‹ La Turquie nouvelleChapitre 57 sur 79 · ES HALLES ET MARCHÉS · texte numérisé non relu

ES HALLES ET MARCHÉS

Turquie , qu'on ne fasse rien la nuit, et qu'on soit rentré chez soi dès qu'elle coaunence.

Les bazars ne sont soumis qu*à une seule action de la police : c'est la vérification des poids et mesures. Â part cette surveillance , dictée par l'intérêt public y la liberté pour tout le reste est sans limite. Chacun y vend ce qu'il lui platt, et quand lx)n lui semble : bon ou mauvais , frais ou avarié , mûr ou vert, sain ou daqgereux; personne ne siu*veille la qualité des denrées. C'est à l'acquéreur à ne pas se laisser tromper. Les plaintes à cet égard sont rares, ainsi que les disputes et rixes si ordinaires dans nos cités.

Les places, dans les marchés, ne sont point assignées par Tautorité. Les habitués ont fait une première fois leur choix; et l'habitude leur constitue un titre, en faveur duquel ils invoquent, en cas de trouble , la notoriété publique.

Les bezestans sont les marchés couverts. Ils sont consacrés aux marchandises ; et chaque branche un peu importante , telle que la droguerie, la pelleterie, la soierie , etc., a son bezestan spécial.

Ce sont de vastes magasins, solides et voûtés, n'ayant qu'un rez-de-chaussée, et quelquefois une manière de grenier pour l'entrepôt des gros ballots. Us sont en général fort mal pavés.

Dans l'intérieur des murs, très-épais de leur nature , sont pratiquées des niches , qui marquent la place du boutiquier. Il a devant lui des établis,

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sur lesquels sont étalés divers objets et des échantillons de tout ce qu'il tient.

Les bezestans sont sous la garde d'un concierge, qui en a la police , la surveillance et la responsabilité; il répond de tout ce qui s'y trouve; les clefs ne sortent pas de ses mains.

Le matin, à une heure fixe qui suit la marche des saisons, il ouvre la porte principale. Les marchands, déjà réunis en dehors, entrent et vont , sans confusion, occuper leur place habituelle. Les chalands y pénètrent ensuite.

Un peu avant la nuit , le signal de Tévacnation est donné; et aussitôt, boutiquiers, acquéreurs et curieux quittent les lieux sans se presser, sans se heurter. Le concierge fait ensuite sa ronde; et quand il s'est assuré qu'il ne reste plus personne, il ferme la porte et ne l'ouvre plus, pour quelque raison que ce puisse être , jusqu'au lendemain.

Ces solides constructions sont à l'abri du feu , grâce à la solidité de leurs murs , comme aussi au moyen des plaques de fer qui, à l'extérieur comme à l'intérieur, masquent les rares ouvertures par lesquelles le jour pénètre.

Ce qu'il est important de faire remarquer, c'est que le soir, quand on se relire, on ne plie ni n'enferme les marchandises qui sont en étalage. Tout reste dans l'étal où cela se trouve au moment de la velraile, el se rclrouve le jour suivant a \^ même

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place y dans le même ordre , et en mêmes quanlités.

Cette fidélité est surtout admirable dans le bezestan de la droguerie. Les denrées sont étalées par nature 9 origine et qualité , sur les établis des marchands qui les tiennent. Il en est de précieuses et de chères y surtout dans le nombre des parfums. Une main qui saisirait une poignée de telles matières pourrait causer un préjudice notable au propriétaire ; cela ne se voit jamais.

Tous les sujets de la Sublime-Porte , s'ils sont connus et pourvus de denrées de manière à pouvoir remplir leur place , peuvent être admis à en occuper une dans les bezestans.

On est difficile à l'égard des Juifs, qui même en furent chassés une fois , et déclarés indignes d'y èlre reçus. Après une exclusion assez longue, à force d'intrigues et de sacrifices, ils sont parvenus à s'y faire réintégrer; mais voici à quelle occasion avait été prononcée la première exclusion.

Un concierge, nouvellement nommé, voulut connaître la portée de la grande responsabilité qui allait peser sur lui , et savoir quelle était la moraliié des gens envers lesquels il était garant. Un soir, après l'évacuation complète et la clôture des lieux, il y rentre furtivement. Il soustrait à l'étalage de deux boutiquiers, l'un Grec et l'autre Arménien , des objets de valeur restés à découvert sur leurs établis, et va les poser dans des

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piles (le même nature, appartenanl, l'iine à un Musulman, l'autre à un Juif. Il avait eula précau* tien de bien calculer ce qu il enlevait aux uns pour le porter en augmentation aux autres, et de placer ce siurcroit chez ceux-ci de manière à ce qu'ils pussent l'apercevoir au premier coup d'œil. Le lendemain, avant le jour, il convoque deux anciens marchands , retirés de son bezestanpour cause de cessation d'affaires, lesquels avaient joui de la plus entière conûance pendant leur carrière, et se voyaient souvent choisis pom* arbitres dans les affaires sérieuses. Il leur raconte ce qu'il a fait , et les prie d'être présents aux épreuves qu'il a eues en vue par cette ruse. A peine chaque boutiquier s'est- il établi à sa place, que le Grec et T Arménien appellent le concierge, qui s'approche avec ses deux acolyles. Ces deux marchands lui disent qu'ils sont volés, et qu'on leur a pris sur leur comptoir tels et tels objets qu'ils désignent, en spécifiant les qualités et les quantités.

Dans le même moment , le Musulman s'écrie : Et moi , je trouve à ma place, et parmi mes marchandises, telles et telles pièces qui ne m'appartiennent pas. Gomment y sont-elles venues? Je suis sorti hier, au vu et su de mes voisins avec qui je suis parti, et je viens de rentrer avec eux; ils peuvent le certifier.

Les objets (|u'il déclarait ne pas lui appartenir

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