‹ La valise noireChapitre 21 sur 52 · Oliviedo, chap. x du Sommaire de VInde occidentale · texte numérisé non relu

Oliviedo, chap. x du Sommaire de VInde occidentale

Us commençaient à en agir de même avec les Florîdiens, lorsque les navires du capitaine de Gourgues parurent au bas de la rivière de Seine. En reconnaissant qu'ils étaient Français, les naturels accoururent, et, le capitaine étant débarqué, ils lui présentèrent Pierre de Bré, qui, lors de la prise de la Caroline par les Espagnols, s'était échappé avec neuf autres, et avait trouvé asile chez . Saturiova.

Ce jeune homme raconta au capitaine comment ses compagnons et lui avaient visité une partie de

la Floride, passant de larges rivières sur des branches d'arbres liées avec dés écorces, s'ouvrant une route dans les forêts au moyen du feu, et a cheminant presque toujours par les cgarrées pour éviter les embûches *. » Ils étaient arrivés de cette manière au pays du parakousse d'Apalache, dont ses compagnons avaient été tellement charmés, qu'ils y étaient tous restés, sauf un seul qui avait consenti à revenir avec lui. Il ajouta de grands détails sur les Espagnols, qui étaient au nombre de quatre cents, et distribués dans trois forts bien armés.

Comme il achevait, on vit arriver Saturiova avec sa suite. Il présenta son arc au capitaine en signe d'alliance, le fit asseoir à sa droite, sur un siège de bois de lentisque garni de niousse, et se mit à lui raconter, au moyen d'un interprète, toutes les injures qu'il avait eu à souffrir des Espagnols. De Gourgues répondit qu'il venait pour les chasser à jamais du pays, ce qui fit pousser de grands cris de joie aux chefs de villages qui étaient présents. Tous jurèrent,

i. Rochefort, p. 420.

en levant les maios, qulls seconderaient les Français selon leur pouvoir. On apporta la cassine *, qui fut bue en grande cérémonie; puis Saturiova se retira, avec promesse de se trouver le lendemain à un lieu convenu pour le rendez-vous.

Les Français l'y rencontrèrent effectivement, suivi d'une troupe nombreuse de jeunes guerriers, l'arc à la main et le brassard de plumes attaché à l'épaule *. -Leurs chevelures étaient garnies de flè-' ches armées d'arêtes de poissons, d'ossements aiguisés ou de pierres tranchantes. Ils se dirigèrent avecde Gourgues vers la rivière de Mai, où les forts étaient bâtis. Olocotara^ neveu du parakousse, marchait en tête prés du capitaine, tenant une pique

1. « Breuvage composé de certaines herbes, lequel ils ont accoutumé prendre quand ils vont en lieux hasardeux, parce qu'il leur ôte la soif et la faim pour vingt-quatre heures. > (Les- CARBOT, liv. !•', p. 128.)

2. « Pour ne point se blesser le bras gauche avec la corde de Tare lorsqu'il se détend, les Floridiens couvrent ce bras depuis le poignet jusqu'au coude d'un brassard de grosses plumes retenu par une courroie. » (L'Inca Garcil asso de la Vega, liv. I*% p. 15.)

7i AU BOUT DU MONDE

à h m»in, et chantant son hymne de guerre, et chaque fois que revenait ce refraii^ :

Les hommes de mer * sont des lâches ; Nous ayons échappé au tranchant de leurs épëes Et aux dents de leurs chiens.

Les hommes de mer sont des lâches; Ils iront nourrir les poissons de la rivière;

tous les guerriers le répétaient ensemble, puis poussaient un grand cri *.

Ils arrivèrent ainsi en face du plus petit fort. De Gourgues ordonna à ses gens d'attacher leurs fourniments aux morions et de tenir leurs arquebuses élevées; puis, passant la rivière à leur tête, il attaqua si brusquement les Espagnols, qu'ils eurent à peine le temps de se mettre en défense. Un de leurs canooniers tira pourtant deux coups de couleuvrine qui tuèrent plusieurs Français. 11 allait recharger

1. Us donnaient ce nom aux Espagnols, parce que c'étaient les premiers Européens qui étaient arrivés par mer sur leurs côtes.

2. L'inca Garcilasii» de l^ Vegw » eeajndc pani« , liV, ïV", f. SOS.

LE BRÉSIL. — LA FjLORIDE 75

cette pièce pour la troisième fois, lorsque Olocotara se replia sur lui-môme, ferma les poings et étendit les bras, comme s'il eût voulu essayer la souplesse de tous ses membres *, puis, s'élançant vers la palissade, il réussit à atteindre la plate-forme, courut à l'Espagnol, qui approchait déjà la mèche du canon, et lui passa sa pique au travers du corps. Les assaillants se dirigèrent ensuite vers le second fort, qui était séparé du premier par la rivière. Tandis que de Gourgues la traversait en bateaux, les Floridiens se jetèrent à la nage, se tenant, selon l'usage % quatre de front, et portant sur leurs épaules un guerrier prêt à lapcer se§ flècljes. Mais les Espaguols ne firent qu'une hihle r^sistance^ et furent preîjque tous mçissacrés en fuyait.

i. « C'est la coutume ordinaire des Indiens quand ils veulent entreprendre une chose où il faut de la vigueur. » (L'ïnca G4PÇILAW, liv. H, p. i?9.)

Page 1