‹ La vallée de la Matapédia [microforme]Chapitre 1 sur 7 · La vallée de la Matapédia [microforme] · texte numérisé non relu

La vallée de la Matapédia [microforme]

La vallée de ia Matapédia est une belle et feitiie zone qui s'étend depuis les dernières concessions des co.ntés de Rimouski et de Matane, dans le bas Saint-Laurent, jusqu’à la rivière Ristigouche qui se jette dans la Baie des Chaleurs. Celle-ci est un profond estuaire, large d’une vingtaine de milles au moins, qui sépare la partic orientale des deux provinces de Québec et du Nouveau-Brunsnwick, et dont les eaux vont se mêler à celles du golfe Saint- Laurent, après un cours d’une centaine de milles, à Din de l'embouchure de la Ristigouche.

Au point de vue géographique, la vallée de la Matapédia, proprement dite, se borne au territoire arrosé par la rivière de ce nom et les quelques affluents qui l’alimentent ; mais on lui rattache communément une grande partie de la région dite “ de Témiscouata ”, qui l’avoisine et

laquelle elle se trouve si intimement liée qu'il est impossible de les séparer l’une de l’autre, pour les fins de la colonisation.

La rivière Matapédia prend sa source dans le lac du inême nom, sous le 48e 40 de latitude nord. Après un parcours d’une soixantaine de milles environ, elle va se jeter dans la rivière Ristigouche. En ligne droite, on évalue à 42 milles la distance entre l’extrémité sud du lae Matapédia et l'embouchure de la rivière, au 47e 59 de latitude nord, méridien de Greenwich.

L’étendue de territoire arrosé par elle et ses afluents est d'environ 1300 milles carrés, soit 832,000 acres. Sur ce chiffre, on compte 775 milles carrés livrés à l’industrie forestière et répartis entre divers concessionnaires qui exploitent principalement le cèdre, lépinette blanche, le sapin et le bouleau.

Réduite aux proportions purement géographiques, la vallée de la Matapédia est loin d’avoir l'étendue ou l'importance de vallées telles que celles du lac Saint-Jean, de POutaouais, du Saint-Maurice ou mème de la Chaudière, mais c’est une magnifique région agricole, éclose . d'hier seulement à la colonisation, recherchée de plus en plus tous les jours à mesure qu’elle est connue davantage, capable de nourrir aisément une population de trois cent mille âmes et offrant des avantages exceptionnels d’établissement.

La vallée de la Matapédia tire en outre une bonne partie de sa valeur de sa position unique entre les deux provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick, dont elle est en

<d " | Da th TT AN LEFT E" 1" PAT IT tu 1 Ta + Ï HELA CLP | TH l LAIT î D, Fortin HU | 1411" GTA Ce l \u qi ‘ Ll l 1 UEE RUE | ; ] ll (PONT pu A pet TL j 141 1 | WU 1} OUR Or DATENT OT | UT r! tir 114004 11 | A AU PRRFA TTL NT OT | nil fT L YIvUl | [Al AU Lu TD Tru 1113 ' ui ju! lu HONOR LP TCER UE ELA L ONCE EU (2 | 1 \u Ant A 11 : iH(?

COQ Ur TTL ATH i] tre At trat Î (in (b FO TTL LRO Ÿ LUI LPO EEE FTATT EN CUITE PETER LP vuléo 1 il Matin INT al tant il nt AATENAUNTT AIT BEC HUIT ii À (184 ni (le : #'U ï lo lit Le | TI {48 CG IT ET 11 NE ligne | Ant PATTENTT LOTON TE 111 VE DA TI mn Mort LE '& Ÿ 0 | 0] fi 1 Î ; ti Fe 11 1 DPI AU pire. tits lotlire L'FENL " HFANCCARANI AT EITNTETR ANAL THE ; ere ATEN, nn il CUILTUT Nr fu Fill fut IT FTLTO ETES OL LL T ETEE DE CANTONS tu SUMRET ECS TORTUE

Lise Ad

La darthrns url ANT ON EL is cet out tuant partie do aa valent su pros coupe Ctrolnedonx provhiios le Québor URL on qui Puuriesick. «ont all out (pl

VIAHAVI DY'T'TIA

ms EE

DE LA MATAPEDIA 5

quelque sorte le trait d’union et l’attache indispensable. A travers son &-rritoire passe le seul chemin qui conduit, non seulement à la province maritime que nous venons de nommer, mais encore aux établissements très nombreux, considérables et prospères qui forment le littoral de la Baie des Chalcurs, jusqu’à la limite orientale de immense comté de Gaspé.

Elle est traversée, dans toute sa longueur, par le chemin de fer intercolouial, et elle est sur le chemin de la grande route maritime et continentale qui, dans un avenir rapproché, reliera l'Atlantique aux grands lacs de l'Ouest par le port de Paspébiac, sur la Baïe des Chaleurs.

