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J'en étais donc aux conjectures, lorsqu'on débouchant par la grand'rue , je fus salué d'un qui vive! La garde nationale sous les armes faisait des patrouilles. En entrant au corps-degarde, je trouvai le colonel de notre régiment, qui s'entretenait à voix basse avec le chef du poste. Le colonel vint à moi, salua ces messieurs, et nous sortîmes.
— Vous arrivez fort a propos, me dit-il; rendez -vous à la caserne. Vous êtes brigadier.
— Merci, mon colonel.
— Entendez-vous avec l'adjudant- major.
Vous apprendrez des merveilles. Votre ami, Frédéric Morand , vient de nous mettre une ridicule affaire sur les bras. Il n'en sait pas faire d'autres; j'aurais du vingt fois le chasser du régiment. Allez.
L'expression de ressentiment qui se manifestait dans les paroles du colonel me frappa.
( l'étaitdaris toute la générbsttécLe l'expression, un homme de cœur : il comprenait le soldat, et savait a propos tempérer la rigueur des règles disciplinaires par on mot de franchisé et de cordialité. Je Tai regretté comme on regrette un père, bien que, par cela seul que l'on m'eut recommandé a lui , sa sévérité se soit plus exercée envers moi qu'envers tout autre. Aussi, je me trouvai de bonne heure dans la nécessité de me protéger moi-même par ma propre conduite, et je n'en fis que plus rapidement mon chemin. Les formes un peu rudes de la partialité du colonel à mon égard ne m'attirèrent pas de jaloux : je le compris seul . et j'en fus reconnaissant.
Mais il ne s'agit p;is de moi, el ces détails sont oiseux.
Tout en me rendant avec promptitude chei Tadjudant-major, je m'inquiétai mentalement • les frasques nouvelles de Frédéric Morand*
Ce Frédéric était un bon diable, ardent, gai, prompt comme la poudre. Toutefois , sous cette enveloppe superficielle , je n'avais pas été sans deviner qu'une secrète amertume rongeait ce simple bussard , capable d'être quelque ebose de mieux. On pénètre 1& gens qui nous devinent; a ce titre , il m'accordait de l'amitié. Enlevé par la conscription au métier de typographe qu'il exerçait a Paris, il avait une certaine éducation , et se montrait bien résolu de monter de grade en grade. Sa figure était de celles qu'on remarque tout de suite, car elles étincèlent d'intrépidité; mais, comme tous les Parisiens , la langue et la bonne envie de n'être pas meilleur que les autres le compromettaient sans cesse. 11 tenait tête à tout le monde, critiquait les hommes et les choses , prêchait la résistance à tort et a travers, faisait rire la chambrée par des quolibets sur l'élat-major, et vingt fois, a la veille
de sortir de la foule, un coup de lètc Ty replongeait. On aurait eru que c'était un parti pris.
\ Paris, tout récemment, j'avais vu sa mère, pauvre brodeuse abandonnée par un mari sans conduite, digne et honnête femme, qui tenait un petit atelier dans une mansarde de la rue Saint-Denis. Elle m'avait embrase pour son fils en recevant une montre d'argent, dont Frédéric s'était fait un devoir d'économiser 1< prix sur sa paie. 1 ne jolie blonde , qui se trouvait là, parut prendre un intérêt personnel aux élogesque je faisais de mon camarade: je ris tomber une larme sur son métier de broderie, dont le travail n'avança guère p< ndant ma \ isiic, bien que la discrète ( niant ne levât pas un seul instant les yeux, et ne cessât de COU] et à chaque instant de grandes aiguillé* s de soie; D'ingénus soupirs, on air de rêverie, un regard de reconnaissance, m'en dirent assez. Je me
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lins pour averti qu'il fallait être sur la reserve, et je ne fis pas la moindre allusion aux amoureUes de Frédéric à Luné ville.
En arrivant a la caserne, je trouvai l'adjudant-rnajor; il me mit au fait.
