‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure;Chapitre 13 sur 144 · MEUKEZ-SANDJAK DE BROUSSE · texte numérisé non relu

MEUKEZ-SANDJAK DE BROUSSE

On peut diviser les eaux thermales de Brousse, d'après leur composition chimique et leurs propriétés, en deux chisses bien distinctes : 1* eaux sulfureuses; 2° eaux thermales indifférentes.

V Eaux sulfureuses. — Cette première classe comprend les eaux des établissements de Brousse connus sous les noms de Buyuk et de Kutchuk-Kukurilu et celles qui alimentent les bains de Yéni-KapUdja et de Kainardja. Ces sources sont au nombre de deux. L'une alimente les deux Kukurtlu^ l'autre fournil Teau nécessaire aux deux autres bains.

Les thermes de Brousse sont à 2 kil, environ du centre delà ville dont les sépare un ravin profond qui part des gorges du mont Olympe. On peut s'y rendre en 20 minutes.

Yéni-Kaplidja et Kainardja^ situés en face l'un de l'autre, sont, le premier à 20 et le second à 30 mètres environ de la source sulfureuse qui les alimente. Elle prend naissance dans une excavation et sourd à 80 centimètres au-dessous du niveau du sol; en cet endroit, sa température est de + 86* C. ; des bulles de gaz viennent crever à la surface de l'eau, d'où se dégage une odeur d'œufs pourris. A quelques pas de là, la conduite se divise en deux branches aboutissant, l'une à Yéfii-Kaj/' lidja, l'autre h Kainardja,

Le premier de ces deux bains, assez vaste, est un édifice carrcS massif, surmonté de dômes percés d'ouvertures rondes par lesquelles pénètre, à l'intérieur de la coupole, un jour tamisé à travers d'épaisses lentilles de verre. La salle d'entrée ou djamékian est d'architecture ottomane, avec pavage en mosaïque de lapis-lazuli, de marbre rose et de marbre vert antique, rapportés de quelque monument byzantin. Au-dessus de la porte de Téluve est encastrée une plaque de brique émaillée, à fond bleu

de roi, sur lequel une inscription en leltres blanches court entrelacée dans un fouillis d*œillels et de tulipes. On y lit que le bain de Yéni'Kaplidja a été reconstruit par Rustem Pacha, grand vézir du sultan Suléïman el-Kanouni (1520-1566), en reconnaissance de ce que ce souverain y avait été guéri de la goutte.

La salle principale, ou bain proprement dit, est octogone , avec huit cabinets, pratiqués en retraite sur chaque face; salle et cabinets sont complètement revêtus de tuiles émaillées, à dessins très variés, couleur turquoise. L'eau se précipite avec bruit de toutes parts, amenée par d'innombrables conduits dans une piscine de 8 m. de diamètre sur un peu plus d'un mètre de profondeur, située au centre de la salle; on y descend par quelques degrés de marbre blanc. Quatre énormes colonnes byzantines s'élèvent des bords du bassin central et supportent la coupole. Tous les jours, vers huit heures à la turque, on vide totalement celte piscine au moyen de bouches ménagées au ras du fond, puis on la remplit de nouveau, et les baigneurs la trouvent prêle à les recevoir après le coucher du soleil, c'est-àdire à partir de douze heures du soir à la turque.

Outre ce renouvellement total et journalier, Teau de lu piscine est sans cesse purifiée par les courants qui y sont continuellement introduits, tandis que le trop-plein s'échappe par des tuyaux de décharge.

Des lits de repos sont dressés tout autour du djamékian ou salle d'attente, où les baigneurs s'arrêtent quelque temps avant l'entrée et la sortie du bain.

On trouve à Yéni-Kaplidja deux autres salles de bains plus petites^ pourvues chacune d'un petit bassin et de quelques baignoires ; mais généralement les baigneurs préfèrent aller s'ébattre dans la piscine. Tous les objets en métal, bijoux, monnaie d'or et d'argent, elc.^ sont noircis par les émanations gazeuses répandues dans la salle de bain.

Kàinardja est un petit édifice réservé aux bains de dames et qui n'a rien de remarquable.

La composition de l'eau de ces deux bains, prise à la source même, est comme suit :

Température, + 86^ C.

Densité, 1,00086.

Un litre de cette eau renferme :

Gaz acide sulfhydrique . . .

— carbonique . . . .

Total . .

Azote

Bicarbonate de chaux.

— de fer . .

Chlorure de sodium. .

— de potassium

— de magnésium Sulfate de soude. .

— d'alumine .

Sulfure de calcium

Silice

Matières organiques

Total . .

traces

Les deux bains nommés Biiyuk et Kutchuk Kukurilu sont séparés par une cour dans laquelle Teau qui les alimente tous deux, sort d'un petit carré en maçonnerie, fermé par une porte en fer, dont la clef est déposée chez le fermier de ces deux établissements, qui appartiennent au même propriétaire. On voit crever à la surface de l'eau des bulles de gaz en petite quantité avec dégagement d'une faible odeur de soufre.

Deux conduites de direction opposée amènent l'eau de la source dans chacun des deux kukurilu^ en passant par le boughoulouk (sudatorium) qui a la même température dans le petit [kutchuk) et dans le grand [buyiik) ; cette température est de + 38^75 C.

L'eau froide qui sert à tempérer l'eau de la source dans les baignoires des deux kukurtlu est amenée par des tuyaux en terre cuite, d'une localité appelée In-kaya^ située à une heure de marche dans la direction du mont Olympe.

La composition chimique de l'eau thermale des deux kukurtluy prise à la source, est comme suit :

Thermomètre : + 82' C.

Densité : 1,00083.

Un litre de cette eau renferme :

Gaz acide sulfhydrique libre . . . 0.0014 — carbonique 0.1009

Bicarbonate de chaux 0.3627

— de protoxyde de fer . 0.0004

Chlorure de sodium 0.0855

— de magnésium 0.0365

Sulfate de soude 0.2760

— de chaux 0.0250

— d'alumine 0.0162

Matières organiques azotées . . . 0.0231

Total 0.9277

Afin d'éviter le mélange de l'eau froide amenée d'In-kaya, les baignoires sont remplies, soir et matin, d'eau thermale pure dont les baigneurs ne peuvent se servir que douze heures après ce remplissage. L'eau d*une baignoire remplie à onze heures du matin ayant été examinée à trois heures, marquait + 59^ G.

Un avis en plusieurs langues, affiché à la porte du petit Kukurtlu^ prévient que les bains sont à la disposition des hommes à partir du matin jusqu'à 10 heures 1 /2 à la turque et qu'à partir de cette dernière heure jusqu'au matin, ils sont réservés aux dames.

V Eaux thermales indifférentes. — Gette seconde classe comprend, comme la première, deux sources, dont l'une alimente le bain Kara-Moustapha^ et laulre celui d'Es/â-Ka/)lidja et les autres établissemcnls du village de Tchékirgué.

34 VlLAYET DE BROUSSE

Kara-Moustafa est situé près de Yéni-Kaplidja, sur la roule qui va se relier un peu plus bas à la grande chaussée carrossable de Brousse à iMoudania. Son apparence extérieure n*a rien qui le distingue d'une simple maison bourgeoise ; ses dispositions intérieures sont celles de tous les bains turcs (hammam). Il a été fondé parle Grand Vézir Kara-Moustafa (1676-1683), beau-frère et successeur d'Ahmed Keuprulu, d'où lui vient son nom.

L'eau thermale qui alimente ce bain est amenée, par deux conduites différentes, dans un bassin ouvert placé au dehors, à quelques pas du mur extérieur du côté de l'est. Une troisième conduite amène dans le bassin du djamékian de l'eau froide dont on se sert ensuite pour tempérer l'eau des bains, car les deux bassins de marbre blanc destinés aux baigneurs n'étant éloignés que de quelques mètres du bassin extérieur où l'eau thermale marque + 57'' C, sa température à l'intérieur du bain est sensiblement la même.

On ne connaît le véritable point d'émergence ni de l'eau thermale ni de l'eau froide. La première est extrêmement limpide, ce qui lui a fait donner le nom de Gumuch-sou ou « eau d'argent». Quand elle est froide, on n'y saurait percevoir aucune odeur ni saveur particulière.

Sa composition chimique, lorsqu'on prend celte eau dans le bassin extérieur, sans aucun mélange d'eau froide, est comme suit :

Température : 57^ C.

Densité : 1,00039.

Un litre de celte eau renferme :

Gaz acide carbonique 0.0490

Bicarbonate de chaux 0.0416

Chlorure de sodium 0.0345

Sulfate de soude 0.0591

— magnésie 0.0772

— chaux 0.0085

Silice 0.0050

Matières organiques 0.0094

Total .... 0.2843

Dans le village de Tchékirgué se Irouvenl situés le bain d'Eski- Kaplidja et les élablissemenls secondaires de Bey-Guzel^ de Husni'Guzel el autres de moindre importance, alimentés par la source thermale qui émerge à l'extrémité ouest de ce village, dans la rue même. C'est l'ancienne Pythia^ déjà célèbre au temps de Justinien par ses Ihermes que visita l'impératrice Théodora avec une suite de quatre mille serviteurs.

Eski'Kaplidja est un monument remarquable, composé de très beaux ouvrages byzantins, restes probables du bain impérial que, selon Procope, Justinien fit construire à Pythia. Le sultan Mourad P"" (Rhodavendighiar) (1360-1389) fit restaurer ce bain et l'agrandit en y ajoutant un vaste dôme et des bâtiments importants cités dans l'inscription placée au-dessus de l'entrée principale du djamékian.

Voici la composition chimique de l'eau à! Eski-Kaplidja et autres bains du village de Tchékirgué, prise dans le bassin entouré d'un massif de maçonnerie et fermé d'une porte de fer, où celte eau est captée el de là distribuée par un taksim ou compteur dans les conduites des divers établissements :

Température : + 38' C.

Densité : 1,00039.

Un litre de cette eau renferme :

Gaz acide carbonique 0.0745

Bicarbonate de chaux 0.1055

soude 0.0586

— profoxyde de fer. . 0.0017

Chlorure de sodium 0.0025

Sulfate de soude 0.0035

— magnésie 0.0025

Silice 0.0150

Matières organiques 0.0150

Total. ... 0.2796

Au nombre des vertus curalives attribuées aux eaux de Tchékirgué, on compte leur efficacité contre les troubles utérins. Un

usage consacré par la tradition locale semble confirmer cette efficacité. En effet, les femmes qui affluent à Tchékirgué, dans la saison des bains, principalement pour cause de stérilité, ne manquent pas de faire un pèlerinage au turhé (chapelle funéraire) du Sultan Mourad l^% situé précisément à côté du grand bain à'Eski-KapMja. Dans ce turbé^ devant le tombeau du Sultan, outre les armes qu'il portait le jour de sa mort, à la victoire de Kossova,(1389)et parmi lesquelles on vénère surtout la tunique de mailles d'acier teinte de son sang et portant la marque du poignard de Milosch Rabilovilch. Outre ces reliques d'un héros, père de la patrie otlomane, on remarque un grand vase métallique posé au milieu de la chapelle sur un piédestal. Ce vase est toujours plein de grains de blé, objet de l'ardente convoitise des pèlerins. En effet, suivant la croyance populaire, ce blé consacré a la vertu de faire cesser la stérilité, et de rendre les femmes fécondes; mais il faut qu'il soit dérobé en cachette, sans que personne ne s'en aperçoive, et consommé sur place immédiatement sans qu'on le voie! Le gardien du turbé^ soigneux de ses propres intérêts, sait à propos détourner la tête.

Or, il est exlrêmement fréquent que des femmes stériles, après un semblable pèlerinage et une saison passée aux bains de Tchékirgué, obtiennent les joies de la maternité.

SANDJAR D'ERTHOGROUL

Les principales sources minérales du sandjak d'Erthogroul sont celles de Tchitli, de Bakmadja et de Terdjé.

La station de Tchitli est située à 55 kil. sud-est de Brousse en ligne directe ; la distance réelle, par la route, est de 60 kil. ; on la parcourt en 10 heures. Tchitli esta H kil. sud-est d'Aïné-Gueul, chef-lieu du caza de même nom. La source émerge d'un des derniers contreforts du mont 01ympc,à 15 minutes environ du village dont elle porte le nom, et à 30 met. au-dessus de la fertile et riante plaine d'Aïné-Gueul, d'une étendue de 14 kil. sur 4 kil. et d'une altitude de 385 m. en moyenne. Cette source a été découverte

par M. Anghelos Rindjper-oghlou qui le premier en a obtenu la concession.

En 1867, la source de Teau de Tchilli a été l'objet d'une nouvelle concession à Fayk-Pacha (M. Georges Della-Sudda). C'est de ce moment laque datent les travaux de captage et la sérieuse exploitation de cette eau, dont le débit était, avant l'exécution des travaux, d'un litre par minute, soit en moyenne de 1440 litres en 24 h. Ce débit était, en avril 1871, de 3 litres 565 par minute, soit 5133 litres en 24 h. Il n'est plus aujourd'hui que de 3 litres 342 par minute, soit 4812 litres en 24 h.

L'eau de Tchitli est incolore, limpide, fraîche, d'un goût fort agréable, un peu piquant, avec une saveur alcaline très prononcée. Suivant de nombreuses expériences, faites durant neuf mois, de mars à novembre, où la température de l'air a été successivement de 3° jusqu'à 28^ centigrades, celle de cette eau est restée invariable. La composition chimique de l'eau de Tchitli est comme suit :

Température : 14" C.

Densité : 1,005.

Un litre de cette eau renferme :

Acide carbonique libre 0.483

Bicarbonate de soude 4.506

— potasse 0.142

— chaux 0.367

— fer (à l'état de protoxyde) . . 0.005

— magnésie 0.365

Sulfate de soude 0.132

Phosphate de soude 0.061

Chlorure de sodium 0.066

lodure de sodium traces

Manganèse —

Silice 0.060

Total 6.187

usage consacré par la tradition locale semble confirmer cette efficacité. En effet, les femmes qui affluent à Tchékirgué, dans la saison des bains, principalement pour cause de stérilité, ne manquent pas de faire un pèlerinage au turhé (chapelle funéraire) du Sultan Mourad l^% situéprécisément à côté du grand bain à'Eski'Kaplidja. Dans ce turbé^ devant le tombeau du Sultan, outre les armes qu'il portait le jour de sa mort, à la victoire de Kossova,(1389)et parmi lesquelles on vénère surtout la tunique de mailles d'acier teinte de son sang et portant la marque du poignard de Milosch Kabilovitch. Outre ces reliques d'un héros, père de la patrie ottomane, on remarque un grand vase métallique posé au milieu de la chapelle sur un piédestal. Ce vase est toujours plein de grains de blé, objet de l'ardente convoitise des pèlerins. En effet, suivant la croyance populaire, ce blé consacré a la vertu de faire cesser la stérilité, et de rendre les femmes fécondes; mais il faut qu'il soit dérobé en cachette, sans que personne ne s'en aperçoive, et consommé sur place immédiatement sans qu'on le voie! Le gardien du turbé^ soigneux de ses propres intérêts, sait à propos détourner la têlê.

Or, il est extrêmement fréquent que des femmes stériles, après un semblable pèlerinage et une saison passée aux bains de Tchékirgué, obtiennent les joies de la maternité.

SANDJAR D'ERTHOGROUL

Les principales sources minérales du sandjak d'Erthogroul sont celles de Tchitli, de Bnkmctdja et de Terdjé.

La station de Tchitli est située à 55 kil. sud-est de Brousse en ligne directe ; la distance réelle, par la route, est de 60 kil. ; on la parcourt en 10 heures. Tchitli esta H kil. sud-est d'Aïné-Gueul, chef-lieu du caza de même nom. La source émerge d'un des derniers contreforts du mont Olympe, à 15 minutes environ du village dont elle porte le nom, et à 30 met. au-dessus de la fertile et riante plaine d'Aïné-Gueul, d'une étendue de 14 kil. sur 4 kil. et d'une altitude de 385 m. en moyenne. Cette source a été découverte

par M. Anghelos Rindjper-oghlou qui le premier en a obtenu la concession.

En 1867, la source de Teau de Tchilli a été l'objet d'une nouvelle concession à Fayk-Pacha (M. Georges Della-Sudda). C'est de ce moment là que datent les travaux de captage et la sérieuse exploitation de cette eau, dont le débit était, avant Texécution des travaux, d'un litre par minute, soit en moyenne de 1440 litres en 24 h. Ce débit était, en avril 1871, de 3 litres 565 par minute, soit 5133 litres en 24 h. Il n'est plus aujourd'hui que de 3 litres 342 par minute, soit 4812 litres en 24 h.

L'eau de Tchitli est incolore, limpide, fraîche, d'un goût fort agréable, un peu piquant, avec une saveur alcaline très prononcée. Suivant de nombreuses expériences, faites durant neuf mois, de mars à novembre, où la température de l'air a été successivement de 3° jusqu'à 28^ centigrades, celle de cette eau est restée invariable. La composition chimique de l'eau de Tchitli est comme suit :

Température : 14° C.

Densité : 1 ,005.

Un litre de cette eau renferme :

Acide carbonique libre 0.483

Bicarbonate de soude 4.506

— potasse 0.142

— chaux 0.367

— fer (à l'ctat de protoxyde) . . 0.005

— magnésie 0.365

Sulfate de soude 0.132

Phosphate de soude 0.061

Chlorure de sodium 0.066

lodure de sodium traces

Manganèse —

Silice 0.060

Total 6.187

On a souvent employé Teau de Tchilli, et toujours avec succès, comme un parfait équivalent des eaux de Vichy, de Vais, de Carlsbad et autres sources de même nature. II en est fait aussi grand usage comme eau de table.

Un sentier frayé par les chevaux à travers champs, suivant la lisière de la plaine d'Aïné-Gueul, en se dirigeant vers Test, conduit au village de Gunnuk^ arrosé par une petite rivière du même nom, qui sort d'une vallée profonde et large, route de caravanes pour Kutahia durant la belle saison. Après environ 45 minutes de marche à cheval dans cette direction, par des chemins ombreux et frais, on franchit un escarpement raide, mais court, et Ton arrive sur un plateau rougeâtre, élevé de 55 m. au-dessus de la plaine d'Aïné-GueuI et mesurant 90 m. sur 40 m.

Du centre de ce plateau émerge, avec un vif bouillonnement, la source de Bakmadja^ d'où se dégage du gaz acide carbonique. Une bougie allumée que Ton expose à 30 centimètres au-dessus du niveau de Tair s'éteint rapidement. Beaucoup de femmes des villages environnants viennent visiter la source de Bakmadja et respirer ses émanations qui leur procurent une sorte de soulagement, consistant en anesthésie et en hallucinations attribuées par elles à un pouvoir magique. Il est impossible de leur faire entendre que cela s'explique naturellement.

On ne saurait déterminer rigoureusement le débit de cette source, mais M. Béral, ingénieur des mines de France, autrefois détaché au service du Gouvernement ottoman, aujourd'hui sénateur, l'estime à un minimum très approximatif de 70 litres par minute, soit plus de 100,000 litres en 24 heures. Tout autour de la source, les roches se présentent en feuillets superposés par couches de stratifications, légèrement colorées par l'oxyde de fer, et entre lesquelles on aperçoit souvent des empreintes de feuilles de chêne dont les détails les plus délicats sont très nettement conservés. Ces roches, produit des sédiments déposés là de temps immémorial, résonnent avec une grande sonorité sous le pied du passant.

L^eau de Bakmadja est limpide, incolore, inodore; elle a une

saveur acidulée très prononcée et tapisse les parois du récipient dans lequel on la recueille d'une multitude de petites bulles de gaz. Sa composition chimique est comme suit :

Température : -f 26' C.

Densité : 1,0035.