Dans un avenir non moins rapproché, enfin, la vallée de la Matapédia va se trouver rattachée, en droite ligne, par un autre chemin de fer, à celui de Témiscouata, qui met en communication tout le littoral du Saint-Laurent, entre les comtés de Kamouraska et de Rimouski, avec la province du Nouveau-Brunswick. Ce chemin de Témiscouata n’est, à proprement parler, qu'un tronçon d’une grande ligne future qui reliera Kaint-Jean, la capitale de la province néo-brunswickoïise, au réseau multiple des lignes qui parcourent tout le continent américain.

IT

La vallée de la Matapédia fait partie de cette riche zone territoriale qui s’étend, en arrière de la chaine souvent interrompue des Alléghanys, entre les lacs Squatteck, près du grand lac Témiscouata, et l'embouchure de la Ristigouche. Cette vaste étendue de pays, qui forme un plateau continu, dont les ondulations se suivent indéfiniment sans

6 LA VALLÉE jamais dépasser un niveau uniforme, ne contient pas moins de treize cent mille acres de terre arable, d’une qualité supérieure, qui n’est surpassée dans aucune autre partie de la province, On l’assimile généralement aux plus belles parties des cantons de PEst, tant au point de vue du climat qu’à celui du sol, ce qui veut dire qu’on la reconnaît comme éminemment propre aux établissements agricoles, sur une échelle variée.

Cependant, aucune fraction de ce fertile territoire n’a encore été livrée à la culture, si l’on en excepte les deux rives de la Matapédia et le voisinage immédiat des lacs dont nous venons de parler,

La colonisation n’y est pas encore parvenue ; elle à été arrêtée par la chaîne des Alléghanys, qui r’ottre pas abondamment de passages faciles en arrière des paroisses riveraines de notre grand fleuve, en sorte qu’on à ignoré jusqu’à une date encore toute récente quelle était l’étendue et la valeur de ce beau domaine. Le défricheur n’y avait pas pénétré ; seul, le bûcheron y avait promenéses ravages pour le compte des marchands de bois, qui ont à peu près dépouillé toute la région de ses meilleures essences forestières. Si le colon, découragé de ne trouver qu’un sol avare dans les vallons des Alléghanys et fatigué déjà, peutêtre, d’une lutte sans espoir pour assurer la subsistance de sa famille, avait eu la force de franchir la chaîne, il se serait trouvé en présence du plateau que nous venons de signaler et dont ie sol, partout généreux, exempt de roches, d’une culture facile, lui aurait permis de fonder

DE LA MATAPÉDIA 7

une demeure heureuse et de mener la noble et libre vie de l’homme des champs.-—La désastreuse émigration des Canadiens aux Etats-Unis aurait pu être combattue suffisamment pour l'empêcher de devenir un véritable fléau, et nous aurions vu s’accroître proportionnellement la population et la richesse de notre province ; mais il est temps encore d'appliquer un remède salutaire en faisant connaître et en faisant valoir les endroits où la colonisation peut se porter avec certitude de succès et de prospérité. C’est vers ce but que tendent aujourd’hui les efforts des esprits généreux qui mettent le patriotisme dans les faits, dans l’étude et la vulgarisation des connaissances éoncernant chaque région en particulier, de façon à ce que défricheurs et colons, également, sachent d'avance où se diriger et quel parti ils pourront tirer promprement des endroits qu'ils auront choisis pour y créer des foyers nouveaux.

La colonisation ayant été, pendant de longues années si étrangement organisée et conduite dans notre province, ses méthodes ayant été si peu comprises, elle-même si détournée de ses fins et dénaturée au point de mètre, dans bien des cas, qu’un instrument aux mains des spéculateurs politiques, on a négligé de donner sa pleine et entière efficacité au seul moyen qui aurait pu arrêter le dépeuplement de nos vivilles paroisses, en fournissant aux colons toutes les facilités de parvenir aux domaines encore vierges de la couronne et de s’y établir. Ceux des nôtres qui, de découragement, abandonnaient les anciennes demeures familiales, pour aller chercher leur subsistance

aux Etats-Unis, ne connaissaient pas les richesses que renfermait le plateau intérieur des Alléghanys, et, les eussent-ils connues, que cela n'aurait été pour eux d’aucane utilité, puisqu'il n’y avait aucun chemin qui conduisit à travers la chaîne de montagnes et qu’ils n’eussent pu en frayer un eux-mêmes,

Mais notre province, qui occupe dans la confédération ‘anadienne une position incomparable, n'a guère été connue jusqu’à nos jours, même de nos propres nationaux, et ne comñmence-t-elle à l'être que vaguement par les etrangers. L'étude géographique en a été déplorablement négligée, les explorations méthodiques ont fait défaut ; les gouvernements, quels qu’ils fussent, n’ont pas semblé comprendre un seul instant la valeur et la portée de travaux qui eussent dévoilé tout ce que notre sol recèle de richesses inexploitées, et quels larges champs il peut offrir de toutes parts à une vigoureuse et saine émigration ; mais aujourd’hui, heureusement, un grand effort va être tenté dans ce sens ; on a enfin ouvert les yeux sur la nécessité absolue de faire une publicité sérieuse qui vulgarise les notions indispensables sur notre pays, et le département de l'Agriculture et de la Colonisation commence, dès maintenant, la publication d’une série de brochures substantielles, consacrées chacune à l’une des régions fertiles de la province.

