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GAZAS DU SANDJAK DE KERBELA

CAZA DE KERBELA (MERKEZ GAZA)

Orientation, limites. — Le merkez-caza de Kerbela est situé au nord-ouest du sandjak de mCme nom. Il est limité au Dord par le merkez-saudjak de Bagdad ; à Test par le sandjak de Hillé ; au sud, par le caza de Hindiyè el à l'ouest par le désert de Chamïè ou de Syrie.

Superficie. — Sa superficie totale est d'environ 6,000 kilomèlres carrés.

Division administrative. ~ 11 est divisé administralivement en 3 nahiés qui sont Musse t/ib, BahaHiyè^i Cheffatiyè.

Population. — Sa population totale est de 95,000 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites .... 10,000 hab.

— chiytes 84,700 —

Israélites 300

Total . . 93,000 hab.

Climat. — Il y a dans ce caza un grand nombre de marécages, surtout aux abords des anciens canaux, pour la plupart en très mauvais état. Cette situation, à laquelle on s'occupe acti-

vement de remédier parle curage desdils canaux el la reconstruction de leurs parties détruites ou délabrées, est la principale cause des fièvres paludéennes qui régnent dans ces contrées.

Chef-lieu. — Kerbela ou Mechehed Hussein, chef-lieu du sandjaket du merkez-caza, résidence officielle du mutessarif, siège des autorités civiles, militaires, religieuses et des services administratifs, ainsi que des consulats, est située à 25 kilomètres de la rive droite de VEupkrate et à 85 kilomèlres au sud-ouest de Bagdad.

Population. — Sa population, comprise dans le chiffre ci-dessus de la population totale du merkez-caza, est de 65^000 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites 10,000 hab.

! Persans 41,000 1 Indiens 5,000 ( 54,700 — Ottomans. . . . 8,700]

Cette ville, construite à l'endroit même où fut massacré Timam Hussein, tire son nom de «kerb-ellah », qui signifie tristesse et malheur^ de cette catastrophe qui consacra à jamais la scission islamique en deux partis irréconciliables. Celui des chiytes qui compte parmi ses adhérents un grand nombre de sujets ottomans, beaucoup d'Indiens et tous les musulmans de la Perse, a toujours ardemment désiré la libre possession du vilayet de Bagdad, sa «Terre-Sainte», et plus particulièrement celle de Kerbela ou Mechehed Hussein (lieu du martyre de Hussein) et celle de Nedjef ou Mechehed Ali (lieu du martyre d'Ali). Aussi celte contrée, d'ailleurs si voisine de la Perse, a-t-elle passé souvent sous la domination persane. La dernière tentative de révolte des habitants de Kerbela, apaisée par Nédjib Pacha, alors gouverneur-général de Bagdad, date de l'an 1258 de l'hé-

gire (1842) sous le règne du sultan Abd-ul-Medjid. Depuis lors, Tordre public n'a plus jamais été gravement troublé; mais les tribus arabes campées dans les dépendances de cette ville, le long du canal Hindiyè, saisissent toujours la moindre occasion pour résister à Taulorité en suscitant quelque tumulte. Poursuivis par les zapliés (gendarmes, soldats de police) ou par les troupes régulières, les marais de Hindiyè, couverts de casab^ sorte de roseaux el de joncs hauts et touffus, leur offrent un refuge longtemps resté impénétrable ; mais il n'en est plus de même aujourd'hui. Une petite troupe de soldats indigènes, nommés chébanèj a été formée tout exprès pour celte guerre d'un nouveau genre. Montés sur des machehovf, barques légères employées jusqu'ici pour mener à bord des vaisseaux les soldats destinés à de grandes expéditions, et qui peuvent porter chacune huit à dix hommes, les chébanè parviennent assez facilement jusqu'aux Arabes insoumis, les saisissent et les livrent aux agents de l'autorité, pour être conduits en prison sous bonne escorte et dûment punis.

