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La Vendée en 1793

J'ouvre ce volume par une déclaration du citoyen Boullemer. 11 Ta faite à Angers, il Ta répétée au Mans devant les autorités constituées qui s'assemblent exprès pour l'entendre.

Elle se rapporte aux premiers temps de la guerre.

Boullemer était membre du district de Machecoul. Quand les Brigands vinrent dans cette ville, en mars 1793, il se cacha sous le toit de sa maison, dans la ratelière. L'ouverture qu'il fît entre deux soliveaux, était si étroite qu'il était obligé d'ôter ses habits pour y passer; encore était-il tellement étreint, une fois placé là, qu'il ne pouvait ni changer de posture, ni mouvoir ses bras.

C'est dans ce trou, qui n'avait que cinq pieds de long, qu'il est resté quarante-deux jours. Il n'en sortait que pour manger, quand on pouvait lui ap-

porter sans risques quelques vivres. Il n'allait pas plus loin que le grenier, mangeait promptement, puis regagnaitsa cachette. De là il entendait les proposdes Brigands qui habitaient sa maison, et les gémissements de tous ses amis qu'on massacrait.

Il ne doit sa conservation qu'à la vigilance et aux soins continuels de la citoyenne Charruau, veuve du greffier du tribunal, que les scélérats ont assassiné, et à la discrétion de la fille qui la servait et qui lui portait à manger, Catherine Balard.

Boullemer, après la délivrance de Machecoul, n'a pas voulu rester dans un lieu où il avait tant souffert. 11 est allé à Nantes, de là à Angers, et ensuite au Mans, où les représenlans du peuple ont fait imprimer à mille exemplaires son récit pour l'envoyer à la Convention, au Conseil exécutif, à tous les départements de la France, et notamment à ceux de l'Ouest.

Déclaration de BOULLEMER sur les massacres de Machecoul, du 14 mars au 22 avril 4793 *.

« Dès que les révoltés, en nombre considérable, « furent maîtres de Machecoul, ils ne songèrent plus « qu'à assouvir leur rage et à s'abreuver du sang des « patriotes. Les plus cruels parmi les Brigands étaient <c les femmes, les vieillards et les enfants. Les fem- « mes criaient : Tue ! tue! les vieillards assommaient « et les enfants chantaient victoire!

1 Cette pièce, que fit en novembre publier et répandre le représentant du peuple Garnier de Saintes, complète ce que j'ai dit dans mon premier volume sur les journées de Machecoul.

« Un des assassins courait les rues avec un cor de « chasse. Quand il passait un citoyen, il sonnait la « vue; on assommait le patriote, puis le monstre re- « venait sur la place sonner Yhallali. Les enfanls le « suivaient en criant: Victoire! vive le Roi!

« Le curé constitutionnel Letort fut assommé à « coups de fourche et de baïonnette dans la tête, et « pour comble d'horreur, une femme lui ôta sa qua- « lité d'homme.

« Le citoyen Pinet fut arrêté avec son fils, âgé de « dix-sept ans : Renonce à la nation, crie vive le Roi, « mets-loi de notre côté, lui disent les Brigands, nous « ne te ferons point de mal. — Non, je mourrai fidèle à « ma patrie : vive la Nation! Ils l'assommèrent. Les « scélérats se retournent vers son fils : Tu vois le « sort de ton père, sois des nôtres, crû vive le Roi, « vivent les Aristocrates, et nous ne te ferons point de « mal.— Je ne quitterai pas mon père; il est mort fidèle « à sa patrie, je veux mourir de même : vive la Nation! v< Et on l'assomme.

« La citoyenne Saurin, dont on venait d'assassiner « le mari, le frère et un de ses ouvriers, fut forcée « par les barbares de prendre un bras de la civière « sur laquelle était son mari, pour le porter en « terre.

« Il n'y a point de barbaries que ces Brigands « n'aient exercées.

« Le 12, ils furent chez la citoyenne Gachinard « lui demander son père mort ou vif, en la mena- « çant de la couper par morceaux si elle ne le leur

« livrait pas : — 2?A/ vous venez de le tuer, leur dit « cette malheureuse fille. — Eh bien, viens le recon- « naître. L'infortunée fut contrainte d'aller, en ent jambant sur les cadavres, leur montrer celui de « son père.

« Depuis le 1 er jusqu'au 11 mars, on ne porta pas « la main sur les prisonniers. Il est vrai que leur « état était aussi cruel que la mort, puisqu'ils étaient « entassés dans un cachot infect, au point qu'ils ne « pouvaient ni s'asseoir ni se coucher.