En outre, des circonstances d’une importance extrême, eomme la construction du chemin de fer Atlantique et Lac Supérieur et celle du chemin de Témiscouata à Matapédia, ne vont pas tarder à porter leurs fruits.

L’attention du public va être irrésistiblement attirée vers la portion du pays dont nous traitons en ce moment ; sans doute il va en résulter un fort courant d’émigrat'on,

DE LA MATAPÉDIA 9

soit de nos vieilles paroisses, soit de l'étranger, soit même de quelques-uns des centres canadiens des Etats-Unis, vers lesquels se portent incessamment nos regards, que notre sollicitude n'abandonnera jamais et dont nous ne cesserons jamais de désirer le retour au fover national,

La vallée de la Matapédia, comme nous l'avons dit ci-dessus, comprend une superficie d'environ 1300 ruilles, En y ajoutant la région de Témiscouata, qui l’'avoisine immédiatement et qui se développe sur une étendue de deux mille trois cent milles, on p:ut dire que cette importante fraction de notre pays forme une région agri cole, remarquablement fertile, d'à peu près 3600 milles en superficie,

En ligne droite, la distance entre le lac Témiscouata et l'embouchure de la Matapédia est de 80 milles On remarquera qu'une ligne droite, tirée entre ces deux points, passe en grande partie sur le territoire du Nouveau- Brunswick, mais ce west pas 1à tre en pays étranger, et les conditions de tenure des terres sont À peu près les mêmes dans cette province et dans la nôtre, An reste, les Canadiens-français semblent être chez eux dans toute la zone limitrophe entre leur province, d’un côté, et, de l’autre, le Nouveau-Brunswick el l'Etat du Maine.

Dans les chiffres que nous venons d'indiquer, relativement à la région du Témiscouata, nous sommes restés entièrement dans la province de Québec, et nous avons calculé l’étendue de cette région dans les limites com-' prises entre le lac Témiscouata à l'ouest, la frontière de

la province au sud, les premiers cantons des comtés de Témiscouata et de Rimouski au nord, enfin le bassin proprement dit de la Matapédia à l’est. Cela nous donne, comme on vient de le voir, une superficie de 2,300 milles arrés, dont la quantité de terre arable a été évaluée par un arpenteur à un peu plus de 1,300,000 acres et peut nourrir à l’aise une population de 200,000 agriculteurs.

. Lorsqu'on pénètre dans les dernières concessions de la seigneurie de Rimouski, on se trouve au milieu d’un pays extrêmement accidenté, où le chemin consiste en montées et en descentes presque ininterrompues, sans que l'œil aperçoive, aussi loin que la vue peut s'étendre, aucune succession de montagnes, mais seulement des monts isolés et des soulèvements du sol plus ou moins accusés. La chaîne des Alleghanys a subi en cet endroit une dépression prolongée et s’est affaissée, comme pour ouvrir un passage à la vallée de la Matapédia et offrir une route naturelle entre les deux provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick,.

En arrivant au village de Saïint-Donat, les collines s'éloignent peu à peu et l’on entre dans une vallée ou l'horizon s'élargit et où l’espace redevient libre. On remarque que, de tous côtés, les terres semblent produire abondamment, et l’on constate une égalité d’aisance qui répand comme un parfum de bonne habitation sur tout le parcours du chemin. |

On continue, et après avoir fait environ neuf milles de plus, on voit se dessiner devant soi, sur les bords de la

163 | 201 000 CS OVH EN VE DM D

Lis Provinre at sud, les Dreniors Canoe babes A lenfisconntn sue Rimouski A nr pp 10 het propre NL" nf uit leds Ntatapét tit his EN RTE UR ton LINE Cats, COIDILNHE CHI mont dd (2) Voir un surtt fl CRAQUE ENIB TER dontola unit derriere lues AO Eur

He atpontonr dit peu nie Le SUD Eros" It HALRE A

ROULE a ie ho populaire il MAHTEAETETE MU TR Hotrra:

xy

1 DETTE 1 DONMErE PRIT lve tent LUS Gi GA Hair TE fil STI TOR CUT ON TON CO TOUTES QT TIR DOS PEUT LTCETTT RIT Belin hay ei tClunent ucetd 11 4, ui fus rain stiel Aféill Litt} El i

Un rates op PULL TE ARE TT d F

perte ist Joie Ge mnt Ste tres "En on rfi session montre . MM IUT TAnIIT FU TUE) SurtU tes sotieveneénte di sul RIEEN NT LOT ITE es TA abaine (Le " AS “le LR + NE Vu l Toit rte AYLEL pre sort prolongée ti EE HEURE: (he HOTTE poun RTORUE 1114 pisage de valide Mate ot Poe Tue rot nt lire 0 nt LIN ire ie nbhre, Lu Nouvonu Prime Tu, | |