Les sujets persans et les Indiens sujets anglais, forment à Kerbelaun corps de population fixe^ prépondérant et nombreux. Il y a dans celle ville un kar-perdaz ou chèh-benddr^ c'est-à-dire un consul de Perse el un agent consulaire anglais, relevant chacun du consulat-général de son gouvernement à Bagdad. Ils jugent tous deux les procès civils qui surgissent entre leurs nationaux, mais la solution des différends ressortissant du droit islamique est exclusivement réservée aux miichteheds. C'est par les mains de ces derniers que les sommes envoyées par l'entremise des consuls sont distribuées aux pauvres chiyles de leurs nations respectives, en présence des drogmans des consulats, s'ils ne préfèrent eux-mêmes présider à celte distribulion, ce qui est le cas le plus fréquent à Kerbela. L'agent consulaire britannique est d'ordinaire un petit nabab. On estime à 60,000 francs par mois, les sommes distribuées par l'entremise des consuls anglais aux chiytes pauvres de Kerbela, de Nedjef, de Kazmène et deSamara. Ils paient aussi, à titre d'appointements, à divers nababs qui résident dans le vilayet de

Bagdad, la somme de 20,000 livres sterling, soit 500,000 francs par an.

Tous les sujets persans habilan(s de Kerbela s'occupent de divers négoces et industries. Quant aux sujets ottomans, ils sont pour la plupart cultivateurs, mais bon nombre de jeunes gens^ pour échapper au service militaire, fréquentent les médresséSy car un Iradè impérial exempte de ce service tous les médressa-nèchin^ c'est-à-dire tous les étudiants en théologie et droit islamiques, qu'ils soient sunnites ou chyiles. Aussi, dans tout le sandjak de Kerbela, peuplé de 95,000 musulmans tous astreints, en cette qualité, à l'impôt du sang, le gouvernement recrute à peine, chaque année, quelques rares compagnies de conscrits.

La ville de Kerbela, continuellement en voie d'agrandissement, s'augmente chaque année de quelque nouvelle rue. Plusieurs quartiers ont déjà été construits hors de l'ancienne ville. On compte aujourd'hui à Kerbela près de 8^000 maisons et ce nombre est loin de suffire aux besoins de la population, surtout à l'époque des pèlerinages où l'on y supplée par de nombreux campements en plein air, avec ou sans tentes. La température, du reste, rend peu sensibles les inconvénients du manque d'abri.

Il ya à Kerbela un serai (palais) pour le gouverneur, ure caserne pour les troupes, un office sanitaire, un bureau télégraphique et des agences de toutes les administrations : Dette publique ottomane. Régie des tabacs, etc.

Outre les impôts que le gouvernement perçoit dans les autres sandjaks, il perçoit à Kerbela le droit d'ihiisdb de 7 0/0 en compensation de la douane abolie, et le droit sur les sépultures, dont il est traité en détail plus haut, dans le chapitre spécial du vilayet.

Ecoles. — Toutes les écoles du merkez-caza de Kerbela consistent dans celles de son chef-lieu, au nombre de 30 où 920 élèves reçoivent, de 42 professeurs, un enseignement à divers degrés, comme suit :

Musulmans sunnites 1 école ruchdiè ... 20 élèves

— chiytes 8 médressés 400 —

— — 21 écoles primaires . . 500 —

Total . . . 920 élèves.

Les différents détails concernant ces écoles se trouvent au chapitre spécial du sandjak.

Agriculture. — Il en est de même des détails concernant Tagriculture et la production agricole ainsi que celle de Télève du bétail qui se trouvent à ces trois chapitres spéciaux dans la description générale du sandjak. On doit toutefois rappeler ici que la superficie totale des terrains cultivés dans le merkezcaza de Kerbela, tant en dattiers qu'en céréales diverses des récoltes d'hiver et d'été et en riz, n'est que de 626 kilomètres carrés, soit seulement un peu plus du dixième de la superficie du merkez-caza.

Insdustries spéciales. — Deux industries spéciales sont exercées sur une grande échelle dans les Lieux-Saints des chiytes et surtout à Kerbela. On sait que tous les musulmans appartenant à cette communauté ne peuvent faire leur namdz ou prière obligatoire, sans appuyer leur front, chaque fois qu'ils se prosternent, sur une brique de forme carrée ou ronde qu'on nomme torba^ et qu'ils ont soin de placera cet effet sur lenamdzli&y lieu de la prière. Ces torba sont pétris avec de la terre des Lieux-Saints et portent des inscriptions sur l'une de leurs deux faces. Les pèlerins en achètent beaucoup à Kerbela, d'où Ton en fait aussi des expéditions considérables en Perse, aux Indes et partout où sont fixées des populations chiytes.

