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Corps de garde

PËRA. 4i3

ordinaire et d'un service lurcs, c'est autre chose ; on trouvera, chez le premier rôtisseur de Stamboul, une brochette de kébab , une tétc de mouton bouillie, un plat de pilau assaisonné de yaourt, de l'eau et du pain à discrétion (mais quel pain !), le tout pour quatre ou cinq piastres.

Je n'essayerai pas de décrire Péra. A quoi bon décrire une ville que l'incendie renouvelle tous les huit ou dix ans? En peignant ce que j'ai vu, je peindrais peut-être autre chose que ce qui est ; je courrais le risque d'égarer le lecteur qui consentirait à me suivre à travers le dédale des rues, et de l'arrêter devant une ruine en voulant lui montrer un palais.

La ville d'ailleurs n'offre rien de remarquable. N'étaient çà et là quelques groupes de femmes turques stationnant devant les magasins de modes ou de nouveautés françaises, on pourrait se croire dans quelque ville d'Italie de second ou de troisième ordre. Des églises presque à chaque pas, des images de la sainte Vierge appendues aux murailles, tous les signes extérieurs du catholicisme, le bruit des cloches, des processions, des enterrements ; des prêtres de tous les rites , des religieux de tous les ordres; force juifs et mendiants; mais rien de turc, ni les mœurs, ni le costume, ni la langue. Annexé à Stamboul, Péra est aussi indépendant de cette capitale que pourrait l'être Pékin ou Calcutta.

A Galata, andeiiBe colonie génoise, rendez-TOUs des négociants et des matelots de tons les bords de b Méditerranée, Titalien domine ; à Péra, quartier général des ambassadeurs, c*est le français. Mais, à Péra comme à Galata, tont le monde parle indistinctement ces quatre langues : le français, Titalien, le grec et le turc.

La population franque à Péra et à Galata forme deux catégories bien distinctes : la colonie , composée des agents officiels, des étrangers de passage, des résidents t^nporaires; et ce qu'on nomme les Pérotes, c'est-à-dire les Européens nés ou domiciliés de longue date dans le pays.

Les diplomates marchent à la tête de la première; à la tête de la seconde sont les négociants.

Le corps diplomatique à Péra est très-nombreux; il ne compte pas moins de seize chefs de missions, sous des titres divers, ambassadeurs, interniionce, euToyés extraordinaires et ministres plénipotentiaires, ministres résidents, chargés d'ajHaires'.

1 . Deux ambassadeurs ( France et Angleterre ) , 1 internonoe (Autriche) ; 5 envoyés extraordinaires et ministres plénipotentiaires (Russie, Prusse, Grèce, Espagne, Pays-Bas); 4 ministres résidents (Sardaigne, Danemark, États-Unis, Perse); 5 chargés d'affaires (Deux-Siciles , Portugal , Belgique , Suède et Norvège, villes Anséatiques). La légation de Toscane a été réunie dernièrement à rinternonciature. Les autres États sont considérés comme faisant partie du dar-ul^iarh, bien que la représentation du Hanovre par l'Autriche soit reconnue tacitement par la Porte,

Les ambassadeurs de France et d'Angleterre , rinternonce d'Autriche et le ministre de Russie f onnent la tête de ce corps. Le ministre de Prusse, bien que représentant une des cinq grandes puissances , est sur le second plan et ne figure guère que dans les questions de politique générale.

La réforme a enleyé à la France son antique droit de préséance; d'après Tétiquette suivie actuellement, la place d'honneur appartient de droit au ministre le plus élevé en dignité et le plus ancien à Conslantinople. C'est aujourd'hui l'ambassadeur britannique , lord Redcliflfe (sir Stratford Canning). On le cite comme un des plus habiles diplomates de l'Angleterre; peut-être cette réputation estelle un peu usurpée. C'est d'ailleurs un esprit absolu , dominateur , passionné , sous l'apparence de la froideur, plein de sourdes rancunes. Dans les pif^miers temps de sa carrière diplomatique , il fut désigné pour la mission de Pétersbourg; l'empereur Nicolas , je ne sais pour quel motif, lui refusa Vexequatur ; depuis cette époque lord Reddiffe n'a cessé de faire une opposition systématique à la Russie.

Lord Redcliffe est le doyen du corps diplomati-

de même que celle des îles îoniennes par rAngleterre, des États de TËglise par la France , du Ifekleoibourg par la Prusse , du ducbé de Parme par les Deux-^kiles , d'Oldenbourg parles villes Anséatiques.

416 LA TriQCIE ACTIIELLE.

que: il refHrésente rÂn^eterre à Constantinople depuis seize ou dix-sept ans. Celle Cfrconstance lui donue une grande supériorité sur tous ses collègues, inèuie sur les minislres d'Autriche et de Russie, bien que ces derniers soient en général rompus de longue date aux affiJres du Levant. La France, par un procédé contraire, mais moins aisé à justiGer , change ses représentants tous les dixhuit mois. Le représentant actuel, M. Benedelti, est le cinquième depuis 1848*.

L'envoyé d'Autriche a le titre d'intemonce. Son caractère tient le milieu entre celui d'ambassadeur et celui de ministre plénipotentiaire. H était anciennement le seul ministre qui fût qualifié d'ExcellcDCc comme les ambassadeurs ; aujourd'hui cette qualification a été étendue par la Porte aux représentants de toutes les puissances, sans distinction de titre.

L'avant-demier inlemonce était le comte d^Slûimer, bon diplomate et meilleur orienlalisle. D'abord drogman , puis secrétaire de l'inlemonciature à l'époque du premier empire, il fut envoyé à Sainte-Hélène comme commissaire de l'Autriche, el, après la mort de Fillustre captif, revint comme

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