‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure;Chapitre 20 sur 144 · MERREZ-CAZA DE BROUSSE · texte numérisé non relu

MERREZ-CAZA DE BROUSSE

Orientation, limites. — Le merkcz-caza de Brousse est situé au nord-est du sandjak de mémo nom. Il est limité au nord par les cazas de Moudania et de Ghemlëk; h l'est par le sandjak d'Erthogroul, au sud, par le caza d'Atarnos, et à Touesl par ceux de Kermasli et de Mikhalilch.

Division administrative. -- Il n a point de nabié et Ton y compte 130 villages.

Autorités. — Lesautorilés civiles sont celles du vilayel de Brousse énumérées au chapitre spécial. Lesautorilés militaires sont énumérées au chapitre de la division militaire du merkezsandjak. Quant aux autorités religieuses, aux services admisnistratifs, tribunaux, etc., gendarmerie, police, douanes, etc., il n'y a rien à ajouter à ce qui a été déjà dit aux chapitres spéciaux du vilayet et du merkez-sandjak.

Population, — La population du merkez-sandjak de Brousse est de 132,047 h,, comme suit :

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Musulmans 102,400 hab.

Grecs orlhodoxeô 11,264 —

( Grégoriens. . 13,681 )

Arméniens ] Catholiques. . 669 > 14,584 —

( Protestants. . 234 ^

Israélites 2,548 —

Étrangers 1,251 —

Total 132,047 hab

Chef-lieu. — Brousse, chef-lieu du vilayet de Rhodavendighiar, du merkez-sandjak et du merkez-caza de Brousse, est situé au pied du versant nord du monl Olympe [Kéchich-dagh] par 26' 40' et 40° 31' de latilude, à 35 kilom. en ligne directe des ports de Ghemlèk et de Moudania, et n 151 mètres d'altitude (à la station du chemin de fer) ou à 180 mètres d'altitude à rhôtel du mont Olympe, suivant M. Ritter, ingénieur en chef de 1" classe des ponts et chaussées de France, ancien directeur général des routes de l'empire ottoman. Cette ville est la résidence de toutes les autorités snpérieures du vilayet, le quartier général de l'étaf-major de la réserve {rédif) et le centre d'action de tous les services administratifs.

La population de la ville de Brousse, comprise dans le chiffre ci-dessus du merkez-caza, est 76,303 habitants, comme suit :

Musulmans 58,902 hab.

Grecs orthodoxes 5,158 —

!Gr<^goriens. . 7,541 J

Catholiques . 669 / 8,444 — Protestants. . 234 \

Israélites . , 2,548 —

Étrangers 1,251 —

Total de la population. . . 76,303 hab.

La ville de Brousse se déroule sur une longueur de 4 kilom, et sur un kilom. environ de largeur, au dessus d'une riche

STATISTîQUE DESCKIPTIVE V21

plaine couverte de gras pâturages, do moissons fertiles, de vertes forêts, de champs d'oliviers, de mûriers, de cotonniers, parmi lesquels serpentent les eaux du Ulufer ou Nilufer, Cette rivière entoure la ville et baigne le pied des riants coteaux, embellis par les vignes renommées, dont les vendanges produisent les vins blancs et ronges, dits « du mont Olympe». La ville est divisée en cinq quartiers principaux : Sed-Bachi; Tataiiar\ Alti- Parmak; Mot/radié el Merkez-M mtdjondh elle est dominée tout entière, avec ses faubourgs qui s'étendent au loin dans la plaine, par le château, bâti sur le roc et dont les murailles, flanquées de tours, enferment dans leur enceinte la haute ville, étagée sur la croupe d une colline.

Strabon, dans un passage, très contesté du reste, attribue la fondation de Brousse {Pri/xa nd Ohjmpinn), à un roi nommé Prusias qui fit la guerre contre Crésus. D'après Etienne de Byzance, cette ville aurait été fondée par un roi de même nom, contemporain de Cyrus. Ces deux versions feraient remonter la fondation de Brousse à 546 ou tout au moins à 529 ans avant notre ère. Mais l'opinion plus généralement reçue est celle de Pline; selon lui, Annibal, vaincu à Zama par Scipion 1 Africain, s'élant réfugié près du roi de Bythinie, Prusias, qui régna de 236 à 186 avant J.-C, bâtit à ses frais cette ville et la nomma Prusa pour flatter son hôte, dans Tespoir de se concilier ainsi sa protection contre les Romains. La bataille de Zama ayant été livrée en 202 avant J.-C. on ne saurait donc, suivant Pline, faire remonter l'antiquité de Prusa ad Olympum, aujourd'hui Brousse, à plus de 200 ans avant l'ère chrétienne.

