‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 59 sur 195 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La plaine de Munténie.

I. Caractères généraux. Le diluvium, le loess, la formation de» vallées. — II. La Haute Terrasse. Haute Terrasse d'Arge?. Haute Terrasse de Jalomita. Haute Terrasse de Vedea. — III. La Basse Terrasse. Teleorman. Basse Terrasse d'Argeç Bârâgan. — IV. La terrasse du Buzeu. Vallées et lacs steppiques.

Pour sentir toute la désespérante monotonie de la plaine valaque, il faut la parcourir après un séjour dans la région si riche en contrastes que nous venons d'étudier. L'express le plus rapide paraît trop lent pour franchir ces étendues, où l'œil cherche en vain un accident du sol, un bouquet d'arbres, une maison isolée. Qu'on imagine les sensations du voyageur, au temps où les lourdes voitures des courriers et la càrufa paysanne étaient les seuls moyens de locomotion sur les routes, tour à tour changées en fondrières de boue, ou blanches de poussière !

La plaine de Munténie, qui s'étend sur une surface de 31,260 kilomètres carrés, ne peut cependant offrir absolument partout le même aspect. Il n'est pas de région, si monotone soit-elle, où le géographe ne puisse noter quelques différences locales, lorsqu'elle est suffisamment vaste. En fait, il suffit d'étudier la répartition de la population dans la basse Munténie, pour reconnaître des contrastes assez significatifs. S'il est vrai que les habitations soient extrêmement rares, en général, à la surface de la terrasse diluviale, les vallées plus ou moins profondément entaillées sont, au contraire, toujours occupées par de nombreux villages. Certaines, comme les vallées de Jalomi^a et du Buzeu, sont même presque aussi peuplées que les coins les plus

fertiles de la zone des collines. La terrasse, elle-même, est loin d'être partout la steppe presque déserte qu'on observe dans le Bârâgan. La région arrosée par l'Arge.s et la, haute Jalomi^a forme comme une zone de population relativement très dense, qui traverse la Yalachie du N. au S., en passant par Bucarest. De pareils contrastes de peuplement doivent avoir pour cause des contrastes physiques.

Il suffit, pour le reconnaître, de prendre un matin l'express de Constanf a à Bucarest. Après la traversée du Danube sur le pont monumental de Cernavoda, commence le Bârâgan. Quand le regard s'est saturé du spectacle monotone de ces grandes plaines, où les acacias plantés près des gares sont les seuls arbres, les tumuli les seuls accidents de terrain, où les fourrés de chardons géants alternent avec les champs labourés montrant la terre noire, on éprouve comme une agréable surprise en approchant de Bucarest. Sans doute, c'est toujours la même plaine à perte de vue, mais des taillis de chênes surgissent çà et là, barrant l'horizon, des ondulations du sol apparaissent, des sortes de vallées sèches à section très large se dessinent ; une herbe verte y pousse, parfois un petit lac, un ruisselet, marqué par une traînée de joncs, en occupent le fond. Sur la terrasse même, une foule de petites mares, entourées quelquefois de bouquets d'arbres ; sur le bord des vallons, les maisons se groupent. C'est un autre pays, où il semble que l'eau ait ramené la vie.

Qu'est-ce donc que la plaine valaque, et quelles sont les raisons de ces contrastes physiques et économiques ?

Le nom de plaine n'est peut-être pas celui qui convient le mieux à cette région. Lorsqu'on descend la vallée du Danube, on la voit presque constamment dominée, à gauche, par des coteaux, plus humbles sans doute que la haute falaise de la rive bulgare, mais qui forment cependant une ligne de relief assez nette. C'est le rebord de la soi-disant plaine, qui domine le Danube de 50 mètres à Fetesci, de 80 mètres et plus à Giurgiu et Turnu Mâgurele. En réalité, la a plaine valaque » n'est, en Munténie comme en Olténie, autre chose qu'un plateau, formé de cailloutis recouverts de loess, et raviné par un certain nombre de vallées.

L'âge de ces cailloutis est quaternaire, comme celui du loess. Les coquilles et les mammifères trouvés ne laissent là-dessus aucun doute 1. Le loess, recouvert de 30 à 60 centimètres de terre arable,

1. Gr. STEFANEscu.Le chameau fossile de Roumanie, Ann. Mus. d. Géol. (1894), Bue, 1895.

souvent noire, et très semblable au tchernoïzem russe, présente généralement deux niveaux : un niveau supérieur rougeâtre, un niveau inférieur blanchâtre ou jaunâtre, plus sablonneux, avec des concrétions marneuses blanches l. Parfois, il repose directement sur des argiles bleuâtres, probablement tertiaires 2 ou sur des sables pliocéniques 3; le plus souvent il passe, par l'intermédiaire d'une argile sablonneuse, à des sables et graviers plus ou moins grossiers, qui reposent presque partout sur une couche argileuse compacte 4.

On conçoit l'intérêt que présenteraient des études détaillées de ces dépôts. On manque malheureusement trop de données précises sur leur épaisseur, leur composition, la nature de leur soubassement, pour pouvoir essayer de reconstruire le réseau de rivières torrentielles qui les ont étalés sur le fond du lac pontien desséché. D'après la nature des roches trouvées aux environs de Bucarest 5 et dans le sondage de Marculesti, en Bârâgan 6, on peut conclure que la terrasse diluviale n'est pas une terrasse danubienne. Le Bâràgan apparaît comme le cône de déjection d'un fleuve, qui devait descendre à peu près de la région où la Prahova et la Jalomij:a actuelles prennent leurs sources 7. C'est de ce côté que les eaux ont dû le plus raviner le sous-sol, déposer les matériaux les plus grossiers et la couche la plus épaisse d'alluvions. Plus on va vers l'E., plus le loess est sablonneux, et plus le gravier de base est réduit ; il a complètement disparu sur le bord de la Jalomi^a 8.

1. Gr. Stefanescu. Relation sommaire sur la structure géologique dans les Jud. de Tutova, Falciu, Covurlui, Jalomita et Ilfov, Ann. Mus. Géol. (1805), Bue, 1898. — Licherdopol. Bucuresci.

2. Gr. Stefanescu. Relation sommaire... coupe Jalomita à Stoenesci.

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