‹ La Tyrolienne, comédie-vaudeville en un acte, imitée de Goethe;Chapitre 17 sur 19 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

FABY, assis , MINA , entrant d'un air agité. MIWA , sans voir Faê'y.

Ah ! mon Dieu ! de toutes parts on me repousse , et chacun

rit de mon embarras. Et ce pauvre Faby !... où est-il?... les mise'rables l'ont peut-être tué !

FABY

Non , mamzelle , je suis encore vivant. mina , courant à lui.

Quel bonheur !

FABY

Ce n'en est déjà pas un si grand!... Je voudrais bien avoir dans le cœur le coup que j'ai reçu à la main.

MINA , avec un cri.

Vous êtes blessé?

FABY

Ob ! ce n'est rien , malheureusement.

MINA , lui saisissant la main.

Vous êtes blessé , Faby ; et c'est pour moi , pour me défendre... Mon ami , que ne vous dois-je pas !

FABY

Laissez-donc , mamzelle , est-ce que ça vaut la peine !...

MINA

Mais que faire ?... ah !

(Elle arrache vivement son fichu, et en enveloppe la main de Faby.) Air : Faut l'oublier!

Pauvre Faby , cette blessure Fait palpiter ici mon cœur !

Je partage votre douleur.

FABY

Vous et' s trop bonn', je vous l'assure.

MIJMA.

Comment vous trouvez-vous ainsi?

Comptez sur ma reconnaissance,

Car je ne souffre plus ici. (Il montre sa main. )

(Montrant son cœur ; )

C'est là, mamzell', qu'est ma souffrance.

MINA

Pauvre Faby ! pauvre Faby !

Même air.

Cela n'est rien, je le suppose; Il n'y paraîtra plus demain.

FABY

Oh! non, mamzell' , j'en suis certain, Ce mal deviendra quelque chose.

MINA

Ne vous affligez pas ainsi , Ça ne sera rien , je vous jure.

faby , lui mettant la main sur son cœur. . Tenez, mettez la main ici, Et vous sentirez ma blessure.

ans a.

Pauvre Faby! pauvre Faby!

(J4 la fin tic ce couplet Fab) l'embrasse.)

MINA, très-vivemenl.

Eh bien ! eh bien ! que faites-vous?

Je n'en sais rien, mamzelle , c'est... la douleur...

MINA

Savez-vous ce que sont devenus ces mauvais garnemens ?

FABY

Ils sont là-bas, derrière la montagne, à poursuivre un ours.

MINA

S'ils allaient revenir !

FABY

Soyez tranquille , je ne quitterai pas le pays sans être bien sur...

MINA

Qu'entends-je !... auriez-vous encore l'intention...

FABY

De partir?... oui , mamzelle. Par exemple, je ne sais plus maintenant où j'irai, puisque me voilà brouillé avec l'Ours ; mais c'est égal , je marcherai toujours droit devant moi , jusqu'à ce que j'arrive... Adieu, mamzelle Mina.

[Il prend sa carabine et se dispose a partir.) MIKA.

Arrêtez , Faby ! eh quoi ! vous quitteriez ainsi votre famille , vos amis ?. . .

FABY

Je n'ai plus que des parens éloignés.. . et, quant à mes amis, c'est justement ceux que j'aime le plus qui se moquent de moi.

mina , vivement.

Ah ! croyez qu'ils n'ont jamais eu cette pensée , et que leur affection... Restez , Faby , restez , je vous en prie.

FABY

Pourquoi faire?

MINA

Pour me protéger, me défendre... Ne puis-je avoir encore besoin de vous?...

FABY

Non , mamzelle , vous n'aurez plus maintenant besoin de personne... Prenez garde seulement de perdre le petit chiffon de papier que vous avez mis là dedans... vous savez... MINA , le tirant de son sein.

A propos , j'avais oublié. . .

FABY

Le voilà , c'est bon , je suis tranquille.

[Il va pour s'éloigner.) MINA, lisant.

« Mon testament. » Qu'est-ce que cela veut dire ? Faby ! Faby !... revenez près de moi.

FABY

Près de vous ! me voilà , mamzelle Mina.

MINA

Plus près... plus près encore... bien... À présent, ne bougez pas. (Fabj reste immobile. Elle lit.) « Etant sur le point de partir pour aller me faire dévorer par les ours. »

[Elle regarde Fabj d'un air étonné.) fAby , sans bouger.

Oui , mamzelle , Jérôme me l'avait fait espérer.

mina , avec attendrissement.

Pauvre garçon ! ( Continuant à lire. ) « Je donne ma ferme de la vallée Verte, avec toutes ses dépendances, à Mina Muller, de la même vallée. » {Pleurant.) Il se pourrait! FAby , pleurant aussi.

"V ous voyez donc bien , mamzelle , que vous n'avez plus besoin de moi , ni de personne.

MINA

Et vous avez cru que j'accepterais?

FABY

Là! j'en étais sûr!... Elle n'a pas voulu de mon cœur... Elle ne veut pas de mes biens , elle méprise tout ce qui vient de moi... Que je suis donc malheureux!....

MINA

Air d ' Aristippe.

Mais écoutez, Faby,

FABY

Non , non , mamzelle !

J'n'écoute rien , et n'ai plus qu'à mourir. Quoi ! refuser d'un' manier' si cruelle . Les seules chos's que j' pouvais vous offrir ! A m: désoler vous semhlez prendr' plaisir. MINA.

Eh bien, mon pauvre Fabry, accordons-nous. Pour qu'entre nous la paix renaisse , Ce moyen-là me paraît le meilleur. . .

Vous, reprenez votre richesse, Moi , j'accepterai votre cœur.

FABY

Qu'entends-je ?

MINA , avec tendresse.

Oui , mon ami ! oui ! je ne suis plus la même... Je sens là quelque chose que je n'avais jamais éprouvé... Maintenant la solitude m'attriste , m'effraie , et il me semble que si vous me quittiez je ne pourrais plus être heureuse.

FABY

Oh! là! là! qui se serait jamais attendu... J'allais mourir de chagrin, je crois maintenant que je vais expirer de bonheur!... Ah! mamzelle Mina , ne me trompez pas! Dites-

moi s'il est bien vrai que vous m'aimez. (Mina lui fait en souriant un signe affirmatif. ) Et vous m'épouserez pour tout de bon ? (Même signe. ) Ah ! maintenant il ne manque plus rien à mon bonheur !

(Il se jette à ses genoux , et lui baise la main avec transport. )

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