SCÈNE XV
LE PASTEUR, AMÉLIE, puis LE PROSCRIT.
AMÉLIE, se jetant dans les bras de son père.
Oh! mon père !... mon père, soyez béni !
LE PASTEUR, après un moment d’émotion.
Et maintenant, attends... cet homme... que je l’appelle!
AMÉLIE
Mais pas un mot, pas un reproche, n’est-ce pas?
LE PASTEUR
Oh! sois tranquille... Où serait sans cela le mérite de ce que j’ai fait? (Levant la tête et apercevant le proscrit.) Ah ! VOUS étiez-là, Monsieur?
Oui, car j’ai tout entendu !
LE PASTEUR
Veuillez descendre!
LE PROSCRIT, s’arrêtant devant le pasteur.
Je sais maintenant chez qui je suis, monsieur Millier.
LE PASTEUR
Ah !
LE PROSCRIT
Ce portrait qui est là haut?
LE PASTEUR
Vous l’avez reconnu...
LE PROSCRIT, tirant un portrait.
Oui.,., grâce à cette miniature faite de souvenir.... non
pas par moi, Monsieur....
LE PASTEUR
Et par qui donc ?
LE PROSCRIT
Parle coupable... qui ne tarda pas à expier sa faute.... son crime... sur un champ de bataille...
AMÉLIE
Vous n’êtes donc pas le capitaine Robert?
LE PROSCRIT
Si fait, mademoiselle... seulement, il y en avait deux..,. les deux frères.
AMÉLIE, à part.
Son frère!
L LE PROSCRIT, tirant un portefeuille.
Voici les titres de la fortune de. celui qui vous avait offensé et que Dieu a puni... 200,000 francs.... EL sachez seulement que je m’acquittais de sa volonté dernière en allant chercher en 'Westphalie le pasteur Minier et sa fille Gertrude.
LE PASTEUR
Monsieur...
LE PROSCRIT
Vous avez sacrifié pour moi la dot de votre Hile , permet (ezmoi de lui en rendre une autre.
LE PASTEUR
Demandez à elle-même si elle accepte.
LE PROSCRIT
Amélie, rappelez-vous que le brigadier Schlick a bu à l’heureux mariage de la fille du Pasteur avec son cousin Newmann.... Amélie, c’était moi qui était le cousin Newmann... et la preuve... (Il lui montre le bouquet de violettes.)
AMÉLIE
Mon père... je n’ai de forces que pour me taire... et pour vous obéir !
Oui... tu n’as pas le pouvoir d’étouffer ton amour... c’est à moi à vaincre ma haine.... Nous irons rejoindre à Nuremberg le cousin Newmann... et là, je te permettrai de recevoir avec sa main, non pas la réparation de l’outrage... mais le paiement de l’hospitalité. — A Nuremberg !
LE PROSCRIT, avec des larmes dans la voix.
A Nuremberg.... Laissez-moi dire, mon père !.. (il porte successivement à ses lèvres la main d’Amélie et celle du Pasteur. ; Oh! je n’ai que des b'iiserspour sa main; mais j’ai des pleurs pour la vôtre ! (Amélie et le proscrit tombent aux genoux du Pasteur.)
LE PASTEUR
Partez! partez! Et puisse Dieu m’absoudre, lorque comme lui... je viens de pardonner!...
Le rideau baisse.