‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistiqueChapitre 69 sur 151 · GAZAS DU SANDJAK DE SMYRNE · texte numérisé non relu

GAZAS DU SANDJAK DE SMYRNE

iMKRKEZ-CAZA DE SMYHNK

Orientation, limites. — Le merkez-caza deSmyrne est situé au centre du merkez-sandjak de même nom et àTouest du vilayet, par 24o32' à 25*23' de longitude est et 38M1' à 38^45' de latitude nord. Il est limité au nord par le caza de Ménémen et le sandjak de Saroukhan ; à Test par ce dernier et le caza de Baïadir ; au sud par ce même caza et celui de Sivri-Hissar ; et à Touest par le caza de Vourla et le golfe de Smyrne. Le nahié de Kara-Bouroun est séparé du territoire du merkez-caza de Smyrne par les cazas de Vourla et de Tchesmé.

Division administrative. — Il est divisé administrativement en cinq nahiés qui sont : V Bournabad ; 2** Nif ; 3** Sevdi- Keuï; V Trianda et Torbali; 5*" Kara-Bouroun, On y compte 145 villages.

Superficie. — Sa superficie totale est de 3,037 kilomètres carrés, comme suit :

Terrains cultivés. . . 1,200 kilom. carrés

Pâturages 600 —

Montagnes 993 —

Forêts 244 —

Total . • . 3,037 kilom, carrés

Autorités. — Les autorités administratives du merkezcaza de Smyrne sont énumérées, ainsi que les autorités militaires, civiles et religieuses, au chapitre spécial du merkezsandjak ci-dessus.

On trouve également tout ce qui concerne les tribunaux, la gendarmerie et la police du merkez-caza aux chapitres spéciaux du merkez-sandjak de Smyrne, ainsi que les notices relatives aux douanes, à la Dette publique ottomane, à la régie cointéressée des tabacs et aux postes et télégraphes.

Population. — La population totale du merkez-caza de Smyrne est de 229,615 habitants, comme suit :

Grecs-Orlhodoxes 57,000 —

[ Grégoriens 6,740 \

Arméniens . .< Protestants 151 > 7,628 —

( Catholiques 737 )

Catholiques latins sujets ottomans 1,063 —

Bulgares 415 —

Etrangers fixés dans le merkez-Caza 50,809 —

Israélites 16,450 —

Total . . . 229,615 hab.

Chef- lieu. — Smyrne, chef-lieu du vilayet d'Aïdin, du merkez-sandjak et du merkez-caza de Smyrne, résidence officielle du mliy et de son moavin ou adjoint, siège central des divers services publics, des autorités militaires et religieuses, Tune des premières et des plus anciennes places commerciales du monde et Tentrepôt général de toutes les marchandises de Forient, est située à l'ouest du vilayet d'Aïdin, sur la mer Egée au fond du golfe de Smyrne, par 24^47' de longitude est et 38o25' de latitude nord, au pied du mont Pagus.

La population de la ville de Smyrne, comprise dans le chiffre ci-dessus de la population totale du merkez-caza est, très approximativement, de 200,000 habitants comme suit :

Musulmans 89,000 hab.

Grecs-orthodoxes 52,000 —

Arméniens.

( Grégoriens 4,740

^ Protestants 151

f Catholiques 737

Catholiques latins sujets ottomans 1,063 —

Allemands. ...',. 512 \

Américains 20

Anglais 980

Austro-Hongrois . . 1,800

Espagnols 12

Français. ^ 1,000

Hellènes 25,000

Hollandais 300

Italiens 6,400

Persans 200

Russes 85

Étrangers. .

(population fixe)

Israélites

Total

200,000 ^hab.

11 a existé dans l'antiquité deux villes de Smyrne. La première, dont on retrouve encore aujourd'hui les ruines nombreuses au sud-ouest de Bournabad, au lieu appelé « Palaea- Smyrna », était située au fond d'un golfe comblé depuis lors par les altérissements du Mélès, Quelques inscriptions provenant de ces ruines sont encastrées dans les murs de la mosquée de Bournabad.