La plus mince querelle de cabaret avait dégénéré en bagarre entre les bourgeois et la garnison. Une simple servante, de la plus grande beauté, devenue la maîtresse en titre d'un riche aubergiste de Lunéville, venait d'être battue par son maître, et chassée du comptoir de rhôtellerie. On ne l'appelait que la belle Francine. Les assiduités de Frédéric auprès d'elle amenèrent ce premier scandale. Notre hussard, excité par les sanglots de cette créature, donna sur les oreilles au brutal, qui préféra des coups certains aux risques d'une partie de sabre. Jusque-là, sauf quelques murmures des amis du battu, on s'inquiéta peu de l'esclandre. Mais, a propos de la Saint-
Marfin, qui incitait la ville el les environs sur
pied, Frédéric s'avisa de vouloir nargUer le rival qu'il avait déjà souffleta . Il conduisit Francine dans un bal qui se tenait chez son ancien amant. Cet homme, exaspère par le< propos goguenards des soldats, voulut mettre Francine à la porte. On s'entremit pour gâter le tout; puis, (\v> paroles, on en vint aux violences. Les hussards accoururent pour soutenir leur camarade : les bourgeois vinrent au secours de l'aubergiste : les sabres furent tirés. On jeta des meubles par i< fenêtres. Le commissaire déploya son écharpe; la garde nationale, appelée par les tambours, se présenta pour calmer l'effervescence. Les récalcitrans s'étaient barricadés dans le l>;il : on enfonça la porte. Frédéric luis;» une bouteille sur la tète du commissaire, el précipita
le lieutenant de la garde nationale dans les
escaliers : ses amis le secondèrent. La collision
prit alors un caractère décisif; le tocsin appela les paysans : tout fut sur pied en un clin d^oeil. On refoula les hussards dans leur caserne, où Ton voulut mettre le feu; les carabines allaient jouer leur rôle, et, sans la promptitude et Pénergie de notre colonel , la ville devenait le théâtre d'We lutte a mort. Il se jeta dans la foule, arrêta Frédéric lui-même, et consigna les hussards dans leur caserne. Alors on fit évacuer les cabarets, et de nombreuses patrouilles rétablirent la tranquillité dans la ville.
Frédéric devait passer devant un conseil de guerre.
Ce soir-là, sur quelques indices, et par les propos de la chambrée, je compris que les soldats, furieux d^ailleurs contre les bourgeois de Lunéville, préméditaient de faire évader Frédéric. Il était aimé, et les letcs étaient exaltées par la raneunr. On se cacha de moi ;
je ne devinai pas les moyens du complot ; et, dans le fond, je souhaitai qui pût réussir.
Toutefois, je' me fis conduire au cachot du coupable.
Frédéric vint a moi vivement; puis,alaspecl des insignes de mon nouveau grade, il s'arrêta , et me fit le salut militaire.
— Frédéric, lui dis -je avec vivacité, il parait que nos affaires vont mal; mais que vous espérez faire faux-bond à la discipline.
Il tressaillit et me regarda d'un air singulier.
— Qui diable a pu vous conter Id chose , mon brigadier ?
— Est-ce vrai
— C'est vrai, me dit-il en baissant la té te.
Mais je n'avais confie le projet à personne ;
mon camarade ne peut \<>us en avoir averti,
bous nous étions juré sui l'honneur, tous
les deux, cTagir de la sorte, Fun pour l'autre ? dans le cas d^une punition qui tendrait à nous dégrader vis-a-vis du régiment.
Evidemment, dans cette réponse, il y avait la révélation involontaire d^une toute autre pensée que celle d\ine évasion prochaine par le moyen du complot de la caserne ; projet dont Frédéric (je le vis bien) ne savait pas le premier mot.
Ce mystère m^intrigua beaucoup ; je jugeai prudent de profiter de ce qu'il me croyait instruit. Je me sentais inquiet de son air sombre.
— Si tu savais te conduire, lui dis -je, tu ne courrais pas le risque de la dégradation.
— Dites plutôt si Ton savait nous conduire, répondit-il vivement. Par exemple, vous, mon sous-officier, et qui ne Fêtes que depuis mon arrestation (du moins à ce qu'il me semble, et quoique vous soyez cependant un
bon diable), est-ce que vous n'auriez pas fait de moi tout ce que Ton peut faire d^un homme? Je suppose qu'il vous eut prisTidée de m'empécher de faire des miennes. — Frédéric (que vous mouriez dit) si tu te grises, si tu te bats, s'il me revient quelque histoire sur ton compte , je ne te parle pas de toute la semaine, parce que je n'aime pas les tapageurs et les ribotteurs. — Suffit, mon brigadier (que j'aurais dit à mon tour), on mettra du bouillon de grenouille dans la piquette ! et ça n'eut pas fait un pli... Mais, bah ! ils sont la un tas de je ne sais quoi, venus de je ne sais où , qui 11'élaienl passeu lement capables de mener d<^ chevaux à l'abreuvoir, et qui se mêlent de commander à des hommes lit! je n'en veux plus !
— Vussi tu préfères !<■ boulet a la déser lion.
