COO
Moutons
Chèvres
Totaux de la race ovine
Total oénér>
bages ne cessent point de fournir aux bestiaux une nourriture abondante. Les autres sont pour ainsi dire accidenlels, et ne durent qu'un certain temps. Ils sont dus à la crue des eaux du Tigre et de ÏEuphrate^ h la suile desquelles on les voit paraître, et dès que le bétail les a épuisés, ils ne se renouvellent qu'après une autre crue.
Les pâturages les plus renommés sont dans le merkez-sandjak de Bagdad, comme suit :
Dans le gaza dkKhoj^assan : el-Mahrouan, au bord de la Diala (Délios), s'étendant jusqu'à Bélédrouz (propriété de M. Zarifi) ; el-Gorfuy entre el-Adem et el-Khalès ; Djébel-Hamrin^ du mont ilamrin à Houazza; el-Fellouzè. entre YEuphrate et le Tigre, sur une étendue de 27 kilomètres.
Dans le caza d'Aziziè: Chélah el-Aziziè près d'Aziziè; el- Huriè^ près de Selman-Pak, s'élendanl jusqu'à Bughellé.
Dans le caza de Kout el-Amara : Ouadi el-Sefi el Séid-Hassan, près de Kout el-Amara.
Dans le caza de Samara : el-Tarmièy depuis Méchahdé jusqu'à Samara.
Dans le caza de Kazmiè : el-Nadriat et Tell-Biat dépendants de Tarnich.
Le sandjak de Uillé cl n'a pas d'aussi vastes pâturages, mais celui de Kerbèia possède les herbages inépuisables du grand désert de Charaiyé (désert de Syrie).
Tous ces pâturages sont absolument gratuits. Les propriétaires de troupeaux profitent de cet avantage pour y faire hiverner leur bétail, qui n*est jamais en danger d'y manquer de nourriture, saufdurant certains hivers tout à fait exceptionnels, où le défaut de pluies et le refroidissement de la température obligent les éleveurs, pris au dépourvu, à faire rentrer leurs troupeaux et à acheter de l'orge ou du foin pour les nourrir. Ils perdent alors beaucoup de bestiaux et quelquefois même tous meurent. Il suffit d'un hiver semblable pour ruiner complètement les éleveurs de bestiaux qui, sans celte éventualité du reste aussi rare que difficile à prévoir, seraient bien plus riches que les propriétaires de biens-fonds.
L'impôt annuel sur le bétail, appelé zakat et que les Arabes nomment el-kodè^ est comme suit :
Par fête de mouton, brebis, chèvre, etc. 3 piastres — bufQe, chameau . 10 —
Les bœufs, vaches, chevaux, ânes et mulets sont exempts de cet impôt, ainsi que les chameaux de la caravane du désert de Syrie.
Le droit d'abattage est :
piirlêicdemoulon ou autre bf^lail de race ovine. 5 piastres
— de buffle, chameau 15 —
par tète de bœuf OU vache 10 piastres.
— de veau , 7 1/2 —
Mines et minières. — Le vilayet de Bagdad est très riche en sources de bitume, de naphie et de pétrole blanc, situées presque toutes dans le voisinage et à grande proximité de VEuphratCy où elles débouchent. Les principales sont à Hillé^près de remplacement des ruines de Babylone; c'est de celles-ci qu*ont été tirées des matériaux pour la construction de celte ville célèbre. Les produits des sources de bitume de cette contrée soricnl liquides de la terre cl viennent se coaguler à la surface du fleuve. Quelques-uns pensent qu'il peut y avoir des communications souterraines entre la mer Morleou lac Asphaltite et YEuphrate par les sources bitumineuses qui se déversent dans l'un et dans l'autre de la même façon. La Ihermalilé de celles de Hillé varie entre + 30** et 37* centigrades. Les ouvriers qui enlèvent à la surface de l'eau le bitume coagulé lui ont donné en turc le nom de kara-sakiz (mastic noir) ; les Arabes l'appellent djir. On le vend en pains de forme carrée pour s'en servir à calfeutrer les radeaux et autres embarcations, ainsi que de ciment pour toutes les constructions en briques ou en pierre, comme dans l'antiquité.
Le pétrole blanc est employé pour la peinture à l'huile ; on en exporte quelques quantités aux Indes. Quoiqu'il ne soit pas aussi limpide que le pétrole américain, on l'emploie beaucoup pour l'éclairage. Midhat-Pacha, lorsqu'il était vali de Bagdad, en a envoyé à Londres, des échantillons pour être analysés, et il y a été trouvé de très bonne qualité. Le colonel anglais Che8ney,run des premiers qui a étudié la Syrie et la Mésopotamie au point de vue del'établissementd'un chemin de fer qui relierait la mer Méditerranée au golfe Persique, dit que le bitume appelé karasahiz est un excellent combustible, qui pourrait remplacer la houille très avantageusementpourune exploitation semblable et rendre également de grands services à la navigation à vapeur de YEuphrate et du Tigre.
L'approvisionnementlnécessaire à l'exploitation économique de moyens de communications rapides serait d'autant mieux
assuré que depuis Texploralion du colonel Chesney, on a découvert dans le Djébel-Hamrin, à 90 kilomètres au nord-est de Bagdad et delà rive gauche A.\xTigre^ d'importantes houillères. Le charbon de ces mines a été essayé avec un plein succès par les conapagnies de navigation fluviale^ qui pourraient, à peu de frais, établir une voie ferrée du mont Ilamrin au Tigre.
On rencontre beaucoup de couches de gypse cristallin répandues à peu près sur toute la superfîcie des territoires riverains de VEuphrate^ excepté dans le voisinage des sources bitumineuses. Ce gypse, que les habitants nomment djès^ sert à faire du plâtre que Ton emploie depuis quelque temps aux constructions et dont on se sert aussi pour blanchir les murs. Il y a aussi des soufrières et des gisements ferrugineux.
Il y a lieu de citer aussi l'argile blanchâtre des rives du Tigre^ qui sert à fabriquer de nombreux articles de poterie très recherchés pour leurs formes élégantes et leur légèreté. On en fait surtout des vases poreux extrêmement utiles pour rafraîchir Teau, ainsi que des briques d'un bon emploi, d'un transport facile et d'un prix économique.
Forêts. — On ne connaît pas de forêts proprement dites dans celte province où, à l'exception des dattiers, les arbres sont peu communs et ne forment pas de groupes importants. Ceux que l'on rencontre le plus souvent sur les bords de VEuphrate sont le peuplier, formant des bosquets le long des rives, ainsi que le tamarinier et le mûrier blanc, tous deux plus rares que le premier. Celui-là est d'une espèce particulière au pays ; Olivier lui a donné le nom de populus Euphratka^ les Arabes le nommeni gharab. On a fait souvent la remarque qu'au territoire d'Anah s'arrête, du côté du midi, la zone où l'olivier croit spontanément, et, du côté du nord, celle du dattier, qui ne se rencontre plus qu'isolément à Télat non cultivé, à partir de cette limite. Sur les bords du Tigrey le seul arbre qu'on rencontre croissant sansculture est le dattier. Toutefois il existe dans certains cazas quelques petits bois (orman) qui seront énumérés dans les chapitres spéciaux des sandjaks auxquels ils appartiennent.
Quant aux receltes qui flgurenlau titre « forêts » sur le tableau des revenus du vilayet, elles proviennent des droits qui sont perçus sur les kélèks el autres barques qui imporlent du vilayet deMossoul el des environs de Bagdad du bois à brûler dont une certaine partie consiste en planchettes très minces.
En résumé, tout le vilayet de Bagdad manque d'arbres forestiers proprements dits, elles portions non cultivées de son territoire, qui sont encore très nombreuses malgré le nouvel élan donné à Tagriculture par Tachai et la mise en valeur de vastes domaines impériaux dans cette province, ont pour principal caractère une végétation exclusivement herbacée. Ces plantes forment de belles prairies divisées par zones étroites appartenant chacune h la même famille. Telle de ces zones n'est composée que de camomille, de chrysanthèmes, d'armoise et d'absintbe ; telle autre ne comprend que des cochléarias ; ailleurs on ne voit que des graminées ou des renoncules. Si quelque roche, presque toujours crayeuse, se rencontre parfois dans ces vastes plaines uniformément nivelées, on la reconnaît de loin à la verdure des crucifères qui la tapissent ; c'est un mélange de plusieurs espèces de choux, de navets, de moutarde et autres plantes de la même famille.
Faune. — De nombreux animaux sauvages fréquentent ces plaines herbeuses. Au premier rang, il eût fallu naguère placer le lion, le tigre el autres carnassiers qui n'étaient pas rares, surtout sur les bordsdu Tigre. Ces animaux féroces ont presque entièrement disparu à la suite de TafTermage d'une grande partie des terres appartenant à l'Étal el de la création des grands domaines impériaux dont la mise en valeur a donné une impulsion nouvelle à l'agriculture. De vastes espaces déserts ont été ainsi peuplés, et les bêles fauves qui les hantaient se sont retirées dans les montagnes, vers la frontière persane. Les lions, les tigres, les hyènes el les loups ne font plus que de loin en loin quelques apparitions de plus en plus rares. Les sangliers, les renards, les chacals sont assez nombreux et font de fréquentes visites aux tribus qui vivent sous la tente. Les troupeaux de gazelles,
STATISTIQUE DESCRIPTIVE ^ïl
les lapins et les lièvres sont très communs el sont Tobjel, ainsi que l'oularde, de chasses au faucon qui se font en grand apparat et pour lesquelles les personnages de distinction entretiennent des équipages de chasse luxueux.
Le gibier à plumes, outre Toutarde qui vient d'être nommée, comprend la perdrix grise, la perdrix rouge et surtout la perdrix noire ; le canard etToie sauvages, le cygne, la bécasse, l'alouette, le bec-figue, la huppe, la cigogne que Ton appelle hadji'leclek, le héron dont les plumes sont un objet d*exportation, le pélican que les Arabes nomment niedjel'mài ou brebis d'eau, et divers autres oiseaux aquatiques peu connus, parmi lesquels il faut citer le berhan et le chehebi, qui fournissent aux Arabes une graisse estimée el considérée dans les pays comme un remède contre les rhumatismes. A cette liste déjà longue, il faut ajouter la tourterelle qu'il est défendu de chasser, et quatorze espèces de pigeons sauvages et apprivoisés en voici la liste : hamam el-batak^ el-meski, el-ambarij el-dam-kach^ el'Olladj, cl-bedrang, el-hamadoni^ el-yahou el-achdal^ el* asmar^ el-kamarli, el-tchini, el-remadi, et enfin ceux que l'on nomme à Bagdad haniam-berri ow touarni^elhMossoulkalat/ech. Les premiers sont les anciens pigeons voyageurs, agents des correspondances commerciales du pays avant l'institution du télégraphe, et les derniers sont les pigeons qui peuplent les mosquées. Les uns sont l'objet d'un souvenir anecdotique et les autres d*une légende quia créance à Bagdad et qu'on jugera peut-être digne d'intérêt.
Les pigeons à bec tordu, nommés hamam-el-batak , avaient été choisis, à l'exclusion des treize autres espèces de pigeons sauvages connues en Mésopotamie, pour faire le service de la correspondance entre Bassorah, Bagdad el Damas, et n'ont cessé d'en être seuls chargés qu'après la pose de la voie télégraphique. A cet effet, on en élevait dans des colombiers, et les grandes caravanes du désert de Syrie avaient soin d'en emporter quelques-uns pour les lâcher dès leur arrivée à Damas, d'oti ils revenaient directement à leur point de départ, rapportant à bref délai aux négociants les dépêches qui leur annonçaient l'heu-
reuse arrivée des caravanes à deslinalion, après un voyage d'une durée de trois à quatre mois.
Tout récemment, un consul général anglais voulut expérimenter la valeur réelle des services rendus autrefois par les pigeons voyageurs de la variété dite hamam-el-batak. 11 s'en procura plusieurs^ les nourrit pendant un certain temps au consulat, puis les remit aux commandants des bateaux de la Compagnie anglaise de navigation sur le Tigre qui font le service de Bagdad à Bassorah. Ceux-ci les lâchèrent successivement de divers points du trajet de plus en plus éloignés, avec un petil billet indiquant le lieu et l'heure de leur déparl. Us revinrent lous directement, sans encombre, chez le consul général, lui rapportantlapreuve évidente qu'ils avaient accompli en quelques heures le même voyage que les steamers de la Compagnie Anglaise ne font pas en moins de plusieurs jours et quelquefois de semaines.