Cette première ville de Smyrne remonte, selon plusieurs historiens, à une très haute antiquité; Etienne de Byzance et le rhéteur Aristide, la qualifient de ville «Tantalide w.ll est cependant probable qu elle fut fondée à l'époque des premières migrations ioniennes vers H 30 avant J.-C. par des habitants de la ville d'Éphèse qui chassèrent les Lélèges du pays et y bâtirent une ville. Ils la nommèrent Smyrne en l'honneur de l'amazone « Smyrna » qui, avec sa compagne Sisyrbé, avait conquis Éphèse sur les Lydiens et les Lélèges et lui avait donné son nom . Smyrne,

lorsde sa fondation, ne fît pas partie de la confédération ionienne, parce que sa population était considérée comme un démembrement de celle d'Éphèse, métropole de Tfonie.

Chassés à leur tour par les Éoliens, les Smyrnéens se retirèrent à Colophon. Aidés des Colophoniens, ils reprirent leur ville. Ayant ensuite refusé de se soumettre aux rois de Lydie, ils eurent à subir de leur part plusieurs invasions auxquelles ils purent longtemps résister avec succès. Gygès, le premier roi Mamnade, les attaqua vainement; mais Alyatte, père de Crésus, après avoir refoulé hors d'Asie les Cimmériens, parvint à s'emparer de Smyrne. A cette époque de son histoire, cette ville est considérée par Hérodote comme une colonie de Colophon. Les Smyrnéens quittèrent alors la ville et se répandirent aux environs où ils demeurèrent durant quatre siècles sans vouloir consentir à rentrer à Smyrne.

Dosithée, auteur d'une histoire de Lydie, rapporte, au sujet de ces guerres, qu'on célébrait à Smyrne une fêle annuelle, appelée les « Éleulhéries », en mémoire de sa délivrance par le dévouement des servantes. La ville était cernée par les Lydiens et $ur le point d'être emportée, lorsqu'ils exigèrent que les assiégés leur livrassent leurs femmes; mais les servantes, parées des habits de leurs maîtresses, se rendirent à leur place dans le camp des ennemis, oîi elles agirent de telle sorte que ces derniers finirent par tomber tous entre les mains des Smyrnéens.

Sous la domination Lydienne, Smyrne et l'Ionie, soumises à des tributs, purent se gouverner d'après leurs propres lois, et se livrer en paix au commerce et aux arts. Le règne de Crésus fut la plus brillante période de l'existence de toutes les villes et de tous les États grecs de l'Asie-Mineure ; mais lorsque ce roi, eut été vaincu par les Perses et fait prisonnier, en 546 avant J.-C, dans la ville de Sardes, sa magnifique capitale, emportée après quatorze jours de siège, la vengeance du vainqueur ne se fit pas attendre. En vain les Éoliens et les Ioniens offrirent-ils à Cyrus de lui être soumis aux mêmes conditions qu'à Crésus, le roi des Perses refusa. Leur soumission ne satisfaisait pas sa haine; il lui fallait leur destruction ou du moins leurcomplet asservissement.

Les villes grecques se préparèrent donc à la guerre qui dura longtemps, on le sait, et après bien des ravages, des ruines, des exodes héroïques de tout un peuple préférant à la servitude l'abandon de la patrie, ne se termina, à bout de forces, qu'en 387 avant J.-C, par le traité dit d'Anlalcidas, livrant TAsie-Mineure à la merci d'Artaxerxès Mnémon.

Cinquante années environ s'écoulèrent dans un repos plein de torpeur. Enfin, le libérateur parut. Mais quand Alexandre aborda en Asie, Smyrne. comme la plupart des villes ioniennes, n'avait pu se relever encore de tant de dévastations, effets des guerres, des désordres intérieurs et des tremblements de terre qui tour à tour l'avaient éprouvée. Pausanias rapj)Drte-qiilAlexandre s'é- I tant endormi sur le mont Pagus en son^aiU à cette triste situation, fut inspiré par Némésis, et résolut^ à son réveil, de fonder une nouvelle ville à l'endroit même où il avait reçu cette inspiration. L'oracle de Claros, consulté, invitales Smyrnéens à venir habiter cette ville que le héros macédonien ne put élever lui-même. Deux rois grecs, ses successeurs et ses anciens généraux mirent son projet à exécution : Antigone, son demi-frère, entreprit la construction de la nouvelle Smyrne, et Lysimaque l'acheva.

