‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistiqueChapitre 126 sur 151 · ROUTES · texte numérisé non relu

ROUTES

UB0RE8 A GUKVAL

kilomètres:

Des Dardanelles & Bergos, Lampsaki et Tcbardak

— à Ezinè

D*Eziiiè h Aïvadjik

— à Baïramitch

De Dîmétoka . . à Guérédjô (venant de Brousse

Total

Les autres voies de communication de l'intérieur f>u littoral sont des lits de torrents desséchés en été, mais naturellement impraticables en hiver, où des sentiers plus ou moins étroits, sinueux et escarpés, qui ne peuvent pour la plupart être gravis, à certaines époques de Tannée, même par les chevaux, les mulets et les chameaux à dos desquels s'effectuent généralement les transports.

Transports. — Outre son excessive lenteur, ce mode de transport que l'état actuel de la viabilité rend le seul pratique, est extrêmement coûteux. En effet, la charge d'un chameau dans ces contrées ne peut dépasser 200 kilogrammes et, quoique la distance à parcourir ne soit jamais bien longue, on estime le prix moyen de transport des céréales d'un des points de Finlérieur aux Dardanelles, à 5 paras l'oke, et celui d'un quintal turc de 45 okes de vallonée à 8 piastres, ce qui porte à 2 fr. 25 pour les céréales et autres denrées analogues, et à 3 fr. 20jour laval-

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lonée, le prix de transport de 100 kilogrammes de ces marchandises à réchelle d^embarquement, soit à peu près le double du fret moyen pratiqué de cette échelle à Marseille pour le même poids de chacune d'elles.

La nécessité urgente de faire cesser, par la construction de bonnes roules, une situation qui fait peser sur Tagriculture et le commerce des charges aussi onéreuses, n'a pas besoin d'être démontrée.

Concurremment avec un réseau de routes d'intérêt local qui viendraient s'y relier de chaque centre de production et seraient fort peu coûteuses, étant très courtes, un chemin de fer se rattachant à l'une des grandes lignes d'Asie déjà concédées remédierait à cette situation d'une façon décisive. Un projet de chemin de fer, conçu dans des proportions bien plus larges, il est vrai, et qui n'atteindrait que mieux le but si sa réalisation était décrétée, a été soumis au gouvernement ottoman par un Français, M. Camille Vigie. La ligne projetée partirait de lastation de Baba-eski des Chemins de fer orientaux (ligne de Gonstantinople-Andrinople), aboutirait pour sa section européenne à Gallipoli, d'oti un service de bacs ou bateaux à vapeur transborderait les marchandises et les voyageurs à Lampsaki, tète de ligne de la section d'Asie. Le tracé de celle-ci passerait par Bigha, Gunan, Balikesser, Soma^ Pergame^ et aboutirait à Dikili, port du canal de Mételin, dans le vilayet de Smyrne.

A partir de Gunan, toute cette partie du projet est déjà concédée^ soit à titre facultatif, soit à titre obligatoire, à d'autres compagnies. On ne saurait donc en faire l'objet d'une nouvelle concession. Mais à défaut de ce vaste projet, dont la mise à exécution se trouve ainsi empêchée en partie, un tracé partant modestement d'un point quelconque du détroit des Dardanelles ou de la mer Egée^ traversant, suivant le cas, dans sa largeur ou dans sa longueur le mutessariflik de Bigha^ pour aller se rattacher au mieux des intérêts respectifs à l'une des stations d'une autre ligne, celle de Panderma, par exemple, serait peutêtre sanctionné par le gouvernement. Pour ce qui concerne les intérêts du sandjak de Bigha, un tel tracé suffirait amplement.

