‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure; (volume 2)Chapitre 27 sur 178 · MERKEZ-SANDJAK DE BAGDAD · texte numérisé non relu

MERKEZ-SANDJAK DE BAGDAD

Orientation, limites. — Le merkez-sandjak de Bagdad est situé au nord du vilayet, par 39** à 44° de longitude est et 32'14' à35^5' de latitude nord. Il est limité au nord par le vilayet de MossouJ ; à Test, par là Perse ; au sud-est, par le vilayet de Bassorah ; au sud, par les sandjaks de Hillé et de Kerijèla ; au sud-ouest par le désert Chamiyè ou de Syrie ; et à l'ouest enfin par le mutessarifat de Zor.

Division administrative. — Il est administrativement divisé en 11 cazas, et comprend 20 nahiés comme suit :

Daodad (merkez-caza)

KborassaD, ch.-I. Bacouba..

Azizié

Hanékio

Meodèli

Samara

Djéziré

Dilim, cb.-l. Remadïè

Roiit-el-Amara

Kazmïè

Aaah

NAHIËS

Azmiyé. — Cbérouan. — Dellaoua. — Dayalé.

Seloianpak

Bcnkedera. — Kozrolbat

Tékrit

Be^uellé . . . .

Seglaoua. — Kobéïssè

Bedra. — Zorbatia. — Guoréïbè. — Ojedsau.

Hitt

El-Kahem. — Hodéïté. — - Alous. — Djubbé.

11 cazas. — 20 uabiés.

Superficie. — La superficie du merkez-sandjak de Bagdad est de 96,000 kilomètres carrés, comme on Ta vu au commencement de celte notice.

Tous ces terrains sont arables et riches en humus, mais beaucoup restent incultes par suite de la rupture des digues du ri^r(? et de r^w/?Ara/^, et de l'obstruction des anciens canaux qui mettaient, sur certains points, ces deux fleuves en communication et servaient partout aux irrigations. Ces mêmes circonstances ont transformé un assez grand nombre de vastes espaces en marais dont on a pu tirer parti pour la culture du riz et l'élevage des buffles, mais qui, par leurs miasmes, corrompent la salubrité de l'air.

Division militaire. — Le maréchal commandant en chef le 6* corps d'armée réside offlciellement à Bagdad, quartiergénéral des troupes sous ses ordres, qui sont réparties entre les vilayets de Mossoul, Bagdad et Bassorah.

Autorités civiles, religieuses, etc. — La ville de Bagdad est également la résidence officielle du vali^ gouverneur général de la province et du mutessarif de 1" classe, gouverneur du merkez-sandjak. Ces hauts fonctionnaires sont assistés de conseils dont la composition a été donnée en même temps que celle du grand conseil du vilayet (medjlis-el-kébir), type exact de tous les conseils de sandjak et de cazas.

Quant aux autorités religieuses du merke/-sandjak,elles sont, pour les musulmans, le mufti de Bagdad, les cadis et les imams.

Les Arméniens grégoriens et autres communautés chrétiennes relèvent d'autorités religieuses énumérées dans le chapitre spécial du vilayet de Bagdad. Il ne reste à ajouter ici qu'un détail concernant l'évêque catholique latin, résidant à Bagdad quoique titulaire du siège épiscopal de Babylone (Hillé) ; ce prélat doit toujours être français.

Les israélites ont un khâkhdm-bàchi à Bagdad.

Services administratifs. — On doit renvoyer également au chapitre spécial du vilayet pour tout ce qui concerne les services administratifs, les tribunaux, les douanes, la Dette

publique ottomane, la Régie des tabacs et les postes et télégraphes.

Popiilation . — La population totale du merkez-sandjak de Bagdad est de 400,000 habitants comme suit.

^, , (Sunnites* 261,000),,,^^^^, ,

Musulmans. ^ ^u •* -r a o^a c 340,800 hab.

( Chyiles 79,800) '

Arméniens grégoriens. 2,200

— catholiques. 1,000

— protestants. 100

r^i r*- ) Chaldéens catholiques. 1,600 [ ^ ^^^

Chrétiens .<o • i qaa? 7,000 —

^Syriens — 1,200'

Grecs — 50

Latins — 800

Grecs orthodoxes ... 50

Israélites 52,200 —

Total 400,000 hab.