Quant aux pigeons à\ishamam-berri ou touarni, nommés aussi kalayèch à Mossoul, et qui peuplent les mosquées, on les voit surtout à Bagdad, sur le minaret de la mosquée « Souk-ei- Oazel », bâtie du temps des premiers khalifes abbassides. On raconte à ce sujet que le cinquième de ces khalifes, llaroun-al- Kaschid, venant un vendredi faire la prière publique à la mosquée Souk-el-Gazel, vit un pauvre mendiant déguenillé que les soldats de sa garde chassaient durement de sa présence. Ému de compassion, le souverain courut à lui et lui donna sa bourse pleine d or. En retour de cette magnifique aumône, et sans le remercier autrement, le mendiant tira des haillons qui couvraient son sein, un jeune couple de pigeons sauvages, et les offrit au khalife qui les accepta avec bonté et leur donna aussitôt la volée. Ces jolis oiseaux, pour montrer leur reconnaissance au chef de Tislam, tournoyèrent gracieusement, tant que dura sa prière, autour du minaret qu'ils adoptèrent dès lors pour demeure, et c'est, dit-on, leur descendance qui peuple aujourd'hui toutes les mosquées.
Salines. — Les salines, ainsi qu'il a déjà été dit plus haut.
coDsIiluent la principale branche des revenus concédés à l'administration de la Dette publique. Elles sont nombreuses et importantes dans les vilayels de Bassorah, de Bagdad et de Mossoul, compris tous trois dans la circonscription ressortissant du nazaret, dont le siège a été fixé à Bagdad par celte administration. On décrira seulement ici, parmi les salines du ressort de ce nazaret, celles qui sont situées dans le vilayet de Bagdad.
Aux portes mêmes de la ville de Bagdad, il existe une saline du nom du Chéik-Omar^ mesurant 900 mètres de longueur sur 450 de largeur, et composée de plusieurs sources situées à quelques pas les unes des autres. Le sel qu'elles fournissenf est de qualité inférieure, gris et terreux, à l'exception de celui qui provient de la source la plus proche de la porte dile « Bab-el- Tlessem, qui est assez blanc et peut au besoin servir pour les aliments, tandis que celui des autres sources n'est bon que pour les tanneurs qui l'emploienl à saler les peaux. A cause, dit-on, de la proximité des tombeaux du Chôik-Omar, qui a donné son nom à la saline, et de plusieurs autres personnages vénérés des musulmans, l'exploitation en est bornée à la quantité nécessaire pour justifier le droit de poursuivre la contrebande. Cette quantité est vendue à un seul acquéreur, et, aussitôt après sa livraison, ce qui reste à découvert est jeté dans le Tigre et toutes les sources sont comblées avec de la terre. On évalue le produit annuel moyen de cette saline à 300,000 okes (384,885 kilogrammes) de sel.
La saline de Hitt est située dans le caza de Dilim^ à 160 kilomètres nord-ouest du chef-lieu du vilayet, sur la rive droite de YEupkrate^ près de la localité dite « Imam-Chéik-AbduUah » et à moins de 2 kilomètres au sud de Hilt. C'est une réunion de plusieurs sources salantes dans un espace de 2,700 mètres sur 1,800, et dont l'eau vient se déverser et se cristalliser dans des bassins autrefois au nombre de 160, mais réduits aujourd'hui à 50, en bon élat de service. Une partie de la production de celte saline, évaluée en moyenne annuelle à 600,000 okes (769,770 kilogrammes) d'un sel de qualité médiocre, est consommée sur
place, et le reste est expédié à Hillé pour y être emmagasiné et vendu.
A 15 kilomètres plus au sud, on renconlre près de Kobéi^sé, résidence d'un fonclionnaire de l'aulorilé locale, une vallée où s'écoulent un grand nombre de sources salantes. L'ardente chaleur du soleil fait cristalliser leurs eaux et forme sur leur parcours des croules de sel qu'on pourrait peut-être utiliser avec profit, à très peu de frais.
Dans le caza d'Azizïé, il existe une autre vallée où viennent également se réunir de nombreuses et abondantes eaux salées qui, les unes des environs, les autres des sources loinlaines situées aux pieds des montagnes de la frontière de Perse, descendent s'y accumuler et s'y cristallisent sous l'action des rayons solaires. La saline ainsi formée s'étend sur une longueur d'environ H kilomètres et une largeur de 200 mètres, à travers une propriété sariié, du nom de Chddi, et débouche sur la rive gauche du Tigre, à 32 kilomètres à Test d'Azizïé, et à 72 kilomètres de Bagdad suivant la même orientation. Les habitants du voisinage la connaissent sous le nom de el-memlah (la saline). L'extraction du sel de cette saline est confiée à des contractants qui l'amassent dans les vallées et l'amènent au bord du fleuve, où des bateliers le chargent et le transportent à des prix échelonnés, proportionnellement au plus ou moins de distance du lieu de destination. Ce sel, blanc et de bon goût, ne laisse rien à désirer. On en évalue la quantité produite en moyenne chaque' année, à 500,000 okes (6 il, 475 kilogrammes.)
La saline de Malha est située dans le caza de Khorassan à 65 kilomètres au nord-est de Bagdad et à 10 kilomètres au sudouest deBélédrouz, propriété de M. Zarifi, célèbre par les beaux résultats agricoles obtenus par les soins du directeur de cette vaste exploitation, M. Metaxas, membre de plusieurs instituts agronomiques de France. La Diala (Délios des anciens) passe à 30 kilomètres environ au nord-ouest de cette saline, d'une étendue de 3,640 mètres sur 1 ,820, et formée de plusieurs sources dont le sel, cristallisé par Faction solaire, donne un produit annuel estimé en moyenne à 200,000 okes (256,590 kilogrammes).
A 1 17 kilomèlres environ de la saline de Malha^ vers Touesl, à 16 kilomètres à Test de Samara, chef-lieu du caza de ce nom, el H 85 kilomètres au nord de Bagdad, on rencontre les salines de Drehem el à'Abou-Tabba^ éloignée de la première à une distance de 2 kilomèlres seulement. Toutes deux sont à peu près de même étendue, d'un pareil rendement et de semblable configuration. Ce sont deux ravins où se précipitent des eaux salées que la chaleurqui s'y concentre cristallise. L'étendue de chacune de ces salines est d'environ 3,600 mètres sur 2,700, avec un produit annuel moyen de 200,000 okes (256,590 kilogrammes), d'un sel d'une blancheur et d'un goût parfaits à Drehem, mais un peu moins bon à Abou-Tabba. La tribu arabe el-Hazi est ordinairement employée au ramassage du sel dans le ravin de Drehem et à son transport en magasin par les négociants qui viennent jusque-là pour en faire provision, car ces deux salines n'ont pas de ambar (dépôt).
Dans la vallée qui s'étend au centre de la grande plaine de la Mésopotamie, comme sous le nom de el'D;éz?ré(y\\e), vallée que l'on appelle Thartar, Teltar et Sehar^ coulent de nombreuses sources salées qui laissent de grands amas de sel tout le long de leur parcours. Celte saline commence en un point situé à 50 kilomètres au nord-est de Hitt et à 135 kilomètres au nord-ouest de Bagdad, et se développe du sud-est au nord-ouest, à l'inlérieur de la Mésopotamie, sur une longueur de 90 kilomètres dans le vilayel de Bagdad et d'environ 200 kilomètres dans le vilayel de Mossoul; sa largeur varie entre 200 et 250 mètres.
Les tribus arabes Ckamar^ Djerbah^ Anézé, el-Boiihiazeh, et autres campées dans les contrées adjacentes y puisent en abondance un approvisionnement intarissable, favorisé par les innombrables débouchés de la vallée, dont le produit annuel, qu'il estimpossibled'évaluerexactemenl,s'élèveàdesmillionsd'okes. Tout ce qui n'est pas consommé par cette nombreuse population fait la base du commerce des caravanes qui transportent fréquemment des charges de sel considérables à Tékrit, dans les cazas de Délim, d'Anah, de Hitt etjusqu'àDéïr-el-Zor, où elles le vendent où l'échangent contre des céréales, du beurre, de la
laine et autres denrées. L'administration de la Dette publique ottomane, de son côté, passe des contrats avec des chameliers qui approvisionnent de sel de Teltar les dépôts de Bagdad et ceux de Kazmiëh, nahié du caza de Bagdad. Ce sel est très blanc et d'un excellent goût. Son prix de revient, rendu aux susdits dépôts, est de 5 à 5 paras et demi (environ 2 à 3 centimes) le kilogramme et n'est composé d'aucun autre frais que le coût du transport.
Les salines de Mendèli se composent de la source Aïn el- Gharb, voisine du bourg de Zorbatièh, situé à 75 kilomètres au sud-est du chef-lieu de ce caza, et de celles de Tahlaou, de Haourin et de Hamamiat^ ainsi que de la sîiline de Dechtlek^ située dans la zone restée indécise entre la Turquie et la Perse, aux confins des deux territoires. Cette dernière saline et celle de Zorbatièh sont sous la dépendance d'un chéik kurde nommé Hassan-Kouli-Khan, gouverneur de la province persane de Louristan. On évalue leur produit annuel à plusieurs miUions d'okes de sel de la meilleure qualité, donnant au possesseur un revenu moyen de 12,000 livres turques (275,000 francs par an) à raison de demi kran (monnaie persane), soit piastres turques \ ijlL ou environ 0 fr. 30, la charge de chameau. Les contractants qui approvisionnent de ce sel les dépôts de l'administration de la Dette publique à Mendèli, à Zorbatièh, Kout-el- Amra, Khorassan et Bagdad reçoivent 9 paras soit 4 centimes et demi par kilogramme rendu à destination, mais ils ne remplissent leurs engagements qu'après plusieurs voyages successifs, parce qu'ils trouvent souvent le moyen, dans l'intervalle, d'écouler à leur profit tout le long du chemin leur chargement, sous le couvert même du contrat qu'ils ont passé avec l'administration précitée, et dont ils ont soin de faire montre pour tromper les autorités. Ce manège lucratif provoque entre les livranciers une active concurrence, qui fait baisser constamment les prix de ces sortes de fournitures.
Dans le sandjak de Kerbèla, près de Mesched-Ali au centre du caza de Nedjef, se trouve situé le lac de ce dernier nom, appelé aussi lac Mesched. On rencontre à peu de distance de ce lac, au
lieu dit Kasr-el'Réhéma ou mieux Kasp-el-Bahaba, une vallée nommée Réhéma. où se réunissent dans la saison pluviale les eaux des torrents, qui s'évaporent dès que les grandes chaleurs arrivent et laissent à la surface qu'ils ont occupée une couche de sel dont la production annuelle est évaluée à 500,000 okes (641,475 kilogrammes). Dans le même canton, se trouve une autre saline beaucoup moins importante, nommée Ouadi, Le produit de celle-ci n'est que de 150,000 okes (192,442 kilogrammes) de sel par an. Son étendue est bornée à 910 mètres sur 80, taudis que la saline de Réhéma mesure 3,640 mètres sur 50. Leur sel est également bon et bien blanc. 11 est entièrement consommé à Mesched-Ali (Nedjef) et dans la contrée environnante.
Sous le nom collectif de Cheffaiiyèh^ sont comprises trois salines nommées iî^^as^', Rahaliyèel Cheffaiiyè, La première, de beaucoup la plus importante, est à proximité de Kerbèla, et occupe une étendue de 16 kilomètres environ sur 300 mètres. Les deux autres, beaucoup plus éloignées du chef-lieu du sandjak, sont peu estimées, quoique leur sel soit assez bon. La plus grande partie du sel de ces trois salines, dont on estime le rendement total à un peu plus d'un million d'okes par an, sert à approvisionner les dépôts de l'Administration de la Dette pubhque à Kerbèla, à Mussayib, HindiyéetChamiyh,etlereste est exploité par les tribus arabes qui le vendent ou l'échangent contre diverses denrées.
La saline de Sémava est située à 10 kilomètres au nord-ouest du chef-lieu de ce caza, dépendant du sandjak de Hillé. Il ya de Bagdad à Hillé 90 kilomètres dans la direction du sud, et de celte dernière ville à Sémava, en se dirigeant vers le sud^ \ 30 kilomètres.
Cette saline se compose de trois sources d'eau salée qui se répandent dans un même lieu où elles forment trois lacs séparés, d'où l'on tire, à l'époque de la cristallisation, un sel qui tient le premier rang parmi ceux de l'Irak et qui peut être comparé au sel Alikhiar de Conslantinople.