Montagnes. — La principale montagne du mutessnriflîk de Bigha est le Kaz-dagh (mont de l'oie), ancien mont Ida, situé au sud-est du caza d'Ezinè et s'étendant de là vers Test dans le vilayet de Brousse et vers l'ouest dans le caza d'Aïvadjik, où ses contreforts vont expirer sur la rive du golfe d'Adramit. L'altitude de son principal sommet, prise en trois points différents très rapprochés l'un de l'autre, est de 1,670 mètres à Sari- Kyz et de 1,770 mètres à Garghissa. Au troisième point innommé, tout à côté du premier, elle est de 1,767 mètres, soit une moyenne de 1,735 mètres environ. Le Kaz-dagh est couvert de magnifiques forêts, ainsi que les diverses chaînes qui s'en éloignent en plusieurs sens et dont la plus large se dirige vers le nord-est en formant une limite naturelle qui sépare le mutessariflik de Bigha du vilayet de Brousse, et va aboutir à la mer de Marmara, à peu près à égale distance de Kara-Bigha (Priapus) et d'Aïdindjik, près de l'embouchure de l'ancien fleuve jEsepus^ et à 22 kilomètres environ de celle du Gn^anique, Les deux principaux sommets de cette chaîne sont FAghi-dagh et l'Arabkir-dagh, d'oîi se dirigent vers l'ouest deux autres chaînons qui contournent, l'un au nord et l'autre au sud, le merkezcaza des Dardanelles.

Sur le premier de ces deux chaînons et sur la limite du caza de Lampsaki, prend naissance un groupe de collines qui s'étend dans la direction du sud-ouest au nord-ouest et couvre tout le caza de Lampsaki. Son principal sommet est le Gulgen-dagh, dont quelques ramifications vont expirer dans le caza limitrophe de Bigha. L'altitude moyenne de ces collines est de 300 mètres.

Le second des deux chaînons qui part de T Aghi-dagh pour se diriger vers l'ouest en contournant le merkez-caza, limite au sud celui-ci, et circonscrit au nord l'ancienne plaine de Troie, enfermée comme un cirque entre cette ligne de collines et une dernière chaîne plus élevée qui part directement du Kaz-dagh, après avoir côtoyé la limite des cazas d'Eziné et d'Aïvadjik; il va se terminer sur les côtes de la mer Egée par un sommet de 502 mètres d'altitude, appelé Tchigri-dagh^ au pied duquel sont éparses les ruines d'Alexandria-Troas (Eski-Stamboul).

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Industrie. — Parmi les industries diverses exercées dans le mulessariflikde Bigha, les plus remarquables, par le nombre et les qualités originales de leurs produits, sont : la broderie, la tapisserie et la poterie.

Broderies. — Le genre de broderie auquel s'appliquent de préférence les jeunes filles de toutes les communautés en général, et surtout les grecques et les arméniennes, n'est guère pratiqué qu'en Turquie ; il est très apprécié à l'étranger et donne lieu à une exportation assez importante en Allemagne, en Angleterre et en France, ainsi qu'à un mouvement beaucoup moins appréciable à destination de l'Egypte et de Smyrne. Il consiste en un gracieux mélange de la broderie en soulache et de celle en finition, exécuté avec un goût exquis et une très grande habileté, en or. en argent et en soie de toutes couleurs, et relevé souvent, de place en place, par quelque paillette ou quelque grain de corail arlistement posé au cœur d'une fleurette ou au bord d'un rinceau. Après la ville de Constantinople, principal centre de cette production, les localités qui en fournissent le plus sont celles comprises dans le mutessariflik de Bigha, les vilayets de Brousse, de Koniah et de Smyrne. Dès les temps préhistoriques, les broderies elles tapis de ces contrées, — Phrygie, Troade, Mysie, Lydie, — où sont nés, pour ainsi dire, les arts industriels, étaient en très haute réputation et l'ont conservée jusqu'aujourd'hui pour ces mêmes produits, toujours aussi recherchés.

Tapis. — On donne aux tapis du genre de ceux du mutessariflik de Bigha le nom de « Yuruk », parce qu'ils sont fabriqués par les musulmans nomades, également appelés « yuruk », mot qui signifie « marcheur ». Ces nomades sont des Turkmènes (Turcomans). Les tapis yuruk, quoique bien inférieurs en beauté aux tapis dits de Smyrne, dont ils n'ont pas le moelleux et l'cpaîsseur du tissu ni l'élégance du dessin, leur sont égaux en qualités durables et quelquefois supérieurs par l'originalité de leurs dispositions et l'éclat harmonieux de leur coloris. Le poil de chèvre entre souvent pour beaucoup dans leur confec-

tion; ils n'en sont alors que plus solides et plus brillants. La fabrication se fait en famille; le mari s'occupe de la composition des couleurs tirées du djéhri (graine jaune), du sumac^ de la garance, du kermès, de l'indigo ; il lave et teint les laines et les poils, tandis que la femme et les filles tissent le (apis sur un métier en bois grossièrement construit.