— Déserter, mon brigadier! déserte] moi!... Mlons donc! vous ne croyei pas ««
que vous dites. Le boulet!... Ah bien!... Celui de l'ennemi, d'accord; et ce ne serait pas de refus pour le moment ; mais celui de l'état, merci ! je n'en mangerai pas. J'ai quelque part, voyez-vous, un morceau plus facile a digérer, que je garde pour la bonne bouche; et Frédéric aura tourné de l'oeil avant de se mettre a ramer des poids de fer, comme un drôle qui n'a pas d'àme. Le boulet!!!
A l'amertume de sa parole, à son geste, je compris clairement qu'il y avait du suicide sous jeu.
Je lui pris la main.
— Causons d'amitié : je t'ai toujours donné de bons conseils, mon vieux.
— Toujours, brigadier: vous êtes l'ami du soldat; vous ferez même un beau chemin, car vous voilà lancé, et tant mieux ; vous aurez pour vous l'opinion du régiment. 11 faut qu'il y
aitautre chose, croyez-moi ,quc la tournure d un officier so lis T uniforme cl" un officier, parce que, avec une épaulette et le premier sot venu, on ne fait que de la drogue. De vieilles ganaches, qui ifont pas la science du métier, des criquet* de l'école qui ne savent pas manier le soldat, voilà notre lot. Je n'ai pas besoin de vous no Mimer les masques. Le soldat , voyez- vous, a besoin d'obéir a un ami , a un homme qui ait un peu d'intelligence dan» les entrailles; l'obéissance en esl meilleure et plus légère. On se ferait hacher pour un bon enfant qui aurait de la t ète.Le dévouemcnt,c'est Tame d'une armée . Le petit caporal comprenait la chose. D'où, voulez vous qu'il nous vienne, ce dévouement , pour des sabreursqui n'ont pas de cervelle, pour des gamins qui Font les fendans ? Le subordonne juge vite et bien. L liez les propos des chambrées; ils peu vent servir de guide a IVtal maj V un liai'4 pri on * s ii:. le prix d'un homme,
Le moindre chef qui ne vaut rien démoralise une compagnie toute entière plus vite que la bravoure et la mitraille de Fennemi. C'est une honte de se sentira la merci d'We mâchoire ou drun singe savant, qui prend en grippe les gens de cœur, et qui les embête a satiété, sous prétexte de la discipline. La discipline î c^est un excellent prétexte pour couvrir une foule de lâchetés. La conduite de ceux a qui on en veut n^est jamais bonne ; il y a toujours a reprendre dans leur tenue. Est-ce que vous croyez à Finsubordination ? Alors , pour s^étourdir sur la rage d^être le jouet cFun imbécille, on prend sa revanche au cabaret, où du moins Ton commande une heure ou deux , et chez les demoiselles , que Ton f ai t vale ter d^un geste . L')i vrognerie et le bastringue, brigadier, il n'y a plus que ça pour consoler les têtes de fer que la discipline relègue au dernier rang, et qui se sont aperçus que dans leurs balles de bambocheurs il y avait
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plus de cervelle que dans les cruches de leurs officiers.
— Mais a quoi te serl donc l'intelligence , Frédéric?
— A rien, mon brigadier... Je nie trompe! a lutter sans espoir de vaincre contre la haine et l'envie cTun sot, qui a tout juste l'instinct <!<• comprendre que j'ai cent fois plus d'autorité que lui sur mes camarades ; et ceci est un fait ! S'ils sont ennuyés, je les égaie; s'ils son! abattus, avec deux ou Iroiscalembourgs, je leur remets du cœur au ventre; les fatigues, c'esl moi qui les abrège en imaginant des chansons; les corvées, Frédéric les rend faciles en prouvant! à ceui qui rechignentque c'est une misère. Je -u j> a eux, ils -ont à moi: c'esl aussi un grade ça. Mais à quoi voulez-vous qu'en temps <!<• pais j'emploie ce que vous appelez de l'intel ligence, quand un butor à graines d'épinards m' fera une joie de me persifler du malin au
soir, sans que je puisse lui river son clou? Le conseil de guerre est là , il faut ronger son frein ; on se sent le dernier des derniers. Savez-vous bien ce qu'on souffre volontiers de la part de ceux qui ont la tète près du bonnet ? C'est qu'ils s abaissent; on ne leur tend la main que pour ça. Ceux qui nous détestent seraient bien aises de nous mépriser ! Aussi n') ont-ils pour nous répondre que le pont-auxànes de la salle de police , d'où Ton sort plus mauvais , parce qu'on en sort vexé. La vie du quartier, c'est la pire. Il faut bien de l'indulgence , allez ! On ne sait pas comme ce repos fatigue , comme ce calme donne la fièvre. Toutes les tentations viennent ; il faudrait , pour ainsi dire , avoir du petit lait dans la tète et de la neige dans le sang. Sommes-nous des séminaristes? Les bonnes qualités ont leur gourme. On ne sait que punir, punir et punir! Ce n'est pas ça. Le régime de Favanie peut
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produite au boisseau des poires molles de soldats, dont on dit qu'ils sont sages comme de jeunes filles. Mais ce n'est pas avce ces demoiselles qu'on fabrique désarmées. Vile/ donc, mon brigadier, chercher un bâton de maréchal de France dans leur sabredache! vous n'y trouverez que de Ponguent pour les brûlures.