Quoi qu'il en soit, celte ville antique, dont l'emplacement le plus probable est actuellement compris dans l'enceinte du château, fut conquise par Triarius après la défaite de Mithridate et resta soumise aux Romains. Klle semble avoir surtout prospéré pendant le règne de Trajan, sous l'administration de Pline le Jeune, alors gouverneur de la Bithynie, qui Tenrichit de nombreux monuments. Les anciennes monnaies de Prusa portent rimage des empereurs romains avec la légende « Bilhynias » en leltres romaines.

Les eaux thermnles de Brousse ne semblent pas avoir attiré Taltention avant le règne de Justinien qui fil bàlir à Pythia, aujourd'hui Tchékirgué, faubourg de Brousse, un superbe palais et un bain pour Tusage du public, restauré et agrandi après la conquête ottomane par le sullan iMourad !«' Khodavendighiar .

Les turcs ottomans possédaient déjà de vastes domaines en Asie-Mineure quand le sultan Osman Gkazi, fils d'Erthogroul, fondateur de la monarchie ottomane, investit Brousse, qu'il se contenta de bloquer pendant dix ans. En 1317, ayant pris et démantelé la ville d'Edrénos, il alla placer son camp à Bounarbachi. Ce camp s'étendait de l'ouest à Test autour de la ville, le long du Niltifer. Ak-Timour, neveu du sultan, avait construit une tour à Eski-Kaplidja, et Balabânen avait élevé une seconde au-dessus de Brousse, à Bounar-bachi. Du haut de ces forts, de nombreux projectiles écrasaient les assiégés, fatigués par des assauts réitérés. Cependant, ils neserendaientpas. Osman Ghazi, devenu vieux et souffrant, se retira à Yéni-Chèhr, alors capitale de ses États, et chargea son fils, Orkhan Bey, de continuer les opérations du siège avec un redoublement de vigueur. Enfin, après avoir supporté avec un courage opiniâtre les longues souffrances du blocus, sans aucun espoir de secours de l'empereur Andronic, les assiégés se rendirent aux Ottomans.

A son ht de mort, en 726 (1327 de Tère chrétienne), Osman Ghazi reçut la nouvelle de l'entrée de ses troupes à Brousse. 11 ordonna à son successeur, le sultan Orkhan, d'y établir le siège de l'empire, et voulut y avoir son tombeau, qu'on y voit encore aujourd'hui, dans l'ancienne église grecque de Sainl-Elie, située dans l'enceinte du château, sur la terrasse qui domine la ville actuelle. C'est un monument extrêmement simple; il occupe le miheu de l'édifice, converti en mosquée, et il est entouré de sépultures de vingt princes et princesses de la famille impériale Une petite chapelle attenante renferme les tombeaux du sultan Orkhan et de dix-sept princes et princesses, parmi lesquels on suppose que se trouve celui de la princesse Malkhatoun (trésor de la dame), fille de Cheikh EdébaH, qui prédit la grandeur du peuple ottoman, et fut la femme du sultan Osman et la mère du

sallan Orkhan ; on y trouve aussi celui de la princesse Nilufcr, enlevée du château de Bilédjik le jour même de ses noces avec le commandant de cette forteresse et épousée par le sultan Mourad 1" Khodavendighiar. C'est pour perpétuer la mémoire do cette princesse que les compagnons d'Osman donnèrent son nom à la jolie rivière qui embellit la plaine de Brousse.