Les principaux centres de cette fabrication sont les cazas d^Ezinè et d'Aïvadjik. La vente des tapis yuru/c a lieu dans les bazars aux jours de marché qui sont : le lundi à Ezinè, le mercredi à Baïramitch, et le vendredi à Aïvadjik. On peut estimer la valeur totale de la production annuelle du mutessarifliK en tapis ye^n^^ à une moyenne de 250,000 francs.

Poteries. — 11 n'y a plus actuellement à Tchanak-kalè^ nom populaire de la ville des Dardanelles et qui signifie « Fort de la Poterie », que 12 fabriques, car cette industrie est en pleine décadence. Déjà en 1867, on signalait officiellement, dans le commerce de ce produit spécial, autrefois si recherché, une grande diminution qui s'accentuait d'année en année et n'a pas cessé de prendre avec le temps une importance toujours plus grande. On estimait alors le chiffre total de la production, quoique décroissante, à 740,000 francs. Aujourd'hui, après 25 ans écoulés, ce chilTre n'est plus que de 82,800 francs, comme suit :

Nombre de fabriques possédant chacune un four. 12 Moyenne annuelle des fournées de chaque fabrique 50

Nombre total des fournées 600

Valeur de chaque fournée : livres turques 6

Valeur totale de la production : livres turques. . . 3,000 soit 82,800 francs (produk brut).

Chaque fabrique emploie d'un bout de Tannée à Tautre le personnel suivant :

3fr.22

i^ir. i2

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1 contre-maître à 14 piastres par jour, soit

2 ouvriers modeleurs à 15 piastres chacun.»

1 préparateur de pâte à 10 piastres

2 hommes de peine à 5 piastres chacun . .

Somme totale des salaires journaliers.

soit par an, après déduction des dimanches ou vendredis et fêtes : 3,840 francs; soit, pour les 12 fabriques, 46,100 francs.

La poterie de Tchanak-kalè (ville des Dardanelles), se compose de vaisselle commune, autrefois article accessoire et maintenant objet principal de cette fabrication, et de vases de forme étrange peints de couleurs éclatantes et dorés par places, auxquels elle a dû son ancienne réputation. Ces derniers sont devenus de plus en plus rares, soit que la demande ait cessé d'être au niveau de l'offre, soit plutôt parce que les potiers ont substitué à leurs anciens modèles de nouveaux types plus utilisables, mais tout à fait dépourvus de cet aspect bizarre dont la haute fantaisie séduisait les voyageurs de passage qui ne manquaient jamais d'en faire provision.

Quoiqu'il en soit, la matière première, toujours la même, est une argile plastique marneuse qu'on trouve dans la localité même. Les ouvriers grecs et turcs la mettent en œuvre sans autre outil que leurs mains et un tour rudimentaire en bois qu'ils font mouvoir avec les pieds. Us donnent extérieurement à leurs ouvrages la couleur verte des battilures qui tombent du cuivre lorsqu'on le forge, et le revêtent ensuite d'une couverte de lilharge. La cuisson se fait au bois de pin. Les dorures sont appliquées à froid.

Cette industrie donne lieu à une exportation annuelle en Grèce, en Roumanie, à Chypre et dans diverses échelles ottomanes. En 1890, on a exporté 1,585,790 pièces du prix total de 13,790 francs, répartis en chaque pays de destination comme suit :

Chypre : valeur totale en francs 5,231

Grèce — 2,492

A reporter. . . 7,723

Report. . . . 7,723

Roumanie : valeur totale en francs 23

Turquie — 6,042

Valeur totale de l'exportation : Francs. 13,790

L'exportation de Tannée précédente n'était que de 1 million 431,566 pièces d'une valeur totale de 12,448 francs; cette légère amélioration de la demande indique peut-être un retour de la faveur publique, coïncidant avec une reprise des anciens modèles délaissés à tort pendant quelque temps. En 1889^ outre les pays de destination précités, l'Egypte figurait dans l'exportation des poteries de Tchanak-Kalè pour une quantité de 389,750 pièces d'une valeur totale de 3,380 francs. Sa demande a été nulle en 1890. La Uoumanie n'a rien demandé à cette fabrication en 1889. L'augmentation porte tout entière sur les demandes de Chypre et de la Grèce.