« Ceux que le sommeil emportait appuyaient a leurs têtes sur les épaules de leurs voisins et dor- « maient ainsi.

« Le il, jour de l'arrivée du commandant-gé- « néral, Charette, tous les serruriers furent occu- « pés à forger des menottes, non pas rondes , mais « tranchantes, de manière qu'en remuant les bras, « les malheureux prisonniers se coupaient les poi- « gnets.

'i Un jour qu'ils demandaient à Charette pourquoi « on les emmenottait, il répondit froidement: — « On ne veut vous faire aucun mal; mais seulement t vons gêner un peu.

« On amenait quatorze prisonniers du port Saint- « Père. Les Brigands ne voulurent pas les détruire « de leur chef. Ils entrèrent au comité , disant à « Charette : — Qu'en ferons-nous , notre général? — i Ce que vous voudrez , mes enfants. Et ils furent « fusillés à l'instant.

« 11 était arrivé avec les paysans, habillés comme

eux , des ci-devant nobles des deux sexes et des prêtres réfractaires. Un d'entre eux, nommé Priou, qui avait été vicaire à Machecoul, fut invité à dire la messe. Il répond que l'église est polluée ; qu'il ne Ta pas bénite depuis que le prêtre constitutionnel y avait dit la messe. Il choisit alors un autre lieu plus consacré : il fait dresser un autel au carrefour de la prison et dit la messe dans l'endroit même où le curé constitutionnel avait été massacré, ainsi que trente patriotes.

« Le monstre avait les pieds dans le sang. Le bas de son aube en était teint.

« Le jour de Pâques, les Brigands massacrèrent le matin vingt-quatre prisonniers, et le soir après vêpres, cinquante-six. Aussi, en soupant, disaientils : Nous nous sommes bien décarêmés.

« Voici le seul trait d'humanité de ces barbares. Il fait frémir : Us avaient cassé à coups de massue les bras et les jambes aux citoyens Fleury etOrcéan. Ceux-ci leur criaient : Frappez-nous donc sur la tête. Us leur font voler la cervelle en ricanant : Vous voilà guéris I

« Je n'ose dire ce qu'ils firent sur les femmes des patriotes ! »

CCCLTIII

LEQUINIO et LAIGNELOT à tous les vrais Républicains.

« Roche fort y 8 brumaire, an IL

a Nous, Représentants du Peuple Français, instruits que les royalistes, les prêtres, les ci-devant

« nobles et tous les scélérats qui combattent dans la « Vendée contre la liberté du peuple français, ont t établi une commission qu'ils appellent Conseil « supérieur, chargé d'apposer sur les assignats répu- « blicains une inscription anti-civique, telle que <« celle-ci que nous avons vue inscrite sur un assignat « de 10 francs:

Au nom du Roi, bon pour 10 livres suivant le règlement du 2 août 1793. Signé, Thomas ;

Pour le Conseil supérieur :

Barré,

Secrétaire du bureau des dépêches.

« Considérant que ce délit est une nouvelle preuve « de Paudace et de la scélératesse de ces ennemis du « bien public, et combien il serait dangereux de € laisser circuler une pareille monnaie, qui ferait « croire aux hommes faciles à égarer qu'il existe « encore en France quelque portion d'autorité t royale;

« Considérant enfin que ce papier- monnaie se « trouve essentiellement altéré par cette inscription « odieuse, et qu'il ne peut plus circuler dans des « mains républicaines;

« En vertu des pouvoirs illimités dont la Con- <■ vention nous a revêtus :

<l Nous annulons tout assignat de quelque valeur « qu'il soit, qui porterait soit sur le bon côté, soit « sur le revers, l'inscription ci-dessus mentionnée ou « toute autre marque quelconque ayant le carac- « tère de l'incivisme, ou même une inscription ou < marque civique apposée par les ennemis de la

c République soit du dedans, soit du dehors, etdé- *< fendons à tout receveur des deniers publics d'en « recevoir, sous peine d'en rétablir la valeur dans « leur caisse et d'être poursuivis comme fabricateurs « de faux assignats; comme aussi à tout notaire ou « autre officier public d'en référer la valeur dans leurs « actes, à peine d'être également poursuivis comme c complices de fabricateurs de faux assignats.

« Le présent sera affiché dans les départements « suivants : Charente -Inférieure, Haute-Charente, « Deux-Sèvres, Vendée, Loire-inférieure, Maine et- « Loire, Indre-et-Loire, Vienne.

