FAUCHON
L'espérance de Fauchon a été vaine. Les Brigands ont passé sur le corps des troupes républicaines du poste de Clermont-Gallerande, et les voilà qui franchissent les hauteurs du château Sénéchal, menacent Foultourteetse précipitent sur nos colonnes en redoublant de fureur.
Lettre de GARNIER (de Saintes) aux Administrateurs de la Sarthe.
« FotUtourte, M frimaire, an II.
« La journée de Clermont, citoyens, a été chaude. « Nous nous sommes battus comme des enragés , et « nous avons fait payer cher à l'ennemi le plaisir « de nous faire replier.
« Je n'entrerai dans aucun détail. J'écris à la « Convention nationale. Prenez connaissance de ma « dépèche et expédiez-la aussitôt.
« Regardez cette journée comme une victoire.
« L'ennemi ne peut avoir à La Flèche ni cavalerie n j « artillerie, et s'il est pressé par nos armées venant « d'Angers , comme je n'en doute pas, les mesures
« que j'ai prises de faire couper tous les ponts lui t deviendront funestes.
« Faites toutes les dispositions nécessaires pour « que le peuple soit éclairé sur cet événement, et « que la malveillance ne répande point au milieu de a lui de ridicules terreurs.
« Continuez toujours de travailler à vos retrancheu ments. Si nous étions attaqués au Mans, nous « donnerions, j'espère, à ces coquins, une frottade
* égale à celle qu'ils viennent d'essuyer à Angers.
« Que tout le monde reste donc calme à son poste. « C'est la fermeté et le sang-froid qui assurent le « succès.
a L'armée réunie à Foultourte y demeurera « demain; et tant qu'elle se maintiendra dans son « attitude actuelle, on doit être sans inquiétude.
« Je me rendrai demain matin dans vos murs pour « tranquilliser vos concitoyens et assurer l'exécution c de toutes les mesures dont votre ville est sus- € ceptible.
« Salut et fraternité.
« Le Représentant du Peuple,
« G ARNIER (de Saintes) . •
Lettre de CHABOT à Garnier (de Saintes).
« Chateau-Sénéchal, le 1 8 frimaire.
« Citoyen représentant, j'ai tenu tant que j'ai pu « à La Flèche. Lacroix a fait de même à Durtal, Cha- « pelain de même aussi à Clermont. Mais la masse « des Brigands est telle qu'elle écrase à elle seule des « forces aussi faibles que les nôtres. Le courage n'y « fait rien, chacun a fait son devoir. Je vais me re- % « pliersurFoultourteavecChapelaiu.QuantàLacroix « il a pris par Vion,et depuis vingt-quatre heures je « n'ai pas eu de ses nouvelles.
« Je marche en ordre ; je m'arrête à toutes les « hauteurs. Les fossés et leurs talussont nos retran- « chements. Je bats en retraite de manière à main- « tenir l'esprit des troupes et à montrer encore aux
« Brigands à quelles gens de valeur ils ont affaire.
« Mais enfin, je vous en avertis, P ennemi nous « suit de près et vous n'avez qu'à vous bien tenir sur « vos gardes.
« Salul et fraternité,
« Le Général CHABOT. »
Arrêté du Représentant du Peuple.
« Considérant que les citoyens du Mans sont plus que jamais disposés, malgré la faiblesse de leurs moyens, à résister aux attaques des Brigands et que le civisme donne la vigueur.
« Arrête : que dans toutes les rues par où les Brigands pourraient se porter, il sera placé des fûts de barriques, des bois, fagots et autres objets propres à embarrasser les communications ;
« Autorise les commissaires nommés à cet effet à requérir les personnes qu'ils jugeront capables de ces opérations et, en cas de refus, aies mettre en arrestation comme suspects; et pour donner plus de latitude au plan de résistance à opposer, il est enjoint, sous peine d'arrestation, à tous citoyens indistinctement, du moment que le signal d'alerte sera donné, de barricader les portes de sa maison et de se joindre à la force armée, laissant aux femmes patriotes le soin de lancer des croisées les pierres, les meubles, l'eau bouillante, pour exterminer l'ennemi.
