‹ La Vallée de l'Outaouais [microforme]Chapitre 2 sur 11 · LA RIVIÈRE OUTAOUAIS · texte numérisé non relu

LA RIVIÈRE OUTAOUAIS

La vallée de l'Outaouais, laissée dans l'ombre pendant trop longtemps, à en revanche considérablement attiré l'attention publique depuis quelques années. Son‘immense étendue, ses bois incom parables, ses exploitations forestières, ses richesses minières, la fer. üilité de son sol, ses ressources naturelles de toutes sortes, la part qu’elle a prise au mouvement en faveur des chemins de fer, l’importance que lui réserve le chemin du Pacifique et le canal de l'Outaouais, qui se construira inévitablement, ont avec raison con. vaincu les moins optimistes du brillant avenir qui lui est dévolu.

Cette magnifique région couvre une superficie de plus de 89,000 milles carrés, et a une étendue territoriale plus grande que la plupart des états américains, Ainsi, New-York ne compte que 50,519 milles carrés ; la Pennsylvanie, 46,000 milles carrés ; l'Ohio 40,000 milles carrés ; l'Illinois, 55,405 milles carrés ; le Michigan, 56,243 milles carrés; le Wisconsin, 56,000 milles carrés. Cette vallée peut donc donner asile à des millions d'habitants,

Elle est sillonnée par la rivière de l'Outaouais, qui, par son étendue, le volume et la profondeur de ses eaux, ne le cède qu’au fleuve St. Laurent. Notre grande rivière prend sa source à l’endroit connu sous le nom üe ‘“ hauteur des terres,” et après une course de plus de huit cents milles, elle vaise jeter dans le St. Laurent, à seize milles en bas de Montréal. Elle est très sauge mas et

RS 2 greg

semée de rapides, de cascades et d'îles de toutes grandeurs, qui lui donnent l'aspect le plus pittoresque.

Depuis sa source, l'Outaouais prend une direction tantôt nordouest, tantôt sud-ouest, puis après maints détours capricieux, il forme l'immense nappe d’eau appelée le lac Témiscaming. Il est interrompu ensuite par plusie“1rs rapides, puis il reçoit successivement les eaux des rivières Blanche, Montréal, Keepawa, Maganasippi et du Matawan qui devra servir de canal plus tard pour relier le lac Huron à l'Outaouais, et de débouché au commerce de l'Ouest. Il continue de former une série de rapides dont l’un, la “ Roche Capitaine,” a une réputation plus qu'ordinaire dans le monde des voyageurs. et l'autre, les “ deux Joachim,” se précipite d’une hauteur de vingt pieds avec un effet admirable. Ce dernier est tellement tourmenté qu’un radeau de bois ne saurait le franchir sans ètre mis en pièces.

L'Outaouais après avoir suivi une ligne droite sur un assez long parcours, se resserre tout-à-coup entre des masses de roclrers d’une grande élévation et coupés à pic. Cette partie porte avec raison le nom de Rivière Creuse, car les eaux y sont d’une grande profondeur.

Plus loin, il forme le magnifique lac des Allumettes, au milieu duquel se dresse un groupe d’ilots couverts d’une riche verdure, et qui, de l'avis de plusieurs touristes, surpassent en beauté les célèbres Mille Iles du St. Laureat. La grande île des Allumettes renferme déjà plusieurs paroisses formées par une population moitié française et moitié irlandaise, qui doit être d'environ 2,500 habitants. Elle comprend une vaste étendue de terres fertiles dont une bonne partie est cultivée.

Le lac Coulonge se trouve à quelques milles plus bas, puis l'on admire la belle île du Calumet, qui a une longueur de vingt-cinq milles. Cette île est depuis longtemps habitée, et la moitié de la population, qui doit être d’au moins 1,500 habitants, est d’origine française. En 1860, les terrains en culture embrassaient un rayon de 3,467 arpents.

Après une série de rapides on alteint le lac des Chats, dont la longueur estue seize milles et la largeur de deux à six milles Plusieurs rapides séparent encore cette nappe d’eau du lac Des Chènes, qui se trouve à quelques milles de la grande chute des Ghaudières, laquelle décharge, aux hautes eaux, un volume d’eau, par minute, égal à 7,467,360 pieds cubes.

L'Outaouais coule ensuite jusqu’en: bas de Montréal, à l'endroit de son embouchure dans le St. Laurent, interrompu par plusieurs rapides que l’on 4 tournés pour la plupart au moyen de canaux.