Tanneries. — Il existe à Ezinè, à Balramitch et aux Dardanelles un certain nombre de tanneries dont la production en peaux de buffles, bœufs, moutons et chèvres, tannées à la vallonée et au rove^ ne suffit pas aux besoins de la consommation locale.

Scieries. — Une industrie qui semblerait devoir être très florissante dans une contrée essentiellement forestière, est celle du sciage des bois. Cependant on n'y connaît que deux scieries établies au pied du Kaz-dagh (mont Ida), aux environs de Balramitch. L'une est exploitée par le gouvernement et l'autre exporte à Smyrne et dans les îles de l'Archipel ottoman la plupart des bois qu'elle débite.

Savonneries. — Une petite savonnerie a été fondée en 1888 aux Dardanelles. Sa production a été, durant la première année de son exploitation, de 35,000 kilogrammes de savon blanc à base d'huile d'olive mélangée de talc ou silicate de magnésie anhydre, vulgairement nommée « savon des bottiers ». Ce savon, livré à la consommation locale à raison de 50 francs les 100 kilogrammes, n'a d'action efficace qu'employé à l'eau

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chaude, inconvénient qu'il partage avec celui dont les savonneries d'Aïvalik (viiayet de Brousse) ont expédié en 1889^ aux Dardanelles, 75,000 kilogrammes vendus à raison de 66 francs les 100 kilogrammes, quoique ne valant pas mieux que le savon fabriqué sur place.

Huileries. — Quant à Tindustrie moderne, elle n'est représentée dans le mulessariflik de Bigha que par trois usines fonctionnant à la vapeur.

L'une est Thuilerie créée en 1887 par le calmakam, sous gouverneur d'Aïvadjik , à Rutchuk-kouyou , village situé à 27 kilomètres environ du cheMieu de ce caza. Ses trois pressoirs donnent aonuellement un produit total d'environ 350,000 kilogrammes d'huile d olive. Cette usine travaille exclusivemeot à façon moyennant 9 à 10 0/0 du produit pris en nature.

Moiilins à vapeur. — Les deux autres sont des moulins vapeur dont l'un, établi par le gouvernement dans l'enceinte du vieux Château d'Asie, fonctionne dans de mauvaises conditions qui mettent assez souvent l'autorité militaire locale dans l'impossibilité d*en obtenir la quantité de farine nécessaire h Talimenlation des troupes.

Un second moulin à vapeur, établi en 1890 à la quarantaine d'ErenkeuI, au lieu dit « les taches blanches », est composé de deux paires de meules^ d'une laveuse et d'une bluterie, ayant pour moteur une machine de six chevaux. Ce moulin travaille à laçon pour la population rurale des environs, moyennant un prélèvement en nature de 100/0 sur le blé, 15 0/0 sur le mélès et 20 0/0 sur l'orge.

11 existait un troisième établissement du même genre, maie plus important, créé en 1882, sur le littoral, à 18 kilomètres de la ville des Dardanelles. C'était une minoterie qui eût pu suffire

(1) Oa appelle méUs un mélange de grains dans lequel il entre quelques grains de froment, un quart environ de seigle, moitié d'orge, et le restant de paille de nielles et de pierres. C'est ce mélès que les indigènes de Fintérieur font moudre tel quel et avec la farine duquel ils confectionnent le mauvais pain qui est la base de leur nourriture.