Un litre de cette eau renferme :

Acide carbonique libre 0.5659

Bicarbonate de soude 2.0211

— potasse 0.1081

— magnésie 0.0112

— chaux 0.9182

— fer 0.0091

— manganèse (traces sensibles)

Chlorure de sodium 0.0738

Sulfate de soude 0.0637

Silice 0.0270

Matière organique soluble (traces impondérables)

Total .... 3.7981

L'eau de Bahmadja^ par sa composition , se rapproche donc des eaux de Gondillac, de Fougues, et particulièrement de l'eau de Royat (Puy-de-Dôme); elle entre par conséquent dans la catégorie des eaux minérales bicarbonatées calciques mixtes.

On trouve aux environs des débris d'antiquités.

La source de Terdjé sort en bouillonnant des flancs du mont Olympe, k quelques mètres du village de Kerlès, à côté d'un torrent d'eau douce qui sert de moteur à une scierie voisine nommée Bitchki, située à 24 kil. sud d'Aïné-Gueul. Pendant la saison des pluies, le torrent déborde et inonde la source.

L'eau de cette source est incolore et inodore ; lorsqu'on en débouche une bouteille pendant une journée chaude^ il s'en dégage un grand nombre de globules, remplies de gaz qui vien-

nent tapisser les parois du verre, phénomène qu'on n'observe pas par un lemps froid, mais qu'on peut produire à volonté en élevant artificiellement la température. A l'abri de l'air dans la bouteille, l'eau de Terdjé est d'une limpidité parfaite, mais exposée à l'air, il s'y forme un précipité blanc rougeâlre que la chaleur active beaucoup. Sans être piquante, la saveur de cette eau est d'abord aigrelette, puis elle prend faiblement ce goût d'encre, particulier, comme on le sait, aux sels de fer. La température de l'eau de Terdjé est, à la source môme, de ■+- 13** C. Un litre de cette eau renferme :

Acide carbonique libre 0.546

Bicarbonate de soude ) ^ ^^-,

— potasse )

— chaux 0.545

— magnésie 0.112

— protoxyde de fer .... 0.081

— — manganèse . . traces.

Chlorure de sodium ) ^ ^.g

— potassium ^

Sulfate de soude tr. sensibles.

Alumine 0.005

Silice 0.012

Matières organiques traces.

D'après sa composition, l'eau de Terdjé doit être rangée parmi les eaux ferrugineuses connues, à côté de celles de Spa, de Schwalbach, d'Orezza, de Pyrmont, etc.

Tout ce qui précède, au sujet des eaux minérales des sandjaks de Brousse et d'ErthogrouI, est emprunté aux remarquables travaux de Bonkowski pacha, chimiste du Palais Impérial, publiés en grande partie dans le journal turco-français ïOsmanli, sous la direction de M. Marie de Launay. Pour ce qui concerne l'histoire ottomane et Tépigraphie turque, ce travail a été contrôlé

avec le plus grand soin par Hassan Tahsin Etfendi, ancien grandmaître de rUniversilé [Dar ul-Founoun) de Constantinople.

SANDJAK DE KUTAHIA

Au milieu de la ville d'Eski-Chèhr^ ancienne Dorylœum^ cité phrygienne qui fut plus tard un lieu de plaisance pour les empereurs byzantins, il existe encore des thermes renommés dans toute l'Asie, restes de la munificence de ces empereurs. Ces bains ferrugineux, situés dans le quartier du bazar, sont alimentés par une même source fort abondante, dont les eaux sont amassées sous les terrains de ce quartier, où il suffit de creuser à un mètre de profondeur pour trouver partout Teau thermale. Trois de ces bains sont à l'usage des hommes et le quatrième est réservé aux femmes. La ville les donne à loyer pour 600 livres turques par an, soit environ 13,800 fr.

Bon nombre d'habitants de la ville d'Eski-Ghèhr ne boivent pas d'autre eau que celle de ces thermes, refroidie. Ils trouvent qu'elle facilite les fonctions digeslives et guérit les maux d'estomac.

Non loin de la même ville, à ValianoSj village situé à 35 kil. au sud ; à Kaimaz^ éloigné de 40 kil. à l'est; à Hassirdji-tchiftlik, vers le sud-est du caza, on trouve également des eaux thermales ferrugineuses qui jouissent des mêmes propriétés, étant refroidies, et dont les habitants font aussi leur boisson ordinaire ; mais il n'y a pas de bains dans ces localités. A lUdja, vers le nord du caza, il existe un petit établissement thermal très fréquenté.

Aux environs de Topdjilar, à 30 kil. nord-est d'Eski-Chèhr, surgit entre deux rochers une source d'eau minérale froide; au dire des populations des alentours qui viennent y boire en foule, l'eau de cette source guérit les maux d'estomac les plus invétérés et tue les vers intestinaux. Tous les animaux aquatiques, assure-t-on, fuient cette eau, et ceux qu'on y introduit meurent aussitôt. A 5 kil. à Test de ce même village de Topdjilar, à Djirdjiros^ on rencontre une aulre source d'eau minérale dont la température est tiède en hiver et glaciale en été.

SANDJAK DE KARA-HISSAR Il n'y a pas d'eaux minérales connues dans ce sandjak.

SANDJAK DE KARASSl

Cette contrée est très riche en sources d'eaux minérales, pour la plupart thermales, et presque toutes pourvues d'établissements balnéaires et de bassins à la disposition du public.

Dans le caza de Balikèssèr, à 20 kil. environ du chef-lieu, près de Yuruk'Ova (la plaine des nomades), on rencontre la source renommée de y27a72/ar (les serpents). L'établissement des bains est assez bien construit et convenablement tenu; les bassins sont en marbre blanc. La température de l'eau est de + 60"* C. ; elle contient du sulfate de fer. Cette source est fréquentée avec succès par les anémiques et les convalescents qui y reprennent des forces au moyen de bains ordinaires et de bains de fange.

Près des villages àlFéftélia et de Kiraz^ à 1 1 kil. de Balikèssèr, des sources à la température de +W C. sont assidûment fréquentées, bien qu'elles ne semblent pas devoir être fort actives. Leurs effets curatifs sont assez problématifs.

Plusieurs sources minérales du nahié de Balia ont acquis plus justement une grande réputation. L'une des plus célèbres, nommée Hozloudja, à 5 kil. de Tchamli^ contient des sulfates et des carbonates, du fer, du soufre et de l'iode. La température de son eau est de + 80"^ C; elle peut facilement être abaissée au moyen de l'eau froide d'un ruisseau voisin. On peut y prendre aussi des bains de fange. Cette source est habituellement fréquentée avec succès par les femmes stériles.

Il existait encore dans ce même nahié de Balia, il y a 6 ans, une autre source d'eau minérale très efficace pour les enfants anémiques. Cette eau contenait des sulfates alcalins et une si grande quantité de fer, qu'il s'est formé devant la source des amas considérables de sédiments ocreux. Prise en boisson, elle coupait la fièvre, et guérissait en lotions les maux d'yeux. Malheureusement la compagnie qui exploite la mine de Hadja-

Gnmiichy située à proximité, a creusé des galeries dans le voisinage immédiat de cette source si bienfaisante, qui s'csl tarie.

On trouve encore dans le nahié de Fret, à trois quarts d'heure des villages de Sulian-tchair el de Yi/diz, une source dont Teau, d'une température de + 60** C, contient des sulfates et du soufre. Elle est fréquentée pour la guérison des maladies nerveuses et des rhumatismes. On voit aux environs quelques ruines antiques qui semblent provenir d'anciens- thermes. Le même nahié possède, à Omer-keui^ un bain chaud dont Teau contient peu de substances en dissolution; ses effets ne sont pas bien définis; sa température est de + 38** C.

A Chéikhler^ dans le nahié de Ghebsoun, jaillit une source en tout semblable à la précédente ; elle est cependant renommée contre les aiïections du cerveau.

Près du bourg de Gundn, chef-lieu du caza de même nom, se trouve une source dont l'eau est efficace contre les catarrhes mal soignés; elle est à la température de + 40"" C, et contient des sulfates alcalins et des composés de chlore.

Le nahié de Manias, dans le caza de Panderma, possède aux environs de Singherli des sources thermales remarquables par leur volume qui est celui d'une rivière, et leur chaleur exceptionnelle qui est celle de TébuUition. Les eaux sont recueillies le long de la vallée, par un canal d'environ 1 ,000 mètres et font tourner plusieurs moulins sur leur passage. Elles sont douces au toucher, et contiennent des carbonates de chaux, de magnésie et autres, avec un excès d'acide carbonique qui s'évapore au grand air et laisse sur le passage des eaux des dépôts calcaires, augmentant sans cesse en hauteur et en étendue, et formant, comme à Hiérapolis, près Dénizli (Laodicée), des ponts suspendus et des arcades. Ces eaux, refroidies, sont légèrement salées et piquantes; leur saveur est agréable; prises en boisson, on en obtiendrait probablement d'heureux effets curatifs, mais on n'en fait usage qu'en bains, dans un bassin creusé en terre, au milieu d'une salle grossièrement construite en troncs d'arbres bruts. Ces sources étaient connues dans l'antiquité; il en est fait mention par l'orateur Aristide comme se trouvant voisines

de Pœmaninus, ville sur remplacement de laquelle est bâti le village actuel de Manias.

Il y a dans la petite lie dile Zétioun-adassi^ située en face d'Erdèk (Artaki), une source chaude très abondante, dont les propriétés ne sont pas bien connues.

Le caza d'Adramit possède dans ses dépendances plusieurs sources thermales exploitées. Celle du petit port de Loudja^ à 15 kil. ouest de la ville d'Adramit, parait avoir des qualités fort discutables; son degré de thermalité est de + 40"" C.

Au village de Frènk^ à environ 2 kil. d'Adramit, il existe un établissement balnéaire avec piscines, baignoires, habitations pour les baigneurs et écuries pour les chevaux. La température de la source varie de 20 à 30 degrés; cette source est intermittente, elle fait son apparition au mois d'octobre et disparait Tannée suivante, en juillet, pour reparaître de nouveau deux mois plus tard. Les eaux de Frènk^ très fréquentées pendant les dix mois de leur durée, contiennent des sulfates alcalins et du fer. Elles sont renommées pour la guérison des névroses et des paralysies.

Près des villages A'Aktché et de Ghidirlar^ dans le nahié d'Avnié, un autre établissement également bien pourvu de piscines et de baignoires, est alimenté par une source à la température de -}- 60"* C, contenant de l'acide carbonique libre, de l'acide sulfurique, des alcalis et du soufre. On dit cette eau très efficace contre la goutte et les rhumatismes. Dans ces derniers cas, on prend surtout des bains de fange. Une belle forêt de hêtres et une source d'eau limpide et fraîche, contribuent à rendre le séjour de cette localité salubre et agréable pour les baigneurs.

Dans le même nahié, à 3 kil. environ de la plaine des Ytiruk^ voisine de la source de Yilanlar déjà citée plus haut, on voit couler entre des rochers escarpés un cours d'eau d'une température de + 45^ C, où les femmes des villages d'alentour viennent laver leur linge. On ignore si cette eau possède des vertus curatives.

Une autre source thermale, dans le caza de Bighadjik, àpro-

ximilé du chef-lieu, au village de Hissar, n'a été également l'objet d'aucune élude ; elle est cependant assidûment fréquentée par la populalion locale qui tient cette eau en grande estime.

A Osmanlar^ dans le caza de Sanderghi, coule une source d'une très haute température, qui ne peut être employée qu'après avoir parcouru une grande étendue de terrain et s'être ainsi refroidie, car il n'y a point d'eau froide dans le voisinage. Ce petit cours d'eau thermale sert de moteur à un moulin, en aval duquel on a établi une salle de bains au moyen de branches d'arbres entrelacées en forme de claie, faisant office de clôture. Les baignoires sont des trous creusés dans la terre. On vante beaucoup Tefficacilé de ces eaux.

Agriculture. — Bien qu'elle ne soit en réalité qu'à l'état d'enfance, l'agriculture peut relativement passer comme avancée dans le vilayet de Brousse, si on le compare à tous les autres, celui de Smyrne excepté.

En effet, ces deux provinces, encore plus favorisées, s'il est possible, sous le rapport de l'extrême fertilité du sol, que ne Test en général l'Asie Mineure, possèdent en outre un vaste développement de littoral qui permet, du moins dans un certain rayon de distance descôtes^ un plus ou moins facile écoulement de leurs produits. Déjà, dans le second de ces vilayels, une plus grande extension donnée aux lignes existantes de chemin de fer, a fait prendre un nouvel essor au commère, ranimé l'agriculture et encouragé l'industrie. Les mêmes causes amèneront bientôt, ainsi qu'on peut le prévoir, les mêmes effets dans le vilayet de Brousse, parcouru à l'est par le chemin de fer d'Anatolie qui traverse les sandjaks d'Ërthogroul et de Kutahia, les met dès à présent en communication par voie rapide avec Gonslanlinople et les rattache dans l'intérieur du pays à l'importante place d'Angora, et bientôt à celles de Yuzgat, Kir-Chèhr etCésarée. D'autre part, la ville de Brousse se trouve elle-même reliée à la mer de Marmara par la petite ligne de Moudania^ que ses concessionnaires ont la faculté de prolonger jusqu'à Tchitli ; ils profiteront

sans doute de cette lalitude, et malgré Tétroitesse de la voie, la ligne de Moudania à Tchilli^ par Brousse, rendra certainement des services dignes d'être appréciés.

Une troisième voie ferrée, celle-ci à largeur normale, ayant Pandermaponr tête de ligne, et devant traverser le vilayet de Brousse tout entier pour aller se relier à un prolongement du chemin de Ter d'Anatolie sur Kouiab, à Afioun-Kara-Hissar, avait été concédée. Il est vrai que la compagnie concessionnaire n'ayant pas rempli ses engagements dans les délais fixés, s'est trouvée déchue par ce fait, et a vu saisir son cautionnement. Mais cette ligne offre de trop grands avantages pour qu'elle puisse être abandonnée. Elle sera certainement reprise, de manière ou d'autre^ au grand avantage du relèvement de Tagricullure, particulièrement dans cette région.

On doit croire ce relèvement prochain d'autant mieux assuré que, de toutes parts, sans attendre l'établissement des chemins de fer, chacun amis résolument lamainà Tœuvre. Se plaçant en tête du mouvement, les diverses administrations publiques poursuivent cette œuvre avec énergie. Le ministère de la liste civile prêche d'exemple en multipliant de tous côtés la création de grandes exploitations agricoles; plusieurs riches particuliers suivent cette voie où leurs propres intérêts marchent si parfaitement d'accord avec l'accroissement de la richesse publique et le bien-être général. Les ministères de l'agriculture, du commerce des travaux publics, de l'instruction publique, et des fînances, l'administration de la dette publique, interviennent directement au moyen des banques agricoles destinées à faire cesser les prêts usuraires qui ruinent les cultivateurs, de fermes-modèles, de cours spéciaux de viticulture et de greffage de la vigne, de stations séricicoles, d'écoles de sériciculture, etc. etc., utiles créations qui, pour la plupart, atteignent dès le principe le but proposé, et dont les autres, telles par exemple que les banques agricoles, produiront d'aussi heureux fruits, dès que leurs opérations seront débarrassées de formalités trop compliquées.

Ces créations, d'une utilité générale évidente, trouvent plus particulièrement leur application pratique dans les divers san-

djaks du vilayet de Brousse, où les principales branches de Tagricullure ont surtout pour objet, outre la production des céréales, celle de la soie, du vin^ de Thuile d'olives, de ropium, et ont pour corollaires un certain nombre d'industries qui se rattachent directement à celle production et ne sont pas moins considérables qu'elle. Parmi ces industries, qui feront plus loin l'objet d'un chapitre spécial, il n'est pas inutile de mentionner ici les filatures, les magnaneries, la fabrication des étoffes de soie, de coton, de laine; celle des tapis, de la minoterie, des savonneries, etc. On se rendra compte ainsi de la prépondérance de la culture des céréales, du mûrier, de l'olivier, du pavot, delà vigne, du cotonnier, l'importance accordée à l'élève de la race ovine, qui pourraient paraître l'objet de préférences trop exclusives dans des contrées si bien disposées, à d'autres cultures très productives^ telles, par exemple, que celles de la pomme de terre et de la betterave. En effet, d'après des expériences nombreuses, faites par des cultivateurs européens et indigènes, ces deux dernières plantes peuvent atteindre en ce pays, bien mieux qu'à Malle, lieu de production renommée, un haut degré de perfection.

Céréales. — Quoi qu'il en soit, la situation agricole actuelle, qui, toutefois, s'améliore déjà de jour en jour, les cultures préférées dans tous les sandjaks du vilayet de Brousse sont à peu près uniquement celles qui viennent d'être ci-dessus énumérées. Les méthodes elles instruments employés, sauf de rares exceptions, sont encore généralement des plus primitifs. Ainsi, pour les céréales, on se sert toujours de la charrue du pays, et le sol n'est pas labouré à plus de 4 à 5 centimètres de profondeur. On n'en obtient pas moins de riches moissons. Dans les plaines de Balikessèr et dans lé caza d'Adramit, notamment, on fait chaque année de belles récoltes. Il en est de même en beaucoup d'autres localités des sandjaks de Karassi, de Brousse et d'Erthogroul. Le dépiquage des grains ne s'opère pas moins sommairement que le labourage. Ce travail est exécuté presque partout au moyen d'une simple planche, dont le dessous est garni de

morceaux de silex, vulgairement « pierre à fusil », plus ou moins Iranchanls. A celte planche, sur laquelle un ouvrier monte, un ou deux chevaux sont attelés ; Tappareil, qui ressemble assez à un char antique parcourant Thippodrome, foule les épis amassés sur l'aire, et sépare ainsi les grains de la paille ; il ne reste plus qu'à vanner. On voit que celle opération, malgré son côté très pittoresque, et quoique fort peu coûteuse, n'est pas en réalité bien économique.

Pourtant, comme on le voit plus haut, au tableau de la production agricole du vilayet de Brousse, cette production ne s'élève pas en moyenne chaque année h moins de 1 2, 1 29,982 hectolitres de céréales, dont 10,146,586 d'excellent froment et d'orge de qualité supérieure. Que sera-ce donc quand de bonnes méthodes et de bons instruments d'agriculture auront été enfin adoptés d'une manière générale et que cette terre, si fertile, exploitée rationnellement, récompensera l'agriculture en proportion de son travail?

Les, raisins, vins. — La culture de la vigne n'est pas mieux soignée que celle des céréales et n'est pas moins rémunératrice. Elle est répandue dans le vilayet tout entier et principalement dans les deux sandjaks de Brousse et de Karassi, auxquels un littoral assez étendu et de bons poris permettent l'exportation de leurs vins estimés et de leurs raisins frais et secs.

Sur une production totale de 48.350.000 kilogr. de raisins blancs et noirs, le sandjak de Brousse fournit pour sa part 16.750.000 kilogr. et le sandjak de Karassi 15.600.000; les principaux lieux de production, tant pour la qualité que pour la quantité, dans ces deux sandjaks, sont d'abord Brousse et sa banlieue, dont la récolte moyenne est d'environ 1 1 millions de kilog. de raisin blanc et de 800.000 kilog. de raisin noir, et tous les cazas du sandjak de Karassi, à l'exception de Kémer-Adramil, dont le territoire, d'une étendue très bornée, est surtout riche en belles forêts.

Les autres cantons vignobles sont, dans le sandjak d'Erthogroul, les cazas de Bilédjik et d'Aïnè-Gueul, qui produisent un

raisin noir donnant des vins fort esiimés. Le sandjak de Kulahia n'a qu'un seul vignoble, c'est le caza d'Ouchuk. Quant au sandjak de Kara-Hissar, les vignobles y sonl nombreux et Irès productifs, particulièrement ceux du merkez-caza exploités en raisins secs noirs dils « de Smyrne », dont il se fait dans cette ville un grand commerce. Des Grecs venus des vilayefs voisins fabriquent aussi avec ces raisins des vins estimés.