En ira allie Suntbonarntles motte séloienont peu Ù pri soon, ere tie une vallée ou Horizon slaeoit LUTTE LE osent next tas "(#}) nomArqUe (FRAIS RATE tés lus la res sathDlent protivo abondarament, 06 [0 vonstite ne doglité Laisanee qui puit Leone di prrttatit (le GISLTS habit: tion aitu le p* LEGO PA ut élen tir

Qui continue, et apres avoir but ouvirounonf milles de

ph où voit se ARE OUT ant TOR sur les Eur fe id”

VIAHAVLVN SIXA'IV-LS HHOV'TTIA

DE LA MATAPÉDIA Il rivière Métis, la pittoresque et gracieuse paroisse de Sainte-Angèle, qui est le joyau de cette contrée ct qui doit À sa position géographique d'être comme un centre d’où la colonisation rayonne dans toutes les directions. Sainte- Angèle, en effet, située sur la rivière Métis, à sept milles d’une station de l’Intercolonial, celle de Ste-Flavie, s'ouvre, d’un côté, sur le chemin Matapédia, qui va de Sainte-Flavie à la Baie des Chaleurs, et de autre, sur un chemin nouveau, ouvert il y a cinq ans, qui suit le cours de la rivière Métis et aboutit au grand lac de ce nom, vingt-et-un milles plus loin. Partout le sol est couvert d’une riche moisson ; les épis sont longs et chargés de grains ; les champs d'avoine et de blé rivalisent avec les prairies couvertes de foin, et l’on reste étonné de ce spectacle dans un endroit où l’on croyait naturellement que la civilisation avait à peine pénétré.

Qu'on se détrompe. Cette paroïsse, toute jeune encore de Sainte-Angèle, a été fondée par un noyau des hommes les plus actifs et les plus énergiques des paroiïsses riveraines du Saint-Laurent. Plutôt que d’émigrer aux Etats- Unis, ces vaillants résolurent de tout essayer d’abord sur le sol de leurs pères, et ils se sont eufoncés hardiment dans le cœur de l’épaisse forêt. Aussi n’ont-ils pas tardé à fonder un établissement prospère. Il n’y à pas moins d’une quarantaine de ‘ moissonneuses ?” en usage aujourd’hui dans Sainte-Angèle, sans compter les autres instruments aratoires, et cela parmi une population qui, il y a trente-cinq ans à peine, lors de son arrivée sur les lieux, était sans ressources aucunes et dispersée ça et là, au choix de ses membres, sur les bords de la rivière Métis,

Dans ce temps-là, le grand chemin de Matapédia, qui a ouvert à l’agriculture toute la vallée de ce nom, n’était pas encore commencé, puisqu'il ne date que de 1863. Aujourd'hui, il est bondé d'établissements sur presque tout son parcours et, depuis Sainte-Flavie qui, À cette époque, constituait À peu près la limite des établissements, usqu’au canton de Ristigouche, à l'entrée de la Baïe des Chaleurs, il offre une longue et belle voie de communication qui a fait plus, pour le développement de cette contrée, que le chemin de fer “ Intercolonial ”” lui-même.

Non seulement le chemin de Matapédia n’était pas ouvert, il y atrente-cinq ans, (c'était une grande voie qui devait devancer la colonisation) mais encore, et à plus forte raison, n’y avait-il de chemin d’aucune espèce, à peine même un sentier rudimentaire conduisant du littoral du fleuve à l’intérieur, Ceux qui amenaicnt avec eux cheval et voiture € .ient obligés de les traverser, lorsque les rivières étaient trop profondes, sur des planches mises en travers de deux canots.

Hsallaient à l'aventure, choisissant commeils pouvaient les meilleures terres, suivant les indices extérieurs ; ils s’établissaient, sans songer aux peines, aux labeurs et aux difficultés de l’avenir, là où ils avaient fait leur choix, loin de toute communication, de tout secours et souvent aussi sans perspective définie devant eux.

Vers 1830, le gouvernement canadien, voulant rattacher la Baie des Chaleurs au reste de la province et ouvrir un passage par terre avec les provinces maritimes, fit faire

DE LA MATAPÉDIA 13

une exploration de la vallée de la Matapédia, dans le but d'y pratiquer le chemin projeté. Ce chemin auquel on donna le nom de Kemypt, en l'honneur d'un gouverneur anglais, partait de Métis et devait aboutir à la Ristigor che. Fait à la hâte, mal nivelé, grossièrement découpé dans un terrain souvent rempli d'accidents, ce chemin ne donna pas les résultats qu’on aurait pu attendre, en raison de son extrême utilité et de son importance,

Une nouvelle exploration fut alors décidée et contice à M. G. F. Baillargé, plus tard sous-ministre des travaux publics à Ottawa, lorsque la confédération des provinces anglaises de l'Amérique du Nord eût été accomplie. Guidée par un homme habile, M. Malcolm Fraser, établi depuis un certain nombre d'années dans la vallée de la Matapédia, M. Baillargé ne fut pas longtemps à trouver un passage plus facile que celui du chemin Kempt et à mettre à exécution lPentreprise dont on l’avait chargé. Commencée en 1862, la construction du nouveau chemin, qui partait de Sainte-Flavie et aboutissait à la tête de la Baie des Chaleurs, fut menée activement, On évita avec soin toutes les élévations du terrain, et l’on peut dire que, sur une longueur de cent milles environ que ce chemin parcourt, c’est à peine s’il présente quelques pentes, du reste très douces, quoiqu’en certains endroits les travaux aient été très difficiles à effectuer et aient coûté au delà de quatre cents dollars l’arpent.