— Diras-tu ces raisons la devant le conseil de guerre ?
— Je ne lui dirai rien ; je n'irai pas.
— Tu iras, Frédéric; tu iras, si je l'en prie ; m je te dis que la ebose prendra une bonne tournure. Est-ce que dans le fond tu regardes ta conduite comme irréprochable?
— Non!... non, mon brigadier ; e'ot me croire pire que je ne le suis. Tenez! letmesl un mauvais cheval qui emporte soi) cavalier a travers la campagne ; mais, ^'il faui mettre le cœur sur la main, le cavalier a toit de ne pas laisser la betc a l'eeurie. .le VOUS dirai
cependant que c'est une grande consolation cjue le vice, et que, les trois quarts du temps, le peuple militaire n'a que celle-là ; et puis, tout le monde en use. Les amourettes, la bouteille et la gaudriole, ça gouverne jusqu'aux moines. Vous le savez bien ; vous venez de la guerre d'Espagne. Nos officiers jouent, et jouent gros jeu, parce qu'ils ont le gousset bien garni ; ils sont reçus dans le beau monde, et se grisent décemment (pas tous) avec du meilleur. Leurs princesses ont un autre maintien que les nôtres, je l'avoue ; ce sont les femmes des bourgeois les plus hupés, des femmes honnêtes ! Entre mon colonel et moi, par exemple, il y a la finesse du drap de Fhabit, ça fait une terrible différence. Il a jeté, l'hiver dernier, un mari par la fenêtre, et la chose s'est pacifiée avec de l'argent. Par suite, il continue tranquillement de promener la femme, parce que le mari boite. Moi, j^ai
démis le bras d'un méchant cabaretier il< malheur, qui s'avisait de courir sur mes bii sées ; de fil en aiguille la chose est devenue du vilain, et je suis passible du conseil de guerre, qui me démontrera ( ce que je sais mieux que personne ) que c'est fort mal. 1 n soldat ne doit pas se conduire comme un colonel, rien n'est plus clair. Eh bien ! c'est un petit inconvénient, el qui portera son bruit. Mes cai naïades en concluront que. pour avoir un vice, il faul avoir un grade . que plus on monte plus on s'en donne, et que jusque là on doit prendre patience. Or, la patience est une qualité du tempérament dont monsieur mon père n a pas eu le (génie de me faire cadeau en me mettant au monde. Chacun sa nature et sa destinée ' Je me mus dit en retour nant le numéro de conscrit : — Il faut «pie je sois colonel, ou qu'on me fusille.
— El ta mèr<
Il frappa du poing sur la table et se leva ; ses narines tremblaient . Il ne me j eta qu'un regard , mais ce regard était effrayant ; puis , il alla se mettre , en faisant un demi -tour , contre rembrasure de la fenêtre , et tambourina de ses ongles contre les vitres. Il y eut un silence entre nous deux. Je Fentendais souffler avec force pour étouffer son émotion ; pétais aussi ému que lui. Il me dit enfin d^une voix sourde , et sans se tourner vers moi, quoiqu'on faisant trembler sa main en arrière
— (Test mal , c^est très-mal , brigadier , ce que vous venez de me dire. Saurais donné je ne sais quoi pour ne pas y songer dans ce moment. Ne voyez- vous donc pas qu'une fois sous le drapeau , il îTy a plus de raison qui tienne ; sVtourdir est la première nécessité. Je voudrais avoir une bouteille dVau-de-vie Je me
griserais:...
— Ecoute! lui dis-je , en lui frappant suj F épaule avec mystère
Il se tourna tout cTune pièce , la niain au front.
— Mon brigadier !
— Ne fais pas de bêtise avant que je t'aie revu. Tu me comprends.