On compte au nombre des produits de la plaine de Brousse les plus recherchés, les raisins de table de Filandar, blancs, à grains très gros et de forme allongée, d'un excellent goût, espacés sur de longues grappes à râpe dure. Ces raisins se conservent frais jusqu'au mois de mai, époque à laquelle ils cessent de figurer au dessert des maisons riches. Le tchaouch^ autre raisin blanc très goùlé, est cultivé pour la consommation deConslantinople. Les plants sont, dit-on, originaires des rives du Bosphore. Le chasselas de Fontainebleau est issu de plants semblables, du moins quelques-uns l'assurent ; cependant les grains de ce dernier raisin sont bien plus petits que ceux du tchaoucliy et ses grappes beaucoup moins volumineuses; mais ils ont tous les deux le même aspect attrayant et la même saveur délicate.

Les autres espèces de raisins blancs servent plus spécialement à fabriquer des vins et des raisins secs, quoique le tiers environ delà production soit consommé en fruils frais; on en fabrique aussi du pekmèz, sorte de jus épais et sucré ressemblant h la mélasse, et dont il se fait une consommation très considérable en Turquie, tant pour la confection des confitures que pour beaucoup d'autres usages. Les raisins noirs servent exclusivement à la fabrication du vin, du raqi, sorte d*eau-de-vie blanche, tantôt anisée, tantôt parfumée avec la gomme-résine du lentisque ; on la nomme mastic dans ce dernier cas.

Presque tous les vins du vilayet de Brousse sont renommés ci divers titres; parmi les plus dignes d'être cilés, on doit ranger ceux du mont Olympe, dont les qualités supérieures viennent du versant méridional et sont récollées dans les villages d'Aklchékeuï, Dolandjé et Kézarli. Ces vins blancs et roses, d'un bouquet

f>0 VlLAYET 1)E BHOUSSK

(in et délicat, d'une limpidité parfaite, ne sont pas capiteux comme plusieurs autres vins d'Asie; ils ressemblent beaucoup, quant à la saveur, aux meilleurs crus de France. Leur production s'élève à 1,000 hectolitres environ par an. ils se conservent longtemps, s'améliorent encore en vieillissant et supportent bien les longs transports. On en expédie à Constantinople, eu Russie et en Angleterre où ils sont fort goûtés. On vendait, à Brousse même, il y a 40 ans, les vins du mont Olympe 5 fr. la bouteille, tandis que ceux de la plaine ne valaient que 2 piastres (0,46 c. Toke), soit 0,32 c. le litre. Depuis ce temps, les vins de la plaine de Brousse ont toujours tendu à s'améliorer et les prix à s'unifier, de sorte qu'aujourd'hui les meilleurs vins de roiympe ne se vendent plus que 2 à 3 fr. la bouteille et que certains vins de la plaine, notamment les vins blancs de Ghèmlèk et de Moudania., assez appréciés à Constantinople, valent 1 à 2 fr. le litre; mais le prix courant des vins ordinaires est toujours de 1 à 2 piastres (0,23 à 0,46 c. l'oke), etles vins noirs, c'est-à-dire les gros vins rouges, se vendent de 60 à 100 paras l'oke (0,34 à 0,57 c. environ), soit 0,27 à 0,35 c. le litre. Ces derniers sont en général riches en degrés, doux et capiteux. Le prix des vins vieux ordinaires est le plus souvent de 10 piastres (2 fr. 30 c. l'oke), soit environ 1 fr. 80 c. le litre. Tous ces prix sont ceux de la vente au détail dans les grands centres du vilayet.

Les vins du sandjak d'Erthogroul (Bilédjik et Aïné-Gueul) sont en tous points comparables aux vins du merkez-sandjakde Brousse, ceux du mont Olympe exceptés. On en peut dire à peu près autant des vins des saudjaks de Kulahia (Ouchaq) et de Kara-Hissar. Certains vignobles du sandjak de Karassi produisent des vins de couleur ambrée, doux et capiteux, mais éminemment fortifiants quand on en fait un usage modéré. Plusieurs de ces vins possèdent les qualités des vins d'Espagne et de Madère. On ne saurait établir aucune différence entre les vins rouges de ce sandjak et les vins rouges des Dardanelles, parmi lesquels d'ailleurs ils sont comptés pour la plupart et donfils contribuent à bien asseoir la réputation.

STATISTIOUK DKSCHIPTlvK 51

Il y a lieu de donner ici une mention spéciale à un vin du caza d'Erdek (Artaki), nahié de Pacha-Liman. Oulre des quanlilcs considérables de vins rouges dits « des Dardanelles », Piicha- Liman en produit aussi d1mporlan(esquanliiés connues sous ce nom. C'est un vin exirêmement chargé en couleur, paraissant noir, et ne prenant unebolle nuance d'un ton d'or que lorsqu'il est abondamment étendu d'eau. Son goût est amer; pris en excès, il n'enivre point, mais il pèse sur l'eslomac et ne produit en aucun cas celte sensalion de chaleur, effet habituel d'un vin généreux. Les Arméniens l'ont en grande estime; ils le considèrent comme une sorte de panacée, et le préfèrent en général à tout autre vin.

On estime la production totale des vins du vilayet de Brousse à 14,800,000 kilogr. par an, dont 6,400,000 kilogr. représentent la production du merkez-sandjak de Brousse, y compris 1 30,000 kilogr. de vino du mont Olympe ; 7,600,000 kilogr. sont produits dans le sandjak de Karassi ; le reste, soit 800,000 kilogr. est récolté dans les trois autres saiuljaks.

Pavot, opium. — Kara-Hissar est le principal centre de la culture du pavot, répandue d'ailleurs dans le vilayet de Brousse tout entier. C'est pourquoi, pour distinguer cette ville de Karallissar-Gharki (l'oriental), on l'appelle communément Alîoun Kara-Hissar (l'opium) quoique son nom oftîciel soit Kara-llissar Sahib (le maître), parce qu'elle est la plus importante de ces deux places. Sur 351,400 kilogr. d'opium et de semences de pavots recueillis dans le sandjak, 143,680 sont produits dans les dépendances directes de celte ville et dirigés sur Smyrne, le plus grand marché d'opium de l'Asie.

Après Kara-Hissar et le sandjak de même nom, les centres de production de l'opium sont, par ordre d'importance, les sandjaks de Karassi, de Kutahia, de Brousse et enfin celui d'Erthogroul dont la récolte ne dépasse pas 22,600 kilogr. En totalité, le vilayet de Brousse produit une moyenne de 750,000 kilogr. d'opium et semences de pavots par an.

Le mode de culture du pavot à opium, les époques des se-

52 VILAYET DK BROUSSE

mailles, des récoltes et tout ce qui concerne celle branche d'agriculture ne diSère pas de ce qui a déjà été dit au chapitre spécial du vilayet de Smyrne.

l/opium est entièrement exporté en Angleterre, en Hollande, aux Etats-Unis d'Amérique et enfin en France où il n'en est guère consommé d'autre. Il est fait trois parts des graines : l'une pour semence, l'autre pour faire de l'huile comestible consommée sur place, et la troisième est exportée à l'étranger.

Olivier, olives, hiiile. — La culture de l'olivier est très étendue dans le vilayet de Brousse, principalement sur le littoral de la mer Egée, du golfe d'Adramit et de la presqu'île de Cyzique, ainsi que dans la plaine de Brousse où Ton compte, seulement entre Ghèmlèk et Moudania, plus de 400,000 plants d'oliviers en plein rapport, produisant chacun en moyenne 75 okes d'olives par an, soit un total de 30 millions d'okes d'olives (38,488,500 kilogr.). La moitié de cette récolte est employée à faire de l'huile ; on sale l'autre moitié pour être mangée en conserves. On peut estimer en moyenne la production en huile d'olives de la plaine de Brousse, 2,309,300 kilogr. d'huile, produit de 19,244,250 kilogr. d'olives. Il reste dans les tourteaux une quantité d'huile évaluée à 10 0/0 environ ; il serait facile de l'en extraire par les procédés chimiques connus, et les résidus n'en seraient pas moins bons comme engrais et autres usages ordinaires.

Dans le sandjak de Karassi, la culture de l'olivier occupe une étendue de 183.817 detmtim, soit environ 16.900 hectares; elle est la principale richesse des habitants d'Aïvalik. L'huile d'olives de ce sandjak est en bon renom ; elle a mérité la médaille d'or à l'Exposition Universelle de Paris en 1867. C'est un article considérable d'exportation pour la Russie, la Roumanie et l'Angleterre. Karassi en produit 8.102.000 kilogr. par an.

L'ensemble de la production du vilayet de Brousse est d'environ 10.690.310 kilogr. d'huile d'olives d'excellente qualité.

Cotonnier. — La culture du cotonnier ne fournissait jadis presque rien au-delà des besoins de la fabricaiion locale, fort importanic du reste, car la spécialité d'étoffes, dites n soie de Brousse », mélangéesde coton, celle des servielles-éponges et de la lingerie de bain, etc, ont de tout temps exigé des quantités considérables de matières premières. Toutefois le producteur se bornait à fournir à la fabrication les quantités nécessaires à sa consommation. C'est seulement à l'époque de la guerre de sécession d'Amérique ( 1 860-1 865) que les marchés européens, se trouvant privés de l'énorme approvisionnement de coton de provenance américaine qui jusqu'alors leur avait largement suffi, Ton songea à combler ce déficit en stimulant la production universelle. Naturellement, la Turquie d'Asie devait^ une des premières, être mise à contribution et le gouvernement ottoman prit spontanément les mesures propres à développer la culture du cotonnier, dans les vilayels de Smyrne et de Brousse surtout. Des avantages spéciaux furent accordés aux producteurs de coton, des terres leur furent concédées et des graines de premier choix distribuées gratuitement. Les graines de provenance égyptienne donnèrent d'excellents résultats, notamment à Balikessèr. En 1863, à TExposition nationale ottomane, il fut constaté que la longueur et la solidité de la fibre de cette sorte, cotée alors 2 schellings, 5 pence la livre à Liverpool, n'avaient d'égales que celles de la qualité dite « Sea Island ».

On estime la production totale actuelle de la culture du cotonnier dans le vilayet de Brousse à 2.000.000 de kilogr., par an, de coton des qualités les plus estimées sur tous les marchés européens.

Mûriers, sériciculture. — D'après M. B. J. Dufour, spécialiste qui fait autorité en cette matière et qui a longtemps habité le vilayet de Brousse, le mûrier cultivé à la façon de Turquie, c'est-à-dire le mûrier blanc sauvage recepé tous les ans, donne 25 0/0 de production de feuilles de plus que par la culture européenne. De vastes espaces plantés de ces arbres exploités suivant ce système, se rencontrent dans tous les sandjaks.

54 VIIAYET DE BUOIJSSK

mais les plantations les plus estimées sont celles de Rrousse, Bilédjik, Moudania, Guèmlèk, Démirdèch, Panderma et leurs environs.

Lue autre supériorité de la sériciculture de ces contrées consiste dans rélevage au rameau et non pas avec des feuilles détachées comme il est d'usage en d'aulres pays. Ce procédé, entre autres avantages, est beaucoup plus économique; il supprime Tusage des claies, le travail du déTeuillage et les délitages, mais il est moins hygiénique, en ce sens que, sous les vers, la litière accumulée a quelquefois une épaisseur de 80 centimètres. Dans celte litière, on rencontre très fréquemment de la moisissure qui peut à la longue se transformer en flàcherie. 11 résulte cependant de ce système une notable réduction de personnel et une économie de temps qui naturellement diminuent dans la même proporlion le prix de la main-d'œuvre. Les filatures de Brousse tirent 1 kilogr. de soie grège de très belle qualité de 8 kilogr. 500 de cocons frais, résultat bien supérieur à ceux qu'on obtient ailleurs par d'autres méthodes.

Avant 1855, c'csl-â-dire quand la maladie des vers à soie dile la « pébrine », n'avait pas encore fait son apparition en Turquie d'Asie, le vilayet de Brousse ne produisait pas moins de 600,000 kilogr. de soie dans les années de récolte ordinaire. Mais dès 1856, la diminution de la production élait très sensible et en 1864 elle s'était abaissée jusqu'à 192,440 kil. A partir de cette date jusqu'en ces derniers temps, tous les efforts du gouvernement en faveur de la sériciculture restèrent longtemps impuissants contre le découragement des sériciculteurs qui, pour la plupart, arrachaient les plants de mAriers pour y substituer d'autres cultures plus productives.

Avant de montrer comment, avec le concours de l'administration des revenus de la Dette publique ottomane, la sollicitude infatigable des autorités ottomanes est enfin parvenue à ramener la sériciculture à son état normal et même à un étal plus prospère que jadis dans le vilayet de Brousse, il sera peut-être intéressant autant qu'utile de rappeler en peu de mots les origines lointaines de cette branche si importante de l'agriculture,

et de retracer les diverses phases qu^elle à dû péniblement traverser pour s'introduire du fond de Texlrême-orient à Censlanlinople, en Asie Mineure, en Grèce et enfin, de là, dans plusieurs contrées de l'Europe occidentale.

Les plus anciens historiens chinois nous apprennent que rimpératrice Chiling-Chi, femme de Hoang-Ti, éleva la première le ver à soie, 2700 ans av. J.-C, et tissa de ses mains la première pièce d'étoffe de soie. L'art de la sériciculture fit en Chine de grands et rapides progrès, mais les chinois cachèrent avec un soin jaloux le secret de l'élève du bombyx, et Ton ignora pendant de longs siècles d'où provenait la matière première des brillants produits de leurs manufactures. Selon le témoignage d'Aristote, les soieries qui venaient de Chine par la petite Boukharie, l'Inde et la Perse, étaient, depuis une époque déjà très reculée, défilées et remises en œuvre. dans les îles de l'archipel grec, oîi ces étoffes lourdes et d'un prix excessif étaient transformées en gazes légères et transparentes beaucoup moins chères. On attribuait l'invention de ce procédé économique, imité plus tard par les dames romaines à une femme de l'île de Cos nommée Pampbylla. Aristote, à qui son élève Alexandre le Grand envoyait les productions naturelles des pays traversés par ses armées, adonné une description du ver à soie assez exacte, mais il n'a pas indiqué de quelle contrée cet insecte est originaire.

Les Macédoniens victorieux rapportèrent sur les bords de la Méditerranée le luxe des Indes et de la Perse, et Pompée, après ses conquêtes d'Asie, introduisit à Rome l'usage de la soie. Toutefois, le prix en était encore si exorbitant que, sous le règne de Tibère, il n'y avait encore que les femmes du plus haut rang qui pussent porter ces étoffes remaniées d'après l'ancien procédé grec, dont l'extrême finesse et la transparence leur attiraient la censure et la moquerie des satiriques latins.

Une ambassade dont parle Thistorien chinois Ven-Hien-Tung fut inutilement envoyée en Chine par l'empereur Marc-Aurèle, en 163 ap. J.-C, pour ouvrir un commerce direct avec le pays producteur. La Perse demeura en possession du monopole des

56 VIIAYET DE BROUSSE

transports de la soie, dont le prix resia tellement énorme qu'au m* siècle, parmi les reproches de prodigalité fails à l'empereur Héliogabale, on l'accusait d'avoir porté un vêtement de celle étoffe nommé a holosericum », et qu'à la fin du même siècle un vêtement pareil était refusé par Aurélien à Timpéralrice sa femme. Lorsque le siège de l'empire romain fut transporté à Constantinople, le goût du luxe, devenu général, enrichit le commerce persan, toujours en possession du monopole des soieries ; mais précisément à cette époque, le secret, si longtemps gardé par les Chinois, passait à un autre peuple voisin. Une princesse chinoise, mariée à un prince du Khokand en 419, cachait dans ses cheveux des œufs de vers à soie et dotait ainsi sa nouvelle patrie, l'un des principaux khanats du Turkestan, de la merveilleuse industrie séricicole dont le mystère se trouva ainsi divulgué.

En 552, sous l'empereur Juslinien, deux missionnaires chrétiens, persans d'origine, apportèrent du Khokand à Constantinople des œufs de vers à soie, enfermés dans la pomme de leurs cannes. On les fit éclore au moyen de la chaleur du fumier et ces vers, nourris de feuilles de mûriers sauvages, filèrent leurs cocons, se multiplièrent et enrichirent Tempire romain d'orient de nombreuses manufactures fondées à Tyr, à Beyrouth et autres points de la Syrie, de l'Asie Mineure et de la Grèce, par les soins de Juslinien, sous la direction de son trésorier.

L'Europe occidentale et les autres pays silués hors des limites de l'empire d'Orient, profitèrent d'abord fort peu de ce bienfait, car le monopole n'avait fait que changer de place et la fiscalité des souverains byzantins y trouvait seule des bénéfices considérables. Le prix de la soie était toujours si élevé, qu'en 790 Charlemagne crut faire au roi de xMurcie, qui le reçut comme tel, un présent vraiment royal en lui offrant deux vestes de soie.

Le monopole de la sériciculture ne fut véritablement détruit qu'en 1 130, lorsque Roger V\ roi normand de Sicile, en guerre avec Manuel Comnène, pilla Athènes, Thèbes et Corinthe et

emmena en captivité un grand nombre d'ouvriers en soie qu'il établit à Palerme. De ce premier centre séricicole et manufacturier d'Occident, la culture de la soie se répandit bientôt en Italie, en Espagne, puis plus lard en France et dans les autres pays européens.

Quand aux établissements de Brousse et autres places du Khodavendighiar, leur importance ne fut jamais grande sous les byzantins, à cause des troubles et des ravages dont ils eurent à souffrir pendant les invasions des Arabes, suivies de tant de terribles batailles, sièges et assauts, livrés entre les croisés latins, les Grecs et les Turcs seldjoukides. L'ère de leur prospérité date de la domination ottomane (1 329) qui rendit enfin à ce pays une paix durable.

Les soies du vilayet de Brousse ont été, depuis lors, avantageusement connues sur les marchés de l'occident pour leurs belles et bonnes qualités; mais on ignora pendant des siècles leur lieu d'origine. Ce n'est guère que vers 1840 que l'on sut en France et en Angleterre d'oii arrivaient ces produits si estimés, et que l'on connut à Londres les noms de Démirdèch (Timourtach) près Brousse, et de Lefké, qui fournissaient depuis si longtemps au commerce anglais des cocons recherchés et des soies grèges qui, plus régulièrement filées, eussent été les premières du monde. On pensa alors à augmenter cette belle production et à perfectionner les procédés de filature. En 1845, après quelques tâtonnements qui avaient duré un an, la première filature à vapeur fut établie à Brousse par Tachdjian efendi, assisté du fabricant suisse, M. Falkeisen père et d'un directeur français, M. Goular. Cet établissement possédait 60 bassines. Ses bâtiments servent aujourd'hui d'école aux jeunes garçons de la communauté grecque.

La seconde filature, établie à Brousse en 1846, a été celle de M. Bilézikdji de Constantinople.

Ces deux établissements ont servi d'exemple et de modèle à plusieurs autres qui ont été créés successivement. En 1847, trois établissements furent fondés par Keuléyan Ovaghim Agha et Papazian. En 1 850^ la filature impériale de la liste civile, usine

considérable où fonclionnent 78 tours, fut fondée à Tchîmar- Dibi (Brousse). Trois autres furent créées à la même époque par M. Léon Arakéiian et par MM. Brotte et Garabed Kirmizian.

D'après le compte-rendu de TExposilion nationale ottomane de Constanlinople, en 1863, environ 5,000 tours fonctionnaient à Brousse, dans les filatures, sans compter un nombre assez considérable de tours sur lesquels on filait la soie à la main dans les maisons.

