‹ La vallée de la Matapédia: ouvrage historique et descriptifChapitre 5 sur 9 · V-v: ^^'<> Ristigouche. La rivière Matapédia · texte numérisé non relu

V-v: ^^'<> Ristigouche. La rivière Matapédia

, .. ^^^ niWenient le printemps et l'automne ; elle

-J^^ nipiJ^ ^^ même dangereuse. Combien de

>, vroux p^re de famille, a?f.si.s sur le bord du

;> . vÎAit vainement le pat-jsage d'un canot, pen-

.,, oanir défaillait à la pensée de ce qui se

> .- " îi oii saï^^ doute, à cette heure, ses petits

vit à leur mère qu'ils avaient faim, sans

^ Iv \s;r répondre que jjar des larmes! Et souvent,

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n* ayant pu réussir à traverser la rivière, le malheureux revenait à la maisou, exténué, découragé, le cœur brisé.

D'autres fois, quand il avait pu traverser la Matapédia, il lui restait à parcourir quinze milles, à pied, pour se rendre à Campbellton ou à Eistigouche. Le trajet accompli, il revenait le plus souvent avec d'autres colons comme lui, chacun avec un sac de farine sur les épaules ; mais d'autres fois aussi, ils revenaient tous les mains vides, et alors, pour ne pas être accablés par le désespoir, il leur fallait toute la résignation et toute la force que donne l'espoir dans la Providence.

Les provisions épuisées, ce qui arrivait promptement, il fallait encore se tourmenter l'esprit pour en trouver de nouvelles.

Comme on peut le croire, les récoltes n'offraient qu'une bien maigre ressource. Une famille arrivée dans le mois de juin, obligée d'abattre le premier arbre, de bâtir une maison, aurait-elle pu préparer et ensemencer assez de terre pour espérer une bonne moisson dès l'automne suivant ? On semait trop tard, et la gelée survenait avant la maturité des grains ; ce n'était cependant pas au climat qu'on avait à s'en prendre. Il fallait avoir un grand courage ou une grande détermination pour travailler avec la misère, comme compagne assidue. Le missionnaire, l'abbé Saucier gémissait de voir ses pauvres ouailles dans cette lamentable situation. Bien souvent, à son réveil, il <îraignait de s'entendre dire qu'un tel ou un tel était mort de faim... Mais la Providence veillait, et les douloureuses circonstances où se trouvait la colonie de la Matapédia ne

devaient pas tarder à Otrc i-onimcs do eoux qui avaient pris i c<i;iir de la voir prowpL'rcr.

Un mouvemeTit d'irrésistible synipatliio avait couru par toute la province de Québec à la nouvelle de la détresse des frères acadieiiM. Avaut d'être connue du public, cette détreKrïe l'avait été d'un certain nombre de généreux citoyens de Quél)ei; qui avaient formé uu comité de coloni^tion et qui ne cosstrent, pendant plus do deux années, de solliciter des dons et des so--9criptions de toute nature en faveur des braves colons nécessiteux.

Dfes l'année 1861, ils avaient formé entre eux la petite eonime de 126 dollarn, destinée k l'achat de grains de semence et de certains outils do première nécessité. Le gouvernement donnait eu outre 200 dollars pour un commencement de chemin dans l'intérieur du canton de Matapédia ; les élèves des collèges, encore tout chauds du souvenir de l'expulsion barbare des Acadiens de leur terre natale, en 1754, s'étaient cotisés pour venir en aide à leurs descendants ; la presse s'était émue et plusieurs journaux avaient ouvert des listes de souscription ; bref, vingt-huit mois ne s'étaient pas écoulés que la sympathie et la générosité publiques avaient produit la somme respectable de I4Ô7 dollars, et legouvernementayant fourni de son côté $2,500, on se trouvait avoir distribué aux cinquante familles acadiennes de Matapédia, durant ce laps de temps, un montant total de pris de 4000 dollars.

On avait aussi construit un bac ou chaland pour traverser la rivière Matapédia, que les colons étaient obligés de traverser auparavant en canot, quand ils le pouvaient, avec bien des difficultés, et souvent mémo en exposant leur

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A la fin de 1862, on comptait 56 terres, sur chacune desquelles quelques arpents étaient en culture. Les colons s'étaient construit de petites maisons en troncs d'arbres équarris, et comme ils manquaient de tuyaux et de poêles, ils avaient remédié à cet inconvénient par des cheminées en terre dans lesquelles les bûches enflammées servaient également à chauflfer et à éclairer la famille.