De 1327 à 1453, Brousse demeura la capitale de l'empire ottoman et ne perdit ce titre que pour le céder à Constantinople, lors de la conquête de celte dernière ville par Mohammed II el-Fatih. Elle a été la résidence de six sultans qui l'ont remplie à Tenvi de nombreux et magnifiques monuments. Quoique ruinés plusieurs fois par des incendies qui ont failli anéantir cette ville à différentes époques, notamment en 1490 et en 1804, et plus lard par des tremblements de terre, on peut encore aujourd'hui admirer ces merveilleux édifices, sauvés d'une destruction imminente par les soins du commissaire impérial Ahmed Véfik Effendi en 1864. De belles et intelligentes restaurations ordonnées et conduites par le commissaire impérial lui-même, ont rendu toute leur première beauté à ces chefsd'œuvre de l'art oriental et conservé à la patrie ottomane les souvenirs les plus précieux de son illustre origine. On ne saurait oublier de parler ici de l'artiste français, M. Léon Parvillée, qui a exécuté tous les travaux d'architecture, de sculpture et de peinture nécessités par cette entreprise hardie autant qu'utile, pleine de difficultés, dont la plupart avaient été jugées insurmontables.

Monuments. — Parmi ces monuments élevés par les premiers sultans de la race d'Osman, Yéchil-djami (la mosquée verte) doit être présentée la première comme un des types les plus charmants et les plus complets de l'architecture turque et de tous les arts qui concourent, chez les musulmans, à la splendide et ingénieuse décoration de leurs édifices.

Elle est située sur une petite éminence isolée, vers l'extrémité orientale de Brousse, et domine de là toute la plaine voisine. On l'aperçoit de tous les côtés à une grande distance, à

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cause de cet isolement. Elle est revêtue à profusion exlérieurement et surlout inlérieurement, ainsi que le turbé (chapelle funéraire) de son fondateur ^Mohammed I Tchélébi, de briques ornementées en relief et à jour et de tuiles peintes, toutes recouvertes d'émaux de couleurs variées, où prédominent les teintes indécises de la turquoise, d'un bleu tendre tirant sur le vert; c'est cette coloration générale qui a fait donner à cette mosquée le nom do YéchU-djam'i,

Son plan n'a de remarquable que la plus grande et la plus exquise simplicité. C'est par son ornementation prodigieuse et par le haut degré de perfection qu'y ont atteint toutes les branches des arts et de l'industrie qu'elle étonne et ravit l'imagination. Le nom de l'architecte de Yéchil-djami et la date de l'achèvement de ce chef-d'œuvre nous ont été conservés par une inscription du genre appelé /«W/iA (chronogramme) en Turquie, placée au-dessus de la tribune impériale et modestement conçue en celte courte phrase : « Ce saint édifice a été terminé avec art par I/ias-Alis ». En additionnant, suivant, l'usage les lellres de celle inscription (car on sait que chacune des lettres de Talphabet turc a sa valeur numérique) on obtient le chiffre de 827, année qui correspond h 824 de l'ère chrétienne et à la troisième du règne du sultan Mourad II, (ils et successeur du fondateur. Une autre inscription, découverte par S. E. Hamdy Bey, directeur du Musée impérial de Conslanlinople, donne le nom de l'auteur de l'ornementation en briques émaillées et tuiles peintes sur émail de Yéchil-djami et celui de sa ville natale.

Ouloii'djami (la grande mosquée) est située sur le plateau central de la ville et nettement séparée des constructions environnantes. Sa forme extérieure est un carré d'environ 100 mètres de côté. Inlérieurement chacune des faces de ce carré est divisée en six parties égales de même forme, reliées par une vingt-cinquième partie située au centre et dont la coupole, plus vaste et plus élevée que les autres, donne, par une ouverture recouverte d'un grillage en bronze, une large entrée à l'air et à la lumière. Sous cette ouverture, un grand bassin de marbre blanc, alimenté par une source perpétuelle et rafraîchi

par un jet d'eau qui retombe iacessammeut en pluie fine et transparente, contient des poissons. C'est autour de ce bassin que se rassemblent les étudiants [softa] de la faculté de droit et théologie islamiques de Brousse dont le siège est, ainsi que celui du tribunal du chér'% à Oulou-djami. La construction de cette mosquée a été commencée par Mourad I""', continuée par Bayazid lldérim, son fils, et terminée par Mohammed P' Tchélébi, fondateur de Yéchil-djami. On y voit un mimber (chaire) en bois d'ébène enrichi d'incrustations d'ivoire et de nacre, ouvrage d'un célèbre sculpteur arabe. La bibliothèque renferme des milliers d'imprimés et de curieux manuscrits.