Il est grossi sur tout son parcours par les eaux de plus de vingtcinq tributaires, dont plusieurs sont aussi considérables que quelques-uns des grands fleuves de l’Europe. Les vlus importants, en outre de ceux que nous avons déjà signalés, soat les rivières Du Moine, Coulonge, Madawaska, Noire, Mississipi, Bonne Chère, Petewawee, Rideau, Gatineau, du Lièvre, la Petite Nation, Rouge, Blanche, du Nord et autres,

La Gatineau seule a une longueur de plus de trois cents milles et arrose une étendue d'environ 10,000 milles carrés. Elle prend naissance, nou loin de l'embouchure de l'Outaouais, dans un lac beaucoup plus grand que celui qui alimente la grande rivière, M. Olivier Lachance, un intrépide covreur des bois au service de M, Gouin, lun des principaux exploilants de bois du pays, a fait dernièrement tout le voyage à travers les forèts du nord depuis le Saguenay jusqu'aux sources de l'Outaouais et de la Gatineau, fl raconte qu'il a été jusqu'a la tête de cette dernière rivière, ou comme il dit, jusque dans la tête aes cheveux, et qu'il a vu la place où il aurait pu prendre l’sau de l'Outaouais et de la Gatineau dans son écuelle. La rivière Petewawee a ane longueur d'environ 140 milles; la rivière Noire, de 130 milles, et la rivière Coulonge de 160 milles. Les autres affluents de l'Outaouais ont une étendue moyenne de 130 milles.

Une rivière aussi accidentée doit offrir naturellement des diffcultés considérables à la navigation, Cependant, dans sa partie inférieure, depuis Ottawa jusqu'au Bout de Pile, les bateaux à vapeur peuvent franchir librement cetle distance au moyen des voies artificielles que l'on a exécut$es à Grenville, à la Chute à Blondeau et à Carillon.

Afin de faciliter la navigation et répondre aux besoins croissants du commerce, le gouvernement travaille depuis quelque temps à l'agrandissement du canal Grenville, qui aura les dimensions du canal Lachine. Les travaux de creusage et d’élargissement ainsi que la construction de nouvelles écluses seront terminés d'ici à deux ans.

Au pied du canal Carillon, on projette tres sérieusement de barrer la rivière à cet endroit, qui est large d'environ 1,700 pieds. On croit que ce grand ouvrage en refoulant l'eau aurait pour effet d'en élever le niveau de 12 à {9 pieds et de faire disparaitre ainsi la Chute à Blondeau, six milles plus haut. On construirait à l’une des extrémités du barrage, sur l’une ou l'autre rive, à Carillon ou à la Pointe Fortune, un canal d’un demi-mille de long, et au milieu, une glissoire pour la descente du bois. On croit que cette magnifique amélioration, qui a ëlé suggérée par M, Walter

Shanley, croyons-nous, rendrait inutile le canal de la Chute à Blondeau et deux milles de canai à Carillon. On en porte le cofit à $8400,000.

Il est aussi question de reconstruire l’écluse de Ste, Anne et d'approfondir le chenal qui y conduit,

La navigation est plus difficile dans la partie supérieure de !'Ou aouais, où, à l'exception des glissoires qui ne servent qu'à la descente du bois, on n’a pas encore créé de voies artificielles pour tourner les rapides. Cependant, les bateaux à vapeur d'un faible tirant d’eau naviguent maintenant sur certaines sections jusqu'au Rocher Capitaine, et il n’est pas impossible qu'ils s'avancent encore plus loin. Jusqu'à cette année, ils ne dépassaient pas :e rapide des deux Joachim.

Il paraît que le gouvernenent a l'intention, cependant, de com mencer l'amélioration de la partie supérieure de la rivière en faisant Construire à la chute de la Culbute, en amont de l'Ile des Allumettes, sur la rive nord de l'Outaouais, de grandes écluses en bois semblables à celles que l’on exécute à Grenville. Il est à désirer que cette amélioration se fasse, et ne soit que le commencement de travaux plus importants pour rendre l'Outaouais navigable, sur tout son parcours, depuis l'embouchure de la rivière Matawan.

Les excursions dans le haut de l'Outaouais commencent à devenir de mode et avant longtemps les touristes s'y rendront en grand nombre. On s’embarque à bord du bateau à vapeur, à Aylmer, à neuf milles de la capitale, et on franchit ainsi, tout en subissant de temps à autre les inconvénients du ‘“ portage,” environ cent cinquante milles, à travers l’un des pays les plus pittoresques que l'on puisse voir. La nature offre sur tout le trajet une série de tableaux extrêmement riches et variés, qui se déroulent en un long panorama. Sur la verte bordure de la forêt se détachent de temps à autre de jolis etflorissanÿs villages, tels que Pembrooke, Portage du Fort et autres.

Page 1