Il y a aussi à Kerbela plusieurs grandes fabriques de linceuls imprimés sur madapolam ou shirting en pièces, au moyen de formes en bois sur chacune desquelles est gravé un aj/at ou verset du koran. On découpe ensuite ces pièces en morceaux de la grandeur voulue, portant chacun un èydi différent et on

les expose étalés dans les fabriques où les pèlerins viennent faire leur choix. Us en achètent de certaines quantités pour les emporter dans leurs pays et en faire des cadeaux à leurs parents et amis, en souvenir des Lieux-Saints, et pour en faire usage au besoin.

CAZA DE HINDIYÈ

Orientation, limites. — Le caza de Hindiyè est situé au centre du sandjak do Kerbela. Il est limité au nord par le merkez-caza de Kerbela ; à Test, par le sandjak de Hillé ; au sud, par le caza de Nedjef et à l'ouest par le désert de Chamiyè.

Superficie. — Sa superficie totale est de 8,600 kilomètres carrés.

Division administrative. — II est divisé administralivement en un seul nahié qui est Kéfil, oîi se trouve le tombeau du prophète Ezéchiel. L'autorité administrative y est exercée officiellement parle caïma/:a/;2, sous-gouverneur du caza, et par le mudir^ directeur du nahié, assistés respectivementde conseils de même composition que celui du vilayet ; mais chez les tribus arabes de ce caza l'autorité effective est entre les mains de leurs chéïks^ sans l'intervention desquels les fonctionnaires ou agents du gouvernement ne peuvent rien.

Population. — La population totale du caza de Hindiyè est de 95,000 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites .... 5,500 hab.

— chiytes 89,000 —

Israélites 500 —

Total . . . 95,000 hab.

Climat. — Le climat du caza de Hindiyè est encore plus malsain que celui de Kerbela ; les marécages plus nombreux engendrent continuellement, par les miasmes qui s'en dégagent, des maladies souvent mortelles.

Chef-lieu. — Touridj, chef-lieu du caza, résidence officielle du caïmakam et siège légal des services administratifs, est une bourgade de 400 maisons en terre, située dans les marais du canal Hindiyè, au milieu des sérifé des Arabes el-Médan^ sortes de huttes construites en nattes de roseaux. On évalue le nombre de ces but tes ou ^^n/<$ à 7,000 environ, dans le caza de Hindiyè seulement.

Population. — La population du bourg de Touridj, comprise dans le chiffre total des habitants du caza ci-dessus, est de 2,900 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites 500 hab.

— chiytes 2,400 —

Total. . 2,900 hab.

Mœurs et usages. — Les Arabes de ce caza, habitants des marais de Bindiyè, ont pour unique occupation la culture du riz et Télevage des buffles. Les gens aisés seuls demeurent dans les sérifé; les pauvres se contentent de quelques nattes pliées en deux et posées sur un bâton. Sous ces abris sommaires, comme du resté dans les sérifé^ il n'est point question de meubles. Tout ce que possèdent les plus riches consiste en un petit moulin pour moudre le riz non décortiqué, que Ton vanne ensuite grossièrement en le secouant sur un plateau de joncs tressés, et dont on fait une sorte de pain nommé tabek. Le riz pour le «pilaf» est nettoyé sommairement dans un mortier de bois et bouilli dans du lait au moyen d'une casserole de cuivre, dernier complément des ustensiles de cuisine de la famille. Le coucher n'est pas moins primitif; pour lits, ces Arabes ont des nattes, et durant l'hiver on y ajoute un vieux tapis qui sert de

couverture commune à toute la famille. Les Arabes el-Medan n'oDt aucune idée d'une existence un peu moins misérable. Ils ne connaissent même pas le pain, car le iabek de riz qui leur en tient lieu n'est qu'un morceau de pâle aplati et cuit sous la cendre. Quant à leur culture intellectuelle, elle est absolument nulle. Quoique musulmans chiytes, tout ce qu'ils connaissent de leur religion se borne à la profession .de foi : « La illah el- Allah yy ! eic.

Les principales tribus du cazadu Hindiyè sont al-bou Hassan^ al'Fetilé el alUdassoud. Elles ne reconnaissent point d'aulre pouvoir que celui de leurs chéïks. Leurs querelles incessantes pour le moindre motif les entretiennent dans un élat permanent d'hostilité.

Depuis quelques années, ces tribus sont devenues un peu plus tranquilles et semblent entrer dans la voie de la civilisation à mesure que la culture du dattier se propage chez elles. En eflet, dès qu'un Arabe possède un dattier, il cherche à s'établir près de sa propriété. Au lieu d'un sériféj il se bâtit d'abord une une maison en terre, puis une autre en briques, plus durable et plus commode, et dès lors il renonce tout à fait à la vie nomade.