Bagdad. — La ville de Bagdad, chef-lieu du vilayet, du merkez-sandjak et du merkez-caza de même nom, est la résidence officielle du gouverneur général, du maréchal commandant le 7" corps d'armée et le siège de toutes les autorités civiles, militaires et religieuses, ainsi que des divers services administratifs, des tribunaux, des consulats, des compagnies de navigation, etc. Elle est située sur le Tigre^ à peu près au centre de la province, par 42^5' de longitude est et 33''20' de latitude nord. La ville proprement dite est bâtie sur la rive gauche du fleuve; un pont d'environ 200 mètres de longueur la relie aux quartiers de la rive droite, vaste faubourg dont presque tous les habitants sont des arabes chyites jouissant d'une juridiction spéciale, sous Tautorité d'un délégué du vali.

La population totale de la ville de Bagdad et des environs^ tant sur la rive droite que sur la rive gauche, est de 1 45,000 habitants, comme suit :

, ( Sunnites 50,295

Musulmans. < ^, ., ok qaa c oo,095 nab.

( Cnyites 35,800

( Arméniens grégoriens.

— prolestants

^, , . . Chaldéens catholiques . - , — . ^^^

Chrétiens .<c • /ciaa> 7,000

Syriens —

Grecs —

Grecs orthodoxes .

[ Latins

Israélites 51,905 —

Total 145,000 hab.

Cette population est celle du merkez-caza de Bagdad qui ne se compose que de la ville et de ses environs.

Dans ces derniers chiffres n'a pas été comptée la population flottante de Bagdad, qu'il est d'ailleurs assez difficile d'évaluer. Les éléments en sont fort hétérogènes. Ce que l'on appelle la colonie européenne se compose principalement de sujets anglais, formant un ou deux groupes séparés, des Français, Allemands, Italiens, Belges, Suisses, etc., n'ayant eux-mêmes que des rapports peu intimes, et ne constituant pas un ensemble qui puisse être qualifié de « société ». Les Anglais habitent sur la rive gauche des maisons de belle apparence et commodes, à proximité du consulat britannique. On pénètre dans la ville de ce côté par quatre portes : Bab-^l-Moiiazam^ au nord, conduisant au « Meïdan », quartier du séraï (palais du gouvernement), autour duquel sont groupées les habitations des Turcs et les casernes; les trois autres portes : Bab-el-Ouastani^ Bab-el-iC harki et Bab-el-Djezzar, font face au pont. Une autre porte, qui se trouvait du même côté, reste fermée depuis l'entrée du sultan Mourad IV lorsqu'il reprit Bagdad aux Persans, en 1037 (1628). Les quartiers des Arabes sunnites, des chrétiens et des juifs se trouvent aussi sur la rive gauche du fleuve.