C'est sur la partie basse de cette ville, fondée par Alexandre et édifiée conformément à ses projets par ses successeurs, que l'on retrouve l'emplacement et quelques ruines de la Smyrne des Romains et de celle du moyen âge ; c'est aussi là qu'est située la ville actuelle. .

La ville grecque avait son Acropole sur lemonlPagus, làmême où le généralissime des Grecs reçut l'inspiration de Némésis. Il reste encore de cette Acropole les soubassements du château-fort, construits en blocs de trachyte rouge et le tiers de la hauteur d'une tour. Le reste de ces ruines appartient à l'époque byzantine. De cet endroit, la ville descendait dans la plaine et s'étendait jusqu'à la mer, le long du fleuve Mélès. Le temple de Némésis, la déesse inspiratrice de la fondation de cette superbe cité, était dans la plaine, ainsi que celui de Cybèle. Un temple d'Homère s'élevait aux bords du Mélès.

Sous les premiers rois grecs et soas les rois de Pergame, Smyrne ne cessa de grandir eu richesses et en illustration. Après la chute du royaunae de Pergame réduit en province romaine, elle continua à jouir de toutes ses libertés municipales et des grands privilèges qui furent accordés aux communautés des villes d'Asie. Ses temples, ses théâtres, ses jeux publics, ses cérémonies splendides, présidées par le magistrat honoré du titre à^Asiarque, faisaient Tadmiration du monde entier. Leshistoriens de ces temps glorieux citent avec éloges les écoles de Smyrne universellement fréquentées, et tout particulièrement sa célèbre école de médecine. Les Romains ne dédaignaient pas d appeler les Smyrnéens : Nostri antiqiiissimi atqiie fidelissimi socii.Le^ empereurs s'empressaient, à la première nouvelle d'un désastre, suite d'un de ces tremblements déterre qui l'ont éprouvée si souvent, de réparer h leurs propres frais les pertes subies par celte ville, objet constant de leur vive sollicitude. Tibère et Marc-Aurèle y firent exécuter de grands travaux de reconslruclion, et rélevèrent à un tel degré de magnificence qu'aucune autre ville de l'empire, sinon Rome elle-même, ne lui pouvait être comparée.

Dès les premiers jours du christianisme, la ville de Smyrne, asile de la mère de Jésus et de sbn disciple Bien-Aimé, se distingua par sou zèle. Elle est citée dans l'Apocalypse au nombre des sept églises de l'Asie. Son premier évêque, saint Polycarpe, fut martyrisé dans le stade en 1 66 ; il est le patron des Smyrnéens. Une petite église, bâtie sur le lieu de son martyre, subsiste encore aujourd'hui, mais elle est abandonnée.

Sous les empereurs chrétiens, Smyrne était encore comptée comme la seconde ville de TEmpire romain, et jouissait de prérogatives aussi grandes qu'autrefois. Elle était rangée parmi les capitales dites autocéphales (aitoxsçiXov) et comprenait sous sa juridiction ecclésiastique six évêchés, d'après une ordonnance impériale d'Andronic Paléologue, rendue d'ailleurs à une époque où déjà, depuis longtemps, elle n'appartenait plus aux Byzantins.

En effet, en 1084, durant le règne d'Alexis Comnène, un cor- \

saire turc que Thisloriographe de cet empereur, — sa fille Anne Comnène, — appelle Zachas, avait envahi Smjrne et s*en était fait proclamer roi. Ce petit royaume^ auquel il avait adjoint les places marilimes voisines, Phocée, Cla55Qmène,Chio, Lesbos, (Mélelin) Samos et Rhodes, lui fut repris par les Byzantins, qui nommèrent coup sur coup à Smyrne deux gouverneurs, le premier ayant été tué par un turc dans une sédition où plus de lO.OOOSmyrnéens furent égorgés. Zachasprofitadecesdésordres pour rentrer en possession de son royaume ; mais ses succès excitèrent la jalousie du sultan seldjoukide Kilid] Arslan qui le fit empoisonner.

Du temps de l'empereur latin de Constantinople, JeanDucas Vatazès, gendre de Théodore Lascaris et son successeur à l'empire de Nicée, était possesseur de Smyrne et montrait pour celle ville une grande prédilection. Il y fit commencer d'importants travaux et des embellissements que sa mort subite survenue à Nymphio (Nif) en 1255 ne lui permit pas d'achever.