Hindiyè. — L'insalubrité de la bourgade de Touridj, cheflieu du caza, a fait choisir au caïmakam une autre localité moins marécageuse, plus rapprochée du canal que sa résidence officielle, et qui ne tardera pas sans doute à la remplacer de droit comme elle la remplace déjà de fait. Ce nouveau village, indifféremment appelé Hindiyè ou El-Séraï^ possède un palais autour duquel plusieurs notables se sont déjà fait construire de jolies habitations. On y compte 200 maisons , un han (hôtellerie), 2 cafés et 2 petites écoles fréquentées par 24 enfants sous la surveillance de 2 mollahs. Sa population est de 1,700 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites . .

— chiytes . .

500 hab.

1,700 hab.

Ecoles. — Il y a dans le caza de Hindiyè 6 <!^colrs primaires seulement, dirigées par 5 mollahs et 1 rabbin et fréquentées par 80 élèves, tous garçons, dont 48 musulmans chiytes, 12 musulmans sunnites et 20 Israélites. Ces écoles sont établies dans les chefs-lieux de cazas et de nahiès, comme suit :

A Touridj ... 3 écoles chiytes.

A Hindïè ... 1 — — et 1 sunnite.

A Kéfil .... 1 école israélite.

Agriculture. — La principale culture de ce caza est celle du riz. Le nombre d'hectares cultivés tant en dattiers qu*en blé, orge, etc., et en rizières, est de 56,383 hectares, soit une superficie d'environ 564 kilomètres carrés, égale à peu près au quinzième de la superficie totale du caza.

Lccalités remarquables. — Kéfil, chef-lieu du nahié de même nom, autrement nommé el-Nèbi-Ezitel (le prophète Ezéchiel) est une petite ville située sur la rive gauche du canal Hindiyè, à 125 kilomètres au sud-ouest de Bagdad.

Populaticn. — Sa population est de 2,500 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites 500 hab.

— chiytes 1,500 —

Israélites 500 —

Total. . . 2,500 hab.

Durant de longues années, il n'y a eu en cet endroit qu une très ancienne synagogue, dont la fondation est attribuée à Jéchonias et qui renfermait un tombeau muré, gardé par une famille arabe. Tous les environs étaient déserts. Ce tombeau muré était celui du prophète Ezéchiel, fréquenté par de nombreux et incessants pèlerinages, tant musulmans qu'israélites. Les gardiens arabes se constituaient de gros revenus aux dépens des

pèlerins, ne permetlant l'accès du tombeau que moyennanl de larges contributions frappées principalement sur les israélites. Ces derniers ne cessaient cependant de revendiquer la libre possession de la synagogue bâtie, suivant la tradition, par leur roi Jéchonias, et à force d'instances, ils parvinrent enfin à l'obtenir en vertu d'un Iradé impérial. Aussitôt de riches particuliers de Bagdad vinrent s'y établir; le tombeau d'Ezéchiel fut démuré, la synagogue réparée et dotée de biens-fonds pour son entretien et celui des rabbins qu'on y installa pour le service religieux; une petite école, actuellement fréquentée par 20 élèves, fut fondée et cette localité, prenant de jour en jour plus d'importance par suite des pèlerinages qui s'y font régulièrement chaque année, aux fêtes de la Pentecôte, des maisons, des ham^ des cafés furent construits et la petite ville de Kéfil s'éleva de plus en plus florissante à cet endroit, désert durant plusieurs siècles.

C'est à Kéfîl que se trouve le minaret merveilleux qui se balance quand on le secoue, en disant : Ya ser Suleïman ben Daoud{6 Salomon, (ils de Uavid)!

Les habitants de Kéfil s'occupent de commerce et d'industrie. Ils importent de Hillé et de Kerbela tous les articles nécessaires aux Arabes, et prennent d'eux en retour des bestiaux et des céréales.

CAZA DE NEDJEF

Orientation, limites. — Le caza de Nedjef est situé au sud du sandjak de Kerbela. Il est limité au nord par le caza de Hindiyè ; à l'est, par le sandjak de Hillé et au sud-ouest par le désert de Chamiyè ou de Syrie.

Superficie. — Sa superficie totale est de 8,400 kilomètres carrés.