Trois portes donnent accès à la partie de la ville située surla

rive droite : Bab-el-Iman-Moussa^ Bab-el-Bouseddin et Bab^el- Hissar, A côté de la seconde vient aboutir Tancien canal de communication entre le Tigre et PEuphrate. Les Persans habitent, avec les Arabes chyiles, ce côté de la ville et les environs où se trouve, autour de la mosquée de Timam Moussa, un bourg entièrement persan, situé à une distance de 4 kilomètres environ du tombeau de Zobéïde, femme du khalife Haroun-al-Raschid. Les monuments de Bagdad, asseznombreuxencore, consistent surtout en belles mosquées, dont la principale, située sur le Méidan, près du sérài^ est Baoud-Pacha-Djami. Ces gracieux édifices, ainsi que les vastes bazars, les nombreux hans ou caravansérails, et les anciennes maisons, sont tous de style arabe de la plus belle époque, fortement empreint de style persan, dans un harmonieux mélange. Les dômes des mosquées ne sont pas larges et hémisphériques comme ceux d'architecture ottomane, mais leur forme est celle d'une tiare. Les minarets, moins élancés, moins sveltes que ceux de Constantinople, sont surmontés de petits dômes à côtes revêtues de faïences vertes ou dorées, et les murs extérieurs sont ornés, comme les murs des anciennes mosquées turques, des briques émaillées de couleurs variées et de belles écritures koufiques. Les maisons sont construites en briques. On se tient durant les jours d'été, à cause de la grande chaleur, dans une des pièces nommées serddb en contre-bas du niveau de la cour, voûtées et rafraîchies par un jet d'eau limpide jaillissant d'un bassin situé au milieu. On passe alors la nuit sur les terrasses. Les appartements d'hiver s'ouvrent sur une galerie qui fait le tour de la cour, et que supportent des colonnettes. Cette galerie ainsi que les pièces auxquelles elle donne accès ont leurs plafonds et leurs murs revêtus de boiseries à coulisses très délicatement façonnées, formant des dessins compliqués o\x brillent des milliers de petits miroirs enchâssés dans les rinceaux dorés et les peintures en laque vernie. Bagdad est entourée d'une muraille de défense flanquée de tours et percée de trois rangées de meurtrières. Sur la rive gauche, cette muraille est bordée d'un large fossé rempli d'eau ; elle a la forme d'un triangle dont la base est le Tigre ^ où

viennent aboutir sesdeux extrémités, et dont le sommet regarde la Perse. Près du palais du gouvernement, se trouve une forteresse qui a le grave défaut de ne pas être construite de façon à dominer la ville.

Sur la rive droite, les murs sont presque partout écroulés.

L'eau que Ton boit à Bagdad est celle du Tigre. Quoique Ton en fasse une trèsgrande consommation, peu de maisons, excepté celle des riches, sont pourvues de fontaines et de réservoirs. 11 faut donc s'approvisionner d*eau dans de grandes jarres qu'il est nécessaire de remplir à nouveau plusieurs fois par jour. On fait rafraîchir cette eau dans des gargoulettes poreuses qu'on expose à un courant d'air; de cette façon, sa température s'abaisse de six à sept degrés au-dessous de la chaleur de l'air ambiant.

On a cru longtemps que Bagdad occupait l'emplacement de l'antique Babylone, mais bien avant qu'on eût la certitude que les ruines situées autour de Hillé sont celles de celte fameuse cité, Piétro Délia Valle, voyageur romain, qui visita cette contrée en 1616, avait émis l'opinion, aujourd'hui universelle, et avait affirmé que Bagdad n'avait jamais été qu'une ville musulmane. En effet, sa fondation ne remonte qu'à Tannée 146 de l'hégire (764 de l'ère chrétienne). Abou-Giaffar, second khalife abbasside, en choisit l'emplacement et en traça lui-même le plan. Sa construction fut achevée en trois ans par les architectes Khaled ben-lîermek et Hedjadj-ebn-Artatak; — il en prit possession et s'y établit vers la fin de 149 (767).

Le khalife Abou-Giaffiir-el-Mansour donna à cette nouvelle ville, siège de son empire, le nom de Médinel-el-Sélam (ville de salut) ; il la partagea en deux régions, et leur donna à chacune deux noms : à l'une Dar-id-Sélam (Cour de salut) et Karkh ; à l'autre el-Zorah elBessafé.Ces quatres noms subsistent encore, mais le peuple a adopté celui de Médinet-el-Sélam, ainsi que celui de Bagdad, sur l'origine duquel les auteurs orientaux n'ont jamais pu tomber d'accord. L'opinion qui réunit le plus d'adhérents veut toutefois que ce nom ait été celui d'un pauvre derviche en grande réputation de sainteté dans le pays.

