CHAPITRE IV
Le chômage forcé des accouchées.
Argument biblique. — Les ou\Tière3 agricoles. — Inspecteurs du travail agricole. — L'indemnité. — Le budget. — Les travailleurs ne semblent pas contribuables à leurs amis.
La Chambre des députés a voté en première délibération (o novembre 1892) une proposition de loi ayant pour objet d'interdire tout travail aux femmes pendant quatre semaines après leurs couches.
Cette proposition présentée, sous la législature de 1885, par MM. Richard Waddington et de Mun, a été reprise par le D"" Dron. Pour l'appuyer, M. le D'' Dron a trouvé un argument biblique. Le chapitre XII du Lévitique ne prescrit-il pas à la femme accouchée de garder la maison pendant quarante jours et Jésus ne fut-il pas porté au temple seulement après que sa mère eut accompli sa purification? Et alors il s'écrie : — « On prétend que ce sont des choses qui ne se réglementent pas. » Vous voyez bien que les Juifs ont réglementé.
Et M. Dron nous donne un nouvel argument pour prouver que ces mesures, qu'on présente comme progressives à la démocratie française, ne sont que des régressions.
Toutes ces mesures étant empreintes d'un illogisme qui va jusqu'à la fantaisie, les ouvrières agricoles n'étaient pas comprises dans cette proposition de loi. 11 parait qu'une femme qui va piocher la terre n'avait pas besoin du repos auquel on voulait astreindre les autres. La Chambre, peut-être par ironie, adjoignit à la proposition de M. Dron les ouvrières agricoles. Il fallait voir Tindignation des partisans de la loi. Pour les usines, ateliers, l'application de la loi était remise aux commissions et aux inspecteurs déjà existants. Du moment qu'on y comprenait les ouvrières agricoles, il fallait nommer des inspecteurs du travail agricole. Comme première conséquence de la loi, on instituait des fonctionnaires qui iraient dire aux fermiers, aux propriétaires : « Vous avez une nouvelle accouchée? vous la faites travailler? Défense de travailler. — Mais c'est ma femme 1 >
L'inspecteur aurait- il répondu : — Ah ! du moment que c'est votre femme, elle n'a ni le droit ni l'obligation du repos !
Dans la loi qui limite le travail des femmes on a complètement oublié — quoique je l'eusse rappelé à la tribune, — que si on empêche quelqu'un de travailler, il faut lui donner une indemnité de compensation. Plus logique, la commission, chargée de l'examen du projet de M. Dron proposait une indemnité de Ofr. 75 à 2 francs par jour. M. Pablo Laf argue ne manqua pas de surenchérir et de proposer « de 3 à 6 francs