LES CHIENS MALADES
et esiendûes par terre, longaes d'vn pain, semblables à celles de la dbaaure, diuisees par nerfs ea cinq ou six parties » dentellees à l'eatour : et monte sur yne ou deux tiges dures et noirastres , au long desquelles SQDt les fueilles distinguées par interualles , et au haut d'icelles se monstjnmt des Qeurs iaunes » dont se forment en maturité des petites graines , grosses comme pois chiques , eu enuiron » qui estans meures et seiches tiennent aux yestemens.
lyéutreê diuers acciden» et maux qui suruimnefU 9ouuent aux Chiens , et premièrement de la formie.
ifi mal nommé la formie, comme peuuent sça- ^uoir ceux qui nourrissent des Chiens , souuent [aduient aux aureilles des Chiens et en esté à caube des mousches qui les y piquent » et du gratte- (ment qu'ils y font auecques les pieds , leur fait mer- "^ueilleusement grande peine. Ceste maladie se guarit, en puluerisant sur le mal de Taureille offensée , dVne poudre composée de la façon qui s'ensuit : prenez quatre onces de gomme de dragant , et la mettez tremper huict iours dedans fort vinaigre , puis la broyez sur vu marbre , comme yous voyez les peintres broyer leurs couleurs : puis y adioustez deux onces d'Alun de roche , et deux onces de noix de galle puluerisées » de tout cela meslé et incorporé ensemble f et bien desseiché , se fera vne poudre de mcrueilleuse efficace » comme vous l'apprendra l'expérience» en l'appliquant sur le mal.
Encores pâtissent les Chiens quelquefois au moyen de certaines distillations qui leur Quent du cerveau , vue espèce de catharre qui leur enfle la gorge : qu'on peut guarir en leur lauant la gorge par dedans auec du vinaigre commun et du sel , et leur oignant la gorge par dehors à l'endroit du mal et de l'enflure , de bon huyie de Camomille : ancunesfois aux playes des Chiens (comme il leur aduient souuent d'estre blessez ) les vérins s'engendrent , qui leur empeschent la guarison de leurs vlceres » pour les en deliurer , il faut tuer et ester ces vérins qu'on y trouuera concreez » puis emplastrer la playe de gomme de lierre » et y laisser l'emplastre vn iour ou d'eux : la lauer puis après auec du vin» et puis l'oindre de sein doux et d'huile de vernis auec de la rue : à ce mesme mal est encores bon le suc exprimé de l'escorce des noix vertes : et la poudre faicte des lupins cuits et seichez au four, et encores la poudre faicte de concombres saunages pa-.
REMEDES POVft GVARIll reillement dcsechez : laquelle ne fait pas seulement mourir les vérins , ains mange et ronge aussi la chair pourrie et morte estant à Tentour de Tvlcere , et fait reuenir la bonne. Mais quant les Chiens sont malades à cause des vérins qu'ils ont dans le corps , on les pourra faire monrir en faisant aualler aux Chiens, soit par amour, soit par force, à ieun, le iaune d*vn œuf, incorporé et battu anec enuiron deux scrupules de poudre de saffran : et le gardant de manger tout le iour aucune autre chose iusques au soir.
Remèdes pour guarir vn Chien qui aura esté mors et blesse' des dens (Trn Renard ou d'vn Chien enragé.
"Vand vn Chien a esté blessé à sang ou à playe, si [c'est en endroit auquel il puisse porter la langue , et lescher la playe , il n'est point besoin de vous donner 'peine de luy appliquer autre remède ou médicament, ^mais si l'vlcere est en lieu que le Chien ne puisse les- ' cher, pourueu qu'il ne soit point venimeux , il se pourra guarir en y appliquant de la poudre des fueilles de cheurefœil , seichées au four , ou au Soleil : mais s'il a esté mors ou blessé de la dent du Renard, suffira d'oindre la playe d'huile, auquel ait cuit delà rue auecques des vérins^ : mais si le Chien a esté mors d'vn autre Chien enragé, sera bon au plustost luy percer la peau de la teste, entre les deux aureilles , de part en part , auec un poinçon ou autre fer pointu , tout rouge tiré du feu : semblablement en leuant auec la main la peau du dos à l'endroit des espaules , et tout au long de l'eschine, pareillement •la luy percer par endroits auec ledit poinçon ou fer chaud. Encores est cest autre remède pour le mesme mal bien approuué , c'est à sçauoir, en faisant boire au Chien ainsi mors, le bouillon ou brouêt auec l'herbe cuite , qu'on appelle Germandree. C'est vue herbe qui croist es lieux aspres et pierreux , longue d'vn espan ou peu plus , a les feuilles petites, de la forme et entailleure des feuilles de chesne, et la fleur pareillement petite et rougeatre. Ceste herbe donques , ou cuitte et assaisonnée auec de l'huile et du sel , ou pilée et pestrie auecques du pain, doit estre baillée à manger au Chien et il a'en trouuera fort bien.