A un certain moment, Télan général de la sériciculture a été tel dans le vilayet de Brousse, par suite de Timpulsion donnée au chef-lieu dans 37 filatures, que Ton a pu compter à Bilédjik, Keuplu, Lefké, Moudania, Ghëmlèk et autres centres d'industrie séricicole réunis, jusqu'à 85 usines, outre les tours à main qui fonctionnaient par milliers. Dès lors, non seulement Texporlation des cocons a cessé, mais encore a-l-il fallu, pour faire face aux exigences toujours croissantes des filatures du pays, augmenter d'année en année la quantité de graines soumises à l'incubation. Partout, les grands propriétaires ne s'occupaient plus qu'à planter des mûriers^ et l'on ne voyait pour ainsi dire dans tout le vilayet que celle unique culture, source de grands bénéfices et d*une aisance générale. La supériorité de la soie des cocons blancs du ver sina produits dans les magnaneries locales, a provoqué alors des demandes considérables de cette qualité de soie en Angleterre, en Belgique et surtout à Lyon. Les sériciculteurs français et italiens importaient chez eux de Brousse, chaque année, de grandes quantités de graines. On se disputait les cocons au prix de 120 fr. le kilogr. Leur exportation reprit ainsi son ancien mouvement. Sa valeur totale annuelle s'élevait à plus de 18 millions de francs, lorsque diverses maladies sévirent sur les vers à soie par suite d'un élevage où le bon choix des graines et les conditions hygiéniques essentielles n'étaient plus observés, les éleveurs, éblouis par l'appât du gain, ne s'occupant plus que d'élever la plus grande quantité possible de graines dans les espaces trop restreints dont ils disposaient.

Cet oubli ou plutôt cette ignorance des notions les plus élé-

mentaires produisit fatalement des résultats tout à fait contraires à ceux qu'ils en attendaient, trompés par un désir trop exagéré du lucre. Entre autres maladies épizooliques qui s'en suivirent, la pébrine atteignit des magnaneries entières en 1860, et au bout de quelques années, la qualité de cocons blancs qui faisait la réputation de Brousse avait presque totalement disparu.

Quelques efforts infructueux furent faits à plusieurs reprises pour se procurer en divers endroits des graines saines, mais la maladie sévissait aussi dans les autres pays, et après ces insuccès, la production des cocons du vilayet de Brousse, de 4,000,000 de kilogr. qu'elle atteignait au moment de l'apparition de l'épizootie n'était plus que de 400^000 kilogr. En même temps survenait la baisse soudaine du prix de la soie à la suite de l'ouverture du canal de Suez, dont une des conséquences fut, comme on le sait, de faciliter les relations avec les IndeS; la Chine et le Japon, d'inonder dès 1869 tous les marchés de l'Europe des produits de ces contrées éminemment séricicoles.

Toutes ces circonstances réunies découragèrent profondémen t les sériciculteurs du vilayet de Brousse. Ainsi qu'il a été déjà dit plus haut, les efforts du gouvernement pour enrayer la décadence d'une branche de l'agriculture qui enrichissait la Turquie restèrent longtemps sans succès. Les plantations de mûriers étaient arrachéos et remplacées par d'autres cultures, et la ruine des industries séricicoles était devenue imminente.

Cependant depuis quatre ans déjà, en 1865, M. Louis Pasteur avait créé le système qui porte son nom et qui consiste principalement dans la sélection des papillons au microscope, afin d'obtenir des graines saines. Ce système avait été promptement adopté en France et en Italie, et les sériciculteurs de Brousse commencèrent à reprendre un peu d'espoir en apprenant les beaux résultats obtenus dans ces deux pays qu'ils avaient autrefois fournis de graines, et desquels à leur tour ils devinrent bientôt tributaires pour l'importante somme de 3 millions de fr. par an. Les résultats obtenus à Brousse des graines de race jaune

achetées en France et en Italie, furent d'abord très satisfaisants ; mais la fraude ne larda pas à s'introduire dans le commerce des graines ; les sériciculteurs ottomans, alléchés par le vil prix d'une production industrielle dont ils n'avaient aucun moyen de reconnaître l'infériorité, furent victimes de leur ignorance et de leur économie mal placée, et la conséquence nécessaire de celte faute fut une diminution nouvelle de leur production de cocons.

Quelques graineurs de Brousse et de Gbëmlèk eurent alors l'heureuse idée de se rendre en France pour étudier le système Pasteur à sa source même. De retour de ce voyage, ils enlreprirent la sélection des graines de Bagdad; mais les quantités qu'ils purent préparer étaient d'une importance trop minime pour remédier à la situation qui resta à peu près la même, jusqu'au moment où M. Hermann Scholer soumit à l'administration de la Dette publique ottomane un projet ayant pour but la solution radicale des difficultés.

Parmi les revenus concédés à cette administration, en vertu de riradé Impérial du 8/20 mouharrem 1881, figure en effet la dîme des soies du vilayet de Brousse, qui, lorsqu'elle en a pris possession, en 1882, était de 14,695 livres turques par an. Elle prit en sérieuse considération le projet qui lui était soumis et qui consistait à ne permettre l'entrée qu'aux seules graines accompagnées de leurs papillons, et à soumettre toutes celles qui auraient satisfait à cette condition préalable à l'examen d'un service micrographique à créer.

Pour mettre ce projet à exécution^ il était indispensable d'avoir un homme du métier pour diriger l'important service de micrographie qui devait être installé à la douane. A cet effet, l'administration de la Dette publique s'adressa à M. Pasteur, qui en référa à M. Maillot, alors directeur de la station séricicole de Montpellier. Celui-ci proposa au choix de l'administration un ancien élève diplômé de l'École d'Agriculture de Montpellier, M. Kévork Torkomian, qui occupait à ce moment le poste de sous-directeur des domaines de la Couronne à Tchataldja. Celuici, avant de répondre à l'offre qui lui fut faite du poste de chef du contrôle du service micrographique, demanda à étudier ce

projet sur lequel il émit uu avis défavorable, et soumit à Tadministration de la Dette publique, le 14/26 février 1887, un conire-projet proposant la création à Brousse d'une station séricicole ayant pour double but de former des graineurs indigènes et de propager dans le pays les bonnes règles de Télevage du ver à soie.

Après avoir passé par diverses phases dont il serait trop long de retracer ici toutes les circonstances, — parmi lesquelles on peut citer Tessai qui fut fait d'un système mixte en août 1887, au moyen de rétablissement d'un bureau technique dirigé par MM. Scholer et Wagner, qui donna lieu à plusieurs mécomptes, à beaucoup de plaintes et qui dut cesser de fonctionner vers la fin du mois de décembre de la même année, — le contre-projet de M. Torkomian fut enfin adopté par l'unanimité des membres du conseil d'administration de la Dette publique. Ses deux présidents, MM. Aubaret et Vincent Gaillard, et le directeur général Sélim Ëfendi Melhamé, qui s'y étaient tout particulièrement intéressés dès le principe, pensant que son auteur pourrait mieux que tout autre en assurer la parfaite exécution, firent alors une demande officielle au ministère impérial de la Liste civile, auquel appartenait ce jeune fonctionnaire, afin d'obtenir pour Torkomian Efendi l'autorisation de diriger en même temps la station séricicole de Brousse pendant trois mois chaque année. Cette demande, accueillie avec une vive satisfaction par le ministre, feu S.E. Agop Pacha, fut aussitôt soumise par lui à S. M. I. le sultan qui voulut bien lui accorder sa haute approbation par un décret(Iradé) impérial en date du 26 janv. (6 fév.) 1 888.

Torkomian Efendi, en vertu de cet acte souverain, fut chargé par l'administration de la Dette publique du premier établissement et de la direction de la station séricicole de Brousse, conformément à son propre projet. Dès le commencement de la campagne séricicole de 1888, les cours et les éducations modèles étaient inaugurés; douze élèves fréquentaient la station qui ne tarda pas à prendre un plus grand essor, et dont le siège, devenu trop étroit, dut à deux reprises être transféré dans de plus vastes locaux.

62 VILAYKT DE BROUSSK

Actuellement la station séricicole de Brousse a déjà parcouru une période quinquennale, durant laquelle quatre-vingt-quatorze élèves ont obtenu leur diplôme. De retour dans les divers cantons du vilayet de Brousse et du mutessariflik d'tsmidt, ils y ont propagé le système Pasteur et les saines règles de Télevage. Le nombre des graineurs indigènes s'est considérablement accru, et la production de la meilleure qualité de graines est devenue chose ordinaire dans la contrée. Les cultivateurs, reprenant espoir, se sont mis à l'œuvre pour reconstituer sur une très vaste échelle les anciennes plantations de mûriers, et le nombre des nouveaux plants s'est élevé, pendant les cinq dernières années, au chiffre approximatif de 30 millions. La bonne qualité dos graines et l'abondance des feuilles de mûrier, le mouvement ascendant de la production des cocons qui en a été la suite naturelle, ont provoqué la réouverture des filatures, fermées depuis la crise causée par les maladies des vers à soie.

On compte aujourd'hui dans le vilajet 88 filatures à vapeur, et dans la seule ville de Brousse^ outre des milliers de tours à main, 45 de ces usines contenant en totalité 2.169 bassines.

Non seulement le vilayet de Brousse est affranchi, dès à présent, du tribu annuel d'environ 3 millions de fr. qu'il payait à l'industrie étrangère du grainage, mais encore il exporte depuis quelque temps d'importantes quantités de graines dans les autres parties de l'Empire, ainsi qu'en France, en Italie et en Russie.

Durant la campagne séricicole de 1892, il a été mis à l'incubation, dans le vilayet de Brousse, 122.776 onces de graines, soit, à raison de 25 grammes l'once, 3.069 kilogr. environ.

En présence d'un état aussi prospère, plusieurs personnes, notamment MM. Fernandez, Alatini de Salonique et Pascalidi, ont sollicilé du gouvernement ottoman et de Tadministralion de la Dette publique la concession du monopole de la confection et de la vente des graines de vers à soie qui leur a été refusée. On a également rejeté le système d'affermage de la dîme des soies.

Ce n'est pas tout : pour encourager les sériciculteurs à persister dans la bonne voie, afin d'arriver au maximum de la pro-

STATlSTiguE DESCIUPTIVE 63

ductioD économique, des concours agricoles annuels ont été institués sur la proposition de Torkomian Efendi, adoptée par Tadministration de la Dette publique, avec Tapprobaliou du gouvernement. Pour ces concours, dont deux ont eu lieu déjà à Brousse en 1891 et 1892, et le troisième à Bilédjik et à Ismidt en 1893, il est alloué par la Dette publique une somme de 300 livres turques (environ 6,900 fr.) par an pour ce service. Le succès* de cette institution toute nouvelle pour la Turquie a été complet. Le Jury a constaté, au concours de 1892, que les cocons de plusieurs magnaneries avaient donné de superbes rendements en soie; ainsi, des cocons frais de qualité extra ont rendu 1 kilogr. de soie grège pour un poids total de 7 k. 900.

Les prix accordés aux lauréats de ces concours consistent en microscopes et en sommes d'argent. Ces encouragements donnés par Tadministration de la Dette publique continueront sans nul doute à exercer une influence de plus en plus salutaire sur les progrès delà sériciculture en Turquie.

Les résultats précieux obtenus en cinq années de fonctionnement de la station séricicole de Brousse l'ont mise au rang d'une institution désormais indispensable, et il a été décidé de la doter, comme les autres écoles nationales ottomanes, de bâtiments spéciaux qui auront pour annexes une magnanerie modèle, construite suivant les exigences de la science actuelle.

Pour assurer plus complètement l'action bienfaisante de cette utile fondation et rendre impossible le retour des funestes circonstances qui ont failli ruiner à jamais la sériciculture en Turquie, l'administration de la Dette publique a élaboré et soumis à la sanction impériale un règlement spécial en vertu duquel la confection et la vente des graines de vers à soie seront interdites à toute personne non munie d'un certificat de capacité.

En résumé, l'état actuel de la sériciculture dans le vilayet de Brousse se présente comme suit :

Nombre de mûriers plantés depuis o ans dans tout le vilayet : environ 30 millions.

Superficie totale des plantations de mûriers : 563,600 dennum^ soit 51,811 hectares.

Nombre de filatures à vapeur : 88, conlenant 5,000 bassines.

Nombre de filatures à vapeur dans la seule ville de Brousse : 45, conlenant 2,169 bassines.

Graines mises à T incubation en 1892-93, soit du l*""" mars 1892 au 28 février 1 893 , dans lou l le vilayet de Brousse : 1 28,484 onces de 25 grammes, soit 3212 kilogr. 100.

Cocons récoltés dans le vilayet : 4,324,670 kilogr.

Valeur de cette récolte : 560,172 livres turques, soit environ 12,900,000 fr.

Dime de ce revenu à la dette publique : 56,017 livresl urques, soit environ 1,300,000 fr.

En 1882, quand Tadministralion de la Dette publique prit possession de ce revenu, la dîme des soies du vilayet de Brousse n'était que 14,695 livres turques.

Augmentation obtenue : 41,322 livres turques.

Outre Técole spéciale de sériciculture ou « station séricicole » ayant pour annexe une magnanerie modèle précitée, une école pratique d'agriculture a été fondée récemment près de Brousse, à Karaman-keuï, et renseignement agricole y a été inauguré en 1 891 . Celle école, à l'institution et à Torganisalion de laquelle a présidé, par ordre de S. M. I. le sultan, le conseiller d'agriculture et des travaux publics, Djémal Bey, ancien élève de Técole nationale d'agriculture de Grignon, a pour directeur Kiatibian Efendi, également ancien élève de celte institution française renommée, et pour sous-directeur Sinanian Efendi, qui a reçu comme eux une instruction spéciale en France. La nouvelle institution agricole de Brousse, dûment pourvue des meilleurs instruments aratoires et dotée d'un bon cheptel de bestiaux choisis sur les domaines impériaux, compte actuellement 40 élèves appartenant aux diverses communautés du vilayet, proportionnellement au nombre d'habitants dont chacune se compose. Elle recevra chaque année, suivant celle même proportion, 20 nouveaux élèves. La durée des cours étant de trois ans, le nombre dos élèves sera toujours de 60 à partir

de i 894, date de la sortie des 20 premiers reçus qui auront alors terminé leurs études.

Ce bel établisement aura sans doute pour première conséquence, en répandant dans le vilayet de Brousse les enseignements de la science agronomique et la pratique éclairée de l'agriculture, de multiplier et de perfectionner la production déjà si abondante et si remarquable de celte fertile contrée. On est en droit d'espérer que ces effets bienfaisants s'étendront bientôt plus loin et provoqueront la création d'institutions semblables dans les vilayets moins favorisés que celui-ci par la nature, et dont les populations, plus ignorantes, ont besoin d'avoir pour stimulants de bons exemples mis en permanence sous leurs yeux.

Bestiaux. — La production du bétail dans les 5 sandjaks du vilayet de Brousse est^ en moyenne annuelle, comme suit :

Bœufs et vaches 1,180,000

Chevaux et mulets 203,000

Moutons I,2t5,050

Chèvres communes. . . . 624,030

— mohair 930,920

Chameaux 17,000

Total . . . 4,200,000 têtes de bétail.

La grande importance accordée à l'élève de la race ovine dans le vilayet de Brousse s'explique naturellement par la supériorité exceptionnelle des laines de cette province, dont la qualité n'est surpassée que par celle dite j/erli (produit local) de Smyrne. En effet, c'est celte laine qui assure aux tapis d'Ouchak (dits de Smyrne) et autres de provenance des divers sandjaks de ce même vilayet de Brousse, la haute prééminence sur tous les tapis d'Orient, soit turcs, soit même persans, car les imitations de tapis de Perse faits à Oucliak sont bien souvent préférables sous tous les rapports, aux originaux.

Quoi qu'il en soit, le produit eu laine brute de chaque mou- IV 5

66 VIIAYET DK BKOIISSK

Ion variant de 2 à 5 kilogr., si Ton prend une moyenne au minimum de 3, on oblienl, pour total moyen de ce produit accessoire, une quanlilé annuelle de 3,735,150 kilogr. de laine brute. La sorle la plus estimée est celle d'Afioun Kara- Hissar.

La plus grande parlie de ces laines, après la quantité nécessaire à la consommation locale, est exportée par Smyrne à destination des principales places de commerce de TEurope.

Apiculture. — On pratique avec succès l'éducation des abeilles dans tous les cazas et nahiés. On cite spécialement le miel d'Adramit, renommé pour son excellent goût et son parfum suave, qui le font rechercher par-dessus celui de toutes les autres localités. Cette supériorité est attribuée, à tort ou à raison, à une espèce particulière de pin sylvestre qui croît dans cette région et dont un petit insecte, propagé avec grand soin par les apiculteurs, pique Técorce et fait couler la sève; les abeilles s'en nourrissent et le miel en prend ses quaUtés exceptionnelles. On exporte chaque année des milliers d'okes de ce miel.

La production totale en miel et en cire du vilayet de Brousse est estimée comme suit, en moyenne annuelle :

Miel 802,636 kilog.

Cire 44,770 —

Fleuves, rivières, etc. — Bien quele vilayet de Brousse soit abondamment arrosé par une multitude de cours d'eau^ peu méritent d'être cités. Les principaux fleuves ou rivières sont le Sakaria (Sangarius); le Sérnav-sou ou Soussourlou-ichaï ; le K/wd;a-tc/iaï{JEsepus); le Ghédiz {Hermus) et leurs affluents, auxquels il faut ajouter deux grandes rivières, affluents des lacs Apollonia et Manias : le Zindjan-sou et le Manias-tchaï, qui eux-mêmes reçoivent certains cours d'eau d'une importance relative, dignes cependant d'une mention particulière.

Parmi les fleuves ci-dessus énumérés, il convient d'éliminer

tout d'abord le Sakaria, dont la description sera mieux placée au chapitre spécial du mulessariflik d'Ismidt, et le Ghédiz déjà décrit à celui du vilayet de Srayrne.

Sakaria. — Il suffira de dire ici que le Sakaria (Sangarius), venant du vilayet d'Angora, fait son entrée dans le vilayet de Brousse au nord-est du sandjak d'Erthogroul, qu'il parcourt dans la direction du nord-ouest sur une longueur d'environ 75 kilom., avant de passer au sud du niulessarillik d'Ismidt, où se trouvent la plus considérable partie de son cours et son embouchure dans la mer JNoire. A son passage, il reçoit sur sa rive gauche les deux rivières Kara-sou et Gueuk-sou^ la première 10 kilom. en amont et à Test de Lefké et la seconde à 5 kilom. en aval de la même ville. Le Kara-sou prend sa source au sud, près de Boz-euyuk, passe à Karakeuï, Keuplu, Bilédjik et Vézir-Khan près duquel se trouve son confluent. Le Gueuk'sou sort au sud-ouest par un grand nombre de sources, du versant nord du mont Olympe et se dirige vers le nord-est jusqu'à son confluent près Lefké en passant par Yéni-Chèhr.

Ghédiz. — Quant au Ghédiz (liermus), qui prend sa source à Ghédos dans le sandjak de Kutahia qu'il traverse du nord au sud, en passant par Derbeul-keuï, à 20 kilom. d'Ouchak, il entre à 30 kilom. ouest de la même ville dans le vilayet de Smyrne, après un parcours de 60 kilom. environ, à partir de son origine, au pied du Mourad-dagh.

Banaz-tchaï. — Le Banaz-tchdi, affluent du Buyiik Mendérès (Méandre), sort également du Mourad-dagh et parcourt du nord au sud environ 80 kilom. dans le sandjak de Kutahia avant d'entrer à l'est dans le vilayet de Smyrne où se trouve son confluent.