à elle seule à une exporlalion considérable tout en produisant à bon marché les 300^000 kilogrammes environ de farine importés chaque année des pays étrangers et en se substituant aux moulins à vent pour la moulure à façon qu'ils font payer cher et exécutent grossièrement. Elle a dû cesser de fonctionner pour divers motifs, ayant deux causes principales : 1® le défaut de routes carrossables, ainsi qu'il a été déjà dit plus haut, élève les frais de transport de l'intérieur au port d'embarquement à peu près au double du fret de Marseille à ce même port ; 2* le droit de douane intérieur de 8 ^o ^^ valorem dont sont frappés les produits ottomans exportés par mer à destination d'un port de la Turquie, achève de les mettre en complet état d'infériorité vis-à-vis des acticles similaires importés de l'étranger. Il est question de supprimer ce droit ruineux pour l'agriculture et le commerce du pays. Déjà, depuis le 13 mars 1889, le coton et la laine en sont exempts, mais les céréales et autres produits du sol y sont toujours assujettis.

Métiers divers. — La plupart des métiers sont exercés par les Grecs, les Arméniens et les Israélites. On trouve seulement quelques musulmans parmi les armuriers, les bourreliers et les charpentiers de marine; beaucoup de maréchaux-ferrants sont aussi musulmans, ce sont des Tchinganè (bohémiens) qui ont renoncé à la vie nomade.

On compte à Kalè-i-Sultaniè (Dardanelles) 126 boutiques ou ateliers d'artisans divers, comme suit :

3 armuriers, 3 bourreliers, 4 charpentiers de marine, 3 chaudronniers, 5 confiseurs, 43 cordonniers, 5 étameurs, 9 ferblantiers, 18 forgerons, cloutiers, serruriers, poêliers, 7 maréchauxferrants, 11 menuisiers-ébénistes, 15 tailleurs.

Chacun des boutiquiers-patrons ci-dessus occupe de 2 à 4 ouvriers gagnant en proportion de leur habileté de 4 fr. 20 à 12 fr. 60 par semaine, sans la nourriture. On peut donc estimer le nombre des artisans exerçant les métiers précités aux Dardanelles à 504, dont 378 ouvriers salariés à raison du prix moyen de 1 fr. 20 par jour.

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Chose assez singulière, il n'y a dans cette ville ni maçons, ni plfttriers, ni charpentiers hors ceux de la marine. Les ouvriers qu'on y emploie aux bâtiments civils sont tous des Grecs domiciliés à Maltos, sur la côte d'Europe, et qui font tous les matins la traversée du détroit en nombre proportionné au besoin des chantiers, pour traverser de nouveau la mer chaque soir, après leur journée finie et rentrer à leur village. La moyenne de leur salaire journalier est de 12 piastres, soit environ 2 fr. 75.

Il n'y a aux Dardanelles que 2 tonnelliers dont le travail est tout à fait insuffisant aux besoins des producteurs et des négociants en vins, qui sont obligés d'acheter leurs futailles à l'étranger. Cependant on exporte de cette même échelle d'excellent bois pour la tonnellerie, à destination de la Grèce, tandis que ce bois pourrait avantageusement être mis en œuvre sur place.

Chaque chef-lieu de caza ou de nahié est généralement pourvu en nombre suffisant de boulangers, cordonniers, tailleurs, chaudronniers, étameurs, maréchaux-ferrants et bourreliers.

La plupart des ouvriers du mulessariflik de Bigha font leur apprentissage aux Dardanelles et ne sortent jamais du pays. Us sont du reste mal outillés. Comme les autres artisans ottomans, ils ont en outre le défaut de réserver systématiquement tous leurs soins à la partie de leurs ouvrages destinée à être vue, et de laisser tout le reste à l'état rudimentaire ; mais ils les vendent aussi cher que s'ils étaient finis.

Commerce. — Tout le commerce d'importation et une très grande partie du commerce d'exportation du mulessariflik de Bigha sont concentrés à la ville des Dardanelles, échelle maritime sur laquelle viennent converger la plupart des productions de la province et de celles du golfe d'Adramit, de quelques lies voisines, de quelques localités des côtes européennes du détroit, et d'oîi l'importation étrangère se répand à l'intérieur du pays.

Le mouvement commercial de l'échelle des Dardanelles en i890, année qui peut-être considérée comme moyenne, a été comme suit :

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