Autrefois, l'ornementation d'Oulou-djami était très luxueuse. Les énormes piliers qui supportent ses vingt-cinq coupoles étaient entièremeni recouverts de fleurs et d'ornement, peints sur un fond d'or, et parmi lesquels se déroulaient des versets du Coran en lettres de couleurs éclatantes et variées. La seule ornementation actuelle consiste en écritures noires sur fond blanc, dont les lettres gigantesques produisent un effet saisissant d'un caractère étrange. A droite et à gauche de l'entrée principale nommée Kiblè kapoussi (porte de la Mecque), sont deux grands minarets isolés, sur l'un desquels on voit le siphon qui sert à amener les eaux de TOlympe pour l'alimentation de la mosquée.

Dans le quartier de l'ouest, non loin de la route conduisant aux bains d'eaux thermales, se trouve la mosquée Mouradiè qui a donné son nom à cette partie de Brousse. Ses vastes dépendances consistent en une grande enceinte où sont renfermés les tombeaux de plusieurs sultans et d'un grand nombre de princes et princesses de la famille impériale. La mosquée, construite en 850(1447 de notre ère), est remarquable par sa façade en mosaïque de briques rouges et son ornementation en briques émaillées. On y voit aussi de beaux ouvrages d'ébénisterie ornés de fines peintures sur laque, de filets dorés et d'incrustations de nacre et d'ivoire vert. Au milieu des fleurs et des arbustes toujours verts, à l'ombre de hauts platanes plusieurs fois séculaires, s'élèvent onze turbés ou chapelles sépulcrales.

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La plus remarquable est celle du suKan Mourad il, dont la coupole, à ciel ouvert, est soutenue par quatre colonnes byzantines. Le tombeau de marbre, sans sculptures ni ornements, est découvert et rempli de terre sur laquelle pénètre le soleil et la pluie par Touverture de la coupole. Aux quatre coins de ce tombeau sont des cierges très hauts et très gros entretenus avec grand soin. On montre aux visiteurs le casque de bataille du sultan Mourad, entouré d'un sarek ou turban de mousseline blanche. Son poids serait difficilement supporté par un homme de nos jours. Le satchak de ce monument, c'est-à-dire le large auvent en charpente qui prolonge le toit de plus d'un mètre et demi en avant des murs, a sa partie inférieure ornée de ce même ouvrage de fine ébénisterie, à peintures sur laque, incrustations, gravures, sculptures à jour et filets d'or, qui décore le mahfil ou tribune de l'imam. Un travail du même genre, encore plus délicatement exécuté, moins riche, et dont les seuls matériaux sont le bois de santal et l'ivoire, orne les portes du turbé du sultan Djèm, renfermé dans la même enceinte.

Outre le tombeau de Djèm, célèbre par ses révolles successives contre son frère Bayazid H et le long séjour qu'il fit dans les commanderies des chevaliers de Rhodes, en Savoie et en France, sous le nom de prince Zizim, ce turbé contient aussi le tombeau du sultan IVIoussa, couvert d'étendards conquis sur l'ennemi. On y remarque également des vitraux de couleur d'un effet magique et de magnifiques revêtements en briques émaillées.

Parmi les autres turbés contenus dans l'enceinte de la Monradié, les plus dignes d'attention sont ceux du sultan Moustafa, fils de Bayazid P*" lldérim, tué k la bataille d'Angora; des princesses Aïché et Gourlou, ses sœurs; du derviche Kaïgourlou, et enfin celui d'une princesse chrétienne, iMariam (Marie), fille du prince serbe Brancovich, qui resta fidèle à sa religion dans le harem du sultan Mourad IL Le turbé du sultan Moustafa est revêtu à l'intérieur de tuiles peintes sur émail, à fond blanc, sur lequel courent des feuillages verts et des œillets rouges, thème

décoratif charmant que M. Léon Parvillée a popularisé en France.

La mosquée du sultan Bayazid V Udérim (réclair) n*a jamais été entièrement terminée. Il venait à peine d'en commencer la construction lorsqu'il fut fait prisonnier par Timour-leiig (Tamerlan), à la bataille d'Angora. Ses successeurs n'achevèrent que le turbé situé à peu de distance, dans lequel ils déposèrent ses restes. La grande nef, la coupole qui la couvre et deux salles contiguës ont pu être consacrées au culfe. Cette mosquée est située hors la ville, dans un site solitaire, à l'est, au milieu d*une prairie environnée de cyprès, de vieux platanes et de jardins. Les décombres qui l'entourent sont les ruines d'un imarel (hospice pour les pauvres), hospice qui devait faire partie des dépendances de la mosquée.

