CHAPITRE VII
La suppression du salaire.
Abolition nécessaire du salariat. — Moyens d'y arriver. — Procédés employés. — L'agrément d'être patron. — Tu l'auras voulu, George Dandin !
Le socialiste, triomphant. — Ce que tu viens de dire condamme le salaire : car tu viens de reconnaître qu'il ne pouvait tenir compte des besoins. Le patron laissera donc mourir d'inanition le malheureux bronchiteux dont tu parlais. C'est de la barbarie. 11 n'y a qu'un remède : supprimer le salaire. M. Laf argue a raison quand il dit à M. Millerand : <c Tant [que vous n'aurez pas aboli le salariat, vous n'aurez rien fait. »
L'ÉCONOMISTE. — Et alors lu crois que la suppression du salaire donnerait du travail à ce malheureux et qu'il trouverait plus facilement à vivre? Est-ce que sa faculté productive en serait augmentée?
Le soci.\liste. — Les autres travailleraient pour lui.
L'ÉcoiNOMiSTE. — C'est ce qui a lieu déjà : et le rôle de l'assistance publique est de venir au secours des malheureux qui ne peuvent vivre parleur travail. Mais
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ceci est une tout autre question qui n'a de rapport avec la production que le poids dont elle la charge. Elle est en dehors de la fixation du taux des salaires.
Le socialiste. — C'est pour cela qu'il faut le supprimer. Pour les vrais socialistes, pas de doute sur ce point. 11 y a unanimité. Le salaire, c'est le vol patronal. Karl Marx l'a prouvé. La suppression du salaire ! Tant qu'elle ne sera pas obtenue, il n'y a rien de fait!
L'ÉCONOMISTE. — Eh bien! tes amis et toi, vous travaillez parfaitement, en ce moment, à celte suppression et vous y arriverez certainement, mais d'une autre manière que tu ne l'imagines. •
En attendantle grand bouleversement final, le ffatron doit s'attendre tous les jours à voir la législation intervenir dans ses affaires et en changer les conditions. Par la suppression du travail de nuit des femmes, on a diminué la puissance de production et alourdi l'amortissement de certaines manufactures de plus d'un tiers,, ce qui est une singulière manière de favoriser l'accès de l'industrie aux petits capitaux et de développer notre puissance industrielle. La loi sur l'assurance obligatoire en cas d'accidents va encore ajouter une nouvelle surcharge au poids déjà si lourd que l'industriel doit supporter en France, ce qui lui permettra sans doute de lutter plus aisément contre la concurrence étrangère. Il est, en outre, soumis à toutes sortesd'inspections qu'on veut encore multiplier, et la majorité de la Chambre des députés a adopté la loi Bovier-Lapierre en vertu de laquelle tout patron qui renverra un ouvrier syndiqué passera en police correctionnelle, comme un vagabond, et sera condamné à l'amende et à la prison. Le congrès de Tours demande qu'il soit