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LE TRAVAIL NATIONAL ET LES ÉTRANGERS

de 20 pour mille au lieu d'être de 5 pour mille, taux des Français; les Italiens vivent entassés dans une même chambre, hommes, femmes, enfants, et au nom de l'hygiène et de la morale, on demande leur expulsion. Enfin, ces ouvriers travaillent à plus bas prix. Ils font une concurrence à la main-d'œuvre française. Donc, ils doivent être expulsés.

Ce mouvement d'opinion s'est exprimé, dans la législature de 1883, par cinq propositions de MM.Castelin, Lalou, Mâcherez, Brincard, Hubbard.

M. Lalou frappe les résidents étrangers âgés de 21 à 43 ans d'une taxe de 24 francs. M. Mâcherez, de 24 à 48 francs ; M. Brincard, de 3 pour 100 de leur salaire. Mais cette surenchère pourrait de beaucoup encore être dépassée, sans fermer nos frontières aux ouvriers étrangers.

Quand ces diverses propositions sont venues en discussion à la Chambre, malgré les passions protectionnistes qui l'animent, elles se sont effondrées sous le poids de leur absurdité; — car leur impuissance est apparue dans tout son rachitisme; — de leurs conséquences : car, dans aucun autre pays en Europe, de pareilles mesures n'ont été prises, et la réciprocité des expulsions planerait sur nos nationaux, habitant l'étranger.

Le 6 mai, la Chambre des députés a voté une loi qui n'est guère que la reproduction d'un décret du 20 octoDre 1888, contenant quelques mesures de police inutiles et vexatoires, prises pour donner un semblant de « satisfaction à l'opinion publique. » La Chambre, toujours obéissant à la même considération, l'a pompeusement intitulée : « loi relative à la protection du

travail national. » Et elle ne le protège que dans son titre !

Les députés qui ont proposé les lois que nous venons d'énumérer, et accepté la loi votée par la Chambre le 6 mai 1893 sur la protection du travail national, que' pourront-ils répondre, si un homme logique, serrant de près la question, leur dit : Vous nous avez jeté de la poudre aux yeux! Votre loi ne nous donne pas le monopole du travail national ; aucune des lois qui ont été présentées, pas même celle de M. Brincard; vous vous jouez donc de nous et essayez d'abuser de notre crédulité! Allons! il faut être plus radical et déclarer que tout étranger, surpris en France, sera traité comme espion et condamné à cinq ans de prison!

Les maçons, les ouvriers de luxe, les bijoutiers, les tailleurs, les confectionneurs interviendront sans doute et demanderont que cette disposition ne s'applique pas aux étrangers riches qui viennent dépenser [de l'argent dans notre pays et que le privilège de l'expulsion soit réservé aux ouvriers pauvres, ceci au nom de l'égalité et de la fraternité : proposition qui a été émise par M. Hodges, président du Congrès des Trades unions à Glascow. Faite à la Chambre des communes, au mois de février 1893, par M. James Lowther elle a réuni 119 voix contre 234.

Ils pourraient invoquer contre les Italiens et les Belges qui viennent faire des travaux de terrassement et de démolition, que les Français ne veulent pas faire, contre les Luxembourgeois qui viennent balayer nos rues à des conditions que ne veulent pas accepter les Français, l'exemple des Etats-Unis qui a proscrit

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