En 1332, Andronic Paléologue, dit le vieux, devenu le moine Antoine, venait de mourir trois ans et neuf mois après avoir admis son petit fils Andronic le jeune k partager avec lui le trône de Constantinople, quand l'émir Aïdin, qui régnait à Tralles, investit son petit-fils Amir ou Oumour Bey de la principauté de Smyrne. Sultan Orkhan qui résidait à Magnésie du Sipyle, (Manissa) [n'eut un peu plus tard, vers le temps de son mariage avec la princesse byzantine Théodora Cantacuzène, qu'à étendre la main pour enlever cette principauté au petit souverain d' Aïdin, mais l'empereur Ottoman venait à peine de s'en emparer, lorsque la flotte des chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (chevaliers de Rhodes), commandés par Frère Jean de Biandra, prieur de Lombardie, fit à son tour la conquête de Smyrne en 1345. Les chevaliers toutefois ne purent entièrement déposséder les Ottomans, qui restèrent maîtres d'un quartier et s'efforcèrent plusieurs fois, quoique vainement, de les chasser de leurs positions, redoulablemenl fortifiées et vaillamment défendues.

Cette compétition durait encore en 1402, Timour-Leng ve-

nait alors de gagner la bataille d'Ancyre (Angora) et d'acquérir ainsi passagèrement la souveraineté de TEaipire ottoman. Il accourut à marches forcées devant Snryrne oti il arriva dès les premiers jours de Tannée 1403 et somma la ville de se rendre;, sur le refus du commandant de la place, frère Guillaume de Mine, le siège fut immédiatement commencé et poussé avec vigueur. Enfermée dans un mur de circonvallation, la ville reçut plusieurs assauts sans résultat; mais le port ayant été comblé en un seul jour sur l'ordre donné par Timour à ses soldats d'y jeter chacun une pierre, un dernier assaut qui dura vingtquatre heures consécutives et auquel prit part l'armée mongole tout entière, triompha enfin de Topiniâtre résistance des assiégés. Quelques chevaliers qui purent réussir à se jeter à la mer et à gagner la flotte chrétienne échappèrent seuls au massacre général. Timour-Leng fit maçonner les têtes des vaincus dans les murs d'une tour érigée en commémoration de sa victoire. Après son départ, Smyrne fit retour au bey d'Aïdin, nommé Djounéïd, auquel les historiens byzantins donnent le titre de prince de Smyrne. A la faveur d'alliances avec les empereurs de Constantinople et les Beys de Caramanie, ij refusa de se soumettre aux souverains ottomans. Plusieurs fois vaincu, Djounéid, insensible à l'indulgence comme à la sévérité, saisit ou fit naître de nouvelles occasions de reprendre les armes contre eux; il périt enfin dans une de ces rébellions en 1423, sous le sultan Mourad II, père du conquérant de Constantinople. La puissance ottomane grandissait incessamment; elle allait bientôt atteindre son apogée. Symrne appartint dès ce moment à TEmpire ottoman.

Depuis lors elle a été éprouvée toutefois par des fléaux trop fréquents: troubles intérieurs, pestes, incendies, tremblements de terre. Cependant le courage des habitants a surmonté toutes ces calamités, et Smyrne est sortie de chaque épreuve sans que ses progrès aient jamais été longteioaps interrompus. Sa situation actuelle, sans pouvoir entrer en comparaison avec celle des temps antiques, devient pourtant de plus en plus florissante. Insister trop longuement sur la haute importance de cette place

commerciale, serait puéril ; mais il est permis de constater que celte importance n'a cessé de grandir chaque année, depuis la création des chemins de fer et des quais, dans des proportions considérables.

Smyrne est actuellement la seconde ville de Tempire olloman, et la première de l'Asie Mineure. Exposée à perdre ce rang, et peut-être même à disparaître un jour, comme tant de riches cités antiques, ses voisines, par suite des attérissemenls de VHermus, elle a été garantie contre ce désastre par le détournement du cours du fleuve en 1890.