« Les administrateurs de ces départements seront c personnellement et collectivement responsables de « non affiche. »

Le 2 novembre 1793 (12 brumaire an II), furent condamnés à mort par la commission militaire d'Angers et exécutés le lendemain sur la place du Ralliement:

Langevin , curé de Briolay ;

Lahaye-des-Hommes, noble;

Victor Bodi , ex^juge du district d'Angers, qui depuis avait fait partie du conseil supérieur des rebelles à Châtillon ;

Falloux, dit du Lys, gendarme cle la garde du roi.

Si , aujourd'hui , vous rencontrez de ces noms dans nos assemblées délibérantes, ne soyez pas surpris de voir ceux qui les portent se montrer envers la Révolution, ennemis; envers la République, impla-

cables; n'espérez pas que jamais ils leur pardonnent, et ne les prenez pas pour leurs ministres, à moins que vous ne soyez indifférents à l'étouffement de Tune, au renversement de l'autre.

Et pourtant il viendra une époque où laRépublique, triomphante et assise, ne fera plus parmi ses enfants acception d'origine.

Les hommes auront passé, les ressentiments seront éteints. L'accomplissement des grandes destinées de la patrie occupera tous les esprits, enflammera tous les cœurs, et ne laissera plus de place aux récriminations et à la défiance.

Comme on ne se lasse point d'accuser l'armée de Mayence, je ne me lasse point non plus de la défendre.

Vous m'avez vu, dans un précédent chapitre, combattre un de mes meilleurs amis, qui, par une erreur involontaire, confondant les noms, les hommes, les armées, attribuait à la colonne mayençaise toutes sortes de dévastations et de pillages.

Cette fois, c'est à un ennemi que j'ai à répondre. M. Crétineau s'est fait, très- volontairement , lui, l'écho des plaintes les plus acérées et les plus acres.

Je lis à la page 251 du premier volume de sa Vendée militaire : « Dans les Mémoires manuscrits « d'un ancien administrateur républicain, on voit

« que les armées républicaines, pour faire leur jonc- * tion, avaient traversé le Bocage en y répandant < partout l'incendie et la mort. Pas un seul homme «à Saint-Hermand, à Chantonay, aux Herbiers!

« Quelques femmes échappées au fer; maisons de « de campagne et chaumières, bois, tout fut la proie « des flammes. Le ciel était obscurci de fumée ; « quantité de cadavres, jetés ça et là, commençaient a à infecter l'air. »

Il est commode de citer des Mémoires manuscrits; il n'y a point là de vérifications gênantes à redouter. Ces Mémoires sont écrits par un républicain; or. ils montrent nos armées sous le plus défavorable jour: donc il y a là un singulier républicain pour nous édifier sur ses souvenirs.

Cet écrivain est, de plus, administrateur; il n'est pas (à supposer qu'il existe) le premier qui se soit tourné contre le régime qu'il était chargé de soutenir.

Sous la Convention, sous le Directoire, sous le Consulat, on vit des traîtres comme on en voit encore à l'heure qu'il est : c'est une race qui ne meurt point ; elle pullule. Mais ce qu'elle dit et raconte n'est pas un gage bien assuré pour l'histoire. Craignez, craignez ces hommes qui soufflent le chaud et le froid, et qui ne semblent pénétrer dans le secret des partis que pour les dénigrer, les déchirer et les perdre.

Je n'ai point nié qu'il n'y ait eu des incendies,

des vols et des malheurs affreux ; j'ai donné assez de détails et de lettres qui ne prouvent que trop le désordre de plusieurs de nos colonnes.

Seulement, j'ai fait voir que ces violences n'étaient le plus souvent que des représailles, et que les Brigands n'étaient pas hien venus k se plaindre de massacres dont ils avaient pris l'initiative; d'excès dont ils no s'étaient pas moins qu'une partie de nos troupes rendus coupables; d'une guerre civile, enfin, qu'eux-mêmes avaient, avec tant de fureur, soulevée.

Je lis à la page 242 du même volume de Crétineau : « Le patriotisme des Mayençais avait été sus- « pecté tandis qu'ils traversaient la France... »

Suspecté par qui? par des coupe-jarrets ou des fous?