D'après l'historien contemporain, Khatib Tchélébi, Sultan Ghazi Hunkiar Djamissi (la mosquée du sultan vainqueur et souverain) fut fondée par le sultan Mourad I" Khodavendighiar, qui la fit construire par Tarchitecte byzantin Christodoulous. 11 est plus probable néanmoins que c'est une ancienne église byzantine, convertie en mosquée par cet empereur. En effet tout cet édifice, tant dans son ensemble que dans ses moindres détails, porte le cachet indélébile de l'art chrétien.

Le plan général est une croix terminée par une tour carrée qui sert de minaret, mais qui sans doute était un clocher dans le principe. Un premier étage est entouré de cellules presque toutes inhabitées, car la tradition populaire, naïvement racontée par les imams^ assure que les moines, leurs premiers possesseurs, tourmentent les étudiants musulmans qui les ont remplacés, les poursuivent avec acharnement dans les corridors sombres et en ont précipité plusieurs du haut en bas dans la nef où ils se sont rompu les membres.

Une autre tradition populaire veut que le faucon sculpté sur une des voûtes, ail été subitement pétrifié, en exécution d'un souhait du sultan Mourad P% pris de colère contre l'oiseau qui s'était enfui et refusait obstinément d'obéir à l'appel de son maître.

l'2S VIIAYET DE BROUSSE

L'ornemeiilalioii principale de ce monument consiste en sculptures gracieusemenl composées el assez délicatement exécutées, représentant des feuillages et des guirlandes de vigne et de lierre. Au fond, à Tinlérieur, se trouve le mihrdb en briques peintes et émaillées, qui semble tenir la place de Tancien maîtreautel, tandis que deux emplacements plus petits, situés à chaque extrémité des branches tranversales de la croix, et non utilisés actuellement, paraissent avoir été réservés jadis à des chapelles basses.

Sultan Ghazi Hunkiar Djamissi est située en face du tombeau de Mourad h'S dans la rue principale du faubourg de Tchékirgué.

On peut encore citer, après ces mosquées principales, Emir Sultan D/'amia.siy dans le faubourg de même nom; Mollah Arab Djebbarï el Mu/ti Abd-til-Lathif Djamissi, où le célèbre poète turc Mollah Khosrèw, au milieu des frais ombrages et des sources vives du mont Olympe, écrivit son poème renommé, H usai chirin (beauté charmante).

Plusieurs tombeaux de saints musulmans, élevés dans des sites riants et pittoresques, à la fois buts de promenades agréables et de pieux pèlerinages, méritent aussi d'être cités, Au nombre des principaux, on compte celui de Ghéyik-Baba (le père cerf) qui accompagnait le sultan Orkhan dans ses guerres, monté sur un cerf apprivoisé ; celui de Abd el-Mourad, où Ton montre son sabre de bois, que plusieurs voyageurs, par une erreur difficile à comprendre, ont confondu avec la célèbre Darandal, Tépée de Roland, neveu de Charlemagne ; celui de Karanfil Dédé (le grand-père œillet) situé sur la promenade qui porte son nom ; et enfin celui de Tchékirgué Sultan (le prince des sauterelles) qui a donné le sien à l'ancienne Pijthia^ où il est situé, non loin des bains d'Eski-Kaplidja.

Deux couvents de derviches {tekkés) sont particulièrement remarquarbles parmi les innombrables établissements de ce genre élevés à Brousse. L'un est le Mevlana de Djéldl ed-din ou tekké des derviches Mèvlèvi, vulgairement appelés « tourneurs » par les Européens. 11 est situé dans une des parties basses de la ville, du côté de l'est, entre le konakàw gouverneur général et YéchiU

djami. L'autre est le tckké des derviches Bèktachi^ dit Abd èl-Mouradtekkèssi^ situé derrière le château, au pied de TOlympe, dans un des plus beaux sites de Brousse. C'est dans ce couvent que se trouve le tombeau d'Abd el-Mourad,

