‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure;Chapitre 7 sur 144 · PROPORTION · texte numérisé non relu

PROPORTION

Ce chiffre total de 1,626,869 habitants sera réparti par cazas, nahiés et chefs-lieux, dans les chapitres spéciaux de chaque sandjak respectif.

Mœurs, usages, etc. — 1' Musulmans. — La population musulmane du vilayet de Brousse forme, comme on le voit au tableau ci-dessus, environ les quatre cinquièmes de sa population totale. Elle se compose pour la plus grande partie de Turkomans (Turkmènes) qui s'y sont établis très anciennement,

avant même la première apparilion dans ces contrées des arabes de la tribu de Hamadan, en 924; de Turcs aeldjoukides^ qui s'avancèrent jusqu'au monl Olympe en 1071, sous Romain Diogène, et qui s'emparèrent momentanément de Brousse en 1097 sous Alexis Comnène; et enfin de Titres Ottomans qui firent de cette ville la capitale de leur premier empire, en 1327, du temps d'Andronic Paléologue qui régnait à Constantinople.

On compte aussi parmi cette population un grand nombre d'habitants d'origine grecque, descendants de ceux qui, dès la conquête ottomane, embrassèrent l'islamisme et prirent rang comme Edrénos Bey, Tancien gouverneur de Brousse pour les Byzantjns, parmi les plus fermes soutiens do l'empire fondé, à son lit de mort, par Osman Ghazi.

A l'exception des Turkomans, dont quelques-uns ont conservé jusqu'ici de faibles restes de leurs habitudes nomades, ces populations, d'origines diverses, n'ont plus rien qui les distingue des autres musulmans de la Turquie. Quant aux Tttrkomajis^ peu querelleurs, grands amis de la paix et du travail et respectés pour leur ancienne et noble origine, ils se font remarquer par leurs coutumes patriarcales et le dédain de tout port d'armes. Pendant l'été, ils montent sur le plateau du iMont Olympe où sont établis leurs yaïla^ dans la prairie, à l'ombre de bois touffus, au bord de sources fraîches et limpides, d'où la vue s'étend au loin sur le Gueuh-déréssi (val céleste). L'hiver, ils redescendent dans la plaine, région plus chaude, qu'ils nomment pour cette raison gherm-chéhir. Durant leurs voyages de l'une à l'autre de ces deux stations, assistes jambes croisées sur leurs chameaux, ils occupent leurs loisirs à filer de la laine pour leurs tapis^ où à moudre du grain au moyen d'un moulin à bras. Deux sacs placés sur le cou de leur monture conliennent le grain qu'ils puisent dans l'un, et la farine qu'ils versent dans l'autre, au fur et à mesure que le moulin se remplit.

Les tapis fabriqués par les Turkomans du Mont Olympe sont prisés surtout pour l'originalité du dessin, la solidité des couleurs et la modicité du prix.

2*» Grecs orthodoxes. — Déduction faite de l'élément musul-

man, il reste un cinquième de la populalion lolale du vilayel où IV.lémenl grec-orlhodoxe domine à son tour avec une grande prépondérance, surtout dans les deux sandjaks de Karassi et de Brousse. Précisément ces deux sandjaks sont ceux qui possèdent dans leurs dépendances le littoral, la presqu'île de Cyzique et les îles, antiques territoires de puissantes cités grecques.

Quoi qu'il en soit de celle coïncidence, donnant lieu de supposer que les grecs du vilayet de Brousse sont les descendants directsdes citoyens de ces illustres villes, la communauté grecque orthodoxe actuelle monlre les mêmes qualités et les mêmes défauts, traits dislinclifs des hellènes de tous les temps. Aucune différence notable n'existe entre les grecs de Brousse, d'Erdek d'Aïvalik, d'Adramit, d'Eski-chèhr, etc. et ceux de Smyrne ou de Constanlinople.

3^ Arméniens. — Les communautés arméniennes, tant grégorienne que catholique et protestante, offrent également peu de dissemblance soit entre elles, soit avec la généralité des Arméniens de TEmpire ottoman. Ces communautés sont d'ailleurs fort peu nombreuses, si ce n'est dans les cazas de Brousse et de Ghemlek et dans quelques autres centres séricicoles.