Jusqu'à l’ouverture du chemin de fer Intercolonial, laquelle eut lieu en 1874, le ‘hemin de la Ma'apéilia

Pun des plus beaux qui aient jamais été faits dans la province, avait joui d’une réputation proverbiale. C'était la grande route par où passaient les malles et les voyageurs allant d’une province à l’autre, et l’on y voyait une circulation presque incessante, quoiqu'il n’y eût encore que de rares habitations sur son parcours. La construction de “ l’Intercolonial ” avait été en grande partie la cause de cette activité, le chemin de la Matapédia lui étant devenu absolument indispensable pour le transport du matériel, de tous les objets et de tous les hommes nécessaires à l’étabiissement de cette voie ferrée.

On pouvait compter alors les habitations qui apparaissaient, à de longs intervalles, dans la moitié supérieure de la vallée. A vingt milles de Sainte-Flavie, on trouvait Malcolm Fraser, seul, là où s’élève aujourd’hui la paroisse de Saint-Moïse. Sept milles plus bas, à l'extrémité nordest du lac Matapédia, se dressait également, dans une complète solitude, la maison de Pierre Brochu, ouverte à tous les voyageurs. Aujourd’hui, l'antique maison hospitalière a fait place à un village florissant qui porte le nom de Sayabec.— De là, il fallait faire dix autres milles avant d'atteindre la plus prochaine habitation, celle de Marcel Brochu, fils du précédent ; et enfin, après avoir parcouru dix milles de plus encore, on atteignait un endroit appelé La Fourche, habité par une seule et unique famille, celle des Noble.

À part ces quelques habitations, échelonnées sur un aussi long parcours, on ne voyait que quelques relais de poste de distance en distance.

DE LA MATAPÉDIA

La création du chemin de la Matapédia avait engagé bon nombre des habitants des vieilles paroïsses à venir se fixer à l'arrière du comté de Rimouski, tant il est vrai que les chemins sont la première «les conditions nécessaires à toute colonisation. À l'ouverture de celui de Matapédia il faut attribuer la fondation de Saint-Moïse, paroisse qui compte actuellement cent vingt familles et qui est entrée dans la voie de la prospérité. Elle possède une station de chemin de fer, deux scieries, un moulin à farine, une fromagerie et quatre écoles. Les terres n’y sont encore cultivées que sur les deux côtés du chemin, mais elles sont reconnues pour être excellentes jusqu’à la limite des dernières concessions.

La paroisse encore embryonnaire de Sainte-Marie de Sayabec pénètre, en partie dans la seigneurie de Matapédia, en partie dans les cantons Awantysh et Matane. Elle est agréablement située sur les rives de la rivière Sayabec, à quelques arpents du lac Matapédia et de la station de l’Intercolonial. Le village renferme deux magasins, un bureau Ge poste, deux écoles et une chapelle

érigée en 1892 et desservie par le curé de Saint-Moïse,

La confection du bardeau s’y fait sur une grande échelle et donne de l’ouvrage À plusieurs centaines d'hommes.

Se développant sur une superficie de quatre-vingt milles environ—dix de profondeur sur huit de largeur— la paroisse de Sayabec est à vrai dire une vaste plaine, traversée de jolies rivières, abondant en bois de toute sorte et possédant un sol arable de première qualité. Elle communique, par un passage naturel, aveé la région lointaine des lacs Métis et Patab/dia,.

Sur les bords pittoresques du grand lac Matapédia on voit se dessiner la belle paroisse de Saint-Pierre-du-Lac, établie en 1888 seulementet qui, depuis, a progressé d’une façon prodigieuse. Les grandes scieries des messieurs King y ont attiré une véritable tribu de travailleurs et de colons. On y compte déjà deux cents familles et ce nombre va sans cesse en augmentant, au point que l'on parle de fonder une nouvelle paroisse dans le voisinage, comprise, partie dans le canton Awantysh et partie dans le canton Nemtaye. Déjà une quarantaine de colons ont pris des lots dans ces cantons à leur portée, et ils n’attendent plus que l’ouverture d’une route pour aller s’y établir.