. Pour extraire le sel de ces trois lacs, on trace d'abord à la
surface des carrés de 50 centimètres de côté, puis on creuse autour des quatre faces de ces carrés jusqu'au fond, et on les enlève en blocs semblables à des tablettes de marbre. On donne à ces blocs de sel dans le pays le nom de taboiik^ qui signifie « brique ». Leur extraction et leur transport au dépôt de l'Administration de la Dette publique sont faits par contrats comprenant les deux opérations. On évalue à plusieurs millions d'okes le produit annuel de la saline de Sémava; ce sel est tellement recherché pour sa qualité supérieure qu'il est nécessaire d*y suppléer, pour la consommation ordinaire, par un autre sel tiré de la saline âiel-Ain (la source), située dans le désert à 80 kilomètres environ au sud de Sémava. Cette saline est exploitée par les tribus arabes qui sont campées entre le vilayet de Bassorah et le sandjak de Nedjed, dont le territoire forme une grande partie du littoral ottoman du golfe Persique. Son produit annuel n'est pas moins grand que celui de la saline de Sémava, et l'on assure que, chaque année, plus de 150,000 charges de chameau de sel à'el-Aïn sont dirigées sur Nedjed qui n'a point d'autre ressource pour son approvisionnement.
Les dépôts de Sémava, de Divaniyé et de Djaara sont en grande partie approvisionnés de ce même sel, d'ailleurs de très bonne iqualité. Les nombreuses tribus arabes de Méedan^ qui s'occupent spécialement de la culture du riz et de l'élève des buflles, en font, une grande consommation.
Tabacs. — La culture du labac, bien moins répandue dans le vilayet de Bagdad qu'aux alentours, est cependant d'une très haute importance pour cette province. Bagdad est le point central du commerce des tabacs de la Mésopotamie et de l'Irak- Arabi. C'est sans doute pour cette raison que la Régie y a établi le siège d'une direction générale. La circonscription de cette agence s'étend sur les principales régions qui produisent des tabacs dans ces contrées. On peut les énumérer comme suit :
1* Aux environs de Mossoul. — Régions : Amadiè; Zakho; Akra et Atrouch.
1"* Dans le sandjak de Chehrizor. — Régions : Ranîè; Koïsandjak el Révandouz.
Z"" Autour deSuléimanièh, — Régions : Cherh-Bazar; Marga; Bazian et Gul-Ambar.
On sait que le tabac ne prospère que dans les terres meubles el bien engraissées. En Mésopotamie et en Irak-Arabi, on prépare le terrain pour sa culture en commençant par le labourer profondément à l'aide d'une grande charrue traînée par des bœufs. On forme ensuite des carrés d'un mètre de côté, que l'on fume largement et que l'on arrose très légèrement à plusieurs reprises pendant deux jours avant de faire les semis. Ceux-ci ont lieu en différentes fois, à partir du mois de mars, autour de Chehrizor, et à partir du l''' avril aux environs de Mossoul. On les arrose de cinq en cinq jours une fois, en ayant soin de bien veiller à les garantir des insectes.
Quand les graines ont levé, il faut protéger les jeunes plantes contre les oiseaux qui en sont très friands, au moyen de branches épineuses assez légères et assez peu rapprochées pour ne pas les priver ni d'air, ni de soleil. On les couvre ainsi jusqu'à ce qu'elles aient cinq à six feuilles, et alors on les transplante en les plaçant à une distance d'au moins quatre doigts les unes des autres^ dans des carrés préparés de la môme façon et avec autant de soin que les premiers. Cette opération doit être terminée à la fin de mai. Du jour de sa transplantation jusqu'au 20 juin, le tabac peut être privé d'eau, mais à cette date il devient urgent d'arroser tous les huit jours les champs eu terres roqgeâtres, et tous les cinq jours ceux en terres noires.
On continue ainsi jusqu'au 30 septembre, c'est-à-dire à quatre-vingt-dix Jours de date de sa transplantation; alors, la plante ayant atteint la hauteur d'un mètre, on en coupe le sommet et les feuilles les plus basses, n'en laissant que six ou sept sur chaque pied, et l'on supprime tout à fait l'arrosage.
Dix jours plus tard, le tabac est arrivé à maturité. C'est alors que l'employé à l'enregistrement des plantations, qu'on appelle Tahrir-mémourou^ se présente sur chaque champ et perçoit le
3(i VILAYET DE BAGDAD
droit dit chichtayèk^ d'un pour six que le gouvernement fait payer au cultivateur, en nature ou en espèces. Cet impôt est souvent donné à ferme au plus offrant par enchères publiques.
La récolte a lieu ordinairement le 20 août dans les dépendances de Chehrizor, et quelques jours plus tard dans celles de Suléïmanièh et de Mossoul. Au fur et à mesure que se fait la cueillette, on réunit les feuilles par petites poignées dans les champs, en les posant les unes sur les autres sens desssus dessous, puis on les enfile dans de petites baguettes appelées chich^ en ayant soin que les petites se trouvent abrités sous les grandes. On les laisse en cet état sur la terre, exposées pendant dix jours au soleil, et le cultivateur retourne les chkh de temps en temps, afin que les nervures des feuilles soient bien sèches et ne restent pas verles. On met ensuite les chkh en magasin où elles demeurent en dépôt jusqu'à la vente.
On divise commercialement les tabacs du nazaret de Bagdad en deux sortes principales : le cAaowr et le X:owrrfa, récoltés surtout dans les cazas et villages des sandjaks de Chchrizor et de Suléïmanièh. Celui des environs de Mossoul se divise en trois sortes : le couzi^ classé parla Régie comme première qualité et cultivé dans le caza d'Amadiè, puis ceux de seconde qualité, cultivés à Zakho, à Adhok et à Akra, et enfin celui d'Atrouch, qui sert à fabriquer le tabac à priser.
La sorte chaour est récoltée dans le sandjak de Chehrizor à peu près partout; mais la meilleure qualité, dite chetna, et quia remplacé la qualité dite yentza^ cultivée autrefois a Koï-sandjak, vient du caza de Révandouz. Les champs du village de Chetna, lieu principal de sa culture, sont arrosés parla rivière Djendian^ qu'on appelle miraculeuse, parce que de temps en temps elle cesse de couler; on tire alors un coup de fusil dans la grotte où elle prend sa source, opération toujours suivi d'un grand bruit, après lequel les eaux jaillissent de nouveau (?).
La sorte Xrôwrrfa, de quahté inférieure à la précédente, est cultivée dans 360 villages du sandjak de Suléimanièh. On y cultive aussi le kénaou^ variété de tabac très voisine de celle dite cAaowr,
STATISTrOUE DESCRIPTIVE 37
mais inférieure à celle-ci en qualité. On mêle des feuilles de kénaou au kourda pour l'améliorer.
La récolte annuelle du tabac dans la circonscription du nazarel de Bagdad est évaluée en moyenne comme suit :
1*^ Envirom de Mossoul. — sortes et qualités diverses : 6,200 batmans de 70 okes = 43,400 okes, soit : 55,680 kilog.
2** Sandjak de Chehrizor. — chaour :
5,000 balles de 180 kilogrammes : .... 900,000 kilog.
3** Environs de Suléimanièh, — kourda : 3,000 balles de 180 kilogrammes : . . . . 540,000 kilog.
Total. 1,495,680 kilog.
La taxe perçue par la Régie sur ces tabacs est de 7 p»"« 80 par kilogramme de première qualité (chaour, couzi, etc.), et de 3 ptres 90 par kilogramme de deuxième qualité (kourda, etc.) soit une moyenne de 5 p***» 85 par kilogramme, de sorte ou qualité diverse.
Il résulte de ces informations empruntées à un remarquable travail de M. Habib-Ghiha, spécialiste, auquel la culture et le commerce du tabac doivent plus d'une importante amélioration, que les recettes de la Régie sont de beaucoup au-dessous d'un rendement normal.
Quand à ce qui regarde les autres parties intéressées, le produit d'une récolte est divisé en six portions égales :
Une pour le gouvernement;
Une pour le fellah (cultivateur) ;
Quatre pour le bey, prétendu eUmellak ou propriétaire des champs.
Les beys exercent sur les fellahs un pouvoir absolu : chacun de ces mellaks a sous sa domination 5 à 6,000 paysans qui lui obéissent aveuglément, prêts à verser leur sang pour son service. Les employés du gouvernement ou les fermiers chargés, comme il est dit plus haut, d'enregistrer et de percevoir le montant de la sixième part de la récolte pour le compte de TÉtat, sont entièrement à la discrétion du mellak^ sans aucun moyen
d'y échapper. Le négociant qui veut acheter du labac doit s'adresser à lui ou à son représentant. 11 est reçu à leur résidence comme moxiszafir^ c'est-à-dire hébergé à leur frais, mais en retour de ce bienveillant accueil on accepte des cadeaux» consistant en sucre, café et autres denrées coloniales. Le marché se traite par centaines de baguettes ou chkh^ après avoir débaitu les prix. Le pressage et l'emballage ont lieu sur place. Suivant la localité, le poids de 100 chkh de labac cliaour varie de 4 à 6 okes du pays, valant chacune 3 okes de Constanlinople, et le prix varie également de M c^ 30 krans de 5 piastres, c'est-à-dire que, acheté sur le lieu même de production, le tabac chaour revient, suivant qualité, de 1 à 5 francs le kilogrammç.
Il faut ensuite mouiller le tabac, le mettre en tas bien couverts durant vingt-quatre heures, le presser et l'emballer. Ces opérations durent plusieurs jours. Les ouvriers qui les font sont payés comme suit :
Le mouilleur, \ kran (5 piastres) par jour. 11 peut mouiller trois balles dans sa journée.
Les presseurs (il en faut doux), 6 piastres par jour chacun.
Les couseurs (il en faut deux) : 7 piastres et demie par jour chacun.
L'étofTe grossière en poil de chèvre dite kara-tchader (tente noire), nécessaire à l'emballage d'un yuk (charge) de deux balles, coule 9 à 10 krans (40 à 50 piastres) avec la quantité voulue de cordelettes en poil de chèvre pour coudre les deux sacs.
En attendant le jour du départ pour Koï-sandjak, les balles de tabac pressées et cousues restent en dépôt chez le vendeur, et l'acheteur est tenu de payer une personne à raison de 2^ krans (150 piastres ou 34 fr. 50) par mois pour les visiter chaque jour et resserrer les cordelettes d'emballage à mesure que le tabac sèche. Une personne peut prendre soin ainsi de 10 yuk (charges chacun de deux balles.
L'entrepôt général des tabacs chaour est à Koï-sandjak, seul endroit où l'on puisse trouver des mulets pour les y transporter.
Le négociant doit donc aller s'en pourvoir là. Suivant la distance à parcourir, le prix de transport d'un yuk (charge) varie de 50 à 65 piastres (de H fr. 50 fi 14 fr. 95). F^es transports durent ordinairement du mois de novembre au mois d'avril, date à laquelle Fagent de Koï-sandjak envoie à Bagdad la liste des arrivages, d'après laquelle la Régie connaît exactement le chiffre de la récolte du chaour de Tannée qui vient de s'écouler.
On n'a pas à supporter tant d'embarras pour l'achat du tabac kourda. Le négociant n'a qu'à se rendre à Suléimanièh, où ce tabac se vend au poids par batman de 1 7 okes de Constanlinople, à raison de 5 à 10 krans suivant la quantité àekenaou qu'on y a mêlée pour l'améliorer. 11 est à remarquer que beaucoup de tabac kourda arrive de là à la frontière persane où sa culture est interdite et son importation en Turquie prohibée. Ce tabac passe sur le territoire ottoman à Bochdéré et provient pour la plus grande partie du village persan de Boulou situé en face.
Une fois acheté, le tabac kourda est aussitôt mis en sac. Le pressage, emballage, achat des sacs, des ficelles et couture y compris, coûtent au négociant 3 à 4 krans par yuk de 2 balles. Le prix de transport d'un yuk à l'agence devla Régie, suivant la distance du lieu d'achat, ne dépasse pas 4 à 5 krans.
Les transports des tabacs kourda de l'agence de Suléimanièh au nazarel de Bagdad se font par deux voies,' au gré des négociants. La plupart préfèrent la voie terrestre où ils sont effectués à dos de chevaux ou de mulets en neuf à dix jours, à raison de 22 à 26 krans par yuk de deux balles. La voie fluviale, où les transports se font sur des kèlèks, est moins fréquentée, quoique plus économique, à cause des désagréments et des dangers qu'elle présente. En effet, il faut d'abord avoir à faire, à raison de 6 à 10 krans par yuk, une marche de trois jours pour gagner l'échelle de Gul-Ambar, où la marchandise est embarquée sur l^skèlèks et navigue sur le Tigre durant huit autres jours, quelquefois dix, suivant que les eaux du fleuve sont plus ou moins basses. Ce second trajet de Gul-Ambar à Bagdad coûte 7 à 8 krans par yuk, A leur arrivée à cette destination, les tabacs sont débarqués et déposés par les portefaix du nazaret de la
Régie dans ses magasins, d'où le négociant les relire en fournissant les documents nécessaires et moyennant les formalités requises.