Khodja-tchaï. — Le Khodja-tchaï (iEscpus) prend sa source près d'Avnié, dans le caza d'Adramit, au pied du versant nord du Kaz-dagh (mont Ida). La direction générale est du sudoiiest au nord; il coule d'abord de l'ouest à l'est à partir des

environs d'Âvnié jusqu'auprès de Balia, nahié du caza de Balikessër, situé à deux kilom. de sa rive droite, sur un petit affluent. Là, il fait un coude et se dirige vers le nord en inclinantiégèremenl vers Test jusqu'à Gunan, puis il prend sa dernière direction, du sud au nord, et va se jeter dans la mer de Marmara au nord-ouest du caza de Gunan, sur la limite du mutessariflik de Bigba (Dardanelles), à 20 kilom. ouest d'Aïdindjik, après un parcours total de 85 kilom. dans le sandjak de Karassi.

Ce fleuve pourrait facilement, à peu de frais, être rendu navigable pour de petits bâtiments. Actuellement, il n'est utilisé qu'au transport par flottage de troncs de pins équarris qui sont chargés sur de grands caïks près de son embouchure, à destination de r4onslantinople où ils sont employés aux constructions maritimes.

Le Khodja'tchdi reçoit sur ses deux rives un grand nombre de cours d'eau sans aucune importance, parmi lesquels il faut compter la petite rivière de Gunan dont les habitants de cette ville boivent l'eau avec délices.

Sémav-sou. — Le Sémav-sou ou Soiissourlou-tchài (Macestus), prend sa source au pied des collines voisines du petit lac de Sémav-gueul, dans le sandjak de Kutahia. Après avoir parcouru de l'est à l'ouest ses 12 premiers kilom., il passe près de la ville de Sémav qu'il laisse à 5 kilom. sur sa gauche, et à 8 kilom. plus loin, il entre dans le Sémav-gueul à l'est et en sort à l'ouest à Kilissé-keuï. De ce village il suit la même direction jusqu'à la ville de Sanderghi, chef-lieu d'un caza du sandjak de Karassi, puis, traçant une courbe, il se dirige du sud au nord par Bighadjik, Ghebsoun, Yildiz, Sultan-tchaïr, Soussourlou, Yahiakeuï, et là sort du sandjak de Karassi pour se diriger vers le nord-est sur Mikhalitch^ caza du sandjak de Brousse qu'il arrose^ et gagner son embouchure dans la mer de Marmara, à 47 kilom. est de Panderma et 35 kilom. ouest de Moudania, après un parcours total d'environ 300 kilom., dont 60 dans le sandjak de Kutahia, 168 dans le san-

STATlSnuUE DESCRIPTIVE Glà

djak de Karassi et 72 dans le merkez-sandjak de Brousse.

Durant ce parcours, le Sémav-soti décrit de nombreux méandres et reçoit plusieurs afflueuts considérables dont les principaux sont : le Zindjan-sou, le Manias ichaï^ tous deux déj?i cités parmi les plus importants cours d'eau de ce vilayel ; VOuzoundjadéré'sou et enfin le Nilufer ou Ulufer (Nénuphar) qui fertilise la plaine de Brousse.

Avant de décrire ces quatre rivières, dont certains affluents méritent également une mention particulière, il convient d'ajouter ici que le Sémav-sou est navigable pour des bateaux à vapeur d'un faible tonnage. La compagnie concessionnaire des mines de boracite de Sultan-tchaïr avait organisé le transport du minerai au moyen de remorqueurs, dont le plus petit, le Démir- Kapou^ faisait le service des mines jusqu'à Mikhalitch, sur un parcours d'environ 60 kilom. Un second vapeur, un peu plus grand, le Sultan-tchàir^ effectuait à son tour les transports de Mikhalitch à l'embouchure du fleuve, distante d'environ 38 kilom., et là un troisième bâtiment reprenait les chargements pour les conduire à Constantinople. Le Gouvernement ayant suspendu ce mode de transport, la navigation à vapeur sur le Sémav-sou n'est plus pratiquée actuellement.

Manias- TCHAï. — Le Manias-tchài (Tarsus) sort du versant nord-est du Madara-dagh et prend son cours dans la direction générale du sud-ouest au nord-est, passe à Kayali, à Ivrindi, à Hodja-Avchar, àlsmaïl-Bey et autres villages du caza de Balikessèr, qu'il quitte pour entrer dans celui de Panderma, oîi il se jette dans le lac de Manias, h peu près à la moitié de sa largeur du côté sud. Il en sort à l'est sous le nom de Kara-déré-sou el rejoint son confluent avec le Sémav-sou, à 2 kilom. environ en aval de Mikhalitch, après un parcours total de 160 kilom. environ, dont 120 de sa source jusqu'au lac Manias, 10 dans la traversée de ce lac et 30 du point oti il en sort jusqu'au Sémavsou.

On n'a jamais tenlé de rendre le Manias-tchaï navi^j^able, à cause des chutes considérables de sa partie supérieure et des

ensablements de son cours inférieur. Les anciens y avaient construit, prés de Cadi-keuï et de Sémiz-keuï, deux ponls conduisant à des forteresses aujourd'hui complètement ruinées ainsi que ces ponts eux-mêmes, dont les piles seules sont assez bien conservées. Acluellemenl, il existe sur celte rivière deux ponts, l'un à IIodja-Avchar, Tautre à Ismaïl-bey. Il y a aussi sur le Sémavsou deux ponls, à Ghebsoun et à Soussourlou. Ce dernier est dans le voisinage du pont antique de Sullan-tchaïr, dont il reste huit piles et quelques débris d'arches. Les quatre ponls existants sont bien loin de suffire à la circulation locale, surtout en hiver et dans les saisons de grandes pluies où Ton n'a pas d'autre moyen de passer d'une rive à l'autre. Certains riverains ont alors, pour arriver à ces ponts, à se détourner de 50 à 60 kilom. de leur droit chemin.

ZiNDJAN-sou. — La source du Zindjan-sou est située près de Ilamzali, aux environs de la rive nord du Sémav-Gueul. La direction générale de cet affluent du lac Apollonia et du SémaV'SOU est du sud-est au nord-ouest. Il passe successivement à Sinékier, Guéné, Kourchoumlou et autres villages du sandjak de Brousse; puis h Kermasti, et se jette dans le lac Apollonia f à 10 kilom. au nord de cette même ville, sur la rive ouest du lac. Il en sort à l'extrémité de cette ville, à Ouloubad, et va faire sa jonction avec le Sémarsou^ à 5 kilom. de Mikhalilch, au dessous du confluent de ce fleuve et du Manias-tchaï, après un parcours total d'environ 145 kilom., dont 125 de sa source au lac Apollonia, 10 dans la traversée de ce lac, et 10 d'Ouloubab à son confluent.

Durant ce parcours, le Zindjan-sou reçoit sur ses deux rives un contingent considérable d'affluents parmi lesquels deux, sur la rive droite, attirent particulièrement l'intérêt. Ces deux rivières sont le Guéné-tchai et V Atarnos-tchài (Rhyndacus), qui de leur côté sont grossis par une infinité de petites rivières, de sources et de ruisseaux.

GuÉNÉ-TCHAï, — On trouve la source de Guéné-tchài au

STATISTIQUE DESCRIPTIVE ^i

sommet du Chabchané-dagh. Ea descendant de ces hauteurs et où il prend sa direction du sud-est au nord-ouest, le Guéné-tchai passe à Déré-keuï, à Assardjik, a Egliri-Gheuz, et atteint son confluent avec le Zindjan-sou h Guéné dont il prend le nom, après avoir parcouru 80 kilomètres,

Atarnos-tchaï. — V AtamoS'lc/iai (Rhyndacus) prend sa source à Test duMourad-dagh, se dirige d'abord vers le nord en passant par Soussouz-keuï, Tchiandir-hissar, où sont les ruines d'OEzani, Akdjé-chéhir, Tavchanli, où il change de direction en décrivant un arc de cercle vers Touest, et traverse dans ce nouveau trajet Harmandjik, Atarnos (Edrénos), chef-lieu du caza de môme nom, et va enfin rejoindre son confluent avec le Zindjan-soit près de Kéklik, à 30 kilom. à l'entrée de celle dernière rivière dans le lac ApoUonia et à 20 kilom. au sudest de Rermasti, après un parcours tolal d'environ 190 kilom., dont 100 dans le sandjak de Kutahia et 90 dans le merkez-sandjak de Brousse.

OcjzouNDJA DÉRÉ-sou. — Au milicu du versant nord du vaste plateau nommé Ouzoundja-Yaïla, situé entre le Madaradagh et le Démirdji-dagh, dans la direction du sud-ouest au nord-est, descend un affluent du Sémav-sou qui va se jeter dans ce fleuve près de Ghebsoun, au village de Manda-chora, après un parcours total de 50 kilom dans le sandjak de Karassi, dont il fertilise les cantons du sud et Test de la partie centrale.

NiLUFER ou Ulufer. — Pour compléter la description des principaux affluents du Sémav-sou^ il reste à parler du Niliifer ou Ulufer qui fertilise la plaine de Brousse en serpentant à travers les champs de blé et d'orge, les plantations d'oliviers, de mûriers, les grasses prairies et donne un attrait de plus à cette riche et charmante contrée. La source principale du Nilufer se trouve, ainsi que plusieurs autres ruisseaux ne contribuant pas moins à former cette jolie rivière, au sommet du versant nord du mont Olympe. Elle contourne à Touesl la montagne pour aller se

7^2 VILAYKT DE BROUSSE

joindre, à 5 kilom. nord de la ville de Brousse, au cours d'eau déjà formé par les autres sources. Celui-ci parcourt environ 30 kilom. d'est en ouest, avant celle jonction, à partir de Torigine de celle de ces sources nommée Déli-sou qui contourne à Test le même versant nord de la montagne où tous ces ruisseaux prennent naissance au milieu des neiges et des glaces perpétuelles du sommet. Le Déli-sou les reçoit et les porte au Nilufer, qui, de son côté, parcourt à l'ouest également environ 30 kilom. de son origine à leur confluent. A partir de là, entre Brousse et Démirdèch, le Nilufer poursuit son cours de l'est à l'ouest, passe à Bademli, à Has-keuï, côtoie la limite des cazas de Moudania et de Mikhalitch, et vase jeter dans X^Sérnav-sou^ à 15kilom. au sud de son embouchure, après un parcours total de 85 kilom. environ, qui reste le même à compter, soit de la source principale du Nilufer^ soit de celle du Déli-soUj Tune à l'est et l'autre à l'ouest du mont Olympe.

Le nom de Nilufer (Nénuphar) donné à celte rivière, provient, suivant la légende orientale, du nom d'une princesse grecque enlevée à Bilédjik, lors de la prise de celle place par le sultan Orkhan. Celui-ci épousa la princesse qui fut la mère du sultan Mourad l^Khodavendighiar. On a cru devoir assimiler le Nilufer à l'ancien fleuve Odryssès cité par Slrabon; mais ce dernier fleuve sortait du lac Dascylitis, venait de l'ouest et se jetait dans XeRhyridacus, tandis que le Nilufer vient de l'est, sort du mont Olympe et se jette dans le Sérnav-sou.

Mendérès (Méandre). — Le Mendérès (iVIéandre), qui prend sa source à Dinaire, station du chemin de fer de Smyme-Aïdin située dans le sandjak de Kara-Hissar (cazade Sandikli), a déjà été décrit au chapitre spécial du vilayel de Smyrne. La longueur de son parcours dans le vilayet de Brousse est d'environ 90 kilom. et sa direction générale de l'est à Touesl.

PouRSAK. — Le Poiirsak (ancien Thymbrius), affluent du Sakaria (Sangarius), sort à l'est du Mourad-dagh, passe à Kutahia en dirigeant son cours du sud au nord-est, et par une

STATISTIQUK DESCRIFTIYK 73

courbe vers l'est il traverse Eski-Chèhr et sort du vilayet de Brousse pour aller rejoindre son confluent avec le Sakaria ddius le vilayet d'Angora, après avoir arrosé la région d'Eski-Chèhr et parcouru environ 125 kilom. dans le sandjak de Kutahia.

Lacs, marais, etc. — On compte dans le vilayet de Brousse six lacs principaux, qui sont ceux de Nicée (Isnikgueul), de Manias, d'Apollonia (Aboulonia-gueul), de Sémai\ de Tchardak (Adji-touz-gueul) et de Bolmdin (Iper-gueul). Outre ces lacs, il en existe d'autres sans importance qui seront cités plus loin à l'occasion.

Lac de Nicée. — Situé en partie dans le merkez-sandjak de Brousse et en partie dans le sandjak d'Erthogroul, par 27* à 27" 22' de longitude et 40" 23' à 40" 27' de latitude, le lac de Nicée, ancien lac Ascanius^ mesure environ 27 kilom. de longueur sur 83 de largeur. Il a, selon M* Sette, ingénieur français bien connu, 83 kilom de circuit, et environ 300 kilom. carrés, soit 30,000 hectares de superficie; sa profondeur dépasse 50 mètres et la différence de niveau entre la mer et le lac est d'environ 80 mètres. Il est encaissé entre le Katyrlidagh (Arganthonius) et les prolongements du Samanli-dagh. Une abondante végétation, des champs bien cultivés, d'une étendue à peu près égale à la superficie du lac, des vignes, d'épaisses forêts, donnent à cette région l'aspect le plus pittoresque. La ville de Nicée, aujourd'hui Isnik, située à l'extrémité orientale du lac^ plonge dans ses eaux les antiques murailles de son enceinte occidentale, encore debout, malgré la ruine et l'abandon complet de l'ancienne ville. La ville moderne semble un village perdu parmi les vastes jardins qui l'entourent et la cachent.

Les eaux du lac de Nicée sont très saumàlres. Selon Aristote^ cela ne serait pas l'effet du sel marin, mais plutôt du nitre qu'elles tiennent en dissolution. Toutefois, ces eaux sont très poissonneuses; elles nourrissent de belles carpes^ des poissons ressemblant au sterlet, de plus de 60 centim. de long, et

74 VILAYET DE BHOUSSE

plusieurs autres espèces non délerminfies, ainsi que de nombreux coquillages el mollusques.

Ce lac reçoit au nord quelques rares affluents et n'en reçoit aucun du côté du sud. A Test, la petite rivière d'isnik y apporte un filel d'eau d'environ 20 kilom. de parcours. A Touest, un autre cours d'eau qui déverse dans la mer, au sud de Ghemlek, le trop-plein des eaux du lac, était autrefois à sec durant six mois de l'année. Il a été endigué récemment et son cours a été rectifié, afin de suffire aux irrigations des belles cultures avoisinantes. On croit que c'est l'ancien fleuve Ascanius. La longueur de son parcours total est d'environ 18 kilom. 11 reçoit sur sa rive droite un affluent qu'on suppose être l'ancien fleuve dus.

De très nombreux vols de hérons, de cigognes, de pélicans {saka ou porteur d'eau, en turc), des spatules, des avocettes, et toutes sortes d'oiseaux aquatiques fréquentent les eaux du lac et s'ébattent sur la plage sans avoir à craindre le chasseur, plus rare encore en ces lieux que le pêcheur.

Lac d'Apollonia. — Ce lac est situé au sud-est du caza de Mikhalitch, dépendance du merkez-sandjak de Brousse, par 26^ 8' à 26« 25' de longitude et 40^ 5' à 40' 12' de latitude. Sa plus grande longueur, du nord-ouest au sud-est, est d'environ 24 kilom. sur 13 de largeur. Sa distance de la côte est de 22 kilom., en ligne directe, et d'environ 28 kilom. par XAtarnostchai et le Sémav-sou au moyen desquels d'assez gros navires ont pu souvent le mettre en communication avec la mer de Marmara.

Ce lac est parcouru par un très grand nombre de petites embarcations h voiles et à rames, qui ont pour but principal la pêche, fort abondante, de poissons exquis, dont la chair délicate est recherchée sur les marchés de Brousse, de Constantinople et des principales villes de la Turquie d'Europe. On cite parmi ces poissons, outre le brochet, la carpe et autres espèces bien connues^ le y ayaîi'balouA (poisson fantassin), particulièrement estimé des gourmets, VOsmanli, journal semi-officiel, publié h

Constantinople en turc et en français, en a fait la mention suivante, tirée de sa collection de Tannée turque 1298 (1881). a Ce « poisson esl plutôt Carnivore qu'herbivore. On en a vu un, avaler « tout d'une haleine un canard et un faucon qui se colletaient « sur son lac et en troublaient le repos. 11 a le goût du poulet « dans sa jeunesse et celui du porc frais dans Tâge avancé, « qualités rares et précieuses, surtout la dernière, qui permet « à tout bon musulman de se faire, sans aucun péché, une idée « nette des délices de la charcuterie ».

Certains j/aj/an-balouk pèsent jusqu'à 100 okes (128 kilos) et même plus.

Des cosaques, établis depuis plus de 150 ans à Kazak-keiiï^ village situé sur la rive occidentale du lac Manias, à 60 kilom. environ du lac ApoUonia, vers l'ouest en ligne directe, viennent chaque année pêcher près de ce dernier lac, au confluent de YAtarnoS'tchài et du Sémav-sou^ d'énormes quantités d'esturgeons dont ils font du caviar. L'esturgeon est tellement abondant dans ces parages que les œufs seuls en sont utilisés ; la chair est abandonnée.

Il y a sur le lac ApoUonia plusieurs petites îles où Ton retrouve quelques restes de constructions, de Tépoque byzantine. Sur Tune de ces îles, de 5 kilomètres de circuit, située au nord-est du lac, et à laquelle on accède par un pont de bois, se trouve un fillage bâti au milieu des ruines de la cité byzantine qui avait remplacé l'ancienne ville à' ApoUonia ad Bhyndacum. Quelques tours et des pans des anciens murs d'enceinte byzantins subsistent encore. L'ilôt, nommé kiz-adassii^'Wf^i de la fille), contient des restes de constructions helléniques, notamment un quai, et les ruines d'un temple, peut être celui d'Apollon.

Lac de Manias. — Le lac de Manias^ qu'on appelait dans l'antiquité lac de Milépolis, à cause de son voisinage de celte ville (aujourd'hui Mikhalitch), est situé dans le caza de Panderma, par 25- 30' à 25» 45' de longitude et 40« 7 à 40^ 15' de latitude. Sa plus grande longueur, du sud-ouest au nord, est d'environ 28 kilom. sur 13 de largeur. La dislance entre la rive orientale et la rive occidentale du lac ApoUonia est d'environ 33

kilom. en ligne directe. Il est à 12 kilom. au sud de Panderma et communique avec la mer de Marmara par le ManiaS'tchaï et le Sémav-sou^ ainsi qu'avec le lac Apollonia par ces mêmes cours d'eau et VAtarnos. Par celte voie, le lac Manias se trouve à 50 kilom. environ de la mer et à 37 kilom. environ de la rive occidentale du lac Apollonia. De petits bâtiments à vapeur pourraient y pénétrer avec autant de facilité que dans ce dernier lac.

Le lac de Manias, très poissonneux, est exploité, comme toutes les autres eaux lacustres ou fluviales de ces parages, par les habitants de Kozak keuï principalement. Cette pêche est affermée par l'administration de la Dette publique. Le fermier perçoit sur le poisson péché 20 0/0 ad valorem et 5 piastres (1 fr. 25) par charretée de joncs et de roseaux coupés sur les bords du lac.

Durant la saison des pluies et au moment de la fonte des neiges, les lacs de Manias et d' Apollonia ainsi que leurs affluents débordent, et souvent ne forment plus qu'une vaste nappe d'eau. Longtemps après qu'ils sont rentrés dans leur lit, les environs demeurent marécageux et insalubres.

Parmi les innombrables oiseaux qui fréquentent ces parages, les principaux sont : l'oie sauvage, le canard, le cygne, la grue, le pélican, le héron et la bécasse. La chasse est très peu pratiquée.