Le château lui-même est un des monuments les plus importants de la ville de Brousse; c'est en tout cas le plus ancien. Son enceinte de murailles et de tours délimite très probablement, ainsi qu'il est déjà dit plus haut, remplacement de Tantique Prusa ad Olympum. On y pénètre de la ville moderne par trois portes qui sont : à l'ouest kaplidja kapoussi (la porte des Thermes) ; à Test, yèr kapoussi (la porte de la terre) ; et au nord iabak (pour Dibagh) kapoussi (la porte des tanneurs ou des tanneries). On en sort du côté du mont Olympe par deux autres portes qui sont zindan kapoussi (porte de la prison) et sou kapoussi (porte de Teau). Une partie des murailles remonte à des temps très anciens; on y voit encore à certains endroits la trace des aigles romaines ; mais les autres parties des murs d'enceinte sont du temps de Mohammed III qui les fit élever pour garantir la ville à une époque où des insurrections désolaient le pays.

Sur la terrasse du château, se trouvent les tombeaux des sultans Osman et Orkhân décrits plus haut, et les ruines d'anciens kiosques impériaux, parmi lesquelles on voit un certain nombre de vieilles pièces de canon démontées, gisant sur le sol; ce qui a fait donner à ces ruines le nom de Top-Hané (fabrique, dépôt de canons). Près de là, quelques décombres indiqueraient seules la place du magnifique palais commencé par le sultan Orkhân et achevé par son fils Âlourad I" Rhodavendighiar, si Ton n'y voyait encore le majestueux platane, sorti d'une petite branche plantée lors du défilé des troupes victorieuses devant Osman- Ghazi^ à la prise de Brousse. En plantant cette faible tige, le derviche Ghéhik Baba (le père cerf) prédit au vainqueur que l'empire ottoman grandirait rapidement et s'étendrait bientôt au loin comme elle, prédiction qui s'est réalisée dans l'espace de 126 ans. De Textrémilé de la terrasse, la vue plonge à pic sur toute la ville de Brousse, la plaine et les environs, et n'est

arrêlée par aucun obstacle ; de tous les côtés le coup d'œil est admirable.

On peut encore compter au nombre des anciens monuments de Brousse, et parmi les plus intéressants, le bazar ou plutôt les bazars, vaste assemblage de longues et larges galeries voûtées, comparable par son étendue à une petite ville. Dans son enceinte sont contenus plusieurs hansoix hôtelleries, dépôts et fabriques, dont un des plus remarquables est Ipèk-hané^ Tentrepôt des soies. On y entre par une haute et large porte monumentale percée en ogive et encadrée de grandes plaques d'émail bleu turquoise, alternant avec des assises de briques rouges qui forment des dessins variés. Cette porte splendide a été érigée par le sultan Mourad 11 (1421-1 451). Elle donne accès à une vaste cour carrée environnée de portiques sous lesquels sont les magasins et dépôts voûtés et couverts de dômes des négociants en soie, ainsi que leurs bureaux. Le milieu de la cour est occupé par un énorme bassin, au centre duquel s'élèvent, supportés par des arcades ogivales, les bureaux des employés de la douane des soies, entourés d'eau comme dans une Ile.

On trouve au ba/ar de Brousse tous les objets de première nécessité, d'utilité, d'agrément et de luxe^ depuis les plus strictement indispensables jusqu^aux fantaisies les plus extravagantes. Un désordre pittoresque y règne dans un pêle-mêle de couleurs vives et chàtoyaïites, dont l'éclat et les oppositions tranchées^ les etfets inattendus, sont loin d'exclure Tharmonie. C'est un véritable type de bazar oriental.

Ecoles. — Les écoles de la ville et du merkez-caza de Brousse sont au nombre de 246 dont 10 d'enseignement supérieur normal et spécial, 9 secondaires et préparatoires, et 225 primaires et élémentaires. Sur ce même nombre de 246 écoles, 225 sont fréquentées par 7.874 garçons; 21 par 1.444 filles, y compris 2 écoles mixtes qui reçoivent i 79 élèves dont 91 garçons et 88 filles, soit en totalité 9.318 élèves dont 7.874 garçons et 1.444 filles comme suit :

