NON MUSULMANS
Nous avons déjà dit quelque part^ que les patriarches grecs et arméniens, nommés par le tzar et résidants en Russie, étendent leur juridiction sur leurs coreligionnaires sujets du sultan, à laquelle ceux-ci obéissent plutôt qu'aux patriarches de la nomination de Sa Hautesse, qui ont leur si^e dans Constantinople.
Cet état de chose est notoire; et, malgré les plaintes qu'en portent sans cesse les dignitaires, dont la suprématie est ainsi méconnue , le divan ne s'en occupe point. Cette indifférence, qui n'est qu'une impuissance déguisée, prouve encore que l'autorité russe a déjà pris pied de mille manières dans la métropole de l'islamisme.
Autrefois, les Turcs avaient deux moyens de l'aire des conversions à leur culte. Ils stimulaient les abjurations par la grâce offerte aux coupables condamnés à un supplice quelconque, et ils faisaient des avantages aux prosélytes qui s'offraient d'eux-mêmes.
Le premier mode est devenu rare ; le second Il a plus lieu. Si un chrétien se présente à une autorité, et lui annonce la volonté d'embrasser rislamisme, celle-ci le félicite et lui vante le bonheur dont il va jouir ; mais ses compliments ne sont plus accompagnés de largesses. Aussi ne voit-on presciue jamais de néo|)hytes.
Quelques jeunes Arméniens, perdus de débauches, menacent rpiolquefois leurs parents d'une
294 LES SUJETS DE SA UAUTESSE, NON IfUSULMANS.
abjuration, s'ils ne leur donnent de l'argent; ceux-ci usent d'adresse pour attirer ces mauvais sujets à bord d'un bâtiment où on les garde y jusqu'à ce qu'on les transborde plus tard sur un bâtimenl faisant voile pour la Crimée. Là y ils sont livrés aux recruteurs moscovites. Us deviennent soldats du tzar, au lieu d'entrer dans les milices du prophète y ainsi qu'ils en avaient feint l'intention.
Nous terminons ici les détails spéciaux, relatifs aux rajas sujets du sultan. On en trouvera de plus étendus dans le XXII* chapitre. Tous ensemble établiront clairement, et sans réplique possible y que leur incorporation dans l'armée ottomane serait sans résultat utile pour Sa Hautesse.