Quoi qu'il en soil, la ville, édifiée suivant le plan du khalife Abou-Giaffar, fut entourée de murailles dont l'épaisseur, suivant les historiens musulmans, élait de 8 pieds, et la hauteur de 30 pieds. Il y fil élever, disenl-ils, un palais magnifique qu'il nomma el'Khold^ dont il ne reste aucune trace. D'après les mêmes autorités, Médinet-el-Sélam avait quatre portes : Bab-el-Cham (porte de Syrie), Bab-el-Bassorah^ Bab-el-Koufa et Bab-el- Khorassan, conduisant à Damas, à Bassorah, à Koufa, alors dans toute sa splendeur, et au Khorassan de l'Irak-Arabi. Ses rues étaient au nombrede 24,000, pourvues chacune de sa mosquée et de son bain public et parcourues par 150 canaux qui faisaient circuler partout les eaux du Tiffre ; 150 ponts étaient jetés sur ces canaux et un grand pont réunissait les deux rives du fleuve, comme aujourd'hui ; 400 moulins à eau fournissaient aux besoins des habitants des 240,000 maisons de Médinet-el- Sélam.

Le fondateur fit ensuite creuser le canal el-Messoudi, actuellement en ruines, le long duquel 600 autres petits canaux fournissaient les prises d'eau nécessaires aux irrigations des alentours. Son successeur, AbduUah-Mohammed, surnommé el-Mahadi, fit construire, à ses frais, un second mur d'enceinte.

La splendeur de Bagdad fut portée à son comble sous le règne du cinquième khalife abbasside, Abou-Giafar-Haroun, surnommé el-Rfischid (le justicier), que les contes des Mille et une Nuits ont rendu populaire en Europe bien plus encore que l'histoire. Cet illustre souverain étendit son empire jusqu'aux Indes et détruisit la grande famille el-Bermek (Barmérides), d'origine persane, dont la haute influence menaçait son autorité. Contemporain de Charlemagne, il rechercha son amitié, lui fit de magnifiques présents, parmi lesquels était la première horloge connue à cette époque en occident, et lui concéda les Saints Lieux. Après avoir fait de Bagdad le centre de toutes les merveilles des arts et des sciences, la capitale du plus puissant et du plus vaste des États, embrassant dans son étendue, outre les possessions actuelles des Ottomans en Asie et en Afrique, la Géorgie, la Circassie, la Perse, les Indes, tous les royaumes

africains du nord jusqu'à l'Océan, Haroun-al-Raschid, âgé de quaranle-sepl ans et ayant régné vingt-trois glorieusement, mourut à Thous, en Khorassan.

Dès la même génération, sous le troisième fils de ce grand homme, el-Moulassem, qui fut le huitième khalife abbasside et prit le litre de « Moutassem-Billah », ou prince par la grâce de Dieu, on pouvait déjà prévoir Taffaiblissement du pouvoir de cette dynastie. Injustement prévenu contre les habitants de Bagdad, il bâtit une nouvelle ville, Samara, aujourd'hui chef-lieu du cazade ce nom, à 105 kilomètres au nord-ouest de la capitale de son empire, et il y transféra la résidence des khalifes. 11 fit acheter dans le Turkestan un grand nombre d'esclaves, en forma une brillante milice à laquelle il confia la garde de sa personne, et qui lui fut d'un grand secours dans ses guerres victorieuses contre les empereurs byzantins, mais qui se rendit bientôt redoutable à ses maîtres eux-mêmes.

Après une longue suite de troubles, de révolutions et de guerres intestines, les khalifes abbassides, sous le règne du vingt-huitième de ces souverains, Mostader-Billah, n'avaient plus qu'une ombre de pouvoir. Ce prince lui-même envoya les ornements royaux et des patentes de sultan au fils de Malek-Chah, prince seldjoukide, dont il épousa la sœur. Depuis longtemps déjà, les Seldjoukides avaient pris ce titre; on les appelait communément Sultans de Bagdad. Le siège de leur empire était en Perse. Mostader-Billah mourut en 512 (1 H8). Il fut contemporain de la première croisade, et ce fut pour la repousser que, sous l'autorité nominale de son fils Mostarched-Billah, Mahmoud, sultan de Bagdad, il envoya le premier atabek de Syrie, Emadeddin-Zenghi, que nos chroniqueurs appelaient Sanguin.