STATESTIgtlIi DKSCllil'TIVE

Uiî

132 VILAYET DE RftOUSSE

Parmi les élablissemenls scolaires d^enseignement supérieur ou spécial de 1 classe de la communauté musulmane à Brousse, 6 relèvent du Ministère du culte [Cheikh uUhlamai)^ un du Ministère de Tinslruclion publique, un du Ministère de la guerre, un du Ministère de Tagricullure, et un de la Dette publique ollomane. Les premiers sont des médressés (écoles de droit et théologie islamiques). La principale de ces facultés siège à Oulou- Djami (la grande mosquée) et possède une bibliothèque 1res considérable contenant un grand nombre d'anciens manuscrits ornés de fines miniatures et de reliures fort riches, ainsi que beaucoup de livres précieux, anciens et nouveaux. Les aulres médressés possèdent également des bibliothèques importantes. Tous sont des fondations pieuses, entretenues par des dotations spéciales. Les deux écoles supérieures, militaire et civile, sont entretenues au moyen de sommes qui figurent au budget des ministères dont elles relèvent; les deux autres écoles qui sont celles d'agriculture et de sériciculture ont déjà été décrites plus haut, au chapitre spécial du vilayet. A l'exception des facultés de droit et de théologie, où ne sont admis que des étudiants musulmans, toutes ces écoles reçoivent les sujets ottomans de toutes les communautés et même les étrangers dont les parents sont employés au service de l'État.

Il en est de même dans les écoles secondaires musulmanes, consistant, à Brousse, en 4 écoles de garçons, dont une miii^ taire et une civile préparatoires, un lycée, une école d'arts et métiers, et une école de filles. La première dépend du Minis* tère de la guerre et les autres du Ministère de l'instruction publique.

Quant aux écoles primaires, au nombre de 32 pour les garçons et de 4 pour les filles, dans la ville de Brousse, et de 67 pour les garçons dans les villages d'alentour, ce sont, pour la plupart, des annexes de mosquées, entretenues par des fondations pieuses. On n'y reçoit qu'une instruction tout à fait élémentaire et elles ne sont fréquentées que par les enfants musulmans des quartiers où sont des écoles.

Comme partout, les écoles de la communauté grecque orlho-

STATISTIQUK DESCHIFTIVK 133

doxe (le Brousse sont entretenues par des dotations faites volontairement par de riches parliculiers ; des dons, souscriptions et aumônes également volontaires ; le produit des quêtes faites à la messe, et les droits spi^ciaux perçus par les églises à chaque mariage et à chaque baptême.

Les 81 écoles grecques-orthodoxes de la ville et du merkezcaza de Brousse consistent en une école centrale d'enseignement supérieur, pour garçons, avec 50 élèves et 4 maîtres, sise à Kéhaya-bachi (Brousse) ; 4 écoles secondaires avec 89 élèves (garçons) et 8 maîtres, à Démirdèch, Moudania, Sighi et Triglia (Terliè); 5 écoles primaires dont 3 de garçons et 2 de filles, avec 238 élèves garçons, 72 filles, 6 maîtres et 3 maîtresses, sises à Balouk Bazar, Kéhaya-bachi et Démir-kapou (Brousse) ; 25 autres écoles primaires, dont 20 de garçons et 5 de filles, avec 690 élèves garçons et 352 filles, 20 maîtres et 10 maîtresses, dans les bourgs et les villages de Soussourlouk, Tépédjik, Démirdèchy Paladarian, Eligman, Yéni-Reuï, Missépoli, Moudania, Sighi et Triglia; 4 écoles mixtes (filles et petits garçons) avec 270 élèves et 8 maîtresses à Balouk-Bazar, Kéhaya-bachi, Démir-Kapou et Kalassan-Karièssi (Brousse) et enfin 33 autres écoles mixtes (filles et garçons) avec 785 élèves et 20 maîtresses à Soussourlouk , Platianos, Paladarian, Eligman, Yéni-keuï, Mîssépoli, Moudania, Sighi et Triglia (T^r/îV), etc.

Bien que plusieurs de ces écoles soient situées hors du merkez-cazade Brousse, elles y ont été comptées parce que leur entretien est à la charge de la communauté grecque orthodoxe de la ville de Brousse.

