CHAPITRE IV
Liberté et anarchie.
Ne pas confondre. — Un exemple. — La Bourse du travail. — Les occupations de la Bourse du travail. — Le journal delà Bourse du travail et l'armée. — Le placement. — La salle des grèves. — « Le lèse-syndicat. » — La Commune et la Bourse du travail. — Le Comité Central et la Bourse du ivavail. — Le nombre des adhérents. — Mise en demevu-e du gouvernement. — Réponse de la Bourse du travail. — Le lâcheztout de l'administration. — La liberté de réunion aux Etats-r Unis. — La vraie question de la Bourse du travail. — Les anarchistes permanents.
11 ne faut pas confondre la liberté avec l'anarchie : la liberté, c'est le respect réciproque des droits des individus selon certaines règles fixes qui s'appellent la loi : l'anarchie, c'est le privilège des uns et la spoliation des autres, selon les caprices et l'arbitraire des habiles et des violents, la faiblesse et l'inertie des timorés.
Nous avons un exemple d'un état d'anarchie, établi avec la connivence du gouvernement et de l'administration dans les Bourses du travail.
Gomme toutes les idées exploitées parles socialistes, la conception de la Bourse du travail appartient à un « vil économiste ». Ce fut M. de Molinari (1) qui^ en 1843, considéra qu'il serait utile d'établir des centres d'informations oîi se produiraient les offres et les demandes, où seraient arrêtés les cours de la marchandise travail, comme à la Bourse des finances sont établis les cours des valeurs et à la Bourse de commerce les cours des marchandises. Il poursuivit son idée avec persévérance, la fit partager en 1848 à M.Ducoux, préfet de police, essaya de la réaliser par un journal en Belgique, en 1857, et l'a vue enfin prendre corps dans la Bourse du travail installée le 3 février 1887, rue Ïean-Jacques-Rousseau, puis le 22 mai 1892 rue du Château-d'Eau, dans le bel immeuble d'une valeur de trois millions que le Conseil municipal a fait édifier pour cet usage.
Le bâtiment a été remis à des syndicats et groupes corporatifs placés sous le contrôle de la deuxième commission du Conseil municipal. Quand ils demandent de l'argent, ils ne se donnent même pas la peine de lui envoyer des renseignements, comme le constate une lettre du président de cette commission en date du 15 décembre 1892. Ils entendent être autonomes,, mais recevoir des subsides; ils ne se contentent pas seulement du chauffage et de l'éclairage que leur fournit la ville. Ils avaient un budget de 50.000 fr., ils ont demandé qu'on le portât à 99.932 fr. Le conseil municipal effrayé de celte progression de lOO' pour 100 la partagea et alloua 75.000 fr. sur lesquels-