Division administrative. — Il est divisé administratif vement en 3 nahiés qui sont : Koufa^ Réhebbé et Nadjié.

Autorités. — L'aulorité civile y est exercée par le caïmakaoOy sous-gouverneur du caza et les 3 mudirs directeurs des nabiés. Ces 4 fonctionnaires sont assistés de conseils de même composition que celui du vilayet.

Population. — La population totale du caza de Nedjef est de 10,000 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites 750 hab.

— chiytes 9,250 —

Total. . . 10,000 hab.

Climat. — Contrairement aux autres cazas du sandjak de Kerbela, le climat de celui de Nedjef est sain. On n'y connaît de maladies que celles qui résultent de la foule des pèlerins à Mechehed Ali et du séjour des cadavres apportés de loin et dans de mauvaises conditions, parmi cette foule agglomérée.

Chef-lieu. — Nedjef ou Mechehed Ali, chef- lieu du caza, résidence olOcielle du caïmakam et siège des départements administratifs, est une ville située sur la rive gauche du lac de Nedjef, près de son extrémité septentrionale.

Population. — Sa population^ comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du caza, est de 5,000 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites 750 hab.

— chiytes 4,250 —

Total. . • 5,000 hab.

Les musulmans sunnites de Nedjef sont tous des fonctionnaires ou employés des divers services administratifs, religieux ou sanitaires de TÉtat, ou bien des officiers et soldats de la garnison et de la police. Il ne saurait y en avoir d'autres, car il est à remarquer que les habitants de cette ville ne permettent à au-

cune personne élrangère à sa population autochtone de s'y fixer. Mechehed Ali, nom plus communément donné à Nèdjef par les indigènes et la plupart des musulmans, soit sunnites soil chiytes, et qui signifie lieu du martyre dAliy assassiné en effet à Koufa qui n*en est qu'à 5 kilomètres de dislance, est comprise dans le pèlerinage de Kerbela. Elle est à la distance de 70 kilomètres au sud-est de cette dernière ville et de 150 kilomètres au sud de Bagdad. Une ceinture de hautes et fortes murailles circonscrit son enceinte, dont les trois portes sont fermées chaque soir et dont l'entrée est rigoureusement interdite aux caravanes qui arrivent la nuit.

Presque toute la population n'est occupée que de l'étude de la théologie et des sciences qui s'y rapportent, ou du service de la mosquée et des médressés. De nombreuses familles y sont tout entières employées à les desservir. La sépulture des cadavres, qui arrivent chaque jour de tous côtés en grande affluence, occupe aussi une foule de personnes. La plus petite partie des habitants de Nèdjef exercent diverses industries, parmi lesquelles on doit citer, comme assez importante, la fabrication de jolis aba (sorte de vêlements) en soie brochée et brodée d'or, et l'impression de linceuls semblables à ceux imprimés à Kerbela, ainsi que la confection de torba pour le « namaz » des chyites. Plusieurs habitants font aussi différents négoces, et le marché de cette ville est toujours fort animé parle grand nombre des pèlerins, tous désireux de rapporter chez eux des souvenirs de la Ville Sainte.

La population de Mèched-Ali est composée de deux familles principales : les chemerd^eiX^s zpgherd^ toujours divisées par une vieille animosité, source d'incessantes querelles. Le gouvernement local maintient la tranquililô en soutenant celle des deux familles qui semble être la plus faible.

L'eau du lac de Nèdjef, un peu salée et saumâtre, ne pouvant servir qu'à abreuver les bestiaux et à divers usages domestiques, les habitants de Mèched-Ali devaient, jusqu'en ces derniers temps, pour s'approvisionner d'eau potable, aller jusqu'à Koufa puiser cette eau au canal Hindiyè,qui dérive de l'Euphrate. m *4

210 VILAYET Dfcl BAGDAD

Une riche dame indienne venue en pèlerinage à Nèdjef , touchée de celle pénible silualion, en a délivré la ville en faisant établir, à ses propres frais, une conduite souterraine qui amèneFeau du canal aux portes de la ville. Cette conduite a coûté, dit-on, environ 20,000 livres sterling qui ont été payées par Tentremise du consulat britannique.