La passe, à l'endroit marqué par les deux phares se rétrécissait alors incessamment et l'entrée du golfe de Smyrne était ainsi menacée d'une obstruction complète. D'après le calcul des ingénieurs du gouvernement, dans quarante ou cinquante ans elle aurait été impraticable aux navires d'un lonnage moyen, et dans un siècle elle aurait été complètement comblée. Les travaux du détournement de VHermus ont donc été entrepris sans plus tarder, et l'embouchure de ce fleuve a été reportée dans le golfe d'Agria près de Phocée. Les nouveaux ouvrages, exécutés par M. A. Rivet, alors ingénieur en chef du vilayet, furent terminés dans les premiers mois de 1891 et comprennent : r les travaux de la déviation proprement dite, consistant en un grand canal de 2,000 mètres de longueur, et en deux autres de moindre section de 3,300 mètres de longueur chacun, 2- les travaux de protection de la plaine de Ménémen et des salines de Tcham-alti et d'Ada-tépé, près desquelles se trouve la nouvelle embouchure. Ceux de la plaine de iMénémen consistent en une forte digue en terre de 5 kilomètres de long, et en quelques épis. Ceux des salines comprennent une digue en terre de 3.600 mètres de longueur suivie d'une autre de 2,000 mètres en pierre, jetée en mer pour empêcher les eaux de VHermus de pénétrer dans les marais salants. En avant de ces digues, il en a été construit une autre de 1 ,000 mètres de longueur suivie d'un cavalier en terre de 2,000 mètres de long, formant une première ligne de défense. Un barrage en travers de l'ancien lit et de forts épis complètent ces travaux de défense.

Les divers intérêts qui se trouvaient en présence semblent être de la sorte également garantis.

Mise à Tabri de ce danger, la ville de Smyrne a reçu d'autre part de notables améliorations, par suite de la construction du port et des quais. Toute la partie basse a été assainie et embellie. Des rues droites et larges, pourvues d'égoûts, ont remplacé le fouillis de cafés et de baraques bâtis sur pilotis, dont la tournure, éminemment pittoresque, il est vrai, ne suffisait pas à compenser les graves inconvénients, tant au point de vue de rhygiène publique qu'à celui des recettes de la douane.

Le port actuel de Smyrne consiste : premièrement en un bassin complètement abrité, de 630 mètres de longueur sur une largeur moyenne de 300 mètres, soit environ 19 hectares de superficie. Ce bassin fermé s'appuie sur des quais qui s'étendent tout le long du rivage occupé par la ville, à partir de la caserne, en face du palais du gouverneur général, jusqu'à la pointe, près la station du chemin de fer d'Aïdin. Leur développement total est de 3,325 mètres, et leur largeur moyenne de 18 mètres. Leur direction sud-ouest nord-est, est perpendiculaire au^ vents régnants. La jetée du large, qui forme l'abri, est reliée à ces quais par deux ferre-pleins sur lesquels sont installés divers services publics. Sur celui du nord-est se trouvent l'office sanitaire, le bureau des phares, du capitaine du port, du service des passe-ports et du télégraphe. Celui du sud-ouest est occupé par la douane et l'administration de la Dette publique ottomane. Ces deux terre-pleins ne se prolongent pas jusqu'à la jetée d'abri ; entre celle-ci et le premier on a laissé une passe libre de 65 mètres qui forme l'entrée principale du port, et il a été également laissé une autre passe de 35 mètres pour les petits vapeurs entre le terre-plein du sud-ouest et la jetée d'abri.

A la suite de ce premier bassin fermé, se trouve un second bassin ouvert du côté sud-ouest ; il est formé par un prolongement de la jetée du large ou d'abri long de 300 mètres, le terreplein de la douane et les quais; bien qu'exposé aux vents du sud-ouest, on l'utilise quand l'espace vient à manquer dans le premier.

Lorsque le projet du port et des quais de Smyrne fut dressé par la société concessionnaire, discuté entre elle et le Ministère des travaux publics, et enfin adopté par celui-ci le 27 novembre 1867, on n'eût pas osé prévoir Ténorme accroissement pris, dans le cours espace de vingt-quatre ans écoulé depuis lors, par le mouvement commercial de cette place. Aujourd'hui le bassin existant suffit à peine, et déjà il devient urgent de songer à l'agrandir ou à en créer un nouveau sans trop tarder, ce qui n'offrira rien de bien difficile, la profondeur des eaux n'étant au maximum dans le golfe que de 12 à 14 mètres.