Remède
LES eHIlîNS MALADES, <2i
Remède pour rendre au Chien le sentimenl perdu,
VcDNESFOis les Chieiid , pour s'estre apoltronnez et rendus trop gras , ou par (|uelque autre accident suruenu , perdent le sentiment : tellement qu'ils rie flairent et ne sentent plus le gibier ou la venaison , quand ils sont aux champs^. Pour leur faire recouurèr Todoren^ent ou flair accoustumé , il sera besoin les purger, auec le medicamment qui ensuit. Prenez. deut dragmes d'Agaric, et vn scrupule de sel de gemme , et les puluerisez ensemble , et les incorporez auec de Toximel : puis en formez vue pillule , de la grosseur d'vne noix ; et Tayanf enueloppee de beurre , par amour, ou à force , faites la aualler au Cbien : et par ce moyen , le Terrez tost apreâ auoir bon nez : comme le Tay par plusieurs-fois bien esproudé.
Pour congïwîMre si les Chiens encorés peiiis, deuiendronl mous-çheiez : et aduertissemens pour d'aSleurs les accommoder et soulager.
1^ I quelqu'vn désire auoir des Braques de poil mouscheté , iî et congnoistre d'heure s'ils deuiendront tels : il doit obseruer ceste maxime , qui iamais ne faut. Quand les Bra-* l \^^^$ quets , si tost qu'ils sont nez , ou dix , quinze , vingt , ou
vingt-cinq iours après leur naissance , se verront auoir les plantes des pieds noires : ne faut point douter , qu'ils ne deuiennent mouschetez : et que tant plus elles seront noires « plus aura leur poil de mouschetures. A tels j^etis Chiens sera bon de couper , ou autrement oster, quelque peu du bout de la queue : Car ce faisant les Braques seront deliurez du danger , de s'esgratigner et gaster le bout de la queue , eu brossant par buisson, espines, halliers, et autres lieux aspres et rudes : comme on void souuent aduenir aux Chiens, qu'on ne s'est pas aduisé de conseruer et garentir par ce remède : Combien que telles esgratignures et escorchures apportent grans maux et offenses aux Braques , brossans par les forts et halliers.
Encores sera-il bon , quand les caignots auront vn mois ou plus , leur faire arracher vn petit nerf, qu'ils ont soubs la langue, qui ressemble à vn petit vérin.
A quoy il faut procéder en ceste manière. Quand le petit Chien au-
REMEDES POVR GVAllIR LES CUIENS.
ra yn mois ou enuiron , de IVoe des mains vous luy ouurirez la boach« (mais s'il estoit plus aagé , luy faudrait mettre vu bâillon ) puis de Tau— (re luy hausserez la langue et d'vn caniuet , ou petit cousteau bien tranchant , luy fendrez la peau tout au long du vérin , autant d'vn costé qoe d'aulre : puis dextrement et gentiment auec la pointe du cousteau luy osterez le vérin, de sorCe que bien aisément il se voit arraché : en se donnant bien garde qu'en coupant la peau , ou arrachant le vérin » on ne le coupe ou rompe , car il le faut tirer tout entier. Aucuns pour tirer ce vérin vsent d'vne aiguille eofilee d'vne petite aiguillée de fil double , qu'ils font passer par dessoubs le milieu du vérin , tirant Taiguille tant que le fil soit à la moitié : puis prenant le fil par les deux bouts, arrachcal le vérin : mais si tirans le fil ils n'y procèdent auec grande dextérité , sonnent aduient que le ver , ou rompt , ou eschappe : et lors il est bien malaisé d'en tirer ou arracher ce qui reste. A ceste cause , m'a tousiours semblé le plus seur , de le tirer en l'autre sorte dessnsdite. Tant est , qu'après que le vérin sera osté« les Chiens deuindront plus beaux , et en meilleur point. Car pour le plus, les Chiens ausquels on laisse le vérin, se tiennent maigre et élancez» et sont de mauuaise habitude. Encores dient ^ et ont laissé par escrit les anciens naturalistes, que ce vérin ainsi osté aux Chiens, les garentit de la rage.
Or à tant suffira ce peu que i'ay ici dit du soin qu'on doit auoir des Chiens de chasse : me reseruant à quelque autre plus commode oportunifé, d'en traiter plus au long, et auec plus ample discours.
Fm de la Vénerie.