On raconte au nombre des légendes concernant Nèdjef, que Tempereur ottoman Mourad IV, après avoir reconquis Bagdad en 1307 de Thégire (1628), fit le pèlerinage de Mèched-Ali, et voulut^ par respect pour Timam, entrer à pied dans la ville. Au moment où il passait sous une des trois portes, pressé par la foule, sultan Mourad laissa tomber son turban impérial. Ce fut à cette occasion qu'on donna à celle porte le nom de Bab Mourcul. Les deux autres portes sont nommées, Tune Bab-el-Hussèin et Tautre simplement Bab^ la porte.

Ecoles. — Les écoles du caza de Nèdjef sont au nombre de 22, où 700 élèves reçoivent un enseignement à divers degrés, comme suit :

Musulmans chiyles, 5 médressés avec . . 350 élèves — — 17 écoles primaires . 350 —

Total 700 élèves

Sur ce nombre, 4 grands médressés et toutes les écoles primaires sont dans la ville de Nèdjef; il y a à Koufa un pelil îné- (/r^^^^ fréquenté par 12 jeunes étudiants portant déjà le titre de moumin qui signiGe « croyant ».

Agriculture. — Les principales cultures de ce caza sont les dattiers, les rizières et les céréales, occupant toutes ensemble uneespace de 3,800 hectares, soit 38 kilomètres carrés, équivalant à la 221* partie de la superficie totale du caza de Nèdjef.

Bétail. — On y élève, comme dans tout le sandjak de Kerbela, un grand nombre de bestiaux, très inférieur cependant au

produit éDorme qu'oa devrait attendre d'un élevage ayant à sa disposilion les meilleurs et les plus vastes pâturages du vilayet de Bagdad, partout si bien partagé sous ce rapport.

Localités remarquables. — Koufa, Tune des villes les plus célèbres de Tislam, bâlie en 639 de l'ère chrétienne, n'est plus aujourd'hui qu'un petit groupe de maisons disséminées aux environs de la grande mosquée devant laquelle fut assassiné l'imam AU, quatrième khalife rachidi, au moment où il s'y rendait pour faire la prière publique en l'an 40 de Thégire (660 de notre ère}. C'est dans celte ville, alors grande, riche et renommée comme l'un des centres principaux des sciences islamiques, que furent transcrits les premiers exemplaires du Koran, en écriture dite koufique, de son nom. Quelques savants y inventèrent les points diacriliques.

La grande école illustrée par les premiers interprêtes autorisés de la loi religieuse et sociale des musulmans, n'est plus représentée que par un petit médressé de 12 élèves, perdu au milieu des ruines de la vieille cité ai^abe tombée à l'intime rang de chef-lieu d'un pauvre nahié.

Réhebbé. — Les deux autres chefs-lieux de nahiés du caza sont situés sur la rive occidentale du lac de Nèdjef. Leurs habitants sont des laboureurs, Arabes sédentaires, misérablement logés dans des cabanes en terre.

Il y a près de Réhebbé des ruines antiques connues sous le nom de Kasr-el-Réhebbé; et des salines décrites plus haut dans le chapitre spécial du vilayet de Bagdad.

En terminant cette notice, nous tenons à exprimer à M. Habib Chiha, notable de Bagdad, notre sincère reconnaissance pour le concours utile et empressé qu'il nous a gracieusement prêté dans le cours de nos études sur la Mésopotamie. Un séjour de plus de trente ans dans ce pays qu'il a eu l'occasion d'étudier et do parcourir en tous sens, une profonde érudition, une activité pro-

digieuse el uneparfuile connaissaoce des hommes, des choses et des langues de l'Irak-Arabi, oui permis à M. Habib Ghiha, avec sa complaisance habituelle, de mettre h notre disposition des renseignements précieux et précis dont nous sommes heureux de faire profiter nos lecteurs.

OrieutaiioQ. — Superficie. — Division administrative. — Division militaire. — Autorités civiles, religieuses. — Tribunaux. — Douanes. — Dette publique ottomane • — Régie des tabacs. — Postes et télégraphes. — Agence sanitaire.

Population. — Mœurs et usages. — Sabéens. — Écoles. — Climat.

Production agricole. — Mines. — Forêts. — Salines. — Tabacs. — Eaux minérales. — Agriculture. — Daltes. — Bétail. — Fleuves et rivières. — Lacs, marais. — Poissons. — Routes. — Navigation fluviale. — Navigation maritime. — Montagnes. — Industrie. — Commerce. — Exportation. — Importation. — Monnaies, — Poids et mesures. — Localités remarquables. — Antiquités.

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