Dans le bassin actuel, la profondeur des eaux n'est que de 6 à 8 mètres près des quais, et de 12 mètres environ à la jetée du large, ce qui permet aux navires du plus fort tonnage d'entrer dans le port d'abfi, oîi les opérations d'embarquement et de débarquement se font avec la plus grande facilité, tandis qu'au dehors, la violence des vents de nord-ouest qui régnent dans le golfe les entrave incessamment.

La concession du port et des quais de Smyrne vient d'être prorogée par un acte additionnel à la convention primitive du 27 novembre 1867 (4 chaban 1284), acte daté du 6/18 mai 1891. Son terme, fixé dans le principe à une duré de 25, puis de 35, puis de 45 ans, par des actes additionnels successifs, doit expirer suivant ce dernier acte le 31 décembre 1952. Les premiers concessionnaires étaient : MM. John Charnaud, Alfred Barker et Gerges Guarracino, sujets anglais, qui confièrent l'exécution de cette entreprise à MM. Dussaud frères, de Marseille. Diverses difficultés financières, qui ne purent être surmontées par cette première société des quais, firent intervenir un contrat de cession aux entrepreneurs, lequel fut signé le 6 mai 1869 et confirmé par le gouvernement. MM. Dussaud Frères, après avoir mené à bonne fin leur entreprise, malgré les plus vives oppositions, ont constitué dernièrement une société exploitante au capital de 7 millions de francs, qui compte parmi ses membres l'amiral Lecomte et M. Granet, ancien ministre des postes et télégraphes. La dernière Convention annexe et 4« acte additionne à la Conventionl primitive du 4 chaban 1284 (27 no-

vembre 1867), concède à la société des quais deSmyrne un j)rivilège nouveau de construire et d'exploiter, sur un point quelconque du golfe de Bournabad, soit sur un terrain existant, soity sur un terre-plein à former en mer, des dépôts pour les pétroles et Talcool.

A partir du 1*^ janvier 1913, le gouvernement ottoman aura le droit de racheter les quais, magasins et dépendances, au moyen d'annuités, pour les exploiter directement.

La partie des quais comprise entre la caserne et le terre-plein du nord-est oh se trouve l'entrée du port et dont la longueur est de 1,250 mètres, est affectée au commerce. L'autre partie, qui a 2,075 mètres de longueur, sert de promenade, surtout en été où Ton y va chercher la fraîcheur pendant la soirée. C'est là que se trouvent les plus belles maisons et la rue Parallèle, ainsi nommée parce qu'elle suit une direction parallèle aux quais. Ce quartier est devenu le plus propre, le plus sain et le plus beau de Smyrne. Malheureusement , certains autres quartiers attendent encore une semblable transformation et sont restés exactement tels que les ont décrits les voyageurs du siècle dernier.

Les édifices publics actuellement existant à Smyrne sont, outre le palais du gouvernement, environ 20 mosquées; 2 bazars ou bezestein ; 25 hsLïns ou hvmmam] 50 han ou hôtelleries parmi lesquels on cite le Grand-vézir-han^ le Dervichoghlou-han et le Kara-osman-oghou-han*, une caserne pouvant loger 5 à 6,000 hommes, et 2 écoles monumentales qui sont le lycée impérial et l'école préparatoire aux hautes études.

Parmi les mosquées de Smyrne, une appartient au culte chyile, et n'est fréquentée que par les persans résidant ou de passage dans cette ville.

On compte à Smyrne 13 églises appartenant aux Grecs ortodoxes. Les principales sont : Sainte-Photini, la Cathédrale ; les Saints-Apôtres ; l'Annonciation ; Sainte-Catherine; Saint-Constantin et Sainte -Hélène; Saint-Dimiiri; Saint-Georges; Saint- Kharalambo ; Saint-Jean et Saint-Jean Théologien ; Saint-Nicolas et Saint-Michel.

450 VlLAYET DE SMYRNË

Les églises des Arméniens grégoriens sont au nombre de 3 qui sont : Saint-Étienne, la Cathédrale et Saint-Grégoire.