Lac de Sémav. — Le Sémav-gtieid est situé dans le ca/.a de même nom, à Touesl du sandjak de Kutahia, par 26* 30' à 26<' 37' de longit. et 39** T à 39^ 10' de latit. Sa plus grande longueur est d'environ 13 kilom. sur 5 à 6 de largeur. Il est entouré de collines qui sont, au nord, des contreforts de TAkdagh, et au sud s'étendent le long du Démirdji-dagh en se prolongeant à l'est jusqu'au Mourad-dagh (Dyndimène). Le lac est alimenté par des sources abondantes qui descendent de ces collines. A son extrémité occidentale et au nord du villagede Kilissékeuï, se trouve une gorge étroite par laquelle le Sérnav-sou qui y entre à l'est et le parcourt dans toute sa longueur, s'en échappe

impétueusement et forme une cascade au milieu des rochers. Le Sémav-gueul est poissonneux; ses environs sont marécageux, mais on pourrait facilement les assainir et les rendre à Tagriculture par des drainages peu coûteux.

Lkc de Tchardak ou Adji-touz-gueul. (Lac du sel amer, ancien lac Anava), — V Adji-touz-gueul esi situé sur la rive droite du chemin de fer de Smyrne-Aïdin, à proximité de Tchardak et à 21 kilom. environ à Test de Binaire. La voie ferrée le côtoie au nord dans toute sa longueur de l'ouest à Test, longueur qui est de 22 à 23 kilom. Sa plus grande largeur, du sud au nord, est de 2 à 3 kilom.

Ainsi que son nom l'indique, le lac Adji-touz est très saumâtre. Aucun poisson ne peut vivre dans ses eaux. Les environs de ce lac sont marécageux.

Lac de Bolvadin ou Iper-gueul. — A l'autre extrémité du sandjak de Kara-Hissar, sur la limite du vilayet de Koniah, dans le sandjak de Bolvadin^ on rencontre un autre lac nommé Iper ou Eber-guenl. Il est de forme à peu près circulaire et mesure environ i8 kilom. de superficie. Ce lac communique avec celui d'Ak-chéhir, situé dans le vilayet de Koniah, par un cours d'eau très rapide nommé Kara-arslan-tclidi (rivière du lion noir) qui prend sa source à Altoun-lach, village du sandjak de Kutahia, passe à Kara-Hissar, vient se jeter dans le lac Iper ou Eber à Touest et en sort à Test pour disparaître à 20 kilomètres plus loin dans le lac d'A/c-chéhir, après un parcours total d'environ 110 kilom., y compris la traversée du lac Iper-gueuL La pêche du lac est affermée à raison de 50 livres turques, soit environ 1^150 francs par an.

Pêche. — A l'exception du lac de Tchardak^ tous les cours d'eau et les lacs énumérés ci-dessus, sont très poissonneux. Outre Xeyayan-balouky qui semble spécial aux eaux du lac Apollonia, et ne se rencontre dans ses affluents qu'au moment des inondations, on y pêche en abondance la carpe, le brochet.

78 VJLâYET de brousse

Teslurgeon, le barbeau, la perche, la tanche et, dans le cours supérieur des fleuves, Tanguille. On pêche aussi à la source du Khodja'tchalj près d'Avnîé, des truites de ruisseau ponctuées de rouge et de bleu, et dans ce même fleuve, ainsi que dans le ManiaS'tckai^ une mullilude de crabes. Il y a dans le Sérnav-sou beaucoup de belles écrevisses à longue queue. La pêche n'étant affermée que dans certaines eaux et la taxe n'étant perçue d'une manière générale que sur le poisson vendu aux marchés des villes, il résulte de cette coutume, que tous les riverains des fleuves, rivières et lacs, profilent de la gratuité pour leur propre consommation. Cette pêche permanente, faite par des moyens innocents, à la ligne ou au filet, ne serait pas très préjudiciable, si certains industriels n'abusaient du défaut de surveillance pour pêcher à la dynamite ou à la « coque du levant ». Une pincée de dynamite suffit pour tuer tons les poissons dans un rayon de plus de 12 mètres. Quelques grains « de coque du levant » fruit du anamyrtus-coculus que \Q^aktars (droguistes, herboristes) vendent à très bas prix et dont on fait, avec du miel et des vers de terre, un mélange stupéfiant, agit à l'instant même dans un espace d'un kilom., et l'on voit surnager, le ventre en l'air, le peuplement entier, frappé d'un étourdissement mortel.

D'énormes quantités de poissons sont ainsi ramassées sans peine ni dépense, transportées à la viUe la plus proche par les fraudeurs de tabacs, coutumiers du fait qui se renouvelle souvent à Avnié, et de là colportées par les petits détaillants dans les localités voisines, au grand détriment du fisc, ce qui doit être du reste considéré comme fort peu de chose, comparé au tort immense du dépeuplement des eaux de tout un vilayet.

On né saurait, il est vrai, exercer une surveillance efficace le long des fleuves qui coulent entre des rochers à pic ou à travers des forêts impénétrables, mais il suffirait, sans doute, pour supprimer de pareils abus, d'interdire sévèrement la vente du poisson ainsi péché.

Les revenus de la pêche : affermage de certaines eaux, droits devente, permis, etc., se sont élevés en 1892 à 300,000 piastres.

Chemins de fer. — Les chemins de fer actuellement existants dans le vilayel de Brousse sont : 1° le chemin de fer (TAnaiolie (Haïdar-Pacha-Ismidl à Angora) 2° celui de Moudania- Brousse; 3** le chemin de fer de Srayme-Aidin (prolongement sur Dinaire et Echekli).

Chemin de fer d Anatolie. — Les actes de la concession du chemin de fer d'Anatolie ont été, conformément au fîrman impérial y relatif, signés le 24 septembre, 4 octobre 1888, par S. E. Zihni Pacha, ministre de Tagriculture, du commerce et des travaux publics de Tempire, et M. KauUa, fondé de pouvoirs de la (c Deutsche Bank » de Berlin.

Cette concession est pour une durée de 99 ans, à partir de la date du fîrman impérial. Elle comprend les conditions principales, suivantes :

1* La cession aux concessionnaires de la ligne de Haïdar- Pachaà Ismidt, décrite au chapitre spécial du mutessariflik d'ismidt. Celte cession a été faite contre paiement de six millions de francs, et avec garantie par le gouvernement d'un revenu brut annuel de 18,300 francs par kilom. exploité.

2^" Concession d'une ligne d'ismidt à Angora par Eski-chèhr, avec garantie par le gouvernement d'un revenu brut annuel de 15.000 francs par kilom. construit et exploité. Le montant de cette garantie est payé par l'administration de la Dette publique ottomane sur le produit de l'adjudication des dîmes des sandjaks d'ismidt, Erthogroul, Kutahia et Angora que traverse la ligne concédée.

3* Faculté de construire et d'exploiter, pendant la même durée, sans aucune garantie, deux embranchements, l'un à Kutahia, l'autre à Brousse.

4" A conditions égales, les concessionnaires ont le droit de préférence pour tout prolongement au-delà d'Angora.

Toutes les autres conditions sont conformes au modèle général du ministère des travaux publics.

La voie est à largeur normale, c'est-à-dire qu'elle mesure 1 m, 44 à 1 m, 45 entre les bords intérieurs des rails.

La longueur kilométrique parcourue dans le vilayet de

Brousse par celle ligne, qui y fail son enirée au nord-est, à Mékèdjé (kiiom. 89, à compter d'Ismidl), est comme suit :

de Mékèdjé à Lefké 14.000

— Lefké à Bilédjik 36.545

— Bilédjik à Eski-chèhr 81.444

— Eski-chèhr-Alp-keuï et uo p«b aodelà, environ 55.000

D'après un rapport sur Texercice 1891 publié par les concessionnaires, les chififres de recettes et dépenses de Texploitation de la ligne d'AnaloIie, pris dans leur ensemble^ font ressortir comme moyennes kilométriques générales :

fr.

en recettes 10.089,85

— dépenses 4.629,44

soit, par kilomètre, un produit net de 5460 fr. 41 .

Le gouvernement ottoman a fait payer aux concessionnaires parFadministrationde la Dette publique le montant,leur revenant du chef de la garantie kilométrique et des intérêts intercalaires deTexercice 1891, soit 6,923,115 piastres, ou 1,572,931 francs.

Chemin de fer de Moudania à Brousse. — Le chemin de fer de Moudania-Brousse a élé exécuté d'après le projet et sous la direction de M WilhelmPressel, par le gouvernement ottoman. Entièrement terminé et muni de tout le matériel nécessaire en 1881, ce chemin de fer est resté inexploité jusqu'au 18févr. 1891, date de la concession de sa reconstruction à M. Nagelmacker, fondé de pouvoirs de la société actuelle du chemin de fer de Moudania-Brousse, qui a acheté au gouvernement la ligne en l'état où elle se trouvait. Après avoir été reconstruit entièrement par la « société des BatignoUes » sur le tracé de l'ancienne ligne, à l'exception de quelques endroits

OÙ les courbes ont été modifiées, ce chemin de fer, également muni d'un nouveau matériel, a été inauguré le vendredi 17 juin 1892, et le lendemain son exploitation a commencé.

Le chemin de Moudania-Brousse est à voie étroite, système préconisé par M. Wilhelm Pressel pour tout l'ensemble du réseau de la Turquie d'Asie. L'écartement entre les bords intérieurs des rails est de 1 m. 10. Son point de départ, à la station de Moudania, est à 300 m. de l'échelle des bateaux à vapeur, à gauche de la route qu'il traverse par un passage à niveau au kilom. 1 k. 200, pour se développer à droite de cette même route, en contournant les montagnes et en s'élevanl toujours jusqu'à son point de faîte qu'il atteint à la station de Gheurgheli, (Yorghulu), à 221 m. d'altitude, près du kil. 11. Il descend ensuite jusqu'à la station de Khorou, au kil. 23, traverse de nouveau la route de Moudania sur un passage à niveau au kil. 36, passe au kil. 38 non loin de Kaplidja, traverse enfin la route de Ghemlèk, la dépasse de 200 m. vers l'est et vient aboutir à la station principale de Brousse à 1 k. 500 de cette ville et à 151 m. d'altitude.

La longueur totale de la ligne est de 42 kil. et la moyenne des pentes et rampes est d'environ 23 millim. La voie traverse deux fois le Nilufer sur des ponts en fer, l'un de 67 m. et l'autre de 82 m., substitués aux anciens ponts à culées et piles en maçonnerie avec tabliers en bois.

Les concessionnaires ont la faculté de prolonger cette ligne jusqu'à Kutahia par Tchitli, station des eaux thermales bicarbonatées sodiques de même nom, qui sont fort renommées.

Chemin de fer de Smyrne-Aidin, — Le chemin de fer de Smyrne-Aïdin, dont la description se trouve au chapitre spécial du vilayet de Smyrne, pénètre à Tchardak, dépendance du sandjakde Sandikli au sud-ouest du sandjak de Kara-Hissar, dans le vilayet de Brousse où son parcours total est de 98 k. 385 comme suit :

de Dinaire à Echèkli . . . 30.000 \ ^^'

de Tchardak à Dinaire. . . 68.385/ .- ^^m

85 VîLAYET DE BROUSSE

En résumé, la longueur kilonaélrique lolale des trois voies ferrées actuellement existantes est, dans le vilayet de Brousse, d'environ 327 k. 374 comme suit :

1 ( chemin de fer d'Anatolie .... 186.989 voie normale ]

( — Smyrne-Aidin 98. 38a

— élroitc — Moudania-Brousse . . 42.000

Longueur totale. . . 327.374

Chemin de fer de Pa?iderma, — Une quatrième ligne ferrée, de beaucoup la plus importante pour le vilayet de Brousse, avait été concédée le 2 mars 1 89 1 , mais le concessionnaire ayant laissé expirer les délais fixés pour un commencement d'exécution, son cautionnement a été saisi et la concession se trouve périmée. C'est d'autant plus regrettable que ce chemin de fer, devant partir de Panderma, port de la mer de Marmara (golfe de Cyzique) et passer successivement par Mikhalilch, Manias, Balikessèr, Bighadjik, Sémav, Ouchaq et Afioun-Kara-Hissar, eût desservi dans son entier le vilayet de Brousse, à l'exception du sandjak d'Erthogroul, déjà pourvu par le chemin de fer d'Anatolie.

Ce parcours comprenait précisément les contrées de la Turquie d'Asie à la fois les plus riches en production et les plus dénuées de routes. En effet, le tracé concédé se prolongeait, hors du vilayet de Brousse, jusqu'à Roniah, avec faculté d'une jonction à la ligne d'Anatolie au moyen d'un embranchement de Kara-hissar à Kutahia. Il eût été d'un intérêt majeur pour les vilayets de Brousse et de Koniah aussi bien que pour la ville de Constantinople qui elle-même n'en eût pas moins profité. Une pareille ligne offrait de trop grands avantages pour que l'on pût croire à son abandon définitif.

Il semble pourtant que, pour le moment du moins, les deux parties y aient renoncé, car il a été pourvu par d'autres arrangements à la satisfaction de quelques-uns des intérêts qui viennent d'être énumérés.

Deux nouvelles concessions de chemins de fer intéressant le

vilayel de Brousse ont été données durant le cours du mois de février 1893, Tune à M. KauUa, concessionnaire du chemin de ferd'Analolie ; Tautre àM. Nagelmacker, concessionnaire déchu de la ligne de Panderma-Koniah, savoir :

Chemin de fer d'EskUchèkr à Konrah, — La première de ces deux nouvelles concessions concerne une lignequiparlirad'Eskichèhr, station du chemin de fer d'Anatolie, et aboutira à Koniah, chef-lieu du vilayet de même nom, en passant par Kutahia et Afioun-Kara-Hissar. Sa longueur lotaleestapproximativementde 450 kilomètres. Le gouvernement ottoman garantit à celle ligne un revenu brut annuel de 604 livres turques (13,892 fr.) par kilomètre construit et exploité. Il n'aura qu'une voie, à largeur normale.

Le chemin de fer d'Eski-chèhr — Koniah est concédé en date du 28 rèdjèb 1310 (3/15 février 1893), à M. Kaulla, en sa qualité de directeur de la « WUrtembergische Verein Bank », de Stuttgart. La durée de la concession est de 99 ans, à partir de la date du firman impérial. Les travaux doivent être commencés dans un délai de 3 mois, à partir de cette même date, et terminés en 8 ans.

Les actes de la concession d'Eski-chèhr — Koniah, sont communs à cette ligne et à une seconde ligue partant d'Angora, point terminus actuel du chemin de fer d'Anatolie, et aboutissant à Kaïsarié (Césarée). Il n'est question ici de cette dernière que pour mémoire, car elle est étrangère au vilayet de Brousse. Sa longueur approximative est de 380 kil. Le gouvernement lui garantit un revenu brut annuel de 775 livres turques (17,823 fr.) par kilomètre construit et exploité. Les autres conditions techniques, financières et de durée sont les mêmes que pour la précédente.

Chemins de fer de Smyrne-Cassaha- Alachèhr ^ avec em^ branchement de Magnésie ^Soma^ et d' Alach- Afioun-Kara^ Hissar.

En date du 6 chaban 1310 (10/22 févr. 1893), le gouvernement a accordé à M. Nagelmacker, directeur de la compagnie des wagons-lits, la concession de :

84 VÎLAYET DE BROUSSE

1<> L'exploitation du chemia de fer de Smyme-Cassaba- Alachèhr, avec embranchement de Magnésie-Soma, d'une longueur d'environ 266 kil., la première période d'exploitation de ces lignes étant expirée et le gouvernement rentrant ainsi en leur possession;

2* L'exploitation de la ligne, exclusivement d'Alachèhr à Afioun-Kara-hissar, d'une longueur approximative de 247 kil. Cette ligne n'aura qu'une seule voie, à largeur normale. Le gouvernement garantit au concessionnaire un revenu brut annuel de 830 livres turques, 76 piastres (19,137 fr. 48) par kilomètre construit et exploité. Les dîmes des céréales des sandjaks de Saroukhan et de Dénizli (vilayet de Smyrne) sont affectées à celte garantie kilométrique; elles seront gérées et administrées parla Dette publique ottomane.

Ces deux concessions, qui font l'objet d'une seule et mftme convention, sont pour une durée de 99 ans, à partir de la date de la remise effective au gouvernement ottoman par l'ancien concessionnaire de la ligne de Smyrne-Cassaba-Alachèhr avec son embranchement de Magnésie-Soma. Elles sont fort avantageuses pour les deuxvilayets de Smyrne et de Brousse, et surtout pour ce dernier. D'un côté le prolongement de la ligne principale de Smyrne -Alachèhr jusqu'à Koniah, ayant au moins les deux tiers de son parcours dans les sandjaks de Kutahia et de Kara-Hissar, exonérera beaucoup de centres producteurs qui y sont situés des énormes frais de transports dont le manque de bonnes routes grève actuellement leurs produits, généralement dirigés sur le chemin de fer d'Aïdin ou même sur Smyrne par caravanes à dos de chameaux ou de mulets. Le marché de Smyrne ne pourra manquer d'avoir sa bonne part de profits dans ce dégrèvement, sans compter d'autres bénéfices qui lui reviendront par suite de la nouvelle activité imprimée à ses relations avec la place de Koniah et celles de Kara-Hissar, de Kutahia et d'Eskichèhr. D'un autre côté, il doit être permis d'espérer que le projet d'une ligne partant de Panderma, passant par Balikessèr et les autres places du sandjak de Karassi, aussi riche en productions que pauvre en

débouchés, reprendra faveur. Dans ce cas, le raccordemeiil de celte ligne nouvelle est tout naturellement indiqué à Soma, et dès lors les communications du sandjak de Karassi avec Smyrne et Conslantinople deviendront aussi faciles, aussi fréquentes et économiques qu'elles sont aujourd'hui malaisées et par suite rares et onéreuses.

Routes carrossables. — Les deux plus anciennes et en même temps les deux plus belles chaussées carrossables du vilayet de Brousse sont celles de Moudania et de Ghemlèk à Brousse. Les études, les projets et la direction technique des travaux en ont été confiés dès Torigine à Al. Padeano, alors ingénieur en chef du vilayet de Kbodavendighiar; mais tout le système des embellissements municipaux qui les accompagnent est dû à Theureuse initiative d'Ahmed Véfik Effendi, commissaire impérial préposé au relèvement de la ville de Brousse, ravagée et presque détruite par un effroyable tremblement de terre en février 1854. C'est ce même commissaire impérial qui ordonna la jonction de ces deux routes, prolongées à travers la ville entière devant le konak du gouverneur général, et celle de la route de Moudania, au-delà de l'extrémité orientale de Brousse, jusqu'à la roule deKutahia.

Chaussée de Ghemlèk à Brousse. — La construction de la chaussée carrossable de Ghemlèk à Brousse avait été décrétée dès 1850 par le sultan Abd ul-Medjid. Cette route a été inaugurée solennellement le 17 djémazi ul-akhir 1282(5 nov. 1865.) Sa longueur totale est de 34 k. 500, à partir de Téchelle des bateaux à vapeur^ près larsenal maritime de Ghemlèk, jusqu'au konak du gouverneur général de Brousse.

Les plus fortes rampes de la route de Ghemlèk, principalement destinée au transport des bois pour les constructions navales de l'Etat, se rencontrent dès l'origine du tracé. Ces rampes atteignent jusqu'à 9 0/0 à certains endroits, mais sur des longueurs qui dépassent rarement 40 mètres. Après le passage de cette montagne, la route traverse la vallée d'Enghurdjik, le vallon de Sarakaïlar et remonte insensiblement jusqu'à la

gorge de Rourloul-boghaz, Tun des endroits les plus pittoresques de son parcours. On franchit ensuite la chaîne principale du trajet par 10 courbes en lacets qui ont permis d'obtenir une pente moyenne de 5 à 7 0/0 et Ton arrive au point culminant, à 405 m. d'altitude, au col de Riza-Pacha-Dervend, d'où Ton commence, d'un côté, à perdre de vue le golfe de Ghemlèk, et de l'autre à apercevoir le beau massif du mont Olympe et à ses pieds, Brousse sous un voile de vapeurs.

