom*chettes.
Cette absence des ustensiles les plus indispensables ne laissait pas que de m'inquiéter un peu; mais je me gardai de rien laisser voir de mon embarras : c'eût été un oubli de ma propre dignité autant qu'un manque d'égards envers mon hôte, et je m'assis tranquillement sur mon tabouret, me promettant d'avoir l'œil sur mes voisins , afin de faire comme eux.
A un signal donné par Osman aga en frappant ses mains l'une contre l'autre S un serviteur parut, et les plats, apportés un à un sur la table, commencèrent à défiler avec une rapidité et an pêle*mèle à dérouter toutes nos habitudes gastronomiques et à faire reculer d'horreur un Brillât-Savarin. Ce fut d'abord une succession de légumes, bames, laitue, tomates, aubergines, assaisonnés de différentes manières; puis du caviar, du