— Je vous comprends ; mais vous me donnez votre parole...
Il me fit un geste significatif. Il avait le re gard êtincelant, le doigt sur la bouche.
— Je te la donne.
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Y minuit, jetais avec le colonel; nous étions seuls ; il m'écoutait en silence. Je lui dis tout, les projets de la chambrée , ceux de Frédéric, mes inquiétudes, et l'espérance que je fondais sur une évasion qui dépendait cependant de trop de chances pour que tout 1< nn>ml< le olonel surtout^ y mît pas de la bonne volonté
Le colonel se promenait tristement. Il ne perdit pas un mot de mon récit. Je n'ai pas perdu un mot de sa réponse.
— Ce malheureux n'est pas à sa place, c'est vrai; tout ce qu'il vous a dit est fort juste. Souvent je me suis dit la même chose. Ce n'est pas la première fois que ces contrastes me frappent; mais Tordre n'est pas assez large pour que tout le monde s'y mette a Taise, et, tout bien considéré , les dissonances particulières disparaissent devant Tensemble et le but. Dites-moi, Prosper, mettrons-nous les armées en république ? Les pelotons , a l'heure du boute-selle, se fractionneront-ils en clubs pour délibérer sur la question d'aller a l'ennemi ? Non sans doute. En tout temps , sans l'obéissance passive , je vous le déclare, je ne reconnais pas d'esprit militaire ; car je ne vois plus, si le frein se brise, de victoire possible sur le champ de bataille. Il faut façonner le soldat
pendant la paix , il faut le façonner à tout prix. Cela est froid , dur , inhumain ; mais cVst le sl\le de la nécessité. Elle nous commande. Je n^ai pas fait la société. Le bien , croyez-moi , n'est pas innocent de tout reproche ; je ne sais rien de pur par lui-même. On crie contre la guerre, mon ami, et, comme un autre, vous le savez , quand le territoire , quand le drapeau national ne sont plus menacés , j'évalue avec effroi, devant ces décombres qui fument, et près de ces blessés qui demandent en grâce qu"on les achève , ce qu'il y a de sang humain dans les torsades <Tune épaulette. Mais il \ a quelque chose au-dessus de L'humanité : c est le devoir. Sa rigidité s'adoucira s'iib douté avec le progrès des mœurs. Cependant , entre nous, pour arriver à la civilisation absolue, Tespoir de. tout bon citoyen, dont je me berce comme un autre, et qui n'est peu! être qu un rêve de Ion! pour atteindre cet avenir oti le
genre humain posera généralement les armes, doit-on, peut-on s'avancer en désordre ? Tenez! jeune homme , les plus ardens déelamateurs n'oseraient le dire ; ils avoueraient au moins que Tannée existe par d^autres maximes. Eh bien ! en attendant le jour des réformes, il faut vivre sur le fonds commun des lois qui nous réglementent. Est-ce notre faute, après tout , si les mailles du filet sont plus étroites pour les subordonnés? la supposition contraire est inadmissible. Je ne plaide pas pour les vices de mon grade, et, peut-être, devrais-je être a la place de cet homme : peut-être devrait-il être à la mienne. Il est énergique et brave ; il n'a que les torts de la bravoure, deFénergie. C'est une intelligence qui s'est mise en révolte , parce qu'elle était méconnue. Et toutefois, avec une exception à son égard , oii irions-nous ? Voici ma réponse a votre prière: pesez-la bien. Je donnerais plutôt ma démission qu'un funeste
exemple. J'éprouve un vif intérêt pour le coupable ; mais je dois conserver Pesprit du régiment. Le devoir , Prosper , nYst qu'une suite de sacrifices , vous ne le saurez que trop tôt ' Il y a des positions interverties, et. par suite, des caractères que cette interversion fausse ! Us doivent accepter la responsabilité de leurs malheurs. Je ne sais ce qui sérail arrivé de Mandrin , né sur le tronc de Louis \\ et de Louis \\ , déserteur et contrebandier : les conjectures sont pour Mandrin. Mais, les rangs une fois pris , c'est aui risques el périls individuels. On ne peut épargner le conseil de guerre .» Frédéric. La chose est sans remède. La hiérarchie, comme tous 1rs princi] es i se victimes. Je comprends hien ce qu'il médite et c'est déplorable ! Mais qu"\ foûre
Je sortis désespéré.
surlendemain nous sur ion h i onvoi
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de Frédéric : on ne le conduisit pas à
Féglise
Frédéric Morand Savait point voulu passer devant le conseil de guerre*