‹ La Vendée en 1793Chapitre 79 sur 88 · S. B1ZIÈRE, PÉAN, BILLET, LENOIR · texte numérisé non relu

S. B1ZIÈRE, PÉAN, BILLET, LENOIR

Le Conseil permanent de Sablé au Comité défensif du Mans.

* Snblé, 30 frimaire.

« Citoyens,

« Les Brigands sont à Ségré, Pouancé, Craon. Ils « brûlent, dévastent, tuent les maires qu'ils trouvent « sur leur chemin, et ne veulent rien laisser debout « dans des lieux qu'ils ne doivent plus, disent-ils, « revoir jamais ; des lieux où ils n'ont trouvé que

« des partisans timides ou des ennemis déclarés.

« Ils ont su les noms des cavaliers civiques et des « gendarmes nationaux. Ils ont particulièrement « ruiné leurs propriétés et outragé leurs familles.

a Ségré a bien souffert. On s'y est battu deux « heures, et le pont a été passé, repassé deux fois par « les Brigands et les républicains.

« A la fin, les patriotes Tout emporté. Les Brigands « fuient par Vern et Châlins.

Le château de l'Allory est dévasté ; il n'y reste pas « une glace, pas une cheminée de marbre, tout est « brisé. Le feu a consumé les granges. Le fermier « s'est sauvé au Lion.

« A l'instant même un citoyen de Laval nous rap- « porte que le représentant du peuple actuellement « dans cette ville a reçu avis du général Westermann « qu'environ quinze cents rebelles ont passé la Loire. *< Le reste est en déroute et pousse vers la Bretagne. « Le général poursuit ses triomphes.

« Salut et fraternité,

■ MORIN, BARRET fils, CHÉVRON. »

HOUDBINE à son amiCouet, à Sablé.

« Ségré, 30 frimaire. »

« Citoyen et ami , « Nos transes cessent, nos maux finissent, les « Brigands n'ont fait que paraître ici et disparaître. « Ils nous menaçaient tous de mort. Larivière, « Bertron et moi nous étions surtout signalés à leur « colère.

u Comme ils allaient sévir, frapper, on a entendu la fusillade. Leurs postes étaient attaqués par nos hussards. Une forte colonne républicaine s'est avancée et n'a pas tardé à nous délivrer de nos hôtes féroces.

« Toute la horde a déguerpi par Sainte -James et Vern. Les Rabaut ont eu de belles peurs, mais nul n'a péri de cette chère famille.

« Les Brigands sont perdus, épars, égarés, ils tombent de piège en piège. Ils ont une avance de vingt-quatre heures sur notre infanterie, mais la cavalerie les mène rudement. Il faut que ce Wes- « termann ait un tempérament de fer; il ne dort ni * jour ni nuit ; il chasse aux Brigands et il est ivre de « joie quand il en tue.

« Salut et fraternité,

« HOUDBINE.

• P. S. Quinze de nos cavaliers et vingt-cinq fan- « tassins viennent près de Ségré d'arrêter cinquante- « un Brigands. Nos soldats jurent sur leur amour de « la République de purger le pays des monstres qui « l'infestent : fasse le ciel, cher ami, que je puisse « Rapprendre par le premier courrier la destruction u totale des scélérats de fanatiques qui notis ont tant « fait de mal 1 »

Lettbe d'Angers.

« Le 30 frimaire.

« Les ennemis ont passé à Ancenis sur des ponts de « bateaux qu'ils avaient apportés sur des charrettes

« de tous les étangs voisins, au nombre de plus de t deux mille ; d'autres ont pris par Varades, mais ils « ne sont parvenus que dans l'île de la Meilleraie. « Deux à trois mille sont noyés; le reste, dispersé « dans les campagnes , est poursuivi par les paysans € qui les tuent et les hachent sans commisération.

(t Le secrétaire d'un chef a acertainé ces faits, et « a dit en outre que quatre à cinq mille Brigands, « des plus opiniâtres, se portaient sur Nort et Blain.

« Larochejaquelein était mort, suivant les bruits t qui couraient. Dix fois on avait dit et répété : • Il « est blessé ; il a eu la tête fendue en deux. » Rien « de tout cela; il vit, il est leste, et c'est lui qui a été « le premier à passer l'eau à Ancenis ; Stofflet l'a ac- « compagné, ce qui a fort mécontenté leurs soldats.

« L'armée catholique maudit ses chefs qui passent € la Loire et la laissent là sans direction, sans secours, « sans refuge : elle a été prête à les assassiner de « rage.

« On attend à Angers un chef de Brigands fait pria sonnier : qui est-ce?

« La Durandière, juge de La Flèche, qui s'était « uni aux rebelles, a été pris, avec ses deux filles, et « amené à Angers.

a II a passé dans notre ville cent cinquante prisont niers de Nantes, que l'on conduit à la Convention. « Ils sont accusés d'avoir voulu vendre la ville. Per- « rotin, de Parcé, est du nombre 1 . »

1 Yiileoave a fait le récit de ce voyage des prisonniers nantais.

Les Membres du district de Château-Gontier aux administrateurs

de Laval.