« Dans le cas où il se trouverait un individu assez scélérat pour tourner ce moyen de défense contre
les patriotes, il sera fusillé aussitôt et sa maison rasée.
« Fait au Mans, le 1 8 frimaire, an II.
• Le Représentant du Peuple,
«GARNIER (de Saintes).
Le Citoyen Maire du Mans aux Citoyens détenus dans les prisons
de cette ville.
« Vous, qui avez eu le malheur d'encourir la dis- « grâce du peuple, vous, qu'il a cru, dans sa prét voyance, devoir priver de votre liberté, qu'atten- « dez-vous pour regagner sa confiance? Que vouspro- « posez^vous de faire pour suspendre le jugement qu' il « va, dans sajustice, prononcer sur votre sort? seront- « ce des pétitions que vous allez lui adresser eu à « ses représentants, tandis que vous avez tant de bien « à faire? Méritez-vous le nom de bons citoyens, « tandis que tant de malheureux, tant de familles . « pauvres et honteuses, gémissent perpétuellement <« sous le poids accablant de la misère la plus af- «< freuse? toutes les victimes de l'indigence ne déc posent-elles pas évidemment contre votre inhumac nité, contre votre incivisme?
« Sous un gouvernement juste, bienfaisant, la « subsistance du pauvre n'a-t elle pas un droit na- « turel et forcé au superflu du riche ?
« Et dans un pays régi par des lois vraiment répu- « blicaines, les citoyens manqueraient de pain dans t notre commune ! et des riches regorgeraient de « biens!
€ Qu'avez-vous donc fait, hommes riches et aisés, « pour justifier votre civisme?
« Les malheureux, les patriotes, sont journellement « en butte aux horreurs de la faim; tous les jours « ils versent leur sang pour faire triompher la cause « de la liberté. Ici, une citoyenne expose ce qu'elle c a de plus cher; la vie de son mari, pour la défense « de la patrie. Là, ce sont de respectables vieillards « qui sacrifient leur unique soutien, leurs propres « enfants, pour le triomphe de la cause chérie... Et « vous, riches, heureux et tranquilles dans vos foyers ; t vous que l'aisance met au-dessus du besoin, qui « n'avez que des désirs à former, vous tiendrez à de « vils sacrifices pécuniaires! vous oserez calculer et « mettre froidement dans la balance la jouissance « factice d'un mets plus ou moins délicat, peut-être € même d'une partie immorale, avec la vraie et « solide jouissance d'un bienfait, avec la satisfaction t délicieuse de rassasier la faim de votre frère? « Quelle àme honnête qui ne s'indigne à l'idée seule « d'une comparaison si choquante?
c Une mesure da sévérité nécessaire , indispcn- « sable pour le salut de la République, ne doit pas « anéantir le germe du sentiment d'humanité et de « bienfaisance inhérent au cœur des Français. Si vous « êtes dignes de ce nom, vous en remplirez les dece voirs. C'est quand la loi vous frappe que vous dec vez vous efforcer de mériter son indulgence.
« C'est quand nos difficultés sont les plus grandes « que vous devez venir à notre aide et reconquérir
« par là quelques droits à l'indulgence duylpeuple. « Je vous ouvre cette voie, ne la fermez pas. •
« Ah ! citoyens, n'en doutez pas, le jour des lu- « mières est arrivé, les principes éternels de justice « et de raison, base immuable de notre constitution, n sont fortement sentis, enfin ils triomphent de tous « les obstacles, et malheur à ceux qui les auront mé- « connus : les vengeances nationales vont en faire une « justice prompte et éclatante.
« POTIER, Maire. »
LA MUNICIPALITÉ DU MANS Arrête que les noms des rues de la ville seront changés ainsi qu'il suit :