De l'agence de Koï-sandjak au nazaret de Bagdad, le négociant en tabac chaour n'a qu'une seule voie à suivre pour le transport de sa marchandise. Il faut d'abord qu'il dédouble ses charges (yuk) primitivement formées de deux balles, afin de pouvoir les installer à dos de mulet jusqu^à l'échelle de Takiak sur le grand Zab, à 70 kilomètres de Koï-sandjak. Arrivé là, il fait de nouveau presser ses balles et les remet dans leur premier état pour les charger sur des kèlèks^ passer du Zab sur le Tigre ^ et regagner Bagdad en sept jours environ, durée variable suivant la hauteur des eaux. Le prix de transport d'un yuk de Koï-sandjak à Taktak est de 12 kransy et de Takiak à Bagdad de 1 i à 18 krans, soit en totalité 130 à 150 piastres (29 fr. 90 à
34 fr. 50).
Comme il vient d'être dit ci-dessus pour les tabacs kotirda, les tabacs chaour sont débarqués et emmagasinés par les portefaix de la Régie, et délivrés aux négociants suivant les mêmes formalités. Les un? et les autres sont soumis à un droit fixe de débarquement de 45 paras (24 cent.) par balle de chaour, et de
35 paras (21 cent.) par balle de kourda rendue aux magasins des négociants.
La vente des tabacs se fait à Bagdad au poids dit attari. Il faut 7 ockes et 80 dirhem de Constantinople pour faire un men attari. Les tabacs chaour se vendent de 21 à 22 krans de 5 piastres (1 fr.15) le batman attari en gros, et de 23 à 24 krans en détail. Le prix des meilleurs tabacs kourda est, en gros, de 15 krans le batman attari^ et celui des moyennes qualités de même sorte est de 13 à \i krans.
D'après ces données, le prix en gros des tabacs chaour est, fi Bagdad, de 2 p««» 77 le kilogramme.
Il est convenu, dans la pratique commerciale, que 12 okes de Constantinople valent 10 okes attari. On se sert du poids officiel pour opérer le pesage, et l'on convertit en poids attari les résultats de cette opération.
Agriculture. — L'agriculture, longtemps négligée dans le YÎlayet de Bagdad, quoique celle province possède un territoire presque entièrement formé de terres arables el bien arrosées, semble tout près de prendre un développement considérable, sur la nouvelle impulsion qu'elle y reçoit depuis quelques années. De vastes domaines ont été acquis et mis en valeur par Tadministration de la Liste Civile impériale et par l'État, et de riches particuliers, parmi lesquels il convient de citer M. Zarifi , banquier de Constanlinople, ont suivi cet exemple. L'exploitation agricole de Bélèdi-rouz, à la tête de laquelle M. Zarifi a placé, pour la diriger, un agronome versé dans la théorie et la pratique de toutes les branches de l'agriculture, s'élend sur une superficie d'environ 45,000 hectares, et peut servir d'excellent modèle tant aux autres grands propriétaires terriens qu^aux simples cultivateurs, aux laboureurs dont le nombre augmente, ainsi qu'aux éleveurs si communs dans ces contrées où les grands espaces, restés jusqu'ici incultes, fournissent à leurs bestiaux d'abondants herbages naturels.
Malgré le manque de méthode et de bons instruments aratoires, Tagriculture donne aux cultivateurs indigènes d'assez bons résultats. La terre est grasse et fertile; d'épais dépôts de limon la couvrent en maints endroits, la marne, le gypse y sont communs, surtout dans la région de VEuphrate^ et des irrigations régulières pourraient facilement être pratiquées à la suite des dessèchements nécessaires des parties marécageuses, en rétablissant les digues du Tigre et de VEuphrate, el en remettant en bon état les anciens canaux qu'il faudrait compléter en y construisant de nouvelles écluses et des vannes de distribution.
En l'état actuel des choses, la culture la plus répandue est celle du dattier. Cette culture progresse beaucoup et devient de jour en jour plus importante. On peut en juger par le prix d*un djérib de dattiers, c'est-à-dire d'un terrain planté de cent dattiers, qui se vendait il y a dix ans, comme il a été dit plus haut, pour 3,000 piastres et en vaut 10,000 actuellement.
Sur les deux rives de VEuphrate^ les principales cultures.
d'Anah jusqu'à Hitt, sont celles des arbres fruitiers, lels que figuiers, grenadiers, pruniers el abricotiers, et celle du melon et du doura ou « sorgho ». L'oranger y est peu cultivé ; le froment et Torge y sont rares ; mais à partir de Hitt commencent à se montrer de nombreux champs de blé et de sésames, et Ton en rencontre en quantité en avançant de là vers le ligre par Flillé, où se trouvent de nombreuses tranchées pour Tirrigation des champs qui assainissent la contrée en favorisant la culture. Le principal ouvrage de ce genre est à quelques kilomètres de Divaniyè.
De nombreuses et belles rizières se succèdent tout lo long des rives du TV^r^ jusqu'à Bagdad et au delà. On y voit beaucoup de champs de blé et d'orge et une grande abondance d'arbres fruitiers et de plantation de dattiers. . Les bords de la Diala (Délios) dès son entrée dans le vilayct, en amont de Chirvend jusqu'à son embouchure dans le Tigre^ à 9 kilomètres au sud-est de Bagdad, ainsi que tous les environs de cette ville, sont les localités où se développent et prospèrent plus que partout ailleurs la culture des blés, orge, maïs, millet, sorgho, sésame, ricins et tabacs. C'est aussi là que sont les plus beaux vergers et les meilleures dattes.
Suivant la situation des terrains du vilayet de Badgad, le système d'arrosage change. En conséquence les diverses cultures ont été classées comme suit :
1** Les terrains arrosés au moyen de machines primitives appelées el-bakara (sortes de norias). Ce mode de culture est pratiqué sur les bords du Tigre \
2" Ceux qui sont arrosés par des canaux d'irrigation. La plupart de ces canaux ont été déjà vendus, soit à la Liste Civile, soit à des particuliers. Ils appartenaient auparavant à la classe des biens-fonds dite arazi-i-mifié , c'est-à-dire propriétés directes de l'État, qui, en général, n'en fait aucun usage;
3« Les terrains qui ne peuvent recevoir, en l'état actuel, d'autre arrosage que celui de la pluie. On nomme cette culture dèm\
4*" Les terres basses où les eaux des pluies et celles de la crue
des fleuves et rivières viennent s'accumuler et former des marécages que le soleil dessèche ensuite incomplèlement, de sorle que le fellah peut ensemencer ces terres sans avoir besoin de les labourer ni de les arroser ; Thumidité qui y règne suffit pour obtenir une bonne récolte. On appelle cette culture el-kibis. 11 y a beaucoup de ces terrains dans le sandjak de Bagdad, notamment dans le merkez-caza et dans celui de Kout-el-Amara.
Le partage des récoltes varie suivant ces diverses classes de cultures.
Pour les cultures de la première classe, dite el-bakara^\e gouvernement perçoit un droit fixe sur les terrains qui sont sa propriété directe {arazi-i-mirié). Sur ceux qui ressortent du tapoii, la récolte est partagée comme suit:
1* Au gouvernement [el-miriè) 2 dixièmes.
2* Au propriétaire du terrain tapou 2 —
S"" Au w?^//^A (celui qui a fourni la semonce) . 3 —
V Au fellah (cultivateur) 3 —
10 dixièmes.
Ce partage concerne les récoltes d'hiver, c'est-à-dire le blé et l'orge.
Les autres récolles d'été, le maïs et le riz, dites el-séfi, sont partagées comme suit :
1° Au gouvernement 1 dixième.
2* Au propriétaire ....... 3 —
3** Au mellak 3 —
4^ Au fellah 3 —
10 dixièmes..
Sur les terrains non topov, c'est-à-dire qui sont la propriété directe du gouvernement, la récolte est partagée en 3 parts : une pour le miri, une pour le mdlak et une pour le fellah.
Les productions des cultures de la quatrième catégorie, dites el'dém^ sont partagées de la mftme façon.
A Texceplion des cultures eUbakara^ toutes sont calculées par feddans. Le feddan est un espace de terrain qui peut être ensemencé d'environ 500 okes de blé et 700 okes d'orge, soit un tagar (1,200 okes ou 1,539 kilogramnaes) de senaence qui rend en moyenne 10 pour 1. Sur chaque feddan ainsi ensemencé pour la récolte d'hiver, un pelii espace est réservé par le fellah pour la culture des productions de l'été, consistant en une récolte d'environ 20,000 iagars de millet, maïs, sésame, riz, etc. Ce rendement équivaut en moyenne à 25 pour 1 de semence.
L'évaluation de la superficie du feddan varie suivant les localités : dans le cazas de Khorassan, on l'estime à 513 deunums, soit 4.716 ares; tandis que dans la plupart des autres cazas, on estime le feddan à 300 deunums seulement, soit 2,757 ares.
Les terrains cultivés du vilayet de Bagdad peuvent être énumérés comme suit :
30 0/0 propriété directe du gouvernement {arazi-i-mirU), 30 0/0 propriété directe de la Liste Civile impériale ; 20 0/0 propriété directe des àiyers vaAoufs ; et 20 0/0 propriété directe de particuliers.
Leur contenance totale est évaluée à 38,000 feddanSy comme suit :
Merkez-sandjak de Bagdad 14,000 feddans
Sandjak de Hillé 15,500 —
Sandjak de Kerbèla 8,500 —
Total. . . 38,000 feddans
BétaiL — Ainsi qu'il est déjà dit ci-dessus, toutes les grandes plaines incultes, encore nombreuses, sont autant d'herbages naturels où sont nourris des bestiaux de toute espèce : chevaux de pur sang arabes ; chameaux, vaches et bœufs, ânes et mulets, moutons et chèvres.
Les marécages eux-mêmes sont bien loin d'être perdus pour l'agriculture ; car non-seulement on les utilise en y établissant des rizières, mais encore on y élève beaucoup de buffles. Tout ce bétail de diverses races et variétés remarquables est incessam-
ment Tobjelde très importantes transactions, ainsi que les productions accessoires de celle industrie agricole. Il convient d'en faire ici une courte description.
Chevaux. — La racechevaline est, dans laprovince de Bagdad, la plus belle du monde. C'est le type le plus parfait du cheval de selle. Ses proportions, tant dans Tensemble du corps que dans chacune de ses parties, sont d'une harmonieuse symétrie dont l'aspect charme les yeux et révèle, en quelque sorte, ses brillantes et solides qualités. Ce cheval, du plus pur sang arabe, est d'une taille élevée, très élégante. La tête est d'une rare beauté, le front nu, les oreilles petites, un peu allongées, mais bien formées ; les yeux, trait principal caractérisant son origine, sont grands ; le regard est clair et limpide ; le plus souvent, les naseaux, sont grands, ouverts. L'encolure est souple, le tronc ferme, et la queue, aux crins très fins, attachée très haut. Des nerfs secs et forts sillonnent ses jambes minces ; les sabots sont hauts et durs. Ses os, quoique bien moins gros que ceux des autres chevaux, sont beaucoup plus forts.
Les aptitudes du cheval arabe sont essentiellement guerrières. 11 flaire la bataille, il se redresse joyeux au son de la trompette, au bruit de la voix des cavaliers. C'est pourquoi les Arabes ne cessent, en combattant, de jeter des cris qui entretiennent et redoublent son ardeur. 11 a le sens de l'ouïe et du toucher très délicats. L'intérêt qu'il prend au combat est tel que rÉcriture sainte a dit de ce cheval qu'on peut juger de l'issue d'une bataille par la joie qu'il manifeste si elle est gagnée et par sa tristesse et son accablement en cas de perte.
Le Koran dit au sujet de sa création : « Quand Dieu voulut créer le cheval, il appela le vent du midi : « Je veux, lui dit-il, « tirer de toi un nouvel être, concentre-toi, deviens matière « plastique, » Le vent obéit, et le Seigneur, prenant une poignée de cet air devenu maniable, l'anima de son souffle, et le cheval naquit. » Dieu dit encore, en s'adressanlà son nouvel ouvrage : « Tu seras pour l'homme une source de bien-être et de richesse, tu le recevras sur ton dos, et porté par toi il deviendra illustre, »
On compte dix familles de ces chevaux arabes de pure race « noble », sans aucun mélange d'autre sang, et dont Tarbre généalogique est tenu avec autant d'exaclilude et de respect que celui des familles princières. Lorsqu'un de ces chevaux est vendu, on remet à l'acheteur l'arbre généalogique appelé el'hodjet^ en bonne forme, et dûment légalisé par le chéik de la tribu dans laquelle il est né. Ces chevaux de race noble peuvent tenir la campagne durant plusieurs jours sans nourriture et sont, en un mol, précieux pour la chasse comme pour la guerre. 11 s'en rencontre qui courent plus vile que l'autruche; leurs possesseurs ne consentiraient à les vendre à aucun prix ; ils les nourrissent du lait des chamelles.
