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La Turquie actuelle

Derniers moments du sultan Mahmoud. — Avènement d’Abdul- Medjid. — Traités de 1840 et de 1 84 1 . — Promulgation du khatti-chérif de Gulkhanè. — Continuation des réformes.— Etablissement du tanzimat. — Statistique générale. — Etendue du territoire. — Climat et productions. — Possessions médiates et immédiates. — Population. — Races. — Religions. — Classement de la population dans les Etats immédiats du Grand-Seigneur. — Grecs. — Arméniens. — Arméniens catholiques. — Israélites. — Latins. — Francs. — Le Tanzimat. — Division du tanzimat en quatre parties. — Gouvernement. — iiv. sultan. — Le grand vizir et le mufti, ou cheikh-ul-islam. — Divan, ou conseil privé. — Conseils de l’empire. — Administration et finances. — Eyalets, ou gouvernements généraux. — Départements. — Districts et communes. — Liste des éyalets.

— Hiérarchie administrative. — Receveurs généraux et particuliers des finances. —Budget de la Turquie. — Justice et instruction publique. — Haute cour d'appel. — Grands ressorts judiciaires. — Tribunaux ordinaires. — Tribunaux inférieurs.

— Budget de la justice. — Ecoles. — Budget de l’instruction publique. — Ecoles et tribunaux pour les raïas. — Armée et marine. — Organisation de l’armée active. — Effectif. — Réserve. — Irréguliers. — Contingents auxiliaires. — Effectif de la flotte. — Commerce.

Lorsque le sultan Mahmoud expira, le 4 er juillet 1839, il put craindre, comme Charlemagne, que son œuvre ne périt entièrement avec lui. Le temps et le succès lui avaient 160 a

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manqué pour asseoir son plan de réformes; quelle main, après la sienne, saurait Axer et coordonner ces éléments de civilisation qui flottaient à la surface ? La Turquie , d’ailleurs, pouvait-elle encore être sauvée? Lui-même, en voulant relever son empire , n’en avait-il pas précipité la chute ?

Question terrible que le destin semblait, dans ces heures mêmes, occupé à résoudre contre lui!

De même que les derniers moments du Prophète lurent troublés par les querelles de ses disciples qui se disputaient son héritage, Mahmoud, de son lit de mort, avait pu entendre le retentissement de la marche d’ibrahim s’avançant à grands pas vers sa capitale, tandis que les orateurs et les hommes d’État, en France et en Angleterre, déclaraient à la tribune la sucé?ssion de la Turquie ouverte et conviaient les cabinets à son partage.

L’ennemi au cœur de l’empire, l’Europe plutôt étonnée que gagnée à sa cause, pour lui succéder un prince âgé de dix-sept ans, voilà donc où avaient abouti tant d’efforts, tant de flatteuses espéranees, une volonté si persévérante !

Alors pour la première fois, couché sur son lit de mort, il douta, et ce discours prophétique d'un derviche lui revint en mémoire : «Lorsque les plantes révélèrent à Lokman leurs propriétés médicinales, aucune ne lui dit : J’ai la vertu de guérir un cadavre. Sultan Mahmoud est un autre Lokman ; mais l’empire est un cadavre, »

Cependant, Mahmoud mort, tout à coup la scène change. L’Europe s’émeut, elle arrête la marche triomphante d’Ibrahim, et, par les deux traités consécutifs du 15 juillet 1840 et du 13 juillet 1841 , garantit l’intégrité de l’empire ottoman placé désormais sous la sauvegarde du droit public européen. C’était pour la Turquie, jadis exclue des conventions du traité de Vienne, un résultat immense : elle y gagnait

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bien plus que la restitution d’une province, la sécurité de son propre avenir.

De son côté, le jeune sultan n’avait pas attendu jusque-là pour comprendre qu’en plaçant son trône sous la sauvegarde du droit public de l’Europe,, il. contractait un engagement vis-à-vis de celle - ci , l’engagement de continuer l’œuvre de son père. Qu’importait, en effet, que la Turquie fut garantie contre l’éventualité d’une invasion étrangère, lesdiverses parties qui la composaient s’en allaient d’ellesmêmes par lambeaux ? Il rallia autour de lui les fidèles serviteurs de Mahmoud, ceux qui avaient connu et commencé à appliquer ses plans de réforme, et la Turquie entra d’un pas ferme dans la voie où elle n’a pas cessé de marcher depuis.

La promulgation du khatti-chérif de Gulkhanè fut le point de départ d’une nouvelle ère pour la Turquie.

Gulkhanè, la maison des roses, est le nom donné à la troisième cour du Sérail , où se trouvait anciennement le Divan. C’est là que le 3 novembre 4839, jour mémorable dans l’histoire de la Turquie, en présence du sultan et des divers corps de l’État réunis, des patriarches des cinq communautés, des représentants de toutes les puissances amies résidant à Constantinople, Réchid pacha, alor3 ministre des affaires étrangères, donna lecture à haute voix, de l’ordre impérial qui jetait les bases de la nouvelle constitution de l’empire turc. Le préambule de cette charte, comme on l’a appelée^ fait voir le caractère à la fois religieux et politique de la réforme. « Tout le monde sait, y est-d dit, que, dans les premiers temps de la monarchie ottomane, leS préceptes glorieux du Coran et les lois de l’empire étaient une règle toujours honorée. En conséquence, l’empire croissait en force et en grandeur, et tous les sujets sans exception avaient acquis au plus haut degré l’aisance et la prospérité. Depuis cent cinquante ans, une succession d’accidents et de