Selon toutes probabilités, les Arméniens du vilayet de Brousse descendent, comme ceux du sandjak de Bigha (Dardanelles) des réfugiés émigrés de Perse du temps des persécutions des premiers sofis.

V" Bulgares. — Les Bulgares installés dans les sandjaks' de Brousse et de Karassi, au nombre de 398 à Mihalitch, de 15 à Gunan et de 1 ,577 à Balia, sont des Pomaks exilés de la principauté de Bulgarie après la guerre de 1878 avec la Russie. Le gouvernement ottoman leur a distribué des terres qu'ils cultivent assez bien, el leurs peliles colonies prospèrent. Ce sont de bons travailleurs, gens paisibles et bons voisins.

5** IsRAEïiTKS. — Ainsi que la presque totalité des Israélites établis en Turquie, ceux du vilayet do Brousse ont pour ancêtres c«îuxqui furent exilés en masse d'Espagne avec les Arabes et se réfugièrent principalement sur le territoire ottoman. Ils ha-

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bitcnt la ville de Brousse dont ils occupent un des grands quartiers, au nonabre de 2,548. Le nombre total des Israélites établis dans ce vilayet est de 3,255, dont 2,701 dans le merkez-caza, 53 dans le sandjak d'Erthogroul et 501 dans le sandjak de Karassi. Leurs occupations consistent dans le commerce des étotTes et de la soie brute, le courtage, le change des monnaies et en divers petits métiers, tels que celui de ferblantier, ainsi qu'en petit commerce de détail, mercerie, épicerie, colportage et commission. L' « Alliance universelle israëlite» a créé à Brousse de bonnes écoles où renseignement est donné sous sa direction par des professeurs élevés à Paris et munis du brevet supérieur ; elle y a joint une œuvre d'apprentissage ayant pour but de placer les élèves pauvres, à la fin de leurs éludes, dans les meilleurs ateliers de menuisier, chaudronnier, mécanicien, etc. Tous les frais de cette œuvre d'apprentissage sont, de même que ceux des écoles, entièrement à la charge de 1' « Alliance universelle israëlile », dont le siège est à Paris.

A la tête de chaque communauté israëlite, petite ou grande, se Irouve iplRcéunrabôi {rahhin)oukhakham uommè iparle /{haAkambacAi {grand rabbin de Constanlinople), et assisté d'un conseil de notables élu par la communauté. Outre renseignement religieux et la direction des écoles autres que celles de r« Alliance », ce rabbin est aussi chargé des rapports de sa communauté avec les autorités locales.

6" Étrangers. — Divers. — On ne saurait préciser, suivant leurs diverses nationalités, le chifTre des étrangers dans le vilayet de Brousse, où ils sont fixés principalement dans la ville de Brousse au nombre de 1,251, et danslecazad'Aïvalikau nombre de 1,506. On peut toutefois estimer que la majeure partie de cette population est composée de sériciculteurs et de négociants en soie, français, suisses, autrichiens et allemands, ainsi que de missionnaires protestants, pour la plupart américains, et de religieuses catholiques françaises. Quelques étrangers s'occupent aussi de l'exploitation des mines, du commerce et de la fabrication des vins, ou tiennent dans les principales villes des hôtels à Teuropéenne . L'une des principales filatures de Brousse,

la plus imporlanle, est française; elle a été fondée par M. Brolte en 1832. C'est aussi un français, M. Desmazures, qui a le premier exploité dans ce vilayel un 1res important gisement de boracile. Le plus ancien hôtel de Brousse, hôtel honoré du séjour de plusieurs souverains, a été fondé par un italien, M. Loschi.

Parmi la grande variété des éléments dont se compose la population inscrite sous le titre « divers », dominent les Ickinganèx, généralement appelés, quand ils ne sont pas musulmans, «coptes w, c'est-à-dire égyptiens. C'est le nom qu'on leur a d'abord donné à leur arrivée en Europe occidentale, et qui leur a été conservé en Angleterre, où ils sont appelés « gypsies » (égyptiens). La plupart sont nomades et s'occupent de maquignonnage et d'autres industries plus ou moins licites, ou fabriquent des ustensiles de ménage en fer, colportés par leurs filles et leurs femmes qui, de leur côlé, s'occupent aussi de la cueillette des herbes médicinales et prédisent l'avenir aux gens crédules.

Ecoles. — Oq compte dans le vilayet de Brousse 1889 écoles,

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