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La vénérable Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec; supplément à sa correspondance

Les lettres de la première supérieure des Ursulines de Québec, Marie Guyard, veuve de Claude Martin, plus connue sous le nom de Marie de l'Incarnation, ont fourni aux historiens du Canada une mine de précieuses indications. Combien plus sûres seraient-elles sans les altérations qui les ont déformées Elles aussi peuvent servir à prouver les Habitudes de liberté que prenaient alors avec les textes tous les éditeurs de correspondances ou d'ouvrages l.

1. Ce n'est point le lieu de refaire, même sommairement, la vie de la Y. Ursuline dont le procès de béatification ne tardera pas sans doute à aboutir La bibliographie du sujet est du moins assez riche pour mériter une mention. Depuis la Vie, publiée en 1677, par son fils 'voir plus bas page 2) nous avons, par ordre de dates : 1° Charlevoix, S. J. Paris, 1724. in 8>, 2° Abbé Casgrain, Québec, : - de 4ti7. 2* éd.; 3° Abbé

Ricbaudeau, Paris. 1874 (aucune des deux éditions ne figure à la Bibliothèque nationale). L'auteur, en ne laissant point dans l'ombre les richesses de doctrine spirituelle que contiennent la Vie et les Lettres publiées par le P. Martin, complète très heureusement l'abbé Casgrain, qui s'est confiné dans les faits historiques; 4° Abbé Chapot, Paris. i. in-8° de XI-451 et

473. C'est la reprise un peu libre, on le verra (Voir p. 37, note 2.), de la biographie du P. Martin, qui demandait en effet une disposition meilleure ; 5° Vie de la V... par une religieuse Ursuline. Paris, Retaux, 1893. Ce bon résumé des autres biographies, in-8° de YI-516 pages, se recommande par une introduction de Mgr Baunard. Les faits historiques sont d'ailleurs peu abondants et l'existence uniforme de la zélée religieuse tient en quelques lignes. Née à Tours, le 28 octobre 1599, mariée à dix-sept ans à un fabricant de soieries de cette ville, Claude-Joseph Martin, veuve au bout de deux ans, elle entre, douze ans après, chez les Ursulines de Tours, abandonnant, pour ainsi dire, aux soins de la Providence, son fils en bas âge. En 1639, elle quitte son monastère, avec une de ses compagnes, la mère Marie de Saint-Joseph, pour aller fonder au Canada, sous les auspices de .Mms de la Peltrie, une maison de son Ordre, le premier

Marie de l'Incarnation

Passe encore que, dans ces lettres intimes que le fils de la sainte apôtre du Canada donnait au public1, il ait effacé les témoignages personnels de nature à alarmer son humilité. La Vie du P. Claude Martin, écrite par Dom Martène, nous signalait déjà ces infidélités, vénielles en somme, auxquelles le biographe déclarait avoir porté remède :

« Je me suis aussi servi, écrit-il, des lettres que sa sainte mère luy avoit écrites, et comme j'apprehendois qu'il n'eût

monastère des Ursulines de Québec, où elle mourut, vingt ans après sa jeune compagne, le 30 avril 1672. Mais ses écrits, ses lettres et deux autobiographies que son fils a utilisées dans sa Vie, ont été assez remarquables pour la faire nommer par Bossuet, dans son Instruction sur les Etats d'Oraison, (liv. IX, n. III, éd. Lebel, t. XXVII, p. 356.) la « Thérèse de nos jours et du Nouveau Monde » (Voir Etudes, 5 juin 1906, p. 578, n. 1). Une thèse de mystique sur ses ouvrages est en ce moment en préparation et assurément le sujet en valait la peine.