€ Le 30 frimaire, an II.

« Citoyens,

« Vive la République ! vive l'armée républicaine de l'Ouest! qui continue à poursuivre et qui extermine les Brigands*.

« La municipalité de Candé a annoncé officiellement au district de Ségré que ces scélérats ont passé par La Chapelle-Glain et Saint-Mars-la-Jaille, avec des canons encore et des prêtres.

« A Saint-Mars, ils ont tué le maire.

« Ils arrivèrent dimanche (vieux style) à Ancenis. En vain ils y tentèrent le passage. Plus de huit cents furent engloutis dans le fleuve du premier coup, et plus du double y périt quand ils voulurent essayer une seconde fois de leurs frôles pontonp.

« Le lundi, la générale bat dans les rangs des rebelles. C'est avec la plus grande peine que les chefs déterminent leurs hommes à marcher; il fallait pourtant se défendre ou fuir, car les Républicains arrivaient de tous côtés et ne faisaient pas de quartier.

« On a tiraillé, on a mitraillé, on a sabré tout le jour et puis le mardi.

« Enfin, k la nuit, la horde a quitté la ville et la Loire; elle est rentrée dans les terres et ne sait où elle va.

c L'hôpital de Candé est rempli de ses blessés et de ses malades des deux sexes.

a Dans tous les bourgs, on trouve des femmes et « des enfants abandonnés.

« On a trouvé cinq canons dans un chemin creux , « enfoncés dans une mare.

« Le gros de ce qui reste des Brigands, à peu près « quinze cents hommes d'infanterie et huit cents de « cavalerie, tout ce qui est en état de se battre, prend « la route de la Bretagne et court sur Nort.

« Les troupes républicaines ne les laissent pas res- « pirer une minute. *

Lettre de CHATEAUBRIANT.

« 30 frimaire, an IL

« L'armée républicaine est entrée hier dans nos « murs; elle en repartira demain sans prendre de « repos, pour aller à la poursuite des Brigands. Trois « représentants du peuple sont avec elle. Ils ont re- « mis au district une proclamation tendant a faire « lever tous les citoyens des campagnes pour courir « sur nos scélérats d'ennemis ; ce qui s exécute avec « le plus grand succès.

« Châteaubriant n'a que cinq chasseurs à cheval , « qui, mardi, arrêtèrent un prêtre, un ci-devant « vicaire de Saint-Léonard-lez-Angers avec d'autres « Brigands.

« Le caractère que ce prêtre a montré dans son « interrogatoire prouve qu'il est heureux que nosré- « publicains l'aient pris. Il était pourvu de tous les

« moyens de corrompre les hommes que la crédulité « entraîne.

a Si tous les Brigands avaient eu Patroce persé- « vèrance de leurs prêtres, où en serions-nous?

« Dans Chàteaubriant, et aux environs, les citoyens a sont levés en masse et achèvent à coups de crocs a et de fourches de détruire les débris de la pauvre « armée catholique. »

Lettre de RIGOMER-BAZIN à Goyct.

« Le 30 frimaire, an //.

« Tu cours les champs et tu poursuis, ami, les vils « scélérats qui nous ont tant fait de mal depuis quinze a jours. Que ma lettre te trouve quelque soir à Sillé, « à Saint-Denis ou à la Suze, et qu elle réjouisse ton « âme par l'avis d'une solennité qui a vraiment eu « ici un grand caractère.

« Le peuple attache un prix infini à ses arbres de <i liberté; les Brigands le savent bien, puisque, par- « tout, leur premier soiu est de faire disparaître ce « symbole.

« Au Mans, ils l'avaient jeté par terre, brûlé, a anéanti; mais, dans leur rage effrénée, s'imagia naient-ils par là éteindre dans le cœur des habitants « l'amour sacré de la liberté et de la patrie?

« Qu'ils se détrompent; leurs outrages, leurs haines « font tout le contraire. Ceux de nos concitoyens qui « conservaient encore un germe de l'ancien régime, « sont entièrement revenus de leur erreur. Le pas-

« sage des Brigands, leur conduite, leurs pillages, « leurs maximes affreuses n'ont plus laissé et permis « d'illusion : le voile est tombé, la lumière s'est faite, « et Penlhousiasme qu'a manifesté la masse et l'una- « nimité des citoyens de la commune du Mans à la « plantation du nouvel arbre de liberté , du signe « chéri de sa délivrance, de son indépendance et de « son bonheur, est une preuve bien sensible des pro- « grès qu'a faits dans nos mœurs la vérité, un gage « sublime de l'impossibilité du rétablissement de la « tyrannie.

« Je t'embrasse fraternellement.

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