Feu M. Georges Zarifi, qu'on peut considérer sinon comme le créateur, du moins comme le principal bienfaiteur des écoles grecques orthodoxes de Brousse, avait doté la communauté de celle ville d'une rente annuelle de 400 livres turques (environ 9.200 fr.) à répartir entre l'école centrale de Brousse, les écolei primaires des villages de Soussourlouk et Tépédjik, et l'école secondaire de Triglia [Terliè). Sa veuve, M™*' Hélène Zarifi, continue à servir une somme de 150 livres turques par an, (environ 3,450 fr. à chacune de ces écoles, qui pour cette

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raison, ont reçu le nom de zarifia, c'esl-à-dire « écoles de Zarifi » . Les bâtiments de l'école centrale et les jardins y aliénant, qui se trouvent situés dans une des plus jolies position de la ville, sont un don gracieux fait à la communaul' par S. M. I. le Sultan, qui a bien voulu mettre à la cbarge du gouvernement la moitié du traitement d*un hodja (professeur) chargé d'enseigner la langue turque aux élèves de cette école. L'enseignement, tant à l'École centrale de Brousse, dirigée par un licencié de rUnivcrsité d'Athènes, qu'à TÉcole secondaire de Moudania, est donné en turc, en grec et en français. 11 est donné en lurc et en grec dans les autres écoles du merkoz-sandjak, dont tous les maîtres et maîtresses, à l'exception de quelques professeurs adjoints, sont en possession de diplômes réguliers»

Il y a lieu de faire remarquer ici que plus du tiers des habitants grecs orthodoxes du vilayet de Brousse ne parlent pas d'autre langue que le turc. 11 en est ainsi notamment à Kéhaya-bachi, Démir-kapou et Kalassan-karièssi, quartiers grecs de la ville de Brousse, ainsi qu a Soussourlouk, Tépédjik et Platianos, villages des environs.

Les écoles de la communauté arménienne du rite grégorien sont sous la haute direction de Tévëque arménien de Brousse et du Conseil national (clérico-laïque) de cette communauté. Une société philanthropique arméno-grégorienne donne à ces écoles 12.000 piastres (environ 2.760 fr. par an). Une somme égale est versée chaque année pour le même objet par le Conseil national. De plus, un impôt annuel librement consenti par la communauté et montant à 25.000 piastres (environ 5.750 fr.) est prélevé pour augmenter ses ressources scolaires, qui s'élèvent en conséquence à la somme totale de 49.000 piastres, soit environ 11,270 fr. par an, somme jugée suffisaDte jusqu'ici. On enseigne à l'école de garçons les langues turque, arménienne et française, les mathématiques élémentaires, l'enseignement comprend l'arménien et le français, la musique vocale, le piano et les divers travaux à l'aiguille. Outre ces deux écoles, quelques particuliers réunissent, chez eux, chacun 20 à 30 petits enfants des deux sexes auxquels ils donnent

les premières notions de lecture , d'écriture et de calcul.

Il n'y a rien à dire au sujet des pelites écoles des Arméniens catholiques, où 80 élèvesde cette communauté, peu nombreuse, reçoivent une insiruclion primaire à laquelle supplée déjà celle plus étendue et plus solide qu'ils trouvent h Técole des R. R. Pères Augustins français, fréquentée par 12 élèves Arméniens-unis, comme on le verra plus loin.

Les Arméniens-protestants, encore moins nombreux, envoient lours enfants au collège et à Técole primaire mixte de la mission américaine. Le premier de ces élablissements, fort bien tenu, donne à 40 garçons et 40 jeunes filles une instruction dont voici le programme d'études : arithmétique, géographie, algèbre, géométrie, astronomie, physique et botanique. Les langues enseignées sont le turc, l'arménien, le grec, l'anglais et le français,

A l'école primaire, les mêmes langues, à l'exception du français, sont enseignées à 51 garçons et 58 filleltes, dont le programme d'études comprend : la lecture, l'écriture et l'arilhmétique. Ces deux établissements sont tenus par 3 maîtres et H maltresses appartenant au personnel de la mission. Parmi les 188 élèves instruits par ces 8 professeurs, il y a 25 protestants européens et 163 sujets ottomans.

L'école des R. R. Pères Augustins de l'Assomption, fondée en 1886, dès l'arrivée de ces religieux à Brousse, est dirigée parle curé desservant de la Chapelle latine, située dans la propriété des Filles de la Charilé, ou sœurs de Saint-Vincent de Paul, où se trouvent un autre établissement scolaire tenu par celles-ci ainsi que diverses fondations hospitalières dont il sera parlé ci-après.

Le personnel enseignant de l'école des R. R. Pères Augustins se compose de 5 religieux dont 2 prêtres et 3 séminaristes. Le nombre actuel des élèves est de 62, pour la plupart externes, comme suit :

1b6 VILAYET DE BROUSSE

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