Les dix familles de chevaux de pure race noble précitées sont : ^/-;i^rf/>rf/y('*, originaires du Nedjed, les plus estimées de tous; el^obaya; el-hadba; tl-kiohellan ; el-saklaouy ; el-saadi ; el-hamedanyè et et-maanaghi^ originaires de l'Irak-Arabi et surtout des dépendances de Bagdad; puis eltoressifi ^ des environs de Uama en Syrie, et enfin el-ghiélani. que l'on trouve aux environs d'Orfa et de Diarbékir.
L'exportation des chevaux arabes de race noble est très sévèrement prohibée, mais il est presque impossible d'empêcher la contrebande très active qui se pratique par deux chemins différents. Une partie des contrebandiers qui font ce commerce illicite dans la province de Bagdad se dirigent sur la frontière turco-persane en côtoyant Mendèli, Bedera; passent dans le vilayet de Bassorah par el-Tib près d'Amara et se rendent à Mohammérah, ville persane située sur le Chatt-Karoun, à peu de distance de Bassorah. Les autres contrebandiers de Bagdad arrivent au même but par une route opposée. Passant par Hillé, Divaniyè, Sémava et el-Muntéfîk, ils gagnent les abords de Bassorah entre celte ville et Zobéïr, petit bourg qui en est distant d'environ 10 kilomètres et là, franchissant le Chalt-el-Arab sur des barques, ils parviennent, comme les premiers, à Mohammérah, où les uns et les autres se trouvent à l'abri de toute poursuite des autorités ottomanes. En revanche, ils y sont soumis à un droit de douane de 60 krans blancs, contre valeur
STATISTIQUE DESCÏUPTIVE 47
de 2 livres turques (environ 46 francs) par cheval. Moyennant l'acquit de celle redevance, le chéik de Moharamérah leur délivre uo tezkéré de libre passage, alleslant que les chevaux exportés sont de provenance persane et qu'ils ont dûment payé les droits.
On évalue à plus de 3,000 par an le nombre de chevaux arabes que les éleveurs du vilayel de Bagdad font ainsi sortir en fraude, assujettis à des dangers, à des perles et à toutes sortes de frais et dépenses considérables, qui leur seraient épargnés, au grand profit du fisc olloman, si Finterdiction d'exporter les chevaux de pur sang arabe, entourée de tant de diftîcultés, était levée, et remplacée par un droit de libre passage qui pourrait être assez élevé, sans risque qu'il soit jugé onéreux par les éleveurs.
Anes. — 11 y a dans le vilayel de Bagdad, où la race asine rend de grands services et où elle est aussi l'objet de soins tout particuliers, deux variétés d'ânes, toutes deux fort différentes de celles qu'on rencontre ailleurs et qui sont généralement connues. Les premières sont originaires de Nedjed. On les élève principalement dans les sandjaksde Bagdad et de Hillé et surtout à Sémava, caza de ce dernier sandjak; la tribu arabe el-selèb possède les plus estimés. Ces ânes sont de haute taille, presque aussi grands que des chevaux et tous entièrement blancs. On les recherche beaucoup pour la rapidité de leur course et pour leur beauté, et dans toutes les grandes villes de l'empire ottoman, il est peu de personnages ou de gens aisés qui n'en aient dans leurs écuries et qui ne se plaisent à les monter à l'occasion, revêtus de leur somptueux et pittoresque harnachement arabe. Les chéiks et autres notables des tribus ne se servent pas d'autre monture pour traverser le désert de Syrie d'un bout à Tautre. ils sont d'un prix assez élevé, et il n'est pas rare qu'un âne blanc de bonne race soit vendu au lieu même d'origine 3 à 4,000 piastres (environ 7 à 900 francs).
La seconde variété d'ânes, particulière à ces contrées, est noire ou très brune. Ces animaux sont tous très petits, mais vi-
goureux et forls. On les élève en troupeaux chez les tribus, agricoles qui les emploient à transporter l'eau quand elles ont à traverser des déserts qui en sont privés, et les attellent fort souvent à la charrue à défaut de vaches ou de chevaoïx. Dans les villes, à Bagdad surtout, leurs principaux services sont, en premier lieu, le transport des marchandises de la Douane aux caravansérdis ou hans; puis les courses, les visites, les promenades et les ziarèt {pèlerînayes)^ ou parties de plaisir à la campagne, pour lesquelles on en trouve des escouades aux portes de la ville sous la conduite de leurs âniers ; et enfin la distribution aux différents quartiers de Teau qu'ils portent du Tigre de maison en maison, dans des outres en peau de mouton.
Mulets. — La plupart des mulets de la province de Bagdad viennent de la Perse et du Kurdistan. On en élève dans ce vilayet une espèce appelée el-suitanii/è pour le service des caravanes. Ces mulets sont plus grands et plus forls que ceux de l'espèce commune. Midhat-Pacha, lorsqu'il était gouverneur-général de Bagdad, avait formé un régicîient de cavalerie monté à mulet, qui subsiste encore et fait partie de la garnison du chef-lieu du vilayet.
Chameaux. — Les chameaux élevés dans ces contrées sont de deux espèces : el-djoudi et el-khaouar. Les premiers supportent bien les chaleurs et la fatigue, mais ceux de l'espèce el'khaouar sont d'une constitution moins robuste. Durant le fort de Tété, il est nécessaire de les envoyer sous un climat tempéré. On sait que ces ^imaux sont la seule richesse des tribus nomades qui vivent dans le désert, sous la tenfe. Ces Arabes élèvent de nombreux troupeaux de chamelles, qu'ils ont en vive affection et qu'ils appellent leurs autruches. C'est à elles qu'ils sont redevables de leurs vêtements confectionnés avec leur poil (el-ouabar) et du lait qui faitla base de leur nourriture et souvent même leur unique aliment. Sans le secours du chameau, il leur faudrait renoncer à celte vie nomade qui leur est si chère.
Les chameaux sont soumis à une taxe de 10 piastres par tête^
appelée el-zekat. Les chameaux de charge, c'est-à-dire ceux des caravanes el ceux qui sont employés comme bêles de somme dans les villes, en sont exempts. Il existe aussi sur les chameaux tués dans les abattoirs un autre droit nommé el-dzabKiè et qui fait partie de l'impôt général sur la boucherie.
Dromadaires. — Les dromadaires qui font le service de la poste du désert, de Bagdad à Damas sont, comme on le sait, une espèce dont le principal caractère distinctif consiste en ce qu'ils n'ont qu'une bosse, tandis que le chameau en a deux. Les meilleurs dromadaires viennent du Nedjed; les plus estimés, parmi les diverses races de dromadaires de cette provenance, sont les el'nohamanïè y ainsi nommés par le roi Noaman-ebu-el Mondzer, qui a régné cinquante années à Nedjed du temps des Djahélïè, c'est-à-dire avant l'islam. Actuellement, les meilleurs dromadaires du Nedjed sont ceux du chéïk Ebu-Séhoud, qui en envoie souvent au chérifde La Mecque. Certains de ces animaux sont aussi chers que des chevaux de race noble; les chéïks les gardent pour leur usage personnel et ne s'en défont jamais à aucun prix.
Bœufs et vaches. — Après les moulons, les bestiaux les plus nombreux dans le vilayet de Bagdad sont ceux de la race bovine. La vache y est l'objet des plus grands soins. On en connaît trois espèces principales chez les éleveurs de Tlrak- Arabi (Babylonie et Chaldée, Basse-Mésopotamie). Les deux premières, nommées el-restakiè et el-irakïè sont moins estimées que la troisième, nommée el-djenoubiè ^ considérée comme de beaucoup supérieure. Ou voit beaucoup de troupeaux de vaches sur les deux rives du Ticfre et de VEuphrate^ chez les tribus agricoles, comme chez celles qui mènent une vie nomade. Toutes les terres sont cultivées au moyen des vaches qu'on emploie surtout à tirer l'eau des puits creusés le long des deux fleuves pour l'arrosage des champs et qu'on appelle des tcherd. Plusieurs sont accoutumées à travailler seules, encouragées par le chant bizarre d'un enfant qui les garde et de temps en u 4
temps raDime leur activité en les piquant légèrement avec une petite lance dès qu'elles commencent à montrer moins d'ardeur.
La tribu qui possède le plus grand nombre de vaches est celle des Béni'Lam. Une branche de cette tribu appelée kiaab est en grand renom pour la belle race des siennes. Ces Arabes se servent des vaches comme bêles de somme et leur font transporter leurs tentes, tout leur matériel et leurs ustensiles à chaque changement de résidence qu'ils opèrent.
Quant au fellah (paysan) qui peut acquérir quelques vaches, soulagé par leurs services qui lui épargnent presque tout tra* vaily il est considéré dans son village comme un prince. Elles lui fournissent un lait et un beurre exquis, bien supérieurs à ceux des chèvres et des brebis. 11 se nourrit de leur chair et surtout de celles de leurs veaux qui est délicate el savoureuse. Leurs peaux sont pour cette province une forte branche du commerce d'exportation qu'elle fait avec l'étranger et les autres vilayets.
Depuis quelques années, des négociants de Mossoul ont en* trepris l'importation en Egypte de troupeaux de bœufs et vaches par la voie d'Alexandrette. Ce commerce prospère el grandit de jour en jour el donne lieu à des fréquentes transactions de plus en plus importantes. La période de plus grand développement de ces entreprises date de l'occupation de l'Egypte par l'armée anglaise, et les effets de cette impulsion ne se sont pas ralentis.
En vue de soulager le fellah et pour favoriser une plus grande extension de l'agriculture, les bœufs et les vaches sont exempts de tout impôt, même de la taxe dite zekat^ à laquelle tous les autres animaux sont soumis. Cependant certains chéïks, abusant de leur autorité sur leurs tribus, entravent l'action bienfaisante du gouvernement en continuant de percevoir des impôts à leur profit. D'un autre côté, ils se font payer par des bakchichs la protection qu'ils n'accordent qu'à cette condition aux négociants qui viennent acheter, dans leurs tribus, des bœufs el des vaches pour l'exportation. 11 est vrai qu'en retour de ces exactions, le secours qu'on reçoit d'eux est toujours très efficace.
Buffles. — De même que les chameaux sont la richesôe des tribus nomades du désert, de même les buffles sont une fortune pour les méedans, tribus qui vivent dans les marais et sur les bords de ÏEuphrateel du Tigre, en cultivant les rizières le long des rives de ces deux fleuves. Les Arabes méedans élèvent dans ces rizières beaucoup de buffles dont le lait leur sert de principale nourriture; ils sont aussi très friands de leur chair que, malgré sa forte odeur musquée, ils préfèrent à la meilleure viande de mouton.
On n'emploie les buffles au labourage dans aucun endroit du vilayet de Bagdad, ni des autres parties de Tlrak-Arabi. Des négociants de Samsoun, de Sivas et de Diarbékir ont voulu en faire l'essai dans leui*s provinces, mais ils ont dû renoncer à les y importer, arrêtés dès le début par la grande mortalité occasionnée par les fatigues de la roule, le changement de climat et le manque de soins auxquels ces animaux sont accoutumés par les éleveurs méedans.
Les buffles exigent en effet beaucoup de soins, aussi bien en été qu'en hiver. Dans cette dernière saison, bien qu'elle ne soit point rigoureuse dans le vilayet de Bagdad, ils soufifrent beaucoup du froid. Les méedans, qui seuls s'occcupent de leur élevage et en possèdent des troupeaux dans leurs tribus, les rassemblent alors par groupes dans des cabanes bien closes, où ils entretiennent constamment du feu que, faute de bois, ils font avec de la paille de riz ou des roseaux qui croissent abondamment dans leurs marais. En été, tous les buffles demeurent durant la chaleur du jour enfoncés dans l'eau, laissant à peine entrevoir au-dessus leur larges muffles aux naseaux noirs et luisants, le croissant de leurs longues cornes qui souvent font chavirer quelques-unes de ces petites embarcations nommées machehouf, si nombreuses sur le Tigre et sur VEuphrate. Pendant la nuit, il faut encore, comme en hiver, rassembler les buffles par groupes et entretenir autour d'eux une fumée continuelle. C'est le seul moyen de les préserver des piqûres d'un insecte nommé el /dermes, souetkiè, ou négris qui les tourmente parfois jusqu'à les faire périr. Ils sont aussi sujets à une épi*
zootie qui les décime, mais à laquelle on n'a jamais essayé de trouver un remède.