Salaheddin, qui fonda en Egypte et en Syrie la dynastie des sultans ayoubites, rendit aux khalifes abbassides les prérogatives qu'ils avaient perdues par l'usurpation des khalifes fatimites d'Egypte, les fit nommer dans les prières publiques et frappa sa monnaie à leur coin, mais ils n'y gagnèrent aucun pouvoir réel, sinon dans la seule ville de Bagdad. Là fut désormais limitée leur autorité, dont purent jouir sans conteste Nasr-

el-diii-AUah, de 575 (1181) à 622 (1228), et plusieurs de ses successeurs, jusqu'en 647 (1253), date où expira la dernière des quatre-vingts années que dura Tempire du héros kurde, appelé Saladin dans nos histoires des croisades.

Neuf ans plus lard, en 656 (1262) expirait à son tour la dynastie des khalifes abbassides de Bagdad, après une durée de 524 ans. Moslasem-Billah, irenle-seplième et dernier souverain de Kagdad, descendant d'Abbas, fut massacré, avec son (ils Aboubekr, par ordre du conquérant tarlare Houlagou. Le petitfils de Djenghiz-Khan fit dans la ville un grand carnage; on évalue à 350,000 le nombre des habitants qu'il fit passer au fil de Tépée durant quarante jours consécutifs. Tous les ulémas et les séyides furent exterminés; seul, un prince abbasside, nommé Ahmed, parvint à s'échapper et se réfugia au Caire où il fonda un nouveau khalifat^ sans aucun pouvoir temporel, qui se maintint pendant 277 ans. Lors de la conquête de l'Egypte par sultan Séliml",en 1517, le dernier khalife abasside de cette branche, Mohammed XII, céda, en bonne et due forme, lekhalifat aux empereurs ottomans, qui en sont encore actuellement les possesseurs légitimes.

Bagdad passa ensuite sous la domination des Kara-Koyouli (moutons noirs), princes turcs qui se déclarèrent maîtres de rirak-Arabi, après en avoir chassé d'abord les Tartares d Houlagou, puis les troupes de Timour-Leng (Tamerlan), avec l'aide du sultan ottoman Bayazid-Ildérim. En 915 (1517), Ismaïl-Chah s'empara de Bagdad, qui fut une troisième fois ravagée. Les Persans détruisirent alors ce que Houlagou et Timour-Leng avaient épargné dans les constructions et les monuments élevés par les khalifes. Sultan Suléïman l'enleva sans résistance aux chahs de Perse en 942 (1544) et y séjourna plusieurs mois. Il fit de magnifiques donations au célèbre chéïk Abd-ul-Kader-el- Ghilani, vénéré des sunnites. Ces biens, connus aujourd'hui sous le nom de nakouf-du- cheikh^ donnent aujourd'hui un revenu évalué à plus de 50,000 livres turques (environ 1 , 1 50,000 francs). Sultan Suléïman-el-Kanouni fit aussi achever la grande mos-

quée de Timan, Moussa-el-Kadem, située à Kazemène, aux environs de Bagdad.

Quelque temps plus tard^ les habitants chyiles^ révoltés contre le gouvernement ottoman, se mirent sous la protection des Persans et, de connivence avec eux, malgré la vive résistance des sunnites. Chah Abbâs se rendit maître de la ville et la saccagea. Sultan Mourad IV la reprit en 1037 (1628), conclut ensuite avec la Perse un traité de paix par lequel il consentit à lui céder Erivan en échange de Bagdad, et sortit triomphant de cette ville, pour retourner à Constantinople, par la porte Bab-el- Telessem^ qui fut aussitôt fermée et murée comme on la voit encore aujourd'hui.

Depuis lors, Bagdad, qui résista victorieusement à Nadir Chah, en 1146 (1733), n'a plus cessé d'obéir aux gouverneurs généraux nommés par l'autorité centrale de Constantinople, et a repris peu à peu, sous les empereurs ottomans, une partie de son ancienne prospérité.

Consulats. — Les puissances étrangères ont à Bagdad deux consuls généraux, celui d'Angleterre et celui de Perse. La France et la Russie y ont chacune un consul. Outre les affaires de leurs nationaux, le consul général anglais gère celles de la Grèce et de l'Italie, et le consul de France celles de l'Allemagne et de l'Autriche.