En 1883, le gouvernement affectait une somme de $900 à la continuation des travaux sur le grand chemin Matapédia. Cette somme, cependant, était en grande partie employée à l'achat d'effets et de provisions pour les colons acadiens qui, en retour, devaient travailler à la confection du chemin. Enfin, après plusieurs années successives pendant lesquelles le gouvernement et le public leur vinrent plus d'une fois en aide, les Acadiens parvinrent à se suflire à eux-mêmes et à fonder, sur les bords de la Matapédia, une paroisse qui, sous le nom de Saint- Alexis, renferme de nos jours prës de deux cents familles, dont une vingtaine canadiennes-françaises.

La paroisse de Saint- Alexis est située, comme on l'a vu ci-dessus, au confluent des rivières Matapédia et Ristigouche, et forme partie d'un plateau élevé qui n'a pas moins de 14 à 16 milles de longueur sur 4 à 5 de largeur.

Toute cette contrée est couverte des plus beaux bois que fournit le Canada, tels qu'érables, merisiers, cèdres etc. ; le sol, d'une nature argileuse, y est d'une grande fertilité et absolument exempt de roches. C'est ce qui ©n rend la culture extrêmement facile et y attire des

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colons de iiOTnbreiix eiidroita divers, charmés de n'avoir pas à fuirc subir au sol dos pnSparatioiis difficiles et parfois coûteuses avant de pouvoir en tirer parti. Il n'existe pas d'oudroit plus propre k l'industrie laitière ; aussi les cultivateurs de Saiiit-AIexis out-ils formé un cercle agricole pour le développement de cette industrie, et semblent-ils déterminés en outre à se prêter de tout leur pouvoir à tous les progrès agricoles et à toutes les améliorations possibles.

Par le chemin Matapédia et les grandes routes qui longent la rivière Ristigouche et les deux cût^Ss de la - Baie des Chaleurs, ils se trouvent en communication directe, d'un côté avec les groupes acadiens de la baie et ceux que l'on voit disséminés sur les côtes du Nouveau' Brunswick, de l'autre avec les populations canadiennes de la rive sud du Saint-Laurent ; et, par l'effet d'un double courant d'émigration se dirigeant des bords du ôeuve à l'intérieur, et des paroisses acadiennes à la vallée de la Matapédia, cette belle et vaste contrée verra disparaître rapidement l'antique forêt, et de nombreuses et prospères colonies surgir de tous côtés sur son sol.

Cette forêt, les feux de jadis l'ont déjà considérablement diminuée ; c'est ainsi qu'ils ont porté leurs ravages sur une étendue d'environ cent cinquante milles carrés, en arrière du canton Milnikek, jusqu'à la Matapédia. — Néanmoins, l'épinette, le merisier, l'érable et le cèdre se trouvent encore en abondance dans les endroits où le feu n'a pas pénétré. Mais cette dévastation, qui date déjà d'une quinzaine d'années au moins, n'existera bientôt plus qu'en souvenir, la nouvelle pousse, qui remplace les bois de haute futaie naguère consumés, ayant déjà dépassé vingt à vingt-cinq pieds de hauteur.

ÉGLISE ST-ALESIS MATAPÉDIA

Xi'épinette et le cèdre, en particulier, abondent presque

partout. Avec le cèdre, qui est de qualité excellente,

on fait une grande quantité de bardeau qui est expédié aux

Indes Occidentales ; on en fait aussi beaucoup pour

l'usage domestique. Le pin n'est pas d'aussi bonne

qualité que celui d'Ontario, mais l'épinette de commerce

est supérieure à celle que l'on trouve dans les autres parties

de la province.

Toute la vallée de la Matapédia est abondamment arrosée de cours d'eau et de rivières. Le printemps, à la crue des eaux, ces rivières se gonflent suffisamment pour porter des billots, sur la plus grande partie de leur parcours ; la plupart d'entre elles offrent, sur leurs rives, d'excellents sites pour l'érection de moulins et de fabriques de diverse nature. Les rivières Caribou, Sifrois, Mistigouéche, Métis, Assemetcouagan et Humqui sont flottables jusqu^à leur source.

Les lacs, les rivières et cours d'eau en général de cette contrée sont extrêmement poissonneux. Le saumon et la truite y abondent. On dit que dans la rivière Causapscal seule, il se prend chaque hiver pour plusieurs centaines de dollars de truites, que les gens de Campbellton expédient aux Etats-Unis, où la truite est un poisson de luxe.

Les animaux à fourrure y sont également très nombreux ; on y voit en quantité l'orignal, le caribou, la marte, la loutre, le vison et même le castor ; cependant, ce dernier tend à diminuer de plus en plus, par suite de la chasse effrénée dont il est l'objet. Le vison et la loutre dévorent des millions d'œufs de saumon déposés dans les rivières, au temps du frai.

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