Le beurre que Ton fait du lait de buffle est loin de valoir celui de lait de vache ou de brebis; mais il trouve néanmoins des acheteurs, et généralement ceux-ci l'emploient à falsifier les autres beurres en l'y mélangeant dans de certaines proportions. Les peaux de buffles sont un grand article de commerce d'exportation dans les provinces ottomanes. Ses principales destinations sont Kerkouk, Suléïmanièh^ Diarbékir^ Samsoun et Smyrne. Cet article ne convient pas pour l'Europe; du moins dans tous les essais tentés jusqu'aujourd'hui les frais de transport ont absorbé les bénéfices. Une bonne partie des peaux de buffles de provenance locale sont mises en œuvre à la tannerie impériale annexée à la fabrique de drap pour l'habillement des troupes, qui est établie à Bagdad sous les noms de abakhané ou el'amalat'el'OsAérïè.
Les buffles sont soumis au droit el-zekat de 10 piastres par tête, comme les chameaux, et paient les mêmes droits d'abatage et autres que tous les animaux livrés à la consommation comme viande de boucherie.
Moutons. — Les moutons du vilayel de Bagdad ou plutôt, d'une manière plus générale, ceux de Tlrak-Arabi, sont de trois espèces principales : el-kiaradi^ el-arabi et el-modharab.
Les moutons kiaradi, d'origine kurde, pour la plupart blancs et parmi lesquels il ne s'en trouve que très peu de noirs, sont plus forts, de constitution plus robuste et plus gras que les arabi. Leur laine est aussi plus grossière. Us viennent ordinairement des environs de Kerkouk ou de la frontière turco-persane.
Les arabi se subdivisent en deux variétés nommées el-aouas et el-cheffaL La première est élevée dans le nord de la province ; on la rencontre toujours vers les monts Hamrin, tandis que dans le reste du vilayet on ne voit plus d'autre mouton que le cheffaL Celui-ci est généralement noir. Les aouas au contraire sont presque tous blancs, et leur laine se rapproche, sans pour-
tanl l'égaler en grossièreté, de celle des kiaradi. La toison du cheffal est fine, brillante et très estimée dans le commerce.
Chez les tribus qui fréquentent les bords des deux fleuves, sans jamais séjourner dans les marais, on élève de grands Iroupeaux de moutons qui sont, comme les chameaux chez les tribus du désert, les vaches chez les habitants sédentaires et les buffles chez les Méedans, l'objet de leur prédilection et la base de leur fortune. Une partie de ces Arabes ont pour habitude de laisser en permanence les béliers parmi les brebis; aussi y a-t-il toujours dans leurs troupeaux des agneaux nouveuux-nés. Les autres ont préféré ne pas adopter celte pratique, et n'admettre la présence des béliers que durant le mois de septembre. Chez les premiers, on voit souvent la même brebis mettre bas deux fois par an.
Jaloux d'obtenir aussi les bénéfices considérables que les tribus des bords du Tigre et de VEuphrate retirent de leurs moutons, les habitants des villes ont entrepris à leur tour d'élever de nombreux troupeaux. A l'imitation des anciens patriarches, la plupart des gens aisés vont en famille, au printemps, passer la saison avec leurs bergers.
L'élève des moutons est en quelque sorte une occupation générale et une grande branche de commerce dans tout le vilayet de Bagdad. C'est une exploitation réglée par saisons et par campagnes; chaque genre de produit a la sienne qui procure de l'ouvrage à bien des malheureux. Tantôt c'est la tonte, tantôt c'est la fabrication du beurre, tantôt le marché des petits agneaux. Tout cela se fait à époque fixe et chacune de ces opérations emploie et nourrit beaucoup de monde. De nombreux troupeaux sont dirigés fréquemment, chaque année, sur les principales places commerciales de Tempire. Le suif et les intestins des moutons consommés dans la province sont devenus de nouveaux articles d'exportation à l'étranger. Quant à leurs peaux tannées à Bagdad ou simplement salées, elles trouvent vite leur emploi ; elles servent de fourrures aux Arabes du désert; on en fait des outres pour les kéléksy des sacs pour l'expédition des dattes, etc. Enfin ce sont les petits agneaux nou-
5i VILAYET DE BAGDAD
veaux-nés du vilayet de Bagdad que Ton tue afin de pouvoir conserver leurs m^res qui fournissent à la Perse et surtout à la Russie ces célèbres astrakans appelés aussi djeld couzi {peaux d'agneau) à la laine fine, brillante et régulièrement frisée, si recherchés dans ces deux pays.
Les moutons acquittent dans la province de Bagdad la taxe dite ^/-2^A*a/, appelée parles Arabes el-koda, et les autres droits dont sont frappés les bestiaux en général.
Chèvres. — Moins nombreuses que les moutons dans ce vilayet, les chèvres y viennent du Kurdistan, où sont nourris d'innombrables troupeaux de ce bétail, auquel les pays montagneux conviennent mieux que les plaines basses et plates de la Mésopotamie. Lès chèvres d'ailleurs n'ont pas pour le vilayet de Bagdad le même degré d'utilité que les moutons. Leur chair, peu estimée^ n'entre pas beaucoup dans la consommation de viande de boucherie. Leur principal service consiste à fournir le poil aveclequel se font les étoffes des tentes noires des Arabes nommées kara-tchader (tente noire) ou béit-chaar (maison de poil) ; encore une grande partie de ces étoffes, impénétrables à la pluie, sont-elles envoyées du Kurdistan. On fait aussi des cordes et ficelles de poil de chèvre qui servent surtout à remballage du tumbéki. Toutefois, il s'est formé récemment une nouvelle branche de commerce d'exportation des peaux de chèvre qui, peut-être, fera prendre une plus grande importance à rélève de ce bétail. Les chèvres sont soumises aux mêmes taxes que les moutons.
Oiseaux. — Les oiseaux de basse-cour élevés dans le vilayet de Bagdad sont Foie, le canard, le dindon et diverses espèces de poules de grande taille, dont les variétés les plus estimées se nomment el-araghi et el-hérati; cette dernière est connue des éleveurs européens sous le nom de « poule de Hérat ». On élève aussi, dans les marais où l'on cultive le riz, de très beatix chapons parmi lesquels on en voit qui deviennent aussi gros que des dindons; les plus renommés sont ceux de
Hindiè, et d'Amara. Les coqs élevés à Bagdad, pour le combat, genre de sport en honneur dans cette ville, sont fort estimés des connaisseurs.
Insectes, — Parmi les insectes nuisibles à l'agriculture, outre la sauterelle qui fait en Irak-Arabi de rares invasions, il faut citer el-kermès^ espèces de moustiques qui infestent en multitudes, dès le mois d'avril, les contrées marécageuses où l'on cultive le riz et o\x se fait l'élevage des buffles. Ces bestiaux sont encore plus sensibles à leurs piqûres que les chevaux et môme que les hommes, et ne peuvent pas, comme ces derniers, s'en garantir. On a vu plus haut quelles précautions il est nécessaire de prendre pour empocher les moustiques de tourmenter les buffles au point de les faire mourir. 11 faut ajouterque Tair en est rempli, qu'on en avale en respirant et qu'on ne saurait ouvrir la bouche sans qu'ils y entrent par centaines. Les chëikê des tribus et les fonctionnaires du gouvernement, s'ils ne peuvent se dispenser de passer par les rizières infestées, dans la saison, par les kermès^ emploient à les chasser des relais d*bommes qui se succèdent deux par deux, en agitant sans cesse deux manteaux plies en forme d'éventail.
D'autre part, les cultures sont très souvent ravagées par d'autres animaux que les insectes : les souris et les rats, qui pullulent, y font de grands dégâts.
Fleuves et rivières. — Deux grands fleuves, le Tigre et VEuphrate^ arrosent d'un bouta l'autre le vilayet de Bagdad, et une rivière assez importante, la Diala (Délios) fournit un contingent considérable au système des eaux de cette province, autrefois complété par des canaux qui reliaient les deux fleuves et dont la plupart subsistent encore, mais dans un état de délabrement qui ne permet plus de les utiliser aussi largement pour les irrigations.
Le Tigre entre dans le merkez«sandjak de Bagdad en sortant du vilayet de Mossoul, à 15 kilomètres au nord de Tékrit; dirigeant son cours du nord-ouest au sud-est, il passe successive-
ment par Dour et Samara, puis laisse à sa droite Béled et à sa gauche Dellaoua, arrose Han-Djédid, Katchimel et Bagdad. A 9 kilomètres en aval de cette ville, il reçoit les eaux de la Diala et, poursuivant toujours la même direction générale en serpentant, il passe ensuite aux ruines de Clésipbon^ à Homanïès, à Kout-el-Amara, et sort enfin de la province à 30 kilomètres en aval et au nord-est de cette dernière localité, pour entrer dans (levilayet de Bassorah, après un parcours total d'environ 420 kilomètres à travers le merkez-sandjak de Bagdad.
VEuphrate passe du mutessarifat de Zor dans le vilayet de Bagdad oîi il fait son entrée par Touest de cette province et de son merkez-sandjak, à 5 kilomètres en amont d'el-Haïm et à 40 kilomètres à Touest d'Anah. Adoptant une direction d'ouest en sud-est, d'Anah il passe successivement à Hobbeïn, Zibdi, Hadilhè,Bagdadiè, arrive à Hitt, puis àKala'atFeloudja, à Han> Makdam et, laissant à sa gauche les ruines de Séleucie, il entre parMusséyib dans le sandjak de Kerbèla, qu'il quitte aussitôt pour entrer dans celui de Hillé à proximité des ruines de Babylone. Passant à travers ces ruines, il arrose Divaniyè, Lemlam, el-Oudja, reçoità Riranla rivière C/i(2//-A/^cAan,à 10 kilomètres environ à l'est de Semava, et quitte enfin le vilayet de Bagdad pour entrer dans celui de Bassorah, à 17 kilomètres en aval et à Test d'el-Khïar, après un parcours total, à travers la province de Bagdad, de 575 kilomètres environ.
C'est dans les montagnes de la province d'Ardilan que la rivière Difl/a (ancien Delios), principal affluent du ligre^ prend son origine. Après un assez long parcours en Perse, elle passe la frontière au point initial de la limite des deux provinces de Mossoul et de Bagdad et suit quelque temps cette limite à travers les montagnes du Kurdistan, en passant par Chirvend et Dekkè et en laissant Zengabad à sa droite, puis elle l'abandonne à 10 kilomètres environ en amont de Kizilrobat. En aval de celle localité, la Diala reçoit l'affluent du Narin-sou^ venant du vilayet de Mossoul. Peu après, elle se divise en une multitude de branches suivant diverses directions, donljl'une va arroser Beledrouz, tandis que la principale continue à s'avancer à l'intérieur
Googlq
du merkez-sandjak dans la direction générale du nord au sud et va enfin se jeter dans le Tigre à 9 kilomètres environ à l'est de la ville de Bagdad, à l'endroit nommé el-Maklath (mélange).
Deux autres affluents du Tigre, dans le vilayet de Bagdad, doivent aussi être mentionnés : l'un, le Chatt-el-Adem^ formé de la réunion de VAk-sou et du Kara-sou (l'eau blanche et l'eau noire) au pied des montagnes kurdes, passe par les défilés du montHamrin, entre danslemerkez-sandjak, qu'il traverse du nord au sud jusqu'au Tigre^ dans lequel il vient se jeter près de Tel-Mahassi, à 45 kilomètres deSamara. La longueur de son parcours dans la province de Bagdad n'est que de 50 kilomètres environ. L'autre est le Koudjetoun^ qui prend son origine, comme la Z)ia/a,dans les montagnes de la province persane Ardilan, mais beaucoup plus au sud et plus près du territoire ottoman. Il entre dans le vilayet par Mendèli, parcourt du nord au sud 150 kilomètres à travers le merkez-sandjak et va se jeter dans le Tigre à 175 kilomètres de Kout-el-Amara.
Le cours de VEuphrate étant plus paisible et plus régulier que celui du Tigre ^ il en résulte que les nombreux canaux qui en dérivent pour l'irrigation des cultures, ont moins souffert de dégradations que ceux de ce second fleuve ; aussi rend-il encore aujourd'hui de plus grands services à l'agriculture. Toutefois ces canaux ne sont pas non plus sans réclamer d'urgentes réparations, car pour n'en citer qu'un seul, celui qu'on nomme el- Hindiyè^ situé dans le caza de même nom, dépendance du sandjak de Kerbéla, les eaux auxquelles il donnait jadis un écoulement régulier n'y trouvent plus ce passage. Depuis nombre d'années, ces eaux se répandent à travers les terres voisines, où elles^ont formé de grands marais dont les exhalaisons vicient l'air, entretiennent en permanence des fièvres dangereuses et sont un foyer d'épidémie. C'est là que vivent les Arabes méedans, cultivateurs de riz et éleveurs de buffles plus haut cités. Quant aux anciens canaux construits autrefois pour les irrigalions du Tigre^ ils sont tous très délabrés, et ne rendent presque plus aucun service. Les digues du fleuve sont à peu près partout rompues. Au temps des crues qui ont lieu périodiquement dans
les mois de février, mars et avril, il arrive quelquefois que les eaux se répandent de toutes parts avec une rapidité prodigieuse, et non seulement ravagent et ruinent lescultures et les villages, mais menacent d'une destruction imminente la ville même de Bagdad. Ce danger a d'ailleurs toujours existé, mais on pouvait s'en préserver sans trop de difficultés, moyennant une active surveillance, du temps ou les digues du Tigre et les canaux étaient en bon état. Les khalifes de Bagdad faisaient mesurer les crues du fleuve au pont de Diarbékir, et lorsqu'elles s'élevaient à un tiers de mèlre environ du haut de l'arche du milieu, on savait que la ville de Bagdad était menacée d'inondation. Une famille arménienne chargée de surveiller ce danger et d*en informer le khalife, s'empressait alors d'en donner avis, afin que toutes les mesures nécessaires fussent prises.