En continuant de descendre le chemin Matapédia on arrive À Saint-Benoît-Joseph-Labre d'Humqui, paroisse qui portait autrefois le nom de La Fourche. Plus ancienne de quelques années que sa voisine, Sayabec, cette dernière continue de progresser rapidement, Elle renferme deux cent soixante familles. La grande maison Price y emploie plusieurs centaines d’hommes à l’exploitation du bois. Comme dans les endroits que nous venons de mentionner, la terre y est remarquablement propre à la culture, et l’on y parle également de fonder une paroisse nouvelle sur les bords de la rivière Humqui.

De l'autre côté de la Matapédia, sur la rive gauche, au-dessous de Humqui, s'étend le canton de Causapscal, qui est encore une mission rattachée À Saint-Laurent de Matapédia. Depuis quelques années il s’y dirige un fort courant d’émigration de Rimouski et des Cantons de l'Est. Le défrichement y est devenu très facile, par suite des grands feux de forêt qui ont ravagé de préférence cette partie de la vallée de la Matapédia. Le sol y est aussi très fertile. On y compte une soixantaine de colons, dont

DE LA MATAPÉDIA 17

le nombre s'accroît régulièrement par de nouvelles accessions, chaque année, dès que reprend la belle saison.

Le site de Causapscal est enchanteur, ses habitations élégantes, et les attraits et les avantages qu’il offre aux diettanti de la pêche sont irrésistibles. Il est en eftet le séjour favori d’un nombre toujours croissant de sportmen, qui s’y rendent tous les étés, pour y faire la pêche au saumon que l’on trouve en abondance dans la rivière Matapédia.

La construction d’un pont pour relier les deux bords de la rivière, dans le canton Causapscal, est devenue d’une nécessité urgente.

Dix milles plus bas, également sur l’Intercolonial, se trouve Beaurivage. Ici, la colonisation n’en est encore qu'à ses débuts. Cependant, elle progresse, comme dans les autres endroits de la vallée. On y compte une quarantaine de lots plus ou moins en culture. La construction d’un pont y serait aussi extrêmement désirable; elle donnerait un grand élan aux établissements en voie de formation.

Nous suivons toujours notre route, 1ious truversons Île canton Assametcouagan, et, de l’autre côté de la rivière, le canton Milnikek, puis nous arrivons à celui de Matapédia, où nous trouverons la paroisse de Saint-Alexis, dont la fondation et le développement offrent la page la plus intéressante qui puisse être écrite sur la colonisation de la vallée que nous sommes en train de parcourir.

L'histoire de Ia colonisation, dans la vallée inférieure de la Matapédia, rappelle un de ces exodes de pèlerins des 16ème et 17ème siècles, qui ont marqué d’une si forte empreinte quelques-uns des endroits historiques du nouveau monde, Dans des conditions qui n’ont pas le caractère imposant ni la grandeur en queique mesure épique que leur donne l’histoire, dans des conditions réduites à un tout petit cadre, mais se rattachant par plus d’un point de ressemblance au débarquement des pèlerins de la MAY FLower sur le rivage du Massachussetts, a commencé, grandi et s’est fortifiée avec letemps la petite colonie primitive qui a jeté les premières fondations sur la rivière Matapédia, à l'endroit où ses eaux, se mêlant avec celles de la Ristigouche, vont se perdre dans la Baie des Chaleurs.

Dans le cours de l'été de 1860, quelques hommes courageux, tppartenant à la paroisse acadienne de Rustico, située sur la côte nord de l’Ile du Prince-Edouurd, étaient venus visiter les terres du canton de Matapédia, avec l'intention de s’y fixer. Ce qui avait donné lieu à ce mouvement, c'était la tenure incertaine des terres dans l'Ile du Prince-Edouard, où prévalait encore le système des baux emphythéotiaues, avec des termes variant de 20 à 99 ans, c’étaient la pauvreté relative et l’exiguité du territoire cultivable, et enfin la nécessité de se trouver de

Lhtimreate lb polénisarondtans die intéfioure ile (PT Maui, MARTIN ou de tros exodes do pulerins FE ECO HOTTE Àiemme sud (ylu Hit Habvequé die lorte pie tin jh lun SNS CSD historiques un NOV monter aan (les coarnlitinus LE hs pis lecuratteto. HIT UE “lit M im 24 Wultttonn TUTATUES Here épique ne ltwolenne hisotre dune es: options réduites au ton punir, mise ratrathiant par plus d'anpointe 40 rescomilinooan débarquement piste tipo Ru Epoweïc Butte viva Ai Missuelusens, à chienne. vrutiint s'est dortitieo verte ti inpe n butin colonie nritmitivé QUE a jeté les prentibhes Era sudbrnibare Matipedia, à endroit bi avs UN RC UNE RER NON el RiStonce, AIT A rire lens La Bioales al) ONrS, |

Dans le one de l'été di TR60, quoluthes Womrnvs etoile Peux, apparent dla paraies muadionme al Ruetitu, suëo sur te côte nôrd de PIE Mr Prines- Édouard, étiient vents, tiaiter les terra duiunron de Matopedie, avec Pintention de s'y tinur, Ce qui avait donné Ven co mouvement, é'étuit li tentre incertaine des terrés dans Fe du PrinceEdorard, où prévalait encore 1e système des baux srl es avec (les termes variant de 20 à 49 aus, c'étuient la pauvreté relative et Vexigaité du territoire Ava ie, ot enfin la nécessité de 5e trouver de

“LNIO4 SSOH)9 "SHODVANVS SH NOISSIN

DE LA MATAPÉDIA 19

nouvelles demeures dans un pays où la libre tenure, l’excellence du sol et les facilités de paiement données à Vacquéreur pouvaient offrir des motifs déterminants de départ aux hommes de volonté et d'initiative.