Navigation fluviale. — Deux compagnies, l'une anglaise et l'autre turque, font le service de la navigation à vapeur sur le Chatt-el-Arab et le l'igre^ entre Bagdad et Bassorah. La Compagnie ottomane u Oman » possède cinq bateaux à vapeur. Les départs pour Bassorah ont lieu une fois par semaine, le mercredi malin en été et le samedi en hiver. La Compagnie Stephen Lynch et C® de Londres a deux grands steamers qui partent de Bagdad chaque vendredi matin en été et chaque dimanche matin en hiver, et de Bassorah chaque mercredi matin.

Municipalités. — La ville de Bagdad est divisée en trois

cercles municipaux administrés chacun par un président nommé par le gouvernement, et assisté d'un conseil dont les membres, élus par les notables de chaque arrondissement et choisis par eux, sont confirmés parla sanction du vali. Toutes les affaires municipales, notamment le bon entretien de la voirie, l'éclairage et le service des eaux de la ville, sont de la compétence de ces conseils, et exécutés par leurs agents.

Edifices publics, etc. — Il y a dans cette ville 48 mosquées appartenant aux musulmans sumiites et 20 mesdjid (chapelles) appartenant aux musulmans c^i/^^. La plupart des mosqués sont d'anciens monuments dont la construction remonte au temps des premiers khalifes abbassides. Parmi ces édifices, d'un style tout particulier, heureux mélange d'arabe et de persan, on doit citer la mosquée SouA-el-Gazel el son minaret haut de 33 mètres.

Les chrétiens ont à Bagdad 6 églises, dont 4 appartiennent aux communautés catholiques et deux aux arméniens grégoriens. La communauté israélite y possède 22 synagogues. Outre la forteresse déjà citée plus haut, la garnison de Bagdad occupe 3 casernes, une hors la ville, une seconde à la porte Bab-el-Moezzem , et la troisième, qui est plus grande, près du serai (palais du gouvernement).

Quant au muchir (maréchal) commandant le \i® corps d'armée, il partage avec le mli (gouverneur général) le palais Medjidièh, bâti pour le chah de Perse lors du pèlerinage qu'il fit aux Lieux Saints des chyites, en 1870.

On compte dans la ville de Bagdad plus de 24,000 maisons ; un grand nombre de hans (hôtelleries) parmi lesquels il faut îaire une mention spéciale du han Ortema^ belle construction du temps des khalifes; 25 bains publics datant de la même époque, mais dont l'état actuel laisse beaucoup à désirer ; environ 3,500 boutiques ; 200 cafés ; une imprimerie appartenant ^u gouvernement, où s'imprime le Journal officiel du vilayet ^l'Zora; iOO magasins dit Allona^ pour la vente des céréales ^1 des légumes, etc., etc.

Il faut encore citer au nombre des monumenls anciens , rhôtei actuel des douanes, jadis occupé par la célèbre école de Ëbn-Hanbal, et le tombeau de Zobéide, Temme du khalire HarouD-el-Kaschid. Ce tombeau est situé à 20 minutes de la ville, du coté dit el-Karkk. Là se trouve aussi le tombeau du prophète Elisée que les musulmans ont^nlevé depuis peu aux israéliles, qu'ils en avaient laissé possesseurs jusqu'alors. On appelle cet emplacement el-nèbi-Youcha,

• Chaque communauté possède, à Bagdad, ses cimetières séparés les uns des autres.

Les musulmans en ont plusieurs et les israélites deux. Quant aux communautés chrétiennes, les arméniens grégoriens et les arméniens catholiques en ont chacun un. Chez les chrétiens, l'ancien usage d'enferrer les morts dans les églises est aboli depuis quatre ans , mais les musulmans conllnnent à enterrer dans les mosquées les corps des ulémas et des riches particuliers. Quant aux musulmans chyîtes, on a déjà vu plus haut tous les détails concernant leurs sépultures.

Ecoles. — Il y a à Bagdad 124 établissements scolaires, où renseignement à divers degrés est donné à 5,480 élèves, dont 5,090 garçons et 390 filles, par 201 professeurs, dont 187 maîtres et 14 maîtresses comme suit :

COMMUNAUTÉS

UUÏSS

„..„.„ Il

arçon

ille

HUBulmaiiB

SO

UD

Page 1