COMPLAINTE I>V CERF A
Le cor emplUl le ciel, ie voy desia leg rets. Et ie voy U Veneur, qui la flèche dressée Mesure, en eneochanl mon flanc à sa visée :
El à fin qu'il ne faille à me rendre aux abbois , le voy bien le Fouilloux , la ertûnie de noz bois , Luy remarquer au doigt mes traces et ma couche, Afin que seurement il me suiue e| me touche : Comme dedans la trompe il doit le son hausser, Quand il veut en fuyant aux dogues m'eslancer, El corner y à la fin, la prise pour m' occire, Et ce qui s'en ensuit, ias\! que ie ne puis dire. Peut estre qu'il prétend trouuer dedans mon corps Des remèdes autant comme dedans mes cors :
Car vsant de ma moelle /on appaise les peines Quant le ventre est pTêêêé àe ses plus ferin geines : Et par ma moelle encore, et mon suif sont remis Les membres et les nerfs , quand ils sont refroidis. Soit que mon estomaeh'pour médecine apporte, Des pierres , empeschans que la femme nauorie^ Ou soit que ma nature àvnlictde Venus Eschauffe les maris trop couards et recreus.
Ou bien que dans mon cueur vn petit os on treuue Qui engarde trembler ceux qui enforUespreuue. Soit que ma tendre chair on présente au repas Des Roy s et des Seigneurs , entre les premiers plats , 5t qu'en mangeant souuent, peu à peu Ion consume Des fiebures la chaleur, qui aux veines s'alUme: Et qui plus est ma chair fait prolonger les ans. Qui poisenl sur le chef des hommes\vieillissans. Mais, homme mal-heureux, si mon aage te passe, Veux tu que contre Dieu ie tien allonger face? Faut-il, en me mangeant > celuy là auier.
Qui par ma dure mort veut sa vie allonger?
Si tous ces grands biens là viennent de mon dommage , Qu'après ma mort ce soit, ie ne vy plus (Tvit aage : Si c'est pour le plaisir, les bestes poursuy donc Lesquelles nul profit , mais dommage te font. Sinon, puisse estre ainsi, que des Dieux la puissance
lACQVES DV rOVlLLOVX.
Autant que toy à nou$, te face de nuisance :
Et plus iusUf encore, qu'il t'enuoye souuent
ha guerre , la famine, et la peste suyuant :
Afin que retenu en ce malheur contraire
Tu ne nous vueille plus , ou nous puisse meffaire.
Mais si tu d&mourois en tes maux courageux
Despitant la puissance , et le courroux des Dieux ,
Puisse-tu rencontrer Diane CyntMene
Toute nue baigner dedans quelque fontaine :
El ainsi qu'Acteon , comme moy Cerf tourné ,
Bramer deuant ton Chien dessus toy attiné,
Qui succera ton sang , iusques à tant que t^on pense
£este peine crueUe esgalUr ton offence.
Fin de la eomplainie du Cerf.
A a iij