A partir de Riza-Pacha-Dervend^ la route ne fait plus que descendre doucement à travers les sinuosités du vallon d'Eiridéréssi ; elle suit le cours du ruisseau qui l'arrose, jusqu'au village de Démirdèch (Timourtach), en face duquel elle entre dans la magnifique vallée de Brousse, large de 10 kil. en cet endroit, et gagne, au milieu des vignes et des plantations de mûriers, par le village de Tépédjik, la ville de Brousse et le palais du gouvernement, son terminus.

Route de Moudania-Drousse . — La route de Moudania à Brousse, construite à la même date et avec les mêmes soins que celle de Ghemlèk, a 34 kil. de longueur, jusqu'à son entrée en ville par le faubourg Mouradié. Sa largeur, y compris les accotements, est de 9 m. Elle n'a nécessité la construction que de 2 ponts à culées et piles en pierre et à tabliers en bois jetés sur le Nihifer. Elle est taillée à flanc de coteau et s'élève insensiblement, en suivant des courbes bien ménagées, à travers les oliviers, les mûriers et les vignes, par des rampes modérées qui ne dépassent nulle part un maximum de 6 0/0. Son point culminant est très rapproché de celui du chemin de fer, cité plus haut, et l'altitude est la même pour tous deux.

La traversée de la route de Moudania dans la ville de Brousse est de 5 kil. jusqu'à sa jonction à la route de Kutahia. Sa longueur totale est de 34 kil.

Un embranchement de cette môme route se dirige à l'ouest de Moudania sur Trilia, nahié du même caza. Sa longueur est de 1 2 kil. côtoyant le golfe.

Les routes carrossables de Ghemlèk et de Moudania à Brousse ont semblé mériter une mention spéciale parce qu'elles sont les

premières de ce genre qui aient été construites en Turquie, et qu'elles sont dues à l'inQuence et au concours aclif du premier conseil des travaux publics, institué par le sultan Abd ul-Medjid, qui le composa principalement d'ingénieurs français et anglais, parmi lesquels il convient de citer iMxM. de Leffe, Tassy, Ritter et le colonel Gordon. Une part considérable de l'impulsion progressive imprimée alors à la Turquie revient à Abmed Véfik Effendi, commissaire impérial à Brousse, et à Edhem Pacha, ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics. Ces deux illustres hommes d'État ottomans ont été plus tard l'un et l'autre grands vizirs. Le caractère trop autoritaire du premier n'a pas permis aux sultans Abd ul-Aziz et Abd ul- Hamid II d'utiliser plus souvent à leur gré ses hautes facultés gouvernementales. Mais S. A. Edhem Pacha, après avoir supporté l'écrasant fardeau du gouvernement pendant la durée de la dernière guerre turco-russe et arraché, pour ainsi dire, à l'Europe des conditions de paix aussi acceptables que possible, a continué de servir son pays jusqu'au moment où son grand âge l'a forcé de prendre une retraite honorée par son souverain du litre bien mérité de Sadr a'zam èl-pâgui (premier ministre sage, juste et vénérable).

Route de Brousse à Mikhalitch ^avecprolongement surPanderma . — La route de Brousse à Mikhalitch, nouvellement construite, se dirige à l'ouest dans la plaine en suivant le cours du Nilufer, sur sa rive gauche, à une distance moyenne de 10 kil. (5 au départ, 15 à l'arrivée). Elle côtoie la rive septentrionale du lac Apollonia, passe à Alâbâd et après avoir décrit une courbe fort allongée pour éviter les terrains habituellement submergés, au sud de Mikhalitch, elle évite la traversée de cette ville et vient y accéder par son extrémité opposée, à l'ouest, au lieu d'y entrer par l'est. La longueur de cette route est de 59 kil. à partir de la route de Moudania sur laquelle elle s'embranche à 3 kil. au nord-ouest de Brousse, jusqu'à l'ouest de la ville de Mikhalitch. Le prolongement en construction de ce dernier point à Panderma aura 40 kil. de longueur, ne formant qu'un seul alignement sans aucune courbe un peu accen-

luée ; la longueur totale de la rou(e de Brousse à Panderma par Mikhalilch, unique voie carrossable entre les deux plus importants sandjaks du vilayet (Brousse et Karassi) sera donc de 102 kilomèlres.

Route de Brousse à Atarnos [Edrénos). — L'important caza d'Atarnos est mis en communication avec Brousse , chef-lieu du vilayet, par une longue route de 54 kil. partant du sud-ouest delà ville de Brousse et se dirigeant au sud à travers des monts^ des collines, des coteaux, des vallons et des fondrières, au moyen d'innombrables lacets, tournant pour les franchir tous les obstacles d'un trajet fait tout entier dans TOlympe et ses contreforts d'ouest. La distance entre Brousse et Atarnos n'est que de 30 kil. en ligne directe. Les 5 premiers kil. de cette route ont pu seuls être rendus parfaitement carrossables; tout le reste n'est en réalité bien praticable que pour les cavaliers, les piétons et les bêtes de somme.

Route de Brousse à Dilédjik par Yéni-chèhr, allant se rattacher à celle de Kutahitty au dessous de Bazardjik. — Cette route, carrossable dans toute sa longueur, part de Brousse au nord-est. Son premier tronçon lui est commun avec celle de Kutahia et continue celle de Moudania; il a une longueur de 11 kil. A partir de là, la roule court directement sur Yéni-chèhr et arrive à Bilédjik, après un parcours de 95 kil. en courbe du nord-est vers l'est et le sud-est. De Bilédjik, deux prolongements se dirigent, l'un sur Seuhud où s'arrêle sa partie terminée, qui est de 23 kil., et d'où il rejoindra le chemin de ferd'Anatolie entre Boz-euyuk et In-eunu par une section en cours de construction de 17 kil. ; le second prolongement passe parKeuplu et rejoint au sud ce même chemin de fer et la roulede Kutahia, à 10 kil. est de Bazardjik. Sa longueur est de 18 kil.

Deux embranchements de cette route se dirigent de Yénichèhr à Aïné-gueul, et de Tchardak, village situé à 10 kil. de Yéni-chèhr, à la roule de Ghemlèk où celui-ci se rattache, à 2 kil. sud de cette ville. La longueur du premier embranchement est de 28 kil. et celle du second est de 55 kil. (dont 35 kil. en ligne directe).

La longueur totalement achevée de cette route, prolongements et embranchements compris, est de 230 kil.

Route de Ghemlèk à Yalova. — Sur l'embranchement de Tchardak à la route de Ghemlèk vient se souder, à 10 kil. de Bazar-keuï et à 13 kil. de Ghemlèk, la roule de Yalova, station balnéaire située dans le mulessariflik d'Ismidt. Les 10 premiers kilomètres seuls sont terminés.

Routes de Brousse à Kutahiapar Ainé-gueul^ Dazardjik^ Bozeuyuk et Yn-eunu ; de Kutahia à la limite sud est du vilayet de Brousse par Altoun-tach^ Kara-hissar ^ Tchai et et lhsaklu\ et de Kutahia à Ouchaq par Ghédos, — La route de Brousse à Kutahia part de Brousse au nord-est. Les 11 premiers kilomètres sont en quelque sorte un prolongement de la route de Moudania et constituent également le premier tronçon de la route de Bilédjik, comme il est dit ci-dessus. A partir de Brousse jusqu'à sa rencontre avec le chemin de fer d' Anatolie, la route de Kutahia se dirige à Test en inclinant vers le sud jusqu'à Boz-euyuk où elle franchit la voie, qu'elle traverse une seconde fois un peu plus loin en traçant un arc de cercle. A In-eunu, sa direction s'accentue vers le sud-ouest jusqu'à son arrivée à Kutahia, après un parcours total de 220 kil. représentant à peu près le double delà distance en ligne directe.

Au sortir de Kutahia, la route parcourt 12 kil, jusqu'à sa bifurcation. L'une de ses branches se dirige alors vers le sud-est jusqu'aux confins du vilayet, au delà duquel elle continue à s'avancer à l'est dans le vilayet de Koniah par Ak-chèhr, au bord du lac de môme nom, tandis que son autre branche va gagner au sud-ouest Ghédos et vient aboutir au sud à Ouchaq. La longueur de cette route à partir de sa bifurcation est de 175 kil. jusqu'au vilayet de Koniah (branche du sud-est) et de 130 kil. jusqu'à Ouchaq (branche du sudouest).

Chemin de Sandikli. — Une route en cours de construction, de Kara-Hissar à Ouchaq mettra ces deux branches en communication. Sur cette route, dont la longueur sera de 90 kil., débouche dès aujourd'hui, à 12 kil. ouest de Kara-Hissar,

un chemin dont 50 kil. venant de Sandikii sont achevés. A partir de Sandikii vers le sud-ouest, une autre section , d'une longueur de 110 kil. en cours de construction, se reliera aux chemins du vilayet de Smyrne, en passant à Binaire et à Tchardak, stations du chemin de fer de Smvrne- Aïdin.

Chemin de Tc/iaï à Azizié. — Sur la branche du sud-est, à Tchaï, au bord du lac Iper ou Eber, se trouve le point de dépari d'un chemin, dont la première section de 56 kil., achevée, aboutit au nord à Azizié. La seconde section en construction, suivra la même direction jusqu'à la limite du vilayet d'Angora.

La longueur totale de la route de Brousse à Kutahia, avec ses deux bifurcations et les chemins qui s'y relient, est actuellement de 643 kil. complètement achevés.

Route de Panderma d Balikessèr et au golfe d'Adramit. — La route de Panderma à Balikessèr se dirige vers le sud en passant à Test du lac Manias et suit, en le remontant, le cours du Sémav-sou (Macestus) jusqu'à Soussourlou et Omar-keuï, où elle fait un coude et prend une nouvelle direction vers l'ouest pour passer à Balikessèr, à Adramit et aller aboutir au fond du golfe de ce nom, à 5 kil. nord de Rémer, au port d'Ak- Ichéï.

Cette route est Tunique voie terrestre du sandjak de Karassi qu'elle parcourt à Test et au centre dans la direction générale du nord à l'ouest, sur une longueur totale de 175 kil. Le nord-est, l'est et la partie centrale de ce sandjak, éminemment producteurs, sont mis de la sorte en communication avec la mer Egée et la mer de iMarmara, mais toutes les contrées de l'ouest et du sud demeurent privées de relations avec Balikessèr, chef-lieu du sandjak, qui n'en a point lui-même avec Brousse, chef-lieu du vilayet.

Récapitulation des longueurs kilométriques des chemins de fer, chaussées carrossables et chemins vicinaux actuellement existants et achevés dans le vilayet de Brousse.

Chemin de fer d'Anatolie (voie normale)

— de Smyrne-Aïdin (voie normale). . . -- de Moudania-Brousse (voie élroile) .

Total . . .

Chaussée carrossable de Ghemlèk. . . 34.500

— Moudania-Brousse 34.000

— Embr. sur Trih'a. 12.000

— Brousse-Mikhalifch 62.000

— — Bilédjik, y compris 2 prolongements et embranchements 230.000

— Ghemlèk- Yalova . 10.000 )

— Brousse-Kulahia y compris les 2 bifurcations sur Ihsaklu et Ouchaq et les chemins qui s'y relient 643.000

Chaussée carrossable de Panderma-Adra-

mit 175.000

Chemin vicinal de Broussc-Atarnos . . 54.000

Total général. . .

soit un ensemble de 1,570 k. 430 de voies terrestres dont : 315 k. 500 de chaussées carrossables bien construites et 170 kil. de chemins vicinaux passables.

Transports. — Sur la route de Panderma à Balikessèr et à Adramit, qui est, ainsi qu'il vient d'être déjà dit, Tunique voie terrestre du sandjak de Karassi, les transports sont effectués, soit par voitures, soit à dos de chameaux, chevaux et mulets, soit même à dos d'hommes. Les prix ne sont pas les mêmes de Panderma à Balikessèr que de cette dernière ville à Adramit. Sur le premier de ces deux parcours, qui est d'environ 95 kil., le prix varie entre 70 paras (environ

40 cenlimes) et 100 paras (environ 57 cenlimes) par tonne et par kil. De plus, des préposés perçoivent environ 34 centimes (60 paras) par voilure chargée, et environ 17 cenlimes (30 paras) par bêle de somme ou porte-faix, pour subvenir aux dépenses des réparations de la roule, qui sont presque permanentes à cause de Finondalion annuelle des environs des lacs Manias et ApoUonia, dans la saison pluvieuse et à la fonle des neiges.

De Balikessèr à Adramit, le trajet n'est que d'environ 80 kil. et le prix de transport sur ce parcours n'est que de 30 à 49 cenlimes environ (57 à 85 paras) par tonne et par kilomètre. Ces fluctuations de prix sonl déterminées par le plus ou moins d'importance des travaux des champs, car il n'y a pas d'entreprises régulières de transports par terre dans le sandjak deRarassi.

Dans les quatre autres sandjaks du vilayet de Brousse, où les routes sont moins rares et peuvent mettre beaucoup de localités en rapport avec les chemins de fer, les prix de transport sont un peu moins élevés. La tonne de céréales, laine, poil de chèvre et autres marchandises, est transportée d'Eski-chèhr à Moudania à raison de 300 piastres, soit environ 69 fr. pour un trajet de plus de 200 kil., ou à peu près 34 centimes par kil. Les prix de transport par chemin de fer sont sensiblement les mêmes qu'en Europe. Or, non seulement un certain nombre de localités des sandjaks de Brousse, d'Erthogroul et de Kulahia, devenues des stations de chemins de fer, peuvent profiter de cet avantage, mais encore les muletiers du sandjak de Kara-Hissar entreprennent tout le transport des couffes d'opium à Smyrne à raison de 30 à 40 paras, y compris les frais de chemin de fer, qu'ils prennent à leur charge.

Les transports par voie fluviale sonl à peu près nuls et ne pourraient d'ailleurs, en l'état acluel des cours d'eau énumérés plus haut, être effectués avec quelque régularilé.

Montagnes. — Le vilayet de Brousse est très montagneux, surtout vers ses limites qui, presque partout, semblent tracées

naturellement par des chaînes où se rencontrent parfois quelques sommets d'une hauteur remarquable.

Du côté du nord, il est séparé du mutessariflik d'Ismidt par une chaîne de moyenne hauteur qui entoure le lac de Nicée et sert de limite au sandjak d'Erthogroul. On y remarque le Sa^ manli'dagh (900 m. d'altitude), le Kiz-dervend {880 m,) à partir duquel la chaîne s'abaisse vers Test près de la ville d'Isnik (Nicée) pour se relever au sud-ouest du lac, où le Katirli-dagh (Arganthonius) s'élève au-dessus des falaises de Ghemlèk.

On peut citer encore, au nord du vilayet, le Kapou-dagh, dans la presqu'île de Cyzique (830 m.), et l'île de Marmara; l'altitude de cette dernière, inépuisable carrière de marbre blanc, est de 710 m.

En descendant un peu vers le sud, à 30 kil. seulement du littoral, on rencontre le Kéchick-dagh^ ancien Olympe de Mysie ou de Bythinie. La célébrité historique de cette montagne réclame une description spéciale.

Cette célébrité est constatée par Hérodote et par Slrabon pour ce qui concerne les temps antiques. Le premier rapporte qu'Adraste, neveu de Midias, roi de Phrygie, y tua par maladresse dans une chasse au sanglier, Atys, fils de Crésus, roi de Lydie, et se punit lui-même en se donnant la mort. Suivant Strabon, les épaisses forêts de l'Olympe de Mysie étaient, de son temps, devenues le repaire de brigands fameux, dont la puissance était telle que le peuple romain était obligé de compter avec eux. Un de ces brigands, Cléon, ami de Jules César, érigea pour l'honorer son bourg natal en ville sous le nom de Juliopolis. Ayant embrassé le parti d'Antoine, il se rallia à la cause d'Auguste qui l'en récompensa en lui conférant la prêtrise de Comana, avec l'investiture du gouvernement de la province de Morena, dépendance de l'Olympe et de la Mysie Abrettène. Cléon possédait dans la montagne un inexpugnable châteaufort, nommé Callydium, d'où il faisait pencher la victoire du côté du parti qu'il embrassait.

Sous les empereurs byzantins, TOlympe devint le séjour des moines et prit le nom de « "Opoç xwv xaXoY>ipwv » ou montagnes

des moines. On y voyait alors un aussi grand nombre de cellules accompagnées de petites chapelles qu'il en existe aujourd'hui sur le mont Athos. Saint Nicéphore y fonda, sous Tinvocalion de Saint Serge, un monastère de la règle des Acœmites, où plusieurs prélats orthodoxes trouvèrent un refuge contre les persécutions des iconoclastes. Constantin Porphyrogénète (it au mont Olympe un pèlerinage, et y distribua d'abondantes aumônes.

Après la conquête de Brousse par les Ottomans, les moines chrétiens furent remplacés par des derviches musulmans, mais la montagne ne changea point de nom, car celui qu'elle porte depuis lors, — Kéchich-dagh^ — signifie également « montagne du moine ».

Aujourd'hui le monl Olympe sert d'habitation d'été aux Turkmènes, descendants de la tribu du « mouton noir » d'où sont sortis autrefois les princes de la race de Seldjouk, qui ont glorieusement régné en Asie sous le nom de sultans de Roum, et avaient à Koniah le siège de leur empire. L'hiver, les nomades redescendent dans la plaine où sont leur a guerm-sir. » (locaUté chaude). Le plateau principal occupé par eux durant l'été sur le mont Olympe porte le nom de ghazi-yàila (le plateau du victorieux), parce que ce fut là que le sultan Orkhan s'établit pour diriger les travaux du siège de Brousse.

Ce yàila ou plateau est la première et la plus agréable station des nombreux touristes qui font chaque année l'ascension du mont Olympe. 11 est d'usage de s'y arrêter quelques instants, à Tombre de jeunes arbres arrosés par une source fraîche, au bord d'une vaste prairie émaillée de fleurs, devant la tente de laine noire du kéhaya des Turkmènes. On en accepte un régal champêtre composé de « yoghourt » ou crème aigrie faite du lait des brebis de la tribu, et d'une tasse de café, servis sur l'herbe dans des vases de terre rouge. Là se termine à 800 m. environ d'altitude, la région des hêtres, et commence la région des pins et des sapins. De ce point, on embrasse d'un seul coup d'œil la ville et la plaine de Brousse où serpente le Nilufer\ au delà, les contreforts du mont Olympe s'étendent jusqu'à Ghem-

lèk; on a devant soi le golfe de Moudania, la mer de Marmara tout entière avec ses îles; le lac ApoUonia, sur la gauche, étincelle au soleil; à droite enfin, se déroule la plaine de Yéni-chèhr jusqu'à la ligne d'horizon où se confondent le ciel et la terre.

On traverse, après ce temps de repos, de sombres et magnifiques forêts de conifères, et Ton parvient à la région des prairies, nommée « kirk poimar » (les quarante sources), à 1.800 m. d'altitude. Une multitude de ruisseaux, d'une eau limpide, froide comme la glace, courent à travers la verdure fleurie. On y pêche d'excellentes truites qui servent d'appoint aux provisions apportées pour le déjeuner et, le repas terminé, on se remet en route pour l'ascension du dernier mamelon de la montagne. Au bout de deux heures de marche, on arrive au pied du pic, divisé en deux pitons, qui forme la cime de l'Olympe, et l'on descend de cheval pour gravir à pied, péniblement, jusqu'au plateau couvert de neige qui s'étend entre les deux pitons, sur un espace de plusieurs hectares.

