STATISTIQUE COMMERCIALE
Ce que sont les comptoirs arabes et banians. — Marchandises d'exportation et d'importation. — Classification des produits des pays çomalis. — Monnaie. Poids et mesures. — Boutres commerçants.
J'ai déjà eu l'occasion^ à plusieurs reprises, de parler dans mes conférences du commerce qui se fait dans les régions que j'ai parcourues. Il a peu d'extension, c'est vrai, mais il peut en prendre par la création de comptoirs européens. Il faut un début à toute chose. Celui-ci serait plus que modeste; mais il est bon de remarquer que, si le littoral du golfe d'Aden et de l'Océan indien sont pauvres, il ne s'ensuit pas que l'intérieur, inconnu encore aujourd'hui, ne possède aucune richesse. Avec des cours d'eau aussi importants que le Djoub, la Ouébi, le Nogal, il est à présumer le contraire. Où déboucheront tous les produits plus tard, sinon sur le littoral? — Mais
pour cela il faut que des relations se créent avec les naturels de la pointe nord-est de l'Afrique, comme elles se sont petit à petit créées, autrefois, avec ceux de la côte occidentale.
11 n'est point facile d'obtenir dans ces pays des notes précises sur l'importation ou l'exportation, d'autant plus qu'il n'y a aucun contrôle de douane établi et que l'impôt perçu sur les banians ou Arabes acheteurs varie, sans aucune écriture constatant les entrées ou sorties.
Les chiffres ci-joints sont les moyennes des observations recueillies pour les produits dont j'ai pu évaluer les quantités et les cours dans mes différents voyages pendant lesquels j'ai visité à différentes reprises les ports du golfe d'Aden, des Medjourlines, des Ouarsanguélis et de quelques tribus voisines.
Je ne me suis point borné à l'étude seule des produits du pays achetés par les Arabes ou banians. J'ai recueilli les spécimens de bien d'autres produits dont le Çomali ne sait point tirer parti.
Le peuple chez lequel j'ai vécu ignore ce que c'est que l'hospitalité désintéressée. 11 est fier et insolent dans sa misère ; il importe d'avoir la force de caractère suffisante pour ne point céder ù ses importunités.
Les caravanes venant de Karkar, c'est-à-dire du cceur de la Medjourline, ou du pays Ouarsanguéli, se dirigent sur Bender-Gàsem et Lasgoré. C'est sur
ce point qu'arrivent les caravanes des Dolbohanles, apportant surtout comme marchandises des plumes d'autruches.
Les acheteurs stationnent dans tous les marchés ci-dessus. Au moyen de petites barques, ou bien encore par terre, ils envoient leurs agents sur les points de moindre importance, leur donnant peu de marchandises à la fois, et les tenant toujours au courant des prix auxquels ils achètent les arrivages , faisant quelquefois la hausse ou la baisse pour certains articles, suivant la facilité d'écoulement qu'ils prévoient.
Makallah et Chiere, Aden, Djeddah et Bombay sont les ports où ils expédient leurs achats ; quelquefois les Çomalis les y portent eux-mêmes, mais bien rarement.
Les traficants opèrent au moyen de pisleurs; mais, en général, comme il y a longtemps que les factoreries sont établies, elles ont une espèce de clientèle, et les caravanes vont droit à leur porte.
Le Çomali de l'intérieur vend pour subvenir à sa nourriture et non pour thésauriser. Je ne l'ai point vu, au cours de mes observations, emporter un seul thalari (1); s'il reçoit quelque argent de l'un des doukans ou comptoirs, c'est pour aller à un autre acheter un article qu'il n'a pu avoir dans celui-là.
L'Arabe, ou l'Indien, ne va pas au-devant des
(1) Le thalari a une valeur qui varie, suivant cours, entre 4 francs 85 c. cl 5 francs. Celte monnaie, frappée exclusivement à Trieste par une maison qui a le monopole de fabrication, a cours sur toute la côte orientale d'Afrique, dans le golfe Persique et en Arabie.
vendeurs çomalis qui habitent les ports du littoral. Il les voit venir, sachant bien que, d'un moment à Tautre, il faudra qu'ils fassent des offres pour se débarrasser de leurs gommes ou autres produits qu'ils ont en magasin : il s'attache surtout à la cueillette et aux arrivages, qui lui offrent des opérations plus lucratives.
Les marchandises d'exportation sont: les gommes, les encens, la myrrhe, le maïdi, les nacres, les perles, les plumes d'autruches, Vellan (l'indigo), l'écaillé; et le bétail comprenant : moutons, chèvres, bœufs et chevaux ; il y a encore le subak ou beurre fondu.
Celles d'importation : riz de Bombay, dattes, toiles américaines, moutama, perles, ambres et un peu de quincaillerie.
La gomme ouhabak, toujours vendue en sortes, porte le nom A'^ankokib.
Au triage on lui trouve parfois, mélangées en petite quantité, d'autres espèces qui font poids dans la balance; ce sont le habak euddé et le habak golalla dont je parlerai plus bas.
L'encens ou luban vendu en sortes porte le nohi de beïho. Le sapht, ou triage, le divise en trois qualités. La première, façons, la deuxième, nagoua, la troisième, medjigel.
Le saphi ou triage se fait dans les doukans, quand les arrivages ne sont point trop considérables, au moyen des femmes ou des enfants, payés environ un demi-shelling par jour, soit 1/4 de thalari.
Cest un prix à établir dès le commencement de la saison pour avoir toujours une escouade à ses ordres.
La myrrhe n'a qu'une qualité, mais il faut se méfier d'y trouver mélangée la fausse myrrhe de même couleur, d'odeur plus forte, que l'Arabe appelle addi. Il est facile de reconnaître cette dernière, qui semble toujours huileuse.
Le maîdt, qu'on appelle en France gomme elemi, est une espèce d'encens en grandes larmes blanchâtres. Il supporte les mêmes divisions que l'encens, et les acheteurs s'attachent surtout à conserver ces larmes intactes pour donner plus de valeur à leur marchandise.
Les nacres {sadaf) sont de deux dimensions, grandes ou petites {koubar, séghir); elles ne sont vendues qu'avec tout leur éclat et non piquées.
Les plumes d'autruches {bal)^ grandes ou petites, sont divisées en blanches, noires, grises et rougeâtres, et vendues au poids.
L'indigo ou ellan a deux qualités ; la première ne comprend que des feuilles, la seconde, presque moitié feuilles, moitié branches. On voit peu de cette dernière qualité sur les marchés eton n'en fait aucun triage, à cause de l'urticaire désagréable produite par le contact de cette plante avec la peau.
A côté de tous ces produits en cours d'exportation s'en trouvent d'autres qui pourraient avoir leur débouché: ce sont: Veuddé et le habak golalla; le boôj espèce de chanvre dont le fruit donne une sorte
de coton iasclepia giganîea*. et Vascou^, libres d*aloès pour faire des cordes.
Les naturels font aussi de très belles nattes avec les filtres d'acacia, qu'ils mâchent et font sécher au soleil. Ces nattes jx)rtenl le nom de kebet; d'autres sont faites avec de la paille, rare, mais ces articles servent à couvrir les gourguiset ne se vendent jmls.
Nous trouvons encore le alet ou mourkoud^ {çomme grise, d'un parfum exquis semblable à celui de Tambre et qui rappelle le cuir de Russie.
Le addi ou fausse mvTrhe. dont le bois odoriférant
se mélange avec le bois du djirmeh^ qui ressemble beaucoup comme odeur, quand on le brûle, au\ pastilles du sérail.
Le /al lah-fallah, écorce résineuse que Ton brûle, aussi connue des Arabes sous le nom de habak droun^ parfum particulier.
Le assel^ écorce pour tanner le cuir et le teindre en marron.
Le daâr, teinture violette.
lin (in, à côté de ces productions, le sol offre encore des mines de sel gemme, du fer, du plomb, nvoisinanl le littoral, enfin des gisements de guano.
Dans les régions pauvres que j'ai visitées, les cuirs Honl pou abondants et suffisent à peine à la confection des chaussures, des outres et autres objets de première nécessité chez eux.
Malf^ré cela, de leur dire môme, ils consentiraient xolonliers ù s'en défaire contre des produits ouvrés.
et c'est ce qui se fait sur une petite échelle à Bender- Gàsem.
Les poids usités se rapportent tous à une unité dite réthol^ et sont : la fraiella, le handar, le bohar.
Le réthol varie suivant les localités.
En prenant comme poids de comparaison celui d'un Ihalari :
A Mérâya, le réthol. = 21 thalaris.
A Bender-Gàsem — == 26 thalaris.
A Merâya 1 frazella == 20 réthols.
— 1 handar = 5 frazellas.
— 4 bohar = 3 handars.
A Bender-Gàsem 1 frazella = 20 réthols.
— 1 handar = 4 frazellas.
— 1 bohar = 12 frazellas.
A Haïs (chez les
Haber-tel-Jalo 1 réthol = 32 thalaris.
— 1 frazella = 16 réthols.
— 1 handar = 4 frazellas.
— 1 bohar = 12 handars.
A Lasgoré, chez
les Ouarsanguélis 1 réthol = 44 thalaris.
— 1 frazella = 8 réthols.
— 1 handar = 5 frazellas.
— 1 bohar = 3 handars.
Ces poids sont tous en pierres, et, généralement, les pesages se font en public, devant les vendeurs, pour
éviter toute contestation. Il est à remarquer cependant que, d'une façon ou d'une autre, la balance penche toujours en faveur de Facheleur arabe ou banian.
Les mesures de capacité sont au nombre de deux seulement :
Pour le riz, le moutama et autres grains : le goursi et \aphalea.
Chez les Medjourtines, il n'y a que le goursi, comme mesure de capacité pour les grains.
Chez les Ouarsanguélis, il y a en plus la phalea qui vaut 3 goursis medjourtines et 4 goursis de la localité.
La graisse se vend par rhouddha ou mesure de 14 rélhols environ chez les Medjourtines. Chez les Ouarsanguélis, la graisse est vendue par guedda de 24 rélhols. — Un guedda se divise en 4 ouâ.
Lorsque les gommes arrivent, elles sont contenues dans toutes espèces de récipients: sacs, paniers, peaux, etc. Elles sont emballées pour l'exportation dans des gonies en paille de un handar environ ; le prix ordinaire de cette sorte de sacs est de un thalari les huit.
La paille qui sert à les confectionner est la même que colle dont les Çomalisfont leurs nattes; elle aune certaine valeur, se vend au poids et varie suivant la récolte.
Le transport des marchandises, de la plage aux boulres et du comptoir aux boutres, est un prix
conventionnel à établir; dès son arrivée, le banian s'assure ses trieuses, ses porteurs et ses bateliers pour la saison, au moyen d'un prix convenu.
BOUTRES COMMERÇANTS
DES MEDJOURTINES ET OUARSANGUÉLIS