L'auteur ajoute : « Mus par une pensée d'égoïste i« calcul, ils envoient une députation de huit grenam diers aux officiers royalistes cantonnés à Saint- « Fulgent. Leurs propositions étaient les mêmes que « celles qu'ils avaient faites à Lescure lui-même la « veille de la bataille deTorfou ; ils demandent qu'on « leur garantisse une solde régulière de sept sols par « jour, et qu'une somme de quatre cent mille francs « soit mise à leur disposition. A ces deux conditions, « ils s'engagent, sur l'honneur, à passer au service « de la cause royale. Désessarts, qui commandait << le camp de Saint-Fulgent, comprend tous les avan-

« tages moraux et matériels de cette transaction ; il « adresse un courrier a Beauvollier, intendant-géné- « ral de l'armée catholique ; Beauvollier était, par « malheur, à Châlillon. Desessarts communique sa « dépèche au conseil supérieur, en proposant de faire « monnoyer les vases sacrés et l'argenterie des églises « pour satisfaire aux exigences des républicains. « Cette proposition fut rejetée comme sacrilège, ce L'abbé Bernier, le bénédictin Jagault ne furent « pas de cette opinion ; ils offrirent de livrer tout « l'argent des caisses royales, et de prendre, au nom « du souverain, des engagements pour le reste de la « dette que l'on contracterait avec les Mayençais ; « mais le conseil délibéra si longtemps, que les Mayen- « çais, entraînés par les événements, se trouvèrent a portés sur d'autres points, et ne songèrent plus à « leurs propositions que pour en faire expier l'impo- « litique refus. »

C'est là toute l'accusation dans son absurdité palpable ; c'est là tout le mensonge dans sa laideur. Ses termes mêmes le démentent. Ai-je besoin d'insister pour en faire voir la méchanceté niaise, découcousue, maladroite, brutale?

Huit grenadiers qui se vendent et qui prennent l'engagement sur F honneur d'être fidèles au parti qui les aura payés!

Des soldats qui traitent pour une armée ! pour l'armée de Mayence ! l'armée héroïque, l'armée qui a pour chefs Dubayet, Kléber, Vimeux, Beaupuy !

0 mânes sacrés! je pleure sur votre tombe d'avoir

à répondre à d'aussi noires calomnies proférées contre vous, de sang-froid, après soixante années, par des Français, et enfin même par des royalistes!

Vous rendîtes justice, vous, aux Vendéens! Je vous ai entendus louer leur courage, et c'est de vous que j'ai appris à respecter leur malheur, à vanter aussi et souvent, contre les intérêts de ma cause, leur intrépidité, leur constance, tout en détestant leurs principes, en chargeant leur guerre impie de malédiction !

Impie ! car la vraie religion c'est l'amour de la patrie et sa défense !

Examinons l'affaire sous d'autres faces. Il faut bien mal connaître l'esprit vendéen pour supposer un moment qu'un chef, que Desessarts, l'abbé Desessarts ait fait la proposition de donner les vases sacrés pour quoique ce soit et sous quelque prétexte que ce pût être au monde.

Il faut que Tanimosité rende stupides les gens d'esprit mêmes pour qu'ils aillent imaginer que, s'il y avait eu un moyen par négociation, argent, faveurs, promesses, d'éteindre les Mayençais, pour imaginer, dis-je, et avancer que des chefs comme Lescure, Bonchamp, Larochejaquelein, d'Elbée et tant d'hommes qui, certes, ne manquaient pas de sens, n'eussent pas mis tout en jeu pour mener k fin l'entreprise; qu'ils n'eusseut pas suivi avec empressement ces ouvertures ;* qu'ils ne se fussent pas précipités à bras ou-

verts au-devant de ces troupes qui, en se rendant et se joignant à eux, changeaient tout à coup l'état du pays, faisaient sur-le-champ tourner la fortune, mettaient toutes les chances du côté royaliste, ébranlaient la Convention et assuraient le prompt succès de la cause pour laquelle tant de sang déjà avait été répandu, déjà tant de ruines avaient été amoncelées!

Allons, allons, tout cela est méprisable !

Et encore n'est-ce pas neuf ; ce n'est qu'une paraphrase de la thèse de M. de Barante. C'est dans les mémoires rédigés par le sous- préfet de Bressuire qu'a été posée la première pierre de cet édifice monstrueux.

On a bâti dessus : on renchérit!

J'ai vu le prêtre Jagault, qui est cité là ; je l'ai vu chez M. des Varannes, à Saumur, et je l'ai revu à Écharbot, près d'Angers. Il me disait : t Nos pa- «piersont été brûlés; brûlés à Châtillon, brûlés à c Mortagne, brûlés par les républicains, brûlés par (( nous.

« Ce qui court de nos délibérations ne vient pas a de nos registres, qui n'existent plus, mais de pièces « éparses, de copies qu'on change, qu'on fausse, qui « ne doivent inspirer aucune confiance. »

C'était là ce que disait Jagault ; mais on le fait ailleurs et autrement parler : on lui fait dire ce qu'on veut ; et quand on n'a pas de preuves, comment faiton pour en donner cependant? Comment on fait! on en forge à la hâte, avec cynisme, et l'on a des atlas

qui sont pleins de documents authentiques etd'autographes.

