‹ La vénerie (volume 2)Chapitre 7 sur 62 · DE LA RACE ET ANTIQVITE DES · texte numérisé non relu

DE LA RACE ET ANTIQVITE DES

Chiens courans , et qui premièrement les amena en France. Chapitre I.

'AY voulu diligemment regarder tant au dire des ^anciens que modernes, d*où est venue la première race des Chiens courans en France, et n'ay trouué Chronique ou Histoire qui en parle de plus long lemps qu*vne que i'ay veOe en Bretagne, faite par >vn nommé loannes Monumetensis : laquelle traicte !i(u'apres la piteuse et espouuentable destruction de Troye la grande, iEneas arriua en Italie auec son fils Ascanius, lequel fut Roy des Latins, et engendra vn fils nommé Siluius, duquel descendit Brutus , qui aymait fort la chasse.

Om aduint que ^on père et luy estans vn iour en vne forest courant

VENERIE PAR m Cerf» furent surprins de la naict : et voyans le Cerf deoant en forcé des Chiens, allèrent à luj poar le tuer. La fortune adoint telle à Bratus (comme Dieu le voulut) qu'ainsi qu'il pensoit aller tuer le Cerf, il tua son père Syluius , qui causa le peuple à s'esleuer et mutiner contre luy, pensant qu'il l'eust faict par vne malice et cupidité de régner, et pour auoir le gouuernement du Royaume: tellement que pour eoader leur grande fureur et indignation» Brutus fut contraint s'en aller eu pays, et entreprint le voyage de Grèce, pour aller deliurer quelque nombre de Troyens ses compagnons et alliez qui estoyent encores détenus captifs du temps de la destruction de Troye : laquelle chose il fit à force d'armes. Or après les auoir deliurez , il assembla grand non»* bre d'hommes d'icelle nation Troyenne : ausquels il fit faire serment de ne retourner iamais en leur pays , tant pour le déshonneur qu*ils y auoyent receu , que pour la perte irrécupérable de leurs biens , et pour les regrets de leurs parens et amis qui estoient morts es cruelles ba* tailles. Alors il fit appareiller grand nombre de Nauires^ esquelles il s'embarqua luy et tous ses hommes , et amena auec luy grande quantité de Chiens courans et Leuriers. Puis nauigea tant qu'il passa le deslroit de Gilbathar, entrant en la mer Oceane et vint descendre aux Isles Armoriques , que pour le iourd'huy nous nommons Bretaigne , à cause de son nom Brutus , laquelle il conquit sans résistance , et en fut paisible l'espace de quatre ans. Auquel temps vn de ses Capitaines, nommé Corineus, édifia la ville de CornoQaille. Bien tost après que ils se furent accommodez et habituez audit pays, Brutus et son fil» Turnus, qui auoient comme dit est, amené grand nombre de Chiens courans , s'en allèrent chasser en de grandes Forests , qui contenoyent de longueur depuis Tiffauge iusques auprès de Poictiers, dont vne partie du pays se nomme pour le iourd'huy la Gastine.

Or en celuy temps regnoit en Poictou et Aquitaine, vn Roy nommé Groffarius Pîctus , qui faisoit sa continuelle résidence à Poictiers, lequel un iour entre les autres, fut aduerty que les Troyens faisoient grand'exercice en Testât de Vénerie , et qu'ils chassoyent ordinairement en ses Forests auec telle race de Chiens que depuis qu'ils auoyent trouué vn Cerf ilz ne l'abandonnoyent jamais qu'il ