BERNARD, LOUIS
BERNARD, apercevant son fils. Viens, mon fils!...
A hd-même.
Un enfant, c'est certain, Nul ne soupçonnera qu'il porte le destin De la patrie!
A Louis.
Attends!
Il écrit quelques mots.
Il s'agit de remettre Au général en chef des Français, cette lettre. Tu prendras le sentier qui va vers Wasmes, puis...
LOUIS, l'interrompant.
Oh! père, ne crains rien! Je comprends! Je ne suis
LAVniLLEDEJEMMAPES ^I
Pas si bête! Je sais! Il faut marclier de sorte Qu'il ne vienne à l'esprit de personne qu'on porte Un objet important: ainsi,
// jouit l'exemple à la parole.
d'un pas très lent, En sifflotant, le nez en l'air, faisant semblant De prendre un intérêt profond aux grands panaches, Aux sabres, aux canons, aux uniformes.
BERNARD
Tâche D'arriver là-bas...
LOUIS
Oui, sois sans crainte! j'irai!
Je verrai Dumouriez, père, et je lui dirai :
Malgré tous les noms qu'on leur donne,
Aux fils de la terre wallonne,
Malgré tous ces noms-là, je sais
Qu'ils appartiennent à la race
Dont nul, jamais, ne prit la place.
Et qu'ils sont toujours — des Français!...
SCÈC^E VII
Les Mêmes, AREND,
BERNARD, voyaiit entrer Arend.
Encor cet homme!
LOUIS. -
Adieu, père!
BERNARD, F embrassant .
Adieu! prends bien garde!..
Ne crains rien! , s.
Bernard -va jusqu'à la fenètre^aoïi il suit du regard la sortie de son fils. Katherine entre en ce moment.
LAVEILLEDEJEMMAPES 33
SCÈ^E VIII
BERNARD, KATHERINE, AREND.
KATHERINE, has , à Areud.
Déjà !
AREND, bas.
Oui! M-*^-*-'^ rVv«i ii^Xili
KATHERINE, hclS.
Qu'est-ce donc qu'il regarde?
AREND, has.
Son fils qui sort d'ici !
KATHERINE, îhlS.
Qu'as-tu fait?
AREND, ^75.
Un instant !
Ils attendent que Bernard, qui a suivi des yeux son fis, soit sorti de la salle, ce qu'il fait lenteiuent.
SCÈ^E IX
AREND, KATHERINE.
Voici! Deux amis sûrs, tantôt, en discutant, Ont, comme par hasard, trahi devant notre homme Un secret important pour les ennemis. Comme Tu peux croire, il voudra profiter du secret.
Qu'il s'imagine avoir un très grand intérêt.
C'est là que je l'attends.
KATHERINE
Comment?
AREND. i*. ^•'.'-
Quoi qu'il arrive
Il est pris.
KATHERINE
Mais comment?
LAVEILLEDEJEMMAPES )f
Il faut qu'il leur écrive, Aux Français I 11 ne peut sortir de la maison; Et sa lettre sera l'excellente raison Pour laquelle, malgré ma douleur et vos larmes. On va coller au mur et passer par les armes >3t Z>
Notre digne espion, sans forme de procès!
KATHERINE
Mais la lettre, l'a-t-on?
Je réponds du succès!
Votre seul dom.estique est acheté. Personne, Sauf lui, ne peut ici s'en charger.
KATHERINE
S'il la donne A quelque ami, dont il est sûr, qui peut venir?...
Oui! c'était un danger, que j'ai su prévenir... Quelques-uns de mes bons houzards, gens prêts à tordre Le col aux raisonneurs, sont tout près, avec ordre De suivre, d'arrêter quiconque sort d'ici. Et de voir qu'on n'ait point de lettre.
KATHERINE
Ah ! bien ainsi!
•j6 LA VEILLE DE JEM MAP ES
N'est-ce pas? c'est adroit, c'est ténëbreuXj c'est lâche Peut-être un peu, mais c'est pour toi que je me cache. Et je ne suis prudent que pour toi, tu le sais! J'aurais voulu tuer ce beau phraseur français, Dans un combat loyal, au grand jour, face à face. En lui disant: « Je veux ton bonheur, fais-moi place! « Ote-toi de ma route, ou, l'épée à la main, « Je vais vers mon amour me frayer un chemin ! »
KATHERI NE.
Je connais ton courage et ta noblesse d'âme!
Qu'importe d'être vil, qu'importe d'être infâme, Quand votre amour vous dit : C'est bien !
KATHERINE
C'est bien!
Merci !
Nous le tuons à deux, cela me plaît ainsi! Nous le tuons à deux, ô ma germaine blonde. C'est une joie ardente, ineffable et profonde. Et jamais je ne fus plus fort, plus triomphant!
KATHERINE
Mon amant! '^'^M'.c ^Tswyn^ '■
Elle lui tend sa main qu'il haise ardemment. Ils se taisent un instant.
I ^^ dJLj L ^''*'^ '*')' ^°'^o^' ^"^ donc allait l'enfant? A s 'h '
'«,7 u,-. ., r AREND.
Je ne sais pas.
SCÈC^E X
Les Mêmes, BERNARD
KATHERINE, à Bernard. J^ t~-J\^ U C^^
i' Que fait Louis.-'
BERNARD.) 'U^VKtT^vi^ ÉlU t>*»^*/^*vr
Que vous importe?
KATHERINE
Je veux savoir...
BERNARD
Il jouait là, devant la porte!
38 LAVEILLEDEJEMMAPES
KATHERINE
Parlez! Je veux savoir où mon fils est allé!
BERNARD. K
Et comment le saurais-ie?
KATHERINE
Il a longtemps parlé Seul à seul avec vous!... Qu'avez-vous dit ensemble? Qu'avez-vous comploté?
BERNARD. \-^Af - , -^
Vous tremblez?
KATHERINE
Oui, je tremble!
Pourquoi si longuement le regarder partir?
BERNARD
Pourquoi trembler?
/KATHERINE
Il est allé les avertir!
"^BERNARD
Les avertir?
A REND, das à Katherine. ^J^^ ê/Ua^Î. U^wtkm Prends sarde! ' '' '
KATHERINE, à BcriiarJ.
Oh! non! Voyez ce lâche!
Il envoie au danger un enfant et se cache Ici, lui !
BERNARD
Quel danger?
KATH ERi NE, V iiitcyrowpant .
Il est allé là-bas!
Il est allé porter la lettre, n'est-ce pas?
A Arend.
Et ces houzards, s'il ne veut pas la leur remettre?
BERNARD
Comment savez-vous donc qu'il s'agit d'une lettre?
KATHERINE
Je le sais!
BERNARD.* ^Jl^v/r
Répondez, je le veux!
KATHERINE
Je le sais.
Cela suffit!
BERNARD
Comment?
40 LAVEILLEDEJEMMAPES
KATHERINE, àArCllâ.
Va! dis-leur...
AREND.
J'y pensais..
Il se dirige vers la porte. An moment où il va y arriver on entend plusieurs détonations dans l'éloignement.
KATHERINE. ^/r>i.'«i" fc ^
Va voir... Va voir!...
Trop tard !
BERNARD. '^£-»-¥*^ '
C'est trop longtemps VOUS taire Que complotiez-vous donc? Quel horrible mystère Cachent vos demi-mots, vos voix, votre regard, Votre front pâle!
\ KATHERINE, à Arend qui est resté debout sur h seuil de la porte ouverte, regardant au dehors.
Va!
AREND, rentrant.
J'arriverais trop tard.
SCÈC^E XI
Les Mêmes, Quelques HOUZARDS, portant h petit Lou is, grièvement blessé, OFFICIERS AUTRICHIENS.
BERNARD
Mon fils!
// se jette sur l' enfant qu'il prend dans ses bras et que ses caresses raniment un instant, ^i ttvuij^ itu-^iovis, mourant et tirant de sa poitrine la lettre que son père lui a confiée.
Père!... Je crois... qu'ils ne l'ont pas trouvée...
A REND, bas, à un des hou:yards.
Hé bien?
LE HOVZAKD, bas, à Arend.
Voici comment la chose est arrivée 11 a vu que nous le suivions; il s'est enfui; Alors nous avons tous couru derrière lui.
Mais il allait plus vite, et, sans la sentinelle Dont le coup de fusil, lorsqu'il passa près d'elle L'arrêta...
LOUIS
Père où donc es-tu? Comme il fait noir Déjà! C'est étonnant, père, combien le soir Vient tôt...
Essayant de tirer h lettre cachée dans sa poitrine.
■^ ^'^1 Ils ne l'ont pas...
Saisi d'une crise de souffrance et de terreur.
J'ai mal! j'ai bien mal, père..
La lettre... les Français... j'arriverai j'espère... Mais ils vont vite... Ils vont m'arrêter... ils m'auront!
Après nu silence, avec une épouvante plus calme.
J'ai peur de l'oiseau noir! chasse-le de mon front! Chasse-le, père!... Il veut me faire mal! Son aile M'empêche de te voir!
LE HOUZARD, Ims à Arend.
La blessure est mortelle!
BERNARD, serra)it Louis dans ses bras.
Je suis ici...
KATHERI NE.
Louis!...
Elle veut s'élancer vers son fis, mais Bernard s'est re-
dressé, il la couvre d'un regard sévère. Katherine comprend qu'il a deviné son crime; elle perd contenance, et recule en se cachant le visage dans les mains et en étouffant un cri de desespoir. ^hifs}^>(y^W ,
LOUIS, à son père.
Ta voix semble venir ' i ' De si loin... ma leçon... j'ai su la retenir.Ç.'jQ*^**^^ fil^ Bonjour, mon général ! . . . Bonjour ! . . . Bien qu'on leur donne
D'autres noms... les enfants... de la terre wallonne...
Sont... sont Français...
JkJ^ // meurt. Katherine veut s'élancer vers lui. Un sanglot
b<> V i.Ax*- s'échappe de sa poitrine.
Mon fils!...
Mais la conscience de son crime l'écrase. Elle tond'c sur une chaise à demi évanouies^ "1 A>Hl ^âomxà-jl
BERNARD, fermant les yeux à Louis. \j^(ji^ j.^^- \*jjj ^ Q
O beaux yeux innocents.
Fermez-vous... Dors en paix, doux héros de dix ans!...
UN DES OFFICIERS, aux hou~ards.
Fouillez-le!
BERNARD
Hé messieurs, laissez! la chose est claire! Et j'ai bien mérité les six balles, salaire De quiconque se laisse attraper à fournir De bons conseils à l'ennemi! C'est bien d'unir Le père au fils! Merci! C'est chose généreuse!
44 LAVEILLEDEJEMMAPES
A Katherine. 'iuWv'k -^^ , • « •■''V V-Â;^
Quant à vous, j'ai compris l'intrigue ténébreuse, Qui nous couche tous deux dans un même cercueil! Ne faites pas semblant de porter notre deuil! Sans daigner démasquer le crime qui se cache, Je quitte avec bonheur un monde infâme et lâche.
Alix Autrichiens.
Allons! Mon seul regret, c'est que l'on n'aura pas Ma lettre, dans le camp de mes frères, là-bas!
glu N MAJOR AUTRICHIEN, à qui OU a remis la lettre que Louis
mourant a laissé tomber.
Oh! ne regrettez rien! L'intention est bonne, Mais vos renseignements étaient faux et personne. Pas même Dumouriez, qui pourtant n'est pas fort. Ne pourrait s'y tromper...
BERNARD
Puis, quel que soit l'effort Qu'il faudra, pour unir tous tes fils, ô Patrie, Il sera fait demain, une voix me le crie!
f^.^' ' LE MAJOR.
Ah! n'y comptez pas trop!
BERNARD. . .,v
Il sera fait demain! |'-^^ y^^^V Qu'importe que l'on ait placé sur le chemin ' 'V Du grand peuple, qui vient, vainqueur et formidable,
LAVEILLEDEJEMMAPES 4f
(Quelques morceaux de bois, quelques monceaux de sable,
Et quelques régiments de Teutons éperdus...
Nous serons les vainqueurs, vos efforts sont perdus!
Vous pouvez entasser collines sur collines,
Et creuser des fossés, et tracer des courtines,
Fortifier, palissader et terrasser,
Vous n'empêcherez pas la France de passer!
itinU^ i4v'
oAchevé d'imprmer
!e neuf mars mil neuf cent trois