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causes diverses ont fait qu’on a cessé de se conformer au code sacré des lois et aux règlements qui en découlent, et la force et la prospérité antérieures se sont changées en faiblesse et en appauvrissement; c'est qu’en effet un empire perd toute stabilité quand il cesse d’observer ses lois. Ces considérations se sont sans cesse présentées à notre esprit, et, depuis le jour de notre avènement au trône, la pensée du bien public, l’amélioration de l’étal des provinces et le soulagement des peuples n’ont cessé de nous occuper uniquement. Or, si l’on considère la position géographique des provinces ottomanes, la fertilité du sol, l’aptitude et l’intelligence des habitants, on demeurera convaincu qu’en s’appliquant à trouver les moyens efficaces, le résultat qu’avec l’aide de Dieu nous espérons atteindre peut être obtenu dans l’espace de quelques années. Ainsi donc, plein de confiance dans le secours du Très-Haut, appuyé sur l’intercession de notre Prophète , nous jugeons convenable de chercher , par des institutions nouvelles, à procurer aux provinces qui composent l’empire ottoman le bienfait d’une bonne administration. »

Cet acte eut un grand retentissement en Europe : les uns l’accueillirent avec enthousiasme, les autres avec défiançe; les plus sages attendirent.

Quinze années se sont écoulées depuis lors, et ont mis le nouveau système turc à l’épreuve. De la capitale et des districts voisins les changements ont gagné peu à peu jusqu’aux provinces frontières, et la face de 1 empire a été en quelque sorte renouvelée.

Mais avant de montrer en quoi consiste la réforme ottomane et d’en faire voir l’application aux diverses parties du territoire, il est indispensable d’entrer dans quelques détails sur l’étendue et la population de l’empire ainsi que sur les races différentes qui le composent.

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Les possessions territoriales de l’empire ottoman occupent, dans les trois parties de l’ancien monde, une superficie de 30 000 milles carrés géographiques, entre 48°-23° lat. N. et i 3°-42° long. E. Confinant au nord et à l’ouest à la Russie et à l’Autriche, à l’est à la Perse, il atteint vers le sud l’extrémité du golfe Persique et les régions mystérieuses de l'Afrique centrale. Son territoire, formé des plus belles et des plus riches contrées du globe, favorisé par le climat le plus heureux, réunit les productions de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, la soie, l’opium, le riz, le maïs et toutes les céréales, la graine jaune, l’alizari, la vallonnée, les bois de construction, les huiles, les laines, les poils de chèvre, les graines oléagineuses, la houille, tous les métaux, le tabac, les fruits secs, les noix de galle, les parfums, l’huile de rose, le lin, le chanvre, la gomme, etc. Cette immense variété de produits trouve sur tous les points, grâce aux avantages d’une position géographique incomparable, des débouchés prompts et faciles. Baignée à l’intérieur par quatre grands lacs, traversée par un grand nombre de fleuves, et quels fleuves ! — en Europe, le Danube et ses affluents; en Asie. l’Euphrate, le Tigre, le Kizil-Irmaq et le Jourdain ; le Nil en Afrique , — la Turquie débouche de divers côtés dans six mers différentes, offrant un développement de 4200 lieues de côtes : par la Bulgarie, la Roumélie et une portion de l’Asie Mineure, dans la mer Noire ; par l’Anatolie, la Macédoine et la Thessalie, dans l’Archipel ; par l’Albanie, dans la mer Ionienne et l’Adriatique; par l’Irak, dans le golfe Persique. A cheval sur l’Europe et sur l’Asie, par le Bosphore et les Dardanelles dont elle tient les clefs, elle est

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maîtresse absolue de la mer de Marmara , qui baigne les murs de la capitale.

Parmi les possessions comprises dans cette vaste étendue de territoire, on doit distinguer : 1° Les possessions immédiates, soumises à l’autorité directe du sultan et qui se composent de la Turquie d’Europe, appelée Roumili par les Turcs, moins les provinces danubiennes et le Monténégro ; de l’Asie Mineure (Anadoli) avec la Syrie et la Mésopotamie, et du territoire de Tripoli en Afrique ; et 2° les possessions médiates ou tributaires qui, bien que relevant politiquement de la Porte et considérées comme partie intégrante de l'empire par les traités, sont administrées, les unes, telles que l'Égypte et Tunis, par des pachas ou des beys hérédiiairts, les autres par des princes indigènes, nommés à vie, sous l’autorité desquels elles ont conservé le privilège d’une législation et d’une administration intérieure indépendantes. Telles sont les trois principautés de Valachie, de Moldavie et de Serbie.

La population totale de l’empire ottoman peut être évaluée approximativement à 35 millions et demi d’habitants, dont 27 millions pour les provinces immédiates, et 8 millions et demi pour les provinces médiates*.

Suivant un ancien dicton qui a cours en Turquie , ce chiffre se répartit entre soixante-douze nations et demie, en y comprenant les Juifs, que leur petit nombre, résultant de leur dispersion dans le monde entier moins encore que du préjugé auquel ils sont en butte, même en Turquie, ne fait

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