M. l’abbé Belcourt, missionnaire acadien à Rustico, avait donné l’impuls on à ce mouvement d’émigration et s'était d’abord assuré, pour cet objet, la réserve d’une certaine étendue de terre dans le canton Matapédia.

Réunir autant que possible les catholiques des possessions anglaises dans la province qui leur offre la plus grande liberté pour leur religion, leur langue et leurs lois, telle était la pensée dominante de cet homme qui agissait surtout en vue d'assurer l'avenir aux hommes de sa race. Puisqu’un fort contingent des Acadiens de Rustico étaient obligés d’émigrer, naturellement ils devaient se porter vers le pays qui leur offrait le plus de garanties pour la conservation de ce que l’homme a de plus cher au monde, sa langue et sa religion. De là au choix de l’endroit le plus immédiatement avantageux ct le plus facile À atteindre, il n’y avait qu'un pas, et ce pas se trouvait franchi par l’exploration des nouveaux-venus sur les bords de la Matapédia et de la Ristigouche.

Ceux-ci, partis au nombre de douze de l'Ile du Prince- Edouard, étaient arrivés, après une heureuse traversée, à la mission de Ristigouche. Aussitôt, ils s'étaient dirigés vers le nouveau pays, objet de leurs espérances. Là, ils se divisent en deux groupes chargés, chacun, d'explorer

une portion différente de ce pays. Réunis de nouveau à leur point de départ, après quelques jours d'exploration, ils reprennent la route de la mission, emportant avec eux une petite quantité du sol canadien pour ie faire voir à leurs compatriotes de Rustico. Ils avaient trouvé la contrée ‘ de leur fantaisie,” suivant leur expression. Ils donnent quelques explications au missionnaire, lui assurent qu'il verra arriver avant longtemps de nouveaux colons, et, après quelques heures de repos, mettent de nouveau à la voile et retournent à l’Ile du Prince-Fdouard, où ils ont hâte d'arriver, pour donner toutes les bonnes nouvelles dont ils ont l'esprit et le cœur remplis.

Les explorateurs arrivent à Rustico sans accident. Grande nouvelle dans la paroisse. Tous s’empressent de venir rencontrer les voyageurs, de les faire parler et de se faire montrer la terre du pays lointain. Le curé se met aussitôt à l’œuvre et pousse vigoureusement à l’émigration. Mais il rencontre une forte opposition au début. Les uns disent qu'on veut envoyer leurs parents, leurs enfants et leurs amis mourir de faim au milieu des bois du Canada. D’autres regardent la chose comme impossible. Malgré toutes les résistances, néanmoins, la persévérance du curé réussit à gagner quelques familles. De leur côté, les explorateurs font un tableau séduisant de leur voyage, de la richesse du sol et des forêts qu'ils avaient visitées. Enfin, un mouvement se détermine, et, dès le mois d’octobre suivant, quatre familles et trois jeunes gens, décidés à tenter l’aventure, s’embarquent dans une goëlette, à Rustico, afin de se rendre à la Matapédia, d'y hiverner et d’ÿy commencer tout de suite les travaux de défrichement.

Au Nouveau-Brunswick, ils prennent passage sur un

DE LA MATAPÉDIA

des steamers du Canada. A Dalhousie, laissant le steamer, ils montent la rivière Ristigouche sur une barge et arrivent à la mission, le 3 novembre, une dizaine de jours après leur départ.

Aussitôt ils se mettent en route pour la Matapédia. Mais, avant de s’enfoncer dans la forêt, les hommes laissent leurs familles chez un particulier, M. Daniel Fraser, établi sur les bords de la rivière. Sans inquiétnde désormais pour leurs femmes, les maris partent pour aller abattre les premiers arbres de la forêt et pour y construire des habitations provisoires. Bientôt ils ont réussi à faire une installation suflisante et ils retournent chercher leurs femmes. Celles-ci, au comble de la joie, prennent la route de leurs nouvelles demeures, et s’abritent tant bien que mal, deux familles par chantier, les jeunes gens se confectionnant un petit logement séparé, au dehors.

Telle est l’histoire touchante et simple de l’établissement des premiers colons sur les rives de la Matapédia. Le ciel a récompensé le courage et béni les efforts de ces braves gens. Ils ont défriché et cultivé un magnifique canton; aujourd’hui ils sont possesseurs de belles et bonnes grandes propriétés et forment un noyau important de population, autour duquel de nouvelles colonies, bientôt également heureuses et prospères, vont se grouper et s'étendre.