Les Arméniens catholiques ont une église : la nativité de la Sainte Vierge, aux R. R. Pères mékitaristes.

Il existe 10 autres églises catholiques, appartenant toutes aux latins, parmi lesquelles on cite Saint-Jean Tévangéliste, la Cathédrale; Saint-Joseph, aux frères des écoles chrétiennes ; le Sacré-Cœur de Jésus, aux R. R. Pères lazaristes; Sain t-Polycarpe et Sainte-Marie des Chocolants, aux capucins; et Saint- Pierre et Saint-Paul, aux R. R. Pères dominicains.

Les protestants ont un temple et 3 chapelles dont une au Consulat d'Angleterre, une à Thôpital hollandais, et une rue Basma-Hané.

Enfin les israélites ont 15 synagogues.

Les hôpitaux sont au nombre de 9 comme suit :

L'hôpital impérial ottoman, vaste et bien entretenu, contient 100 lits et reçoit annuellement de 800 à 1,000 malades musulmans. Les non-musulmans ne sont pas exclus.

L'hôpital grec-orthodoxe de Saint-Kharalambo, fondé en 1848 par la communauté grecque ortodoxe au moyen de cotisations volontaires et entretenu de même, est le plus important de la ville. Il contient 300 lits, et quatre médecins sont chargés du service quotidien.

Les hôpitaux catholiques de Saint-Antoine et de Saint-Roch comptent, le premier 100 lits avec un mouvement annuel de 3 à 400 malades, et le second 30 lits et reçoit environ 100 malades par an.

L'hôpital arménien compte 30 lits.

L'hôpital Israélite, fondé en 1831 parle baron de Rothschild, reçoit chaque année environ 200 malades soignés gratuitement.

Les hôpitaux anglais, français et hollandais, bien installés et bien aérés sont spécialement consacrés aux malades de chacun de ces pays.

Outre la poste impériale ottomane dont les bureaux sont

situés rue Parallèle, il y a à Smyrne cinq autres offices postaux, comme suit :

Anglais, au Consulat d'Angleterre.

Austro-hongrois, Français, Russe^ local Honischer, sur le quai.

Samien, rue Mélitéon.

Il y a aussi, outre la station télégraphique ottomane^ où le service est international, c'est-à-dire fait en deux langues, — au moyen de caractères turcs et de caractères latins^ — un service télégraphique anglais, sous le nom de « The Eastern Telegraph Company limiled. »

Il y a à Smyrne une Direction principale des postes et télégraphes, une agence centrale des phares, des nazarets, de la douane, de la Dette publique et delà Régie des tabacs, un office sanitaire et des succursales de la Banque impériale ottomane et du Crédit Lyonnais.

Le corps consulaire, assez complet, eôt composé comme suit :

Allemagne, l consul et 1 chancelier.

Angleterre, 1 consul, 1 vice-consul, 1 chancelier, 2 employés, 2 drogmans.

Autriche-Hongrie, 1 consul-général, 3 élèves-consuls, 1 chancelier, 4 employés, 2 drogmans.

Belgique, 1 gérant.

Danemark, 1 consul.

Espagne, 1 consul.

États-Unis d'Amérique, 1 consul, 1 vice-consul, i commis, 2 drogmans.

France, 1 consul-général, 1 consul, 1 chancelier, un premier drogman, 2 commis et un deuxième drogman.

Grèce, I consul-général et 1 vice-consul.

Italie, i consul-général, 1 vice-consul, 2 drogmans.

Pays-Bas, 1 consul, 1 chancelier.

Perse, 1 consul et 3 employés.

Portugal, 1 consul.

Russie, 1 consul et 2 drogmans.

Roumanie, 1 consul.

Suède et Norwège, 1 consul, 1 vice-consul et 1 chancelier.

Auxquels il convient d'ajouter un agent de la chancellerie latine pour les sujets catholiques ottomans.

Ecoles. — Les écoles du merkez-caza (ville de Smyrne et environs), sont au nombre de 103 dont 29 secondaires et 74 primaires, fréquentées par 17,343 élèves, dont 11,119 garçons et 6,224 filles, comme suit :

COMMUNAUTÉS

ENSEIGNEMENT

SBCONDAIHB

ENSEIGNEMENT

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