CHAPITRE VIII
Les machines.
La haiae des machines. — Caractère de la machine. — Son in- Ouence sur le salaire. — Augmente la capacité productrice de l'homme. — Augmente le nombre des emplois. — Arkwrigh et son métier. — Les chemins de fer et les diligences. — La valeur de l'homme est en raison de la puissance de Voutil.
Les machines ! on les a représentées comme devant jeter tous les ouvriers dans la misère. Proudhon n'at-il pas été jusqu'à demander que l'on enfermât les nouveaux modèles pendant plusieurs années au conservatoire des Arts et Métiers avant d'en permettre l'emploi! Des foules en délire n'ont-elles pas voulu détruire les chemins de fer?
On ne va pas jusque-là, maintenant, mais enfin, on récrimine encore.
Peut-on nier aujourd'hui les services que nous rendent les machines? Les chemins de fer ne 'sont-ils pas préférables aux diligences?
Les machines, c'est tout ce qui est en plus de nos mains et de nos ongles... C'est le perfectionnement de
l'outil; or, la valeur de l'homme est en raison de ia puissance de l'outil.
Si les gens qui prétendent que les machines sont une cause d'abaissement des salaires avaient raison, les salaires devraient être plus bas dans notre siècle qu'au siècle dernier.
Quand l'emploi d'une machine vient, à un moment donné, déplacer la main-d'œuvre, il peut, en effet, y avoir une crise locale. Mais cette crise ne sera que temporaire. C'est la crise de toute croissance, de toute transformation ; c'est l'effort qui s'attache à toute lutte. Il n'y a pas de progrès sans déplacement d'intérêts : c'est la conséquence, aussi bien au point de vue du capital qu'à celui du travail, de toutes les évolutions économiques qui peuvent se produire dans l'humanité.
Lorsqu'une machine s'introduit dans une industrie, elle peut provoquer une dépression partielle et enlever à des ouvriers le travail auquel ils étaient habitués, les forcer à chercher ailleurs leurs moyens d'existence; c'est ainsi qu'un nouveau produit tue un produit ancien, comme les couleurs dérivées de la houille se sont substituées à la garance. Ce que nous devons considérer en retour, c'est l'augmentation de l'utilité générale.
Examinons la question au point de vue des salaires.
Un [manœuvre, qui traîne une brouette, va, avec cette brouette, déplacer dans sa journée quelques mètres cubes de terre. Forcément, son salaire ne peut prélever sur l'ensemble de son travail qu'une somme extrêmement minime relativement au nombre de mètres cubes qu'il déplace.