Presque chaque nuit, on vient de Brousse à ce plateau chercher de la neige que l'on coupe en blocs, dont deux font la charge d'un mulet, et vers 9 heures du matin le convoi rentre en ville.

Le plus élevé des deux pitons est à 2.530 m. d'altitude. De cette hauteur, où l'on observe l'apparition de la nouvelle lune pour le commencement du mois de ramazan et pour le baïram qui le termine, on voit se développer comme un plan en relief, une grande partie de l' Asie-Mineure. La vue s'étend au sud et au sud-est jusqu'à la vallée d'Alarnos (Edrénos) et à Kutahia; on distingue au nord-ouest l'entrée du détroit des Dardanelles, et vers le nord, au delà des Iles des Princes, à l'extrémité de la mer de Marmara, on voit Stamboul et le Bosphore.

La faune et la flore du mont Olympe ne manquent pas d'intérêt. Outre les arbres superbes qui peuplent ses forêts, et dont les principales essences sont le hêtre, le platane, le chêne, le châtaignier, le noyer, les pins et sapins, il est riche en toutes sortes de plantes utiles. On y rencontre plusieurs belles varié-

tés de digitales, le styrax officinal, le cysle de Crèle, qui produit le laudanum et une autre espèce de cyste à larges feuilles, rhyèble, la bourrache, la chicorée, le pissenlit, la petite centaurée, le thym, le petit houx, la ronce, la fritillaire, etc., etc. Le noisetier franc ou avelinier, qui produit les grosses noisettes dites avelines, y croît en abondance.

Le gibier nombreux qui fréquente les forêts du mont Olympe est énuméré plus haut, page 27. On peut ajouter ici que les descendants du sanglier dont parle Hérodote, n'ont rien conservé de la férocité de leur redoutable ancêtre ; ces animaux se nourrissent paisiblement des faînes, des châtaignes et des glands qui jonchent le sol. On ne rencontre sur celle montagne d'autre animal féroce que le chat sauvage et un petit léopard fort peu dangereux. Les moutons de TOlympe sont renommés pour leur chair exquise et la grande beauté de leur laine qui sort à tisser les tapis dits de « Smyrne ». Les bœufs sont petits et faibles, comme dans tous les pays montagneux, mais leur chair tendre et savoureuse a été fort appréciée par le soldat français pendant la guerre de Crimée.

L'excursion au mont Olympe se fait en douze heures, aller et retour, haltes comprises.

Le mont Olympe étend au loin ses ramifications vers Test, le sud et Touest. 11 va, dans cette dernière direction, rejoindre la chaîne de Y Ida (Kaz-dagh)qui est décrite au chapitre spécial du mutessarifiik de Bigha (Dardanelles) (tome III, p. 723). Les contreforts et rameaux de l'Ida s'étendent du sud au nord et forment la limite orientale de ce mutessarifiik, le séparant ainsi du vilayet de Brousse qu'ils bornent à l'ouest.

Productions industrielles. — Il a été parlé plus haut, au chapitre spécial de l'agriculture, des industries qui relèvent de cette branche de l'activité humaine, telles que la fabrication des vins, des huiles d'olives, de la soie, de l'opium, industries fort importantes et qui se placent au premier rang dans l'ensemble des productions industrielles du vilayet de Brousse. Il ne reste que fort peu de chose à en dire ici. Quant à la minoterie, qui

pourrait prendre également une certaine importance dans ce pays producteur de céréales, elle n'a pas réalisé de grands progrès jusqu'ici.

Pourtant, dès 1855, un grand et beau moulin, qui travaille encore aujourd'hui, avait été construit à Brousse, d'après les modèles européens ; mais les bons meuniers manquaient, et l'on ne pouvait parvenir à faire de belles farines. 11 n'en est plus ainsi depuis quelques années. Aujourd'hui plusieurs autres moulins, montés à l'européenne, donnent tous des farines blanches et pures, grâce à l'exemple et aux leçons de M. Roche, autrefois maître meunier à Vaucluse. Toutefois il n'y a pas encore de moulins à vapeur à Brousse; tous sont mus par la force hydraulique. Deux cours d'eau qui descendent de Pounar-bachi passent à travers la ville et font tourner les moulins des quartiers de Démir-eapou de Mouradié et de Balouk-bazar. Ceux de Setbachi sont mis en mouvement par les eaux du Gueu/c-déré. Quelquefois ces cours d'eau tarissent en été et le travail s'arrête. Hors la ville, il y a sur le Nilufer plusieurs autres moulins à 4 paires de meules, exempts de ce fâcheux contre-temps ; mais une installation fonctionnant à la vapeur serait, dans tous les cas, la meilleure des garanties.

Près de Mikhalitch, sur les bords du lac AppoUonia, il existe un moulin à vapeur à 2 paires de meules ; on en trouve un autre à Balikessèr, chef-lieu du sandjakde Karassi. Moudania possède un bon moulin à vent, naturellement soumis, par ce fait même, à des interruptions de travail de force majeure.

La plupart des autres moulins du vilayet de Brousse, qui sont en très grand nombre, ont pour moteurs, suivant les circonstances locales, soit l'eau, soit le vent. Ils sont d'ailleurs des plus primitifs. Leurs meules en grès s'usent vite. Elles s'émiettent et rendent la farine sablonneuse. 11 faut les remplacer tous les ans. Ces derniers moulins ne travaillent tous qu'à façon, car les meuniers sont trop pauvres pour moudre à leur propre compte.

Outre ces industries principales, il en est encore plusieurs autres qui méritent d'être citées, soit pour les qualités estimables

Ô8 VlLAYKT Di: BIIOUSSK

OU Tulililé de leurs produits, soil parce qu'elles soûl spéciales à certaines localités, ou bien encore à cause des revenus plus ou moins importants dont elles sont ou pourraient être la source. Les plus remarquables sont la fabrication des étoffes de soie et coton pour habillement, dites « soies de Brousse » ; celle des lissus de coton moelleux, épais et en même temps très légers pour linges de bain, ainsi que les confections (burnous, serviettes, etc.) faites avec ce même linge; celle du linge plat, également pour le bain, eu coton blanc uiû ou rayé d'or, en coton bleu foncé à bandes de soie rouges et jaunes [pechtimal) etc., et autres soieries et cotonnades, toutes objet d'un commerce intérieur important et d'une exploitation qui prend de jour en jour plus d'extension, surtout depuis les Expositions universelles où elles ont figuré. L'énorme quantité d'imitations de linges de bain en coton pelucheux de Brousse, fabriquées par la grande industrie européenne, ne leur fait aucune concurrence, bien qu'il en soil vendu beaucoup, même eu Turquie ; car leur bas prix seul les fail acheter par des personnes qui, à défaut de ces imitations excessivement défectueuses, n'achèteraient pas les confections de Brousse, en tout cas trop chères pour leur bourse.

Les ouvriers en étoffes de soie pure, soie et coton, soie et or ou argent, légères et transparentes ou plus fortes, travaillent en chambre. Ils occupent à Brousse environ 500 métiers faisant chacun 80 pièces par an, soit environ 40.000 pièces, pour lesquelles on emploie environ 40.000 okes (51.316 kilogr.) de soie. La plus grande partie de ces étoffes est absorbée par la cpnsommation des grandes villes de Tempire ottoman. Il s'en vend surtout beaucoup à Constantinople. On en exporte en France, en Autriche et en Angleterre depuis fort longtemps, car on les connaissait déjà très avantageusement à Paris sans savoir quel était le lieu d'origine. M. C. Texier a beaucoup contribué à faire cesser cette ignorance vers 1835, lors de ses explorations scientifiques en Asie-Mineure, et les Expositions universelles ont achevé depuis lors de faire connaître à tout le monde ces inimitables productions de l'industrie ottomane. Entre autres avantages, les étoffes de soie de Brousse possèdent celui de pou-

voir subir plusieurs lavages successifs sans rien perdre de leurs fraîches et éclatantes couleurs.

Des étoffes semblables sont aussi fabriquées dans plusieurs autres villes principales du vilayel de Brousse , telles que Bilédjik, chef-lieu du sandjak d'Erthogroul, où Ton fabrique également certains velours du même genre que ceux qu'on appelle en Europe <( velours d'Utrecht », mais bien supérieurs à ces derniers par le goût artistique des dessins, la variété et l'harmonie des couleurs et la solidité du tissu pour ainsi dire inusable. Certains villages, fort nombreux dans les sandjaks de Brousse, de Kutahia, d'Erthogroul et de Karassi, ont la spécia^ lilé des tissus de soie transparents, lamés et fleuretés d'or et d'argent. Dans ces quatre sandjaks^ ainsi qu'à Afioun-Kara- Uissar, on fait une grande fabrication de pièces de feutre grisclair à broderies d'argent et d'or pour tapisseries, portières, harnais, couvertures et autres usages, qu'il serait trop long d'énumérer. Le séraskérat (ministère de la guerre) fait souvent à Kara-Hissar d'importantes commandes de ces feutres renommes, pour l'usage de l'armée.

On fabrique à peu près dans toutes les localités, des coton^ nades rayées à l'usage du pays, d'un joli aspect, très solides et d'un grand bon marché. Ces étoffes ont été très recherchées à loutes les Expositions universelles et y ont été plusieurs fois récompensées.

La ville de Kutahia, autrefois très renommée pour ses briques et tuiles émaillées^ ses faïences et ses porcelaines, genres divers (le fabrication dont elle avait hérité lors de la ruine de Nicée (Iznik), où les empereurs turcs Seldjoukides avaient établi le principal centre de celte belle industrie, essentiellement orientale, l'avait laissé péricliter à son tour. Toutefois, les fabricants de Kutahia, descendus au rang d'humbles potiers, avaient conservé les anciens émaux et gardé la tradition des procédés des maîtres faïenciers du moyen-àge, venus du Turkestan et de la Perse. Le peu d'importance de leurs produits n'empêcha pas qu'ils fussent remarqués pour les couleurs vives et harmonieuses de leurs émaux et la finesse de leur pâte de kaolin, aux Expositions uni-

verselles de 1867 à Paris elde 1873 à Vienne. S. E. HamdyBey, membre de la commission ottomane à la première de ces Exposilions, commissaire général pour la Turquie à la seconde, profila de celte heureuse circonstance et la fil valoir auprès de hauts dignitaires de l'empire, animés comme lui d'un ardent désir de rendre au pays les arts oubliés et les anciennes industries qui l'ont illustré à Tépoquc même de sa plus grande puissance militaire, du temps des célèbres maîtres architectes Ilias, Ali et Sinan. Les productions de Tari céramique, briques émaillées, tuiles peintes sur émail, faïences, constituent précisément les matériaux décoratifs le plus généralement employés par ces maîtres. C'est à ces productions, dont ces pauvres potiers de Rutahia avaient conservé le secret, que les mosquées des Turcs Seldjoukides, si magnifiques, et celles des Ottomans, d'une beauté plus pure et plus sévère, doivent leur charme principal.

A la requête de S. E. Hamdy Bey et par l'entremise de S. A. Edhem Pacha, son illustre père, des encouragements sérieux furent donnés aux potiers de Kutahia qui s'en sont montrés dignes. S. A. Ahmed Véfik Pacha, restaurateur de la Yéchil- Djami de Brousse et des monuments funéraires des fondateurs de la monarchie ottomane, consacra aussi son énergique vieillesse à cette œuvre utile. Les fabriques de faïences de Kutahia, qui étaient réduites au nombre de 5, occupant chacune 30 ouvriers, se sont aujourd'hui élevées au nombre de 15 occupant ensemble 600 ouvriers. Au lieu de quelques tuiles peintes sur émail d'une seule couleur, de quelques encriers, assiettes et tasses à café n'ayant rien de remarquable que la belle couleur de leur émail et la finesse de leur pâte, les nouvelles fabriques fournissent aujourd'hui des objets vraiment remarquables. Ces fabriques, mieux outillées, pourvues de bons dessins et d'inscriptions parfaitement calligraphiées, en écritures koufique, persane et turque, produisent une foule d'ustensiles d'usage courant, de formes pures, élégantes, commodes, revêtus de charmantes compositions artistement exécutées. Elles peuvent fournir aussi pour la décoration des monuments civils et religieux et celle des édifices particuliers, des plaques de

briques émaillées, des tuiles peintes, presque aussi bien exécutées sous tous les rapports que les plus beaux produits des anciennes fabriques de Nicée. Les splendides inscriptions kpuljques de la nouvelle mosquée Hamidié, située près du palais impérial de Yildiz, en sont une preuve évidente. Pour juger de' la réelle valeur des produits courants de la fabrique de Kuta:hia, il suffit d'aller jeter un coup d'œil sur ceux qui sont mis en vente à Gonstantinople, dans un magasin spécial de la rue principale du Grand-Bazar.

La carrière de kaolin (feldspath argiliforme) qui fournit aux besoins de toutes les fabriques de Kutahia, se trouve à proximité de cette ville. Go gisement est à deux mètres de profondeur sous une couche d'argile commune. Le kaolin extrait est d'abord réduit en poudre fine, dans des moulins ad hoc\ on en fait ensuite une pâte qui sert à recouvrir les briques et les tuiles décoratives, d'une couche d'épaisseur variable destinée à recevoir les émaux. S'il s'agit de vases ou autres ustensiles d'usage courant» la fine pâte de kaolin est, suivant les cas, modelée, moulée ou travaillée au tour, puis émaillée. Le même fondant qui a servi à préparer l'émail en y ajoutant des oxydes métalliques de diverses couleurs, sert aussi à vernir les pièces quand il est employé pur. Ces pièces sont ensuite soumises à la cuisson dans un four de potier. Les gisements importants de kaolin sont en grand nombre dans le sandjak de Kutahia.

L'écume de mer (magnésie) dont les gisements sont décrits plus haut, au chapitre spécial des mines (page 20), est travaillée à Ëski-chèhr dans 150 boutiques. Outre le nettoyage et la taille de ce produit minier, en vue de son classement pour la vente, on en fabrique aussi beaucoup de petits objets tels que portecigarettes et autres. Ce travail occupe environ 630 ouvriers.

Ouchaq, chef-lieu d'un caza de ce môme sandjak de Kutahia, est le centre principal des plus beaux tapis dits « de Smyrne ». Après avoir fourni des quantités considérables à la consommation de la Turquie, ces beaux produits donnent lieu à d'importantes exportations à destination des principales places de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique. Tout ce qui concerne les

'.- fabriques d'Ouchaq et autres centres de production de tapis du lùême genre se trouve au chapitre spécial du vilayel de Smyrne (voiif.fomelll, p. 406).

Outre, cçs tapis dits « de Smyrne », le vilayet de Brousse en produit pïusijeurs autres sortes assez estimées, appartenant pour la plupart ^ux genres connus sous les noms de sofrali, si- 7*ali ei sèdfadfi. Leurs couleurs sont peu variées, mais harmonieuses et renommées pour leur solidité. Les ^o/ra// sont à cinq couleurs : bleu, vert, jaune et orange sur un fond sombre. Les sirali sont alternativement rayés de violet, noir, vert, rouge, jaune et blanc. Les dessins des sèdjadè sont originaux et variés. Tous ces tapis sont en laine longue et de premier choix, d'un tissus épais et serré; mais lesTurkomans (Turkmènes) du mont Olympe et des bords du Nilufer en fabriquent en laine courte et rase qu'on nomme duchémè^ et dans le tissu desquels il entre souvent beaucoup de poil de chèvre, ce qui les rend plus brillants et augmente encore leur solidité.

Les prix des tapis de Brousse sont extrêmement modérés.

On cite parmi les meilleurs cuirs jaunes et maroquins noirs et rouges, les produits des tanneries du sandjak de Kutahia, dont les principales sont celles du nahié de Tavchanli au nombre de 30, et celles d'Ouchaq qui produisent de notables quantités de peaux de chèvre et d'agneau, teintes en plusieurs couleurs très vives, variées et durables. La plupart de ces cuirs, maroquins, peaux de chèvre et d'agneau, servent à confectionner des apapoud/ » (babouches), des « mest » et autres jolies chaussures indigènes, élégantes et commodes. On les dirige à cet effet sur Gonstantinople, Smyrne, Kutahia, Eski-chèhr, Aïné-gueul et autres localités où ils sont mis en œuvre.

Les peaux mégissées d'Aïvalik et d'Adramit, donnent lieu à une exportation annuelle d'environ 400 balles de 120okes chacune, ou en totalité 60 tonnes environ. Le reste de la production est consommé sur place.

Un autre article d'exportation plus important pour ces mêmes cazas est le savon de qualité inférieure. Il en est exporté annuellement environ 4,000 tonnes.

Les savons de Brousse sonl de bonne qualité et (rès estimés. On les fabrique à Ouzoun-tcharchi (le marché long) et à Mabmoud-Pacha-Han. Il ne s'en fail presque aucune exportation, les quantités produites suffisanl h peine h la consommation locale, fort importante.

Ainsi qu'il a déjà été dit plus haut, au chapitre de TAgricullure (p. 51), un tiers des graines de pavots récoltées annuellement dans le sandjak de Kara-Hissar est réservé pour la fabrication deFhuile comestible entièrement consommée surplace.

Un produit essenliellement local, assez important pour qu'il semble convenable d'en parler ici, est une sorte de confiture ou raisiné qu'on nomme « agc/a ». On prépare ce produit recherché à Hamid, principal village du nahié d'Égri-gueuz (merkez-caza de Kutahia). Vagda se fail avec du raisin sec ; il faut 5 okes ou 6 k. 414 environ de raisin sec pour produire 50 ocques ou 25 k. 656 d'agda. La production annuelle est d'environ 100.000 okes, soit 128.295 k. qui, à raison de 60 paras l'oke, prix de vente de celle confilure sur les marchés de Koniah, de Smyrne et d'Eski-chèhr, donnent au petit village de Ilamid un revenu de 150.000 piastres par an, soit environ 34.500 fr. pour un seul article de sa production. Sans cette industrie, les 20.000 okes de raisin sec qu'elle convertit en 100.000 okes de confiture ne lui vaudraient pas plus de 10.000 piastres, soit environ 2.300 fr. par an.

Commerce. — Le mouvement commercial du vilayet de Brousse s'effectue en partie par les chemins de fer d'Anatolie, de Smyrne-Aïdin et de Moudania-Brousse, et en partie par les ports du littoral de ce vilayet, dont les principaux sont Ghemlèk, Moudania, Panderma, Artaki (Erdèk) et Kapou-dagh (Péramo) sur la mer de Marmara, et Aïvalik, Aktchéï pour Adramit, sur la mer Egée.

Les exportations et importations faites par le chemin de fer d'Anatolie (Haïdar Pacha-Ismidt-Angora) se confondent avec le mouvement commercial du vilayet de Constantiuople et du mutessariflik d'Ismidt, Celles qui sont opérées par le chemin de

fer de Smyrne-Aïdin sont englobées dans le mouvement commercial du port de Smyrne. Quant aux exportations et importations qui seront effectuées parle chemin de fer à voie étroite de Moudania-Brousse, récemment livré àTexploilation, on n'en connaît encore ni les quantités ni la valeur.

En conséquence il faut se borner à indiquer ici la plus faible partie du mouvement commercial du vilayet de Brousse, c'està dire les exportations et importations par voie maritime.

La valeur en francs de ce mouvement se chiffre comme suit :

Exportation en Turquie et à l'élranger 57,012.963 fr. Importation de Turquie et de l'étranger 23,409.397 —

Soit, sur une moyenne calculée pour cinq années, un mouvement total an-

nuel de 80,422,360 fr.

dont le détail se trouve aux tableaux ci-après :

VU.AYFT DE BHOUSSE

Allemiuiil

AaglaU

Austro-Hongrois,

Français.

HellÈoc

Ilaliell

OtloDiaii

SamieQ

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