‹ La vénerie (volume 2)Chapitre 25 sur 62 · LE BLASON DV VENEVR · texte numérisé non relu

LE BLASON DV VENEVR

lE suis Veneur, qui me leue malin , Prens ma bouteille, et Vemplis de bon vin , Beuuanl deux coups en toute diligence , Pour cheminer en pltu grande asseurance.

Mettant le traict au col de mon limier, Pour aux foresls le Cerf aller cercher :

Et en questant aux cernes des gaignages Souuent entends des oyseaux Us ramages.

Tenant mon Chien te prens fort grand plaisir, Quand ie cognais que du Cerf a désir.

Et puis trouuant la fillette en l'enceinte , Mon art permet la besongner sans fainte.

Apres qu'auray trois coups fait le dcuoir.

F iij

VENERIE PAR

El desUmmé U Cerf à mon potitiotr, À Vaâsemhlee alors faut retourner, Pour mon rapport froidement raeompter.

Donnant s<Uut auœ Printes et Seigneurs , Et les fumées monstrans aux cognoisseurs :

Lors de Inm vin soudMn on me présente :

Car eut U droit de Vart qui U eommandie.

Apres disner m'enuovs ineontinanJt A ma brisée, mon maistre entretenant.

Puis sur les voyes mon Chien se fait entendre , Allant lancer le Cerf hors de sa chambre.

Donc ne desplaiso aux Fauconniers verreux, Leur estât n'est approchant des veneurs.

lies cognciêsances H iugemmis qvê le Veneur dai entendre ei 9tauoir pour cogtwiure leê %Amx Cerfs.

Le iugement du pied. Le iugement des fumées.

Le iagement des portées. Le iugement des alleures.

Le iugement des abbatures et Le iugement des firayouers. fouleures.

Lesquels ie specifiray cy après par chapitres , commençant au iugement du pied.

lACQVES DV FOVILLOYX.

DV IVGEMENT ET COGNOISSÀNCE

du pied du Cerf. Chap. XXII.

(ES vieux Cerfs ont communément les cognoissanhes qui s'ensuyuent. Premièrement, il faut regarder fâ la sole du pied , qui doit estre grande et large. Et riiotez que s'il y a deux Cerfs ensemble , dont IVn ayt rie pied long , et Tautre rond , et que les signes et iul^emens de tous deux soyent de mesme grosseur et grandeur, si est-ce que le pied long se doit tousiours iuger plus Cerf que le pied rond ; car il n*y a point de faute que le corsage n'en soit plus grand que de l'autre. Plus, faut régarder au talon, lequel doit estre gros et large : et la petite comblette ou fente qui est par le milieu d'i-celuy, qui fait la séparation des deux costez , doit estre large et ouuerte : laiambe large, les os gros, cours, et non tranchans, la pince ronde et

VENERIE PAft grosse. Communément les grands yienx Cerfs sont bas ioinctex, el ne se faux-mârchent iamais, parce que les nerfs qui tiennent les ioinetures des ongles sont renforcez* et tiennent coup à la pesanteur du corps : ce que ne font pas aux ieunes Cerfs , car les ioinctures et nerfs qui tiennent leurs ongles sont foibles , n'estans encores en leur force , et ne peuuent supporter la pesanteur du corps : tellement qu'il faut que Tongle varie et faux-marche. A cette cause ils se doiuent iuger ieuntes Cerfs. Plus » les vieux Cerfs en leurs alleures ne passent iamais le pied de derrière outre celuy de deuant, mais demeure après de quatre doigts pour le moins : ce que ne font pas les ieunes Cerfs , car en leurs alleures le pied de derrière outre-passe celuy de deuant , comme fait vue Mule qm va Tamble.

Cerfs ayans le pied creax, pourueu que tous autres bons signes y soyeat 9 se peuuent iuger vieux Cerfs. Ceux qui ont haut et mol pas, en lieu où il n'y ait gueres de pierres» se iugent par là estre bien vigoureux, n'ayans gueres-esté chassez ne courus. Et si faut icy entendre, qu'il y a grande différence entre les cognoissances du pied des Biches , et du pied des Cerfs. Toutesfois ; quand les Biches sont pleines , vn ieune Veneur s'y pourroit bien tromper, parce qu'elles ouurent les ongles à cause de leur pesanteur comme fait vn Cerf : mais si est-ce que les cognoissances en sont bien apparentes : car si vous regardez le talon d'vne Biche, vous trouuerez qu'il n'est si îeune Cerf, portant sa seconde teste, qui ne Tait plus gros et plus large qu'elle n'a pas, et les os plus gros. Aussi les Biches ont communément le pied long, estroit et creux, auec des petits os tranchants. Autrement vous pourrez iuger les Biches au viandis, parce qu'elles viandent gourmandément , coupant le bois rond comme fait vn bœuf: et au contraire, le Cerf de dix cors le prend délicatement, en i'eruçant pour en auoir la liqueur la plus douce et tendre qu'il peut.

Il faut que le Veneur entende icy vn secret : c'est que quand il sera aux bois, et qu'il viendra à rencontrer vn Cerf, premièrement doit regarder quel pied c'est, s'il est vsé ou tranchant. Apres faut qu'il regarde le pays et la forest là où il sera : car il pourra présumer en luy mesmes , si c'est à l'occasion du pays ou autrement : parce que communément les Cerfs nourris aux montaignes et pays pierreux, ont les pinces et les tranchans , ou costezdu pied fort vsez. La raison est, qu'en montant sur les montaignes et rochiers , ils n'appuyent que de la pince , ou des costez du pied , et non du talon : lesquelles pinces les rochiers et

pierres

lACQVES DV FOVILLOVX. ^^i

pienriM Ysent incessamment : et par ainsi se ponrroyent parauenture iuger plus vieux Cerfs qu'ils ne seroyent. Les Cerfs font au contraire en pays sablonneux, car ils s'appuyent plus du talon que des pinces : la raison est , qu'en s'appuyant du pied sur le sable , il fuit et coule de dessou}>a la pince, à cause de la pesanteur : car Tongle qui est dur le fait glisser, et alors le Cerf est contraint de se supporter et appuyer sur le jalon, qui est aucunesfois Toceasion de le faire croistre et eslargir. Tous jçes signes sont les vrays iugemens et cognoissances que le Veneur doit flçauoir et entendre du pied du Cerf.

l'eusse bien déclaré aux apprentifs que c'est que de la pince , des os, et autres dioses, mais ie voy qu'auiourd'huy il en y a tant qui l'entendent, que ie m'en tais à cause de breueté.

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