À la fin de mai de l’année suivante, vingt autres familles et dix-sept jeunes gens arrivaient à leur tour ; au mois d'octobre, trois nouveiles familles, ce qui portait la population de la colonie à 155 Îmes, vers la fin de 1861.

En 1862, le ler juin, la colonie s’accroît de douze familles et de deux de plus en octobre.

L'année suivante, le 2 juin, on voit arriver sept nouvelles familles, en sorte que, dans la troisième année de sa fondation, la colonie acadienne comptait déjà 48 familles, 216 enfants et un certain nombre de célibataires, formant un total de 325 individus.

Ces colons nouveaux, qui avaient été obligés par la pauvreté de quitter leur pays d’origine, étaient, on le comprend, dans une condition très précaire, voisine même de la mendicité, Ils étaient venus sans ressources aucunes et ils étaient entourés de toutes parts par la forêt. Il n’y avait ni travail ni industrie possible qui pût leur assurer quelque moyen de subsistance. Ils étaient en outre incapables de se procurer les choses les plus indispensables à leur situation. A la misère et à l’impuissance d’y remédier venaient s'ajouter de grandes difficultés extérieures, eétaient la rivière Matapédia et la distance à parcourir pour gagner la petite ville de Campbellton ou la mission de Ste-Anne de Ristigouche. La rivière Matapédia s’élargit considérablement le printemps et l’automne ; elle devient alors très rapide et même dangereuse, Combien de fois un malheureux père de famille, assis sur le bord du courant, attendait vainement le passage d’un canot, pendant que son cœur défaillait à la pensée de ce qui se. passait chez lui où sans doute, à cette heure, ses petits enfants criaient à leur mère qu’ils avaient faim, sans qu’elle pât leur répondre que par des larmes. Et souvent,

DE LA MATAPÉDIA 23

mayant pu réussir à traverser la rivière, le malheureux revenait à la maison, exténué, découragé, le cœur brisé.

D'autrefois, quand il avait pu traverser la Matapédia, il lui restait À parcourir quinze milles, À pied, pour se rendre à Campbellton ou à Ristigouche. Le trajet accompli, il revenait le plus souvent avec d’autres colons comme lui, chacun avec un sac de farine sur les épaules; mais d'autrefois aussi, ils revenaient tous les mains vides, et alors, pour ne pas être accablés par le désespoir, il leur fallait toute la résignation et toute la force que donne l'espoir dans la Providence.

Les provisions épuisées, ce qui arrivait promptement, il fallait encore se tourmenter l’esprit pour en trouver de nouvelles.

Comme on peut le croire, les récoltes n’offraient qu’une bien maigre ressource. Un? famille arrivée dans le mois de juin, obligée d'abattre le premier arbre, de bâtir une maison, aurait-elle pu préparer et ensemencer assez de terre pour espérer une bonne moisson dès l'automne suivant? On semait trop tard, et la gelée survenait avant la maturité des grains ; ce n’était cependant pas au climat qu’on avait à s’en prendre. I] fallait avoir un grand courage où une grande détermination pour travailler avec la misère,comme compagne assidue, Le missionnaire, l'abbé Saucier gémissait de voir ses pauvres ouailles dans cette lamentable situation. Bien souvent, à son réveil, il craignait de s'entendre dire qu’un tel ou un tel était mort de faim... Mais la Providence veillait, et les douloureuses circonstances où se trouvait la colonie de la Matapédia ne

devaient pas tarder à être connues de ceux qui avaient pris à cœur de la voir prospérer,

Un mouvement d’irrésistible sympathie avait couru par toute la province de Québec À la nouvelle de la détresse des frères acadiens. Avant d’être connue du publie, cette détresse l'avait été d’un certain nombre de généreux citoyens de Québec qui avaient formé un comité de colonisation et qui ne cessèrent, pendant plus de deux années, de solliciter des dons et des souscriptions de toute nature en faveur des braves colons nécessiteux.

Dès l’année 1861, ils avaient formé entre eux la petite somme de 126 dollars, destinée à l'achat de grains de semence et de certains outils de première nécessité. Le gouvernement donnait en outre 200 dollars pour un commencement de chemin dans l’intérieur du canton de Matapédia ; les élèves des colléges, encore tout chauds du souvenir de l’expulsion barbare des Acadiens de leur terre natale, en 1754, s'étaient cotisés pour venir en aide à leurs descendants ; la presse s’était émue et plusieurs journaux avaient ouvert des listes de souscription ; bref, vingt-huit mois ne s'étaient pas écoulés que la sympathie et la générosité publiques avaient produit la somme respectable de 1457 dollars, et le gouvernement ayant fourni de son côté $2,500, on se trouvait avoir distribué aux cinquante familles acadiennes de Matapédia, durant ce laps de temps, un montant total de près de 4000 dollars.

On avait aussi construit un bac ou chaland pour traverser la rivière Matapédia, que les colons étaient obligés de traverser auparavant en canot, quand ils le pouvaient, avec bien des difficultés, et souvent même en exposant leur vie.

Page 1