1. Lettres de la vénérable Mère Marie de V Incarnation, première supérieure des Ursulines de la Nouvelle France, divisées en deux parties. A Paris, chez Louis Billaine, au second pilier de la grande salle du Palais, au grand César, M.DCLXXXI, in-4<>. (B. N. Ld'^2.) Dès l'année 1677, moins de cinq ans après la mort de sa mère, le P. Martin avait fait paraître La Vie de la Vénérable Mère Marie de V Incarnation, première supérieure des Ursulines de la Nouvelle France, tirée de ses lettres et de ses écrits. A Paris, chez Louis Billaine, au second pilier de la grande salle du Palais, au grand César. M.DC.LXXVII, in-4° de 757 p. L'achevé d'imprimer est du 15 octobre 1675. (B. N, Ln 27 9454.) Il existe une prétendue réimpression de cette Vie... à Paris, chez Antoine Warin, rue Saint-Jacques, proche la fontaine Saint-Séverin au saint Scapulaire. M.DC.XCVI. En réalité, la page de titre est seule nouvelle et il ne s'agit sans doute que d'une mise en circulation d'un solde d'exemplaires de la première impression, car la liste même des errata n'a pas varié à la fin du volume. — La division en deux parties, l'une Lettres spirituelles, l'autre Lettres historiques, est des plus malencontreuses. D'ailleurs, le P. Martin ne l'a obtenue souvent qu'en découpant en deux, et en transposant (notre premier autographe en fournit la preuve) deux fragments d'une même lettre. Aussi l'édition, introuvable elle aussi, ou à peu près, et absente de la Bibliothèque nationale, qu'a donnée M. l'abbé Bichaudeau en 1876 (Paris et Tournai, 2 vol. in-8° de XIX, 557 et 567 pages), a essayé de remédier à cet inconvénient, en réunissant, d'après les dates, les tronçons de lettres; mais c'est là un travail délicat qui demanderait à être fait d'après des données plus sûres. L'inexpérience de l'éditeur éclate encore plus, en ce qu'ayant à publier huit lettres"' inédites à ajouter aux 217 éditées par D. Martin, il laisse au lecteur la peine de les rechercher dans ses deux volumes, sans aucune indication fournie, dans sa préface, sur ses sources et la manière dont il les met en œuvre.

supprimé beaucoup de choses par modestie ou par prudence dans celle qu'il a fait imprimer, j'ay consulté les originaux qui sont conservés fort religieusement au Monastère des Religieuses Ursulines de Tours1. »

Par malheur, la phrase qui était vraie en 1679, et nous prouve que Dom Martin n'avait pas détruit ou dispersé les autographes dont il avait si librement usé, ne l'est plus de nos jours; nous ignorons ce que sont devenues les épaves de cette correspondance, à la veille aujourd'hui de devenir plus précieuses encore.

Il serait à souhaiter que le plus grand nombre possible des écrits authentiques de la Mère Marie de l'Incarnation pût être contrôlé. A défaut des lettres mêmes du P. Martin, qui éclaireraient cette correspondance, mais dont son biographe déplorait déjà la perte, car elles avaient disparu, avec tant d'autres papiers, dans l'incendie du monastère de Québec survenu plus de vingt ans avant la mort de la vénérable, nous aurions le moyen de vérifier de plus près la fidélité fort suspecte du premier éditeur.

Parlant des deux « Relations » écrites par Marie de l'Incarnation sur l'ordre de ses confesseurs, l'abbé Richaudeau dit que nous n'en avons plus « le texte original », et il ajoute un peu candidement : « Mais Claude Martin déclare bs avoir reproduites exactement, et il mérite toute confiance. »

S'il n'a pas été plus « exact » que pour les lettres, il s'en faudrait que la confiance dût être entière. Nous n'en voulons pour preuve que la confrontation de la lettre autographe retrouvée à la Bibliothèque Mazarine avec le texte publié

1. La Yie du Vénérable Père dom Claude Martin, Beligieux, Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur. Décédé en odeur de sainteté au Monastère d? Mairmontier, h 9 du mois d'aoust 1696, écrite par un de ses disciples. A Tours, chez Philbert Masson, imprimeur ordinaire du Corps de Ville, et du Collège, MDC.XCVII, iu-8°. L'abbé Richaudeau signale, dans son Introduction (2e éd., p. 35), en se les exagérant un peu, la rareté et l'intérêt de cet ouvrage. Il permet aju moins de mieux connaître le fils de la vénérable Ursuline et de contrôler les diverses lettres qui lai sont adressées.

dans son édition de 1681. Il n'a sans doute point touché au fond des choses, mais pour le style, on en va juger.