Poissons. — Les poissons du Tigre et de VEuphrate, qui sont surtout diverses espèces de cyprins : le barbeau, etc., et les anguilles, ont été énumérés dans les chapitres spéciaux des vilayels d'Alep, de Diarbékir et de Mossoul. On nomme à Bagdad les variétés les plus recherchées pour la table : el-chabout^ elbuni (cyprinus niloticus)^ elsébour^ el-zobediy el-tchanak^ etc. Celui que l'on appelle bez ou poisson de Tobie est moins estimé ; sa chair est, dit-on, un peu fade; on en rencontre souvent qui pèsent 40 à 50 okes (5^ à 64 kilog. environ). Les musulmans sunnites, auxquels la chair d'un autre poisson nommé el^ferri est défendue, se hâtent de le rejeter dans le fleuve lorsqu'il se prend dans leurs filets.
Quoique la mer soit fort éloignée du Tigre et de VEuphrate, puisqu'après la réunion de ces deux fleuves en un seul : le Chattel-Arab, celui-ci ne s'y jette qu'à plus de 150 kilomètres de leur confluent, on assure que leurs eaux sont fréquentées par un très grand nombre de requins, qui remontent jusque-là parce qu'ils trouvent une abondante proie dans ces parages poissonneux. Quoi qu'il en soit, les récits des voyageurs, selon lesquels les femmes arabes qui vont laver dans le Tigre et VEuphrate le linge de leurs tribus ont souvent les bras emportés d'un coup
de mâchoire de requin, sont formellement démentis par tous les habitants de Bagdad que nous avons pu consulter à ce sujet.
On rencontre dans les marais formés par les débordements des deux fleuves, beaucoup de loutres que les habitants nomment kelb el-ma (chien d'eau). Ils leur font une chasse très active pour leurs peaux, article d'exportation du vilayet de Bagdad. On trouve aussi sur leurs bords un grand nombre de tortues nommées dans Tlrak-Arabi raga et en Syrie zolhefè. C'est l'espèce qu'Olivier nomme emys Euphratica\ ses dimensions sont énormes; les habitants du vilayet de Bagdad ne les mangent pas, et disent seulement que sa graisse est un remède efficace contre les affections cutanées; mais à Mossoul on fait de ces animaux un plat très recherché. Les grenouilles, très communes dans les marais, ne se rencontrent jamais aux bords du Tigre et de VEuphrate. Les Arabes les respectent et disent que ce sont de petits anges qui chantent continuellement les louanges du Seigneur, même la nuit, quand toutes ses autres créatures s'abandonnent au sommeil. Non seulement ils ne mangent point de grenouilles, mais il ne souffriraient pas qu'on leur fit le moindre mal.
Les écrevisses, nommées à Bagdad abou-djeneb^ sont très rares dans toute cette province et sont aussi fort petites.
Lacs et marais. — Par suite de la détérioration des anciens canaux qui reliaient le Tigre et VEuphrate et servaient en même temps à la navigation entre ces deux fleuves .et à l'irrigation du pays situé sur leur parcours, de nombreux marais se sont formés sur Ces terrains plats oti les eaux des pluies et des débordements s'écoulent difficilement. Ces marais, pour la plupart salants, se rencontrent partout aux environs des fleuves, là où leurs digues sont détruites et dans les endroits où les canaux sont hors de service. Lesénumérer serait aussi long qu'inutile; il suffit de dire que les principaux sont décrits au chapitre spécial des salines, et que tous ceux dont les eaux ne sont pas salées sont convertis en rizières.
Le lac de Nedjefon Mesched-Ali, situé dans le cazade môme
nom, dépendance du sandjak de Kerbëla, bien qu'il écoule la majeure partie de son Irop-plein par la petite rivière Atechan^ qui se jette dans VEuphrate à Kiran, n'en contribue pas moins à la formation de marais et à celle des salines de Kéhéma qui fournissent tout le sel consommé à Mesched-Ali. Ses eaux sont claires, mais d'un goût saumâtre.
Le revenu du droit sur la pêche appelé sayd bahri s'élève en moyenne à 1,300 livres turques environ (30,000 francs).
Routes. — Le vilayet de Bagdad, pays plat, sans différences de niveau bien sensibles, où rétablissement d'un chemin de fer ne consisterait pour ainsi dire que dans la pose des rails, ne souffrirait nullement du manque de routes ordinaires si les vilayets voisins en étaient suffisamment pourvues. La voie du désert qui le met en communication avec toute la Syrie, et la voie fluviale par laquelle il correspond avec les Indes et tout le littoral du golfe Persique et peut profiter dans une certaine mesure des facilités nouvelles offertes au commerce depuis le percement de l'isthme de Suez^ pourraient satisfaire à ses plus urgentes relations. Un tel résultat serait obtenu sans peine par un simple retour à l'état des choses existant du temps des khalifes, c'est-à-dire en assurant d'une part la sécurité de la voie du désert, et d'autre part en rétablissant les digues des deux fleuves et les anciens canaux.
Mais aussitôt obtenu, ce premier résultat serait bien vite dépassé. Les productions agricoles, les progrès industriels n'étant plus entravés comme aujourd'hui, prendraient un développement normal. L'abondance serait telle, que les desiderata actuels dont le principal, comme on le sait, est l'établissement de voies rapides, s'imposeraient avec une force d'autant plus irrésistible, que leur réalisation, quant à l'exécution matérielle, peut s'effectuer à peu de frais, presque sans travail, et donnerait dès le début de l'exploitation des bénéfices importants.
Il est probable du reste que la construction de la grande ligne de chemin de fer de Constantinople à Bagdad> projetée par le gouvernement dès l'époque où il a exécuté lui-même le
tronçon de Haïdar-Pacha à Ismidt, ne tardera pas à être exécutée. Une compagnie concessionnaire du prolongement jusqu'à Angora poursuit en ce moment celle entreprise que sans doute on ne voudra pas, il faut du moins l'espérer, abandonner arrivée à ce point, à peu près au quart de la distance totale à parcourir.
Toutefois, si un pareil espoir doit se réaliser, comme il faut s'y attendre, il n'en est que plus urgent de tout préparer en cette vue dans le vilayet de Bagdad. Le pays ne saurait être mis en valeur^ ce qui est de toute nécessité pour qu'un chemin de fer soit utile et puisse y subsister, sans le rétablissement préalable des digues et des canaux du Tigre et de VEtiphrate^ d'où résulteront, par l'assèchement des marais et l'irrigation régulière des terrains, l'assainissement des contrées nombreuses aujourd'hui submergées, et une production agricole normale, c'està-dire au moins décuple. Sans cette première amélioration, en tous cas indispensable, le trafic du chemin de fer périclitera, faute d'être assez alimenté. C'est ce que les concessionnaires d une petite ligne d'intérêt local, de Bagdad à Kerbèla, ont parfaitement compris; ils l'ont fait voir en renonçant à leur entreprise pour ne pas déplacer leurs fonds, ce qui ne pouvait se faire, il est vrai, sans leur causer d'assez fortes pertes. Mais il n'est pas douteux que ces pertes eussent été bientôt compensées par d'énormes bénéfices, si le trafic du chemin de fer projeté eût été assuré en proportion des ressources agricoles réelles du pays à l'état normal. Le cas d'une ligne principale, grande artère d'un réseau qui vient y rattacher de nombreux centres producteurs n'est pas, il est vrai, le même ; mais pourquoi laisserait-on subsister des non-valeurs, là où de faibles efforts suffiraient à développer de grandes richesses naturelles qui demeurent jusqu'ici inexploitées?
Transports. — Dans l'état actuel, les transports de voyageurs et de marchandises, se font, soit par voie terrestre, soit par voie fluviale, comme suit :
Par la voie terrestre, les transports de voyageurs et de mar-
chandises sont effectués à dos de chevaux ou de mulets, à Texceptîon de ceux qui traversent le désert; ceux-ci s'opèrent k dos de chameaux. Tous les transports par la voie terrestre à destination lointaine ont lieu en caravanes.
Un yuAy c'est-à-dire la charge d'une bête de somme, se compose de deux balles pesant ensemble 36 grands okes du pays, valant chacune 3 okes de Constantinople, soit 108 okes ou environ 138 kilogrammes le yuk.
Le prix de transport d'un yuk par la voie terrestre varie selon la distance et les difficultés à surmonter ; mais on peut l'estimer en moyenne à 12 piastres par jour (environ 2 fr. 75).
Les voyageurs qui veulent prendre la voie du désert de Syrie peuvent maintenant se rendre à Uamas en toute sécurité, à la condition de prendre un guide et des dromadaires dans la tribu des Anézés qui est la plus influente. Un tel voyage se fait aisément, avec la faculté de s'arrêter quand on est fatigué et de marcher à sa guise, moyennant une dépense totale d'environ 10 livres turques (230 francs). La distance de Bagdad à Damas par cette voie est d'environ 750 kilomètres.
On fait aussi le même voyage par la poste du dromadaire^ quoiqu'il soit défendu au courrier de prendre des voyageurs, moyennant un prix à débattre avec lui et qui ne dépasse guère 5 à 6 livres turques (1 15 à 138 francs) ; mais on ne jouit ainsi ni de ses aises ni d'une parfaite sécurité.
Le voyage de Bagdad à Damas en caravane ne se fait pas ordinairement en moins de deux mois. En 1860, un Français, M, le comte de Perlhuis, qui avait traversé la Syrie en compagnie d'un guide influent près des chéïks des tribus, était parvenu à conclure avec ceux-ci un arrangement suivant lequel moyennant le paiement mensuel d'un droit régulier de khaoua (fraternité) ils garantissaient la libre circulation des caravanes et leur arrivée à destination sans aucune perte en route. Les négociants de Bagdad, auquels M. de Perthuis fit connaître cet arrangement et dont il fit la base d'un service de transports des marchandises avec assurance contre tout risque, accueillirent ce projet avec enthousiasme. Cependant cette entreprise, faute
d'appui du gouvernemenl local, n'obtint pas la sanction nécessaire et fut abandonnée par l'auteur d'un projet qu'il eût été alors fort utile de mettre à exécution^ mais qui n'a plus le même intérêt aujourd'hui, l'ouverture du canal de Suez ayant donné une autre direction et une voie plus large au commerce de Bagdad, dont la voie fluviale est devenue le principal débouché.
Avant de parler du mode et du prix des transports par cette dernière voie^ il convient, pour en fliiir avec les transports par voie terrestre, d'ajouter que la poste du Tatar (Tartare)^ dûment organisée, pourvue de relais nombreux et réguliers, à l'abri de tous risques et périls, est autorisée à se charger des transports de groups d'or et d'argent, de toutes sortes de valeurs, de mar« chandises et paquets quelconques, ainsi que des transports de voyageurs, et peut disposer à cet effet d'autant de chevaux que l'occasion l'exige. Pour voyager avec la poste du Tatar, il faut payer deux chevaux à raison de 3 piastres chacun par heure de marche, mesure turque estimée en moyenne officielle à 5 kilo* mètres et demi. La même condition est imposée à ceux qui prennent des chevaux de poste sans accompagner le courrier, afin de ne pas être astreints à suivre rigoureusement les mêmes étapes. L'un de ces deux chevaux sert de monture au voyageur et l'autre porte le conducteur.
Les transports par voie fluviale ont lieu sur le Tigre et VEu-phrate au moyen de kéléA, sorte de radeaux qui, pour surnager les écueils^ reposent sur des outres gonflées d'air. Le prix moyen de ces transports peut être évalué à 4 piastres par jour et par yu/t de 36 okes locales, soit 108 okes de Gonstantinople (environ 138 kilogrammes).
Beaucoup de transports de voyageurs et de marchandises se font sur le Tigre entre Bagdad et Bassorah, touchant les échelles intermédiaires, par les bateaux à vapeur des deux compa^ gnies. anglaises et de la compagnie turque de navigation fluviale, qui ont les sièges principaux de leurs administrations dans ces deux chefs^lieux de vilayels.