L'armée de Mayence n'était ni à Chantonay, ni à Châtillon, ni aux Herbiers. Ce furent les colonnes de Luçon et de Bressuire qui prirent cette direction. L'armée de Mayence ne fit sa jonction avec ces colonnes qu'à Mortagne , la Tremblaye et Chollet. Tout ce qui brûla avant cette jonction ne peut la regarder.

J'ai expliqué, du reste, les incendies; il y en avait en réalité et d'épouvantables : j'ai fait voir pourtant que le système était d'en exagérer la fureur, d'en augmenter le nombre sur le papier, afin de répandre la terreur non-seulement dans la Vendée, mais en France, à Paris, à l'étranger, et d'arrêter s'il se pouvait ainsi les conspirateurs et les rois de l'Europe par excès d'impassibilité et d'énergie.

L'armée de Mayence! nous l'avons vue au combat, victorieuse, balayant devant elle les bandes royales.

Vous la voyez maintenant, quoique battue, décimée, dissoute, qui fait trembler encore ses ennemis par son nom et qui, par ses membres épars, est toujours et à jamais à leur poursuite, bien décidée à ne les quitter qu'après leur destruction complète et absolue.

C'est cette constance que rien ne lasse qui la rend

f objet de tant d'imputations odieuses et de tant de haine.

Je suis bien aise de cet acharnement; il répond aux attaques qui viennent de tous côtés, et qui arrivent des clubs, des ministères, des énergumènes féroces ou imbéciles, des égarés et des aveugles, ou même des hommes gagés par l'émigration, par les puissances coalisées, par toutes les factions ennemies.

L'armée est pure; elle a fait son devoir; elle a servi courageusement, loyalement ; et malgré tant de pages envenimées des écrivains pervers, son nom sera inscrit en lettres d'or dans les fastes glorieux de la République.

Adresse des Administrateurs de Maine-et-Loire à leurs concitoyens.

« Angers, 6 brumaire? an II.

« Républicains,

« Nos braves frères , nos amis de l'armée de t l'Ouest sont venus dans nos murs se délasser de « leurs fatigues et jouir, dans nos embrassements « fraternels, des douceurs et du témoignage de la « reconnaissance.

« A leur dénûment de toute chose d'absolue né- « cessité, vous jugerez de ce qu'ils ont souffert, vous « jugerez des pertes qu'ils ont faites, vous jugerez « enfin de leur courage et de leur amour pour la « patrie : nous déclarerons et nous proclamerons u qu'ils ont bien mérité d'elle.

« Mais ce n'est pas par de stériles félicitations que « nous les mettrons en état de continuer leur glo-

tom« m. 2

« rieuse carrière. Ils manquent de souliers, c'est à « nous de leur en fournir. La plupart n'ont point de « bas, il faut leur en donner. Ils manquent d'armes, c que tous les ateliers d'armuriers soient en activité « pour leur en procurer. Quelques-uns d'entre eux « sont sans habits, que chacun de nous se dépouille « et soit glorieux d'avoir vêtu un digne défenseur de c la République, un vainqueur de la Vendée.

<c Trois endroits sont désignés pour servir de dépôt « à nos offrandes :

. « L'église Saint-Maurice, « L'église Saint-Pierre, <• Le Bon-Pasteur.

« Aucun citoyen ne peut se dispenser d'apporter « une partie de l'équipement : l'artisan , en appori tant ses souliers en recevra le prix si ses moyens o ne lui permettent pas d'en faire le sacrifice.

a Le riche et le citoyen qui est dans l'aisance se- « ront assez payés par la satisfaction qu'ils auront « d'avoir quelque chose à offrir aux défenseurs de la « liberté. C'est pour eux, c'est pour nous tous un « devoir sacré, citoyens, de secourir nos frères d'ar- « mes dans leurs besoins multipliés et pressants , A principalement en souliers. Qui de nous les verrait « avec indifférence sans chaussures et presque sans « vêtements ! Qui de nous ne s'empresserait de leur a offrir les effets qui sont d'une nécessité aussi ab- « solue! Leur position exige impérieusement ces se- « cours.

« L'armée doit, sous peu de jours, sortir de nos

« murs pour retourner au combat, acquérir de nou- « veaux droits à notre reconnaissance. Hâtons-nous v( donc de la restaurer complètement, et qu'elle em- « porte avec elle des gages de la véritable affection « de ses frères d'Angers.

« Elle les attend avec raison. Nous espérons que « ce ne sera pas en vain.

« VILLIER, président.

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