En effet, la lettre du 4 septembre 1641, — la XXe de la première partie et la XXIe de la seconde — a subi des retouches regrettables, des transpositions, des suppressions plus fâcheuses encore. Le prurit commun à tous les éditeurs de l'époque, de rajeunir ou d'anoblir le style, et, surtout, de négliger comme insignifiants ou peu dignes de la postérité, les détails circonstanciés dont nous sommes aujourd'hui, à tort ou à raison, si avides, a transformé cette lettre, et probablement aussi toutes les autres.

Aux futurs hagiographes de la Mère Marie de l'Incarnation, dont la cause intéresse si vivement la province de Québec, le diocèse de Tours, et la France qui a donné au nouveau monde cette autre Thérèse, il appartiendra de restituer, à l'aide de tous les autographes subsistants, la physionomie véritable des Lettres, et de nous rendre les passages omis par la première publication. Notre rôle est seulement de fournir Un spécimen du travail à entreprendre, et de publier pour la première fois, telles qu'elles furent écrites, les lettres autographes qui subsistent et tout d'abord celle de la Bibliothèque Mazarine.

Aussi bien, à la suite de la lettre si infidèlement éditée par D. Martin, s'en présente une autre, qu'il reçut de la Mère Marie de Saint-Joseph, lettre restée totalement inconnue. Ce billet de deux pages, ajouté à la lettre écrite par la mère à son fils, nous sera une occasion de remettre en lumière la figure trop oubliée de la jeune religieuse qui a tracé ces lignes, les seules pages autographes peut-être qui survivent à sa mémoire effacée. En voici une description sommaire.

L'une et l'autre lettre, envoyées le 4 septembre 1641, pour féliciter le P. Martin de son entrée en religion, nous ont été conservées par Nicole. Une note de sa main fait foi qu'il tenait cette pieuse relique du P. Martin lui-même1. Il l'avait donc

1. Au-dessous de l'adresse (f° 360 v°) : « A mon très chère frère en ntrc

reçue antérieurement au 10 novembre 1695, date de sa mort.

D. Martin qui lui survécut d'une année environ » ne songea pas peut-être à réclamer cette lettre, à laquelle sans doute il avait renoncé dès le temps de sa publication de 1681. Ces pages sont donc demeurées parmi les autres lettres reçues par Nicole, aujourd'hui reliées dans le manuscrit 2467 de la Bibliothèque Mazarine2. Par malheur, ces grandes feuilles in-quarto dépassent la dimension du recueil qui les contient, de sorte que la ligne inférieure, usée par ïe frottement, ne sera bientôt plus lisible3. Il est donc grandement temps de publier le texte exact de ces lettres intéressantes.

Deux autres sources, connues déjà de H. l'abbé Richaudeau, nous ont été ouvertes, et nous avons jugé utile d'y recourir. Les lettres qu'il a publiées d'après les autographes conservés à Mons, — moins une qui a sans doute été eu depuis 1S76. — ont été mises à notre disposition, d'après une copie authentique et collationnée. Cette transcription de cinq lettres, faite avec le plus grand soin, et conforme à l'autographe, nous a permis de rectifier un certain nombre d'erreurs, d'oublis et de modifications de détail qui restituent à ces lettres leur physionomie propre et les présentent ainsi au public vraiment pour la première fois.

seigneur Le frère Claude Martin nouise des Bénédictins à Vandosme, z> de la main de la vénérable, Nicole a -'-crit : « Cette lettre m'a esté donnée par le P. Martin, fils de la Mère de l'Incarnatioi.

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