Mot corrompu, de ^^»»our,'chauffe-corps
OU deux grandes tapisseries pour y entretenir une chaleur douce et égale. Il est ordinairement dans l'angle du sofa; les femmes turques y passent les trois quarts de leur journée , assises alentour , les bouts de la couverture relevés sur leurs genoux. C'est, du reste, une charmante et commode invention que ces tandours, et l'usage en a passé des maisons turques aux maisons grecques , arméniennes, et môme à celles des Européens établis en Turquie.
Mais le passe- temps favori des dames turques, c'est le bain. Il est de prescription légale le vendredi de chaque semaine; les autres jours il devient une partie de plaisir à laquelle les harems se convient mutuellement. Il n'est pas de harem un peu au-dessus du commun qui ne possède une ou plusieurs salles de bain, décorées avec luxe. Les autres se rendent aux bains publics, où ils se font apporter la collation et restent quelquefois la demi-journée.
Lady Montagne raconte dans une de ses Lettres sa visite à l'un de ces bains; je ne puis mieux faire que de reproduire sa description, dont l'exactitude m'est attestée par ce que j'ai non pas vu, mais entendu raconter moi-môme sur les lieux :
« Le bain était déjà rempli de femmes. C'est un bâtiment de pierres en forme de dômes, du centre desquels descend la lumière, ce qui ne la rend pas moins belle. Il y a cinq dômes joints ensemble ; le
plus près de la porte est le plus petit et sert seulement d'antichambre : la portière ^ se lient à rentrée. La pièce qui vient ensuite est très-grande et pavée de marbre; tout autour .sont des sofas de marbre, disposés les uns au-dessus des autres. U y a là quatre fontaines d'eau iroide, coulant d'abord dans des bassins de marbre et s'épanchant ensuite sur le pavé en suivant de petites rigoles faites exprès qui conduisent l'eau dans la pièce voisine, laquelle est lin peu moins grande que l'autre. Les mêmes sofas de marbre s'y trouvent; mais la salle est tellement échauffée par des vapeurs de soufre venues des bains voisins, qu'il serait impossible d'y demeurer vêtue. Les deux autres dômes sont des bains chauds, et dans l'un des deux passe un con- .duit d'eau froide dont on tourne, quand on veut, le robinet pour tempérer la chaleur et obtenir le degré que l'on désire pour son bain.
« J'avais mon habit de voyageuse, c'est-à-dire de cavalière, et certainement je devais avoir l'air bien singulier. Néanmoins, pas une baigneuse ne témoigna un trop grand étonnement ou une curiosité déplacée, et je fus reçue avec toute la politesse possible. Je ne sache pas de cour en Europe où les dames se seraient montrées plus déUcatement
1. C'est l'intendante du bain, hamadji eadin. Placée au fond de l'antichambre, sur une espèce de siège élevé, elle étend à tout sa surveillance.
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obligeantes à Fégartf d'une étrangère. Je pwise qu'en tout il y avait lit deux cents femmes, et je ne Tis personne &ire de ces petites moues dédaigneuses, ou bien rire' et chuchoter ironiquement avec ces manières qui sont si fréquentes dans nos réunions, lorsqu'il se présente quelqu'un dont la mise n'est pas rigoureusement à la mode. Seulement elles répétaient ces mots en me regardant : guzely peh guzef, ce qui veut dire : charmante, en vérité, charmante.
« Les premiers sofes furent couverts de coussins et de riches tapis sur lesquels se placèrent les baigneuses ; sur les seconds sofas s'établirent leurs esclaves pour les coiffer. Il n'y a là aucune distinction de rang, et toutes les femmes étaient dans l'état de nature-, ou , si vous aimez mieux l'expression propre, elles étaient nues, parées seulement de lemrs beaux cheveux qui retombaient en tresses sur leurs épaules, et parmi lesquels étaient mêlées des perles et des rubans.
« .... A vous dire le vrai, j'avais la malice de désirer in petto que M. Gervas pût se glisser ici san& y paraître. Son talent gagnerait beaucoup à voir de si belles femmes dans ce simple appareil , avec des postures diverses, les unes causant, les autres^ travaillant*, celles-ci prenant du café ou du sor-
1 . Sans doute à de légers ouvrages de broderie , bien que ce genre même de travaux soit peu à l'usage des dames turques.
Quand elle fut revenue à elle, le santon ramena eu présence du cadi, suivie du jeune homme et de plusieurs témoins. Aloi's le santon s'adressanl au juge : « Seigneur, lui dit-il, je vous prie qu'il vous plaise d'ordonner que cette femme retourne à son premier mari , car elle a rempli toutes les condi- , tions prescrites par la loi ; elle a été séparée de son époiix, et est demeurée dans les bras d'un autre qui l'a répudiée. Cet autre est le fleuve El-Acy, qui, après l'avoir possédée devant témoins, l'a chassée de son lit et l'a délaissée sur ses bords. » Le juge, dit-on, fut persuadé par cet ingénieux artifice, et l'amoureux marchand rentra en possession du bien qu'il avait perdu.
La vie des femmes dans l'intérieur du harem leur crée moins d'occupations qu'elle ne leur laisse de loisirs. Comment remplir le vide de la journée? Point de lectures, et pour cause; peu ou point de musique ni de travaux à l'aiguille. Se parer, se baigner, jouer à des jeux de pensionnaires, tels que l'escarpolette, colin -maillard, passer d'une chambre dans l'autre, recevoir des visites autoui' du tandour, telle est l'éternelle monotonie de leurs passe-temps.
Le tandour^ est une espèce de table carrée, sous laquelle on place un mangal, et qu'on recouvre d'une