Montagnes. — Dans le vilayet de Bagdad on ne rencontre
pas d'autres montagnes que les derniers contreforts du Karadagh (montagne noire) qui, du Kurdistan, viennent y expirer à Hanékin, sur la frontière turco-persane, et une partie de la chaîne du Djébel-Hantrin.
Cette dernière chaîne de montagnes pénètre dans le merkezsandjak de Bagdad près du vilayet de Mossoul,oti elle prend naissance, et elle parcourt du nord-ouest au nord-est dans ce merkez-sandjak, une étendue de 200 kilomètres sur une largeur moyenne de 5 kilomètres. Elle le quitte pour entrer dans le vilayet de Bassorah à la frontière turco-persane, où elle va se relier aux monts Pouchtx-Kouh sur la lisière du Louristan. Le Djébel-Hamrin contient, à 90 kilomètres au nord-est de Bagdad el de la rive gauche du Tigre ^ des houillères importantes dont le charbon a été essayé avec succès par les compagnies de navigation fluviale. Non loin de ces mines, les défilés des mêmes chaînes donnent passage à la rivière Diala (Délios), affluent du Tigre. Deux autres affluents de ce fleuve passent aussi par le Djébel-Hamrin, Tun à Touest, l'autre à Test de la hiala.
Production industrielle. — Quoique bien considérarablement déchue du haut rang qu'elle occupait sous la domination des khalifes abbassides, l'induslrie du vilayet de Bagdad n'est pas sans avoir conservé quelques restes des brillantes et solides qualités qui distinguaient alors ses produits. Sous ce rapport surtout elle demeure encore importante, et sa déchéance n'est vraiment à déplorer qu'au point de vue de la variété et de l'abondance de la production ; elle n'est donc pas sans remède.
Le centre industriel à peu près unique de cette province est la ville de Bagdad. Dans les sandjaks de Hillè et de Kerbèla, il n'y a presque rien à citer que les jolis abayiës en soie fabriqués à Mesched-Ali (NedjeO, cazadu sandjak de Kerbèla.
Bagdad a de nombreuses fabriques à'aba, sorte de drap commun se rapprochant du feutre ; de keffiè^ pièces de soie frangées de longues cordelettes terminées par des houppes, el dont le tissu est mélangé de fils d'or et d'argent ; les Arabes s'en
font de riches et pittoresques coiffures. On fabrique aussi dans cette ville des entari ou zeboun confectionnés en étoffes dites aladja et houtni^ ainsi que des tchartchaf ou izar en soie, en coton, en tissus mélangés, pour la plupart rayés, lamés et brochés d'or et d'argent comme les keffiè des Arabes ; ces étoffes sont de grandes pièces en forme de drap de lit, dont les dames musulmanes se servent à la fois comme de pardessus et de voiles qui les couvrent tout entières. On y fait également des lankia^ des dessmalé^ sortes de foulards pour les Arabes du désert, et autres belles et durables étoffes, tant de laine que de soie, de coton et de tissus mélangés, où les fils d'or et d'argent sont largement et très habilement employés. Les qualités dominantes de ces divers produits sont une magnificence de bon goût, l'éclal harmonieux des couleurs, la finesse du tissu et sa longue durée.
De plus, la grande industrie européenne, bien qu'ayant à son service des machines et outils perfectionnés^ n'a pu jusqu'ici obtem'r des produits similaires qu'à des prix bien supérieurs à ceux des étoffes de Bagdad tissées à la main sur des métiers tout à fait primitifs.
U est bien vrai qu'en revanche l'industrie européenne a réussi à supplanter entièrement la fabrication, autrefois très florissante en Syrie et dans rirak-Arabi,des impressions sur étoffes blanches dites bessemè^VnxïQ des principales branches industrielles de Bagdad, qui fournissait la plus large part des hindyë coloriés à l'usage des Arabes aujourd'hui remplacés tous par des imitations européennes à bas prix. Ne pouvant, avec des étoffes où le dessin au trait seul était imprimé et le remplissage colorié à la main, souteoir la concurrence de produits entièrement imprimés par les machines, l'industrie de Bagdad abandonna ce genre de production, mais à son tour elle se lança dans l'imitation et ce fut avec un grand succès. Sur tous les marchés orientaux, les yachniak (voiles de femmes) fabriqués en Irak-Arabi ont pris la place de ceux qu'y envoyait TEurope, et les agabarà n'y viennent plus des Indes ; c'est Bagdad qui les fournit. Cette nouvelle branche d'industrie locale prend chaque m 5
jour une plus grande extension, dont la rapidité s'accrotl d'une façon extraordinaire.
On appelle agabani, deux sortes de produits : Tun, mieux nommé el-chahri^ est une éloffe tissée et brodée avec le chahri^ sorte de soie indienne ; Taulre, qui est le véritable agabani, consiste en étoffe de quelque provenance que ce soit, mais surtout européenne, brodée avec ce même chahri. Il va sans dire que la sorte dite el-chahri est de beaucoup préférable à Yagabani commun fait surétoff'e quelconque. L'initiative de Timitalion de ce produit revient à Tindustrie de la ville d'Alep, mais Bagdad Ta surpassée à cause des plus grandes facilités qu'elle a pour se procurer le fil de chahri^ étant beaucoup plus à proximité des Indes, où son commerce entretient des relations très suivies. C'est aujourd'hui Bagdad qui fournit à toutes les villes de l'empire les plus jolis agabanis. On évalue à une moyenne annuelle de plus de 150,000 pièces les agabani faits à Bagdad ; une grande partie de cette production est dirigée sur La Mecque.
Les étoffes tissées avec le chahri servent à faire des habillements d'été très élégants, fins et légers et surtout des abayië. Ces étoffes sont de longue durée. Les pièces d'étoffes seulement brodées avec le chahri sont employées pour turbans, ceintures, garnitures de tapis de tables, rideaux, sofas, etc. On appelle kéchida les pièces longues pour turbans et ceintures, et Ton donne aux pièces carrées le nom de charkad, La confection des agabani occupe un grand nombre de femmes et de jeunes filles israélites. Les ouvrières chrétiennes sont rares, et il n'y en a presque pas demusulmanes.
Chose pour le moins singulière et qui doit être remarquée : bien que le fil de soie dit chahri^ venant des Indes, paie à son entrée un droit de 8 p. 100, les étoffes faites de ce fil n'en paient pas moins, à leur sortie du vilayet, un autre droit de douane de 8 p. 100, comme tous les articles de Bagdad. On voit que l'industrie locale, au lieu d'être protégée contre la concurrence étrangère, est moins bien traitée que celle-ci. Ce n'est pas là une des moindres causes de la décadence de bien des articles de fabrication ottomane, autrefois très florissants et mainle-
nant supplantés par leurs similaires importés de l'étranger.
Parmi les diverses éloffes et pièces d'habillement confectionnées à Bagdad, il en est qui sont mieux faites dans certains quartiers que dans d'autres. C'est ainsi que les aba des fabriques situées sur la rive droite du fleuve sont considérés comme les meilleurs. 11 en est de même pour la teinture de la soie, qui n'est amenée à son plus haut point de perfection que dans les teintureries d*un êeal quartier de la ville, situé à gauche du. fleuve.
Toutes les étoffes fabriquées à Bagdad sont sujettes à un droit de timbre qu'on nomme eUtamga^ perçu sur les fabricants par une administration spéciale, au profit de la municipalité. Cette administration est souvent affermée à des particuliers pour une somme moyenne de 1,000 livres turques (23,000 francs) par an. Les articles de Bagdad exportés dans les autres provinces torques sont remboursés de ce droit par la caisse du tamga après vérification des raftië (acquits de perception).
Les autres produits industriels ainsi que les produits naturels tels que le plâtre, la chaux, etc., sont frappés d'impôts du même genre, donnés également à ferme.
L'orfèvrerie de Bagdad, quoique très estimée, ne l'est pas autant que les ouvrages des orfèvres Sabéens * d'Amara et de Souk-el-Chiouk, dépendances du vilayet de Bassorah.
Lés chaudronniers du vilayet de Bagdad sont habiles et renommés. Les principaux articles de leur fabrication sont des chaudières, des marmites, etc., ainsi que divers ustensiles à l'usage des Arabes, tels que-cafetières et menssef^ sorte de grands plats de cuivre dont la circonférence dépasse 2 mètres ; on s'en sert pour le pilaf.
U y a dans celte province beaucoup de tanneries ; on y fabrique des cuirs teints et coloriés. Les cordonniers des villes font pour o^ge local et pour exportation dans les autres vilayets, des yémini (souliers rouges), des papoudjs (babouches), des mest^
(I)Le8 Sabéens appartiennent à une secte dite chrétienne qui prétend s'autoriser de saint Jean-Baptiste à qui elle rend un culte spécial. C*est par erreur que le nom de Sabéens, qui vient du syriaque Tsaba (ablution), est souvent donné aux adorateurs des astres.
sorte de bottes généralement jaunes, moins souvent rouges et rarement noires, à tiges basses, molles et extrêmement larges, que les femmes musulmanes portent. La fabrique de chaussures d'usage local le plus en renom est celle dlmam-i-Azem, située à 4 kilomètres de Bagdad.
L'industrie des briquetiers et des tuiliers, si répandue dans toute la Mésopotamie aux temps antiques, n'a pas cessé d'y prospérer. Les potiers de l'Irak-Arabi excellent paKiculièrement à faire des gargoulettes qu'on nomme cherbè^ pour rafraîchir l'eau durant Tété. On les préfère à celles d'Egypte. La poterie de Bagdad est élégante, légère, commode, et n'a qu'un seul défaut : sa fragilité.
On ne fabrique, dans les nombreuses savonneries de cette province, que des savons de suif. Aussi ces établissements peuvent-ils être considérés comme fort incommodes à cause de la mauvaise odeur qu'ils répandent dans le voisinage. Leurs produits, d'ailleurs^ sont de basse qualité et consommés sur plaec.
Comme il a déjà été dit plus haut, tous les produits industriels de rirak-Arabi sont obtenus suivant les modes de fabrication et à l'aide des instruments les plus primitifs. L'unique moteur est la main de l'homme aidée par la force du cheval ou de la vache quand la sienne est insuffisante à faire mouvoir un outillage grossier. Il n'y a, dans cette province, qu'une seule usine à vapeur, c'est la fabrique impériale établie à Bagdad en 1280 (1 864) par le gouverneur général Namyk-Pacha, agrandie et améliorée en 1869 et années suivantes par Midhat-Pacha et ses successeurs.
L'outillage de cette usine, nommée el-Amalat-i-Askéfié et el- Abakhanèj est excellent et bien soigné par les mécaniciens. A l'exception de ce personnel technique, tous les employés et tous les ouvriers de ce grand établissement, destiné surtout à fabriquer le drap et autres étoffes nécessaires à l'habillement des troupes, appartiennent à l'armée.
Dans les premiers temps de son installation, d'abord fort incomplète, on s'y servait de laine et de coton filés à la main. Aujourd'hui, cet établissement possède une filature à vapeur et
serait parfaitement en mesure, moyennant quelques réformes administratives, de fournir, en employant les seules laines du pays, toul le drap consommé annuellement par Tarmée, à meilleur marché que les draps européens de qualités inférieures.
A cette usine sont annexés une tannerie et de vastes ateliers de cordonnerie militaire pour la confection de chaussures et objets d'équipement des troupes. Les peaux de buffles élevés dans la province y sont préparées et utilisées.
Namyk-Pacha avait encore fondé à Bagdad une autre usine dite el'Démir-hané. Comme ce nom l'indique, on y travaillait le fer. Plus tard, Midhat-Pacha dota cet établissement d'un excellent matériel et fit, de ce chef, des dépenses très considérables. Cette belle et utile création a cessé d'exister, et les machines ont été transportées au nouvel arsenal de Bassorah.
Le tableau de la page suivante donne par quantités et valeurs, l'état moyen de la production annuelle de l'induslrie dans le vilayet de Bagdad.
Commerce, Exportation. — Le commerce du vilayet de Bagdad est très considérable, tant à l'exportation qu'à l'importation. Ces deux chapitres sont subdivisés chacun en diverses branches distinctes, parmi lesquels le commerce de transit se fait remarquer par son importance et sa variété.
Les exportations ont lieu par différentes voies, soit terrestres, soit fluvides, maritimes ou mixtes, dont les principales sont celles de Bassorah et de Kermanchah et les caravanes de Mossoûl, de Diarbékir d'une part, de Damas, d'Alep et autres villes, par la Syrie, d'autre part.
Chacun des tableaux suivants résume séparément ces opérations spéciales pour une année moyenne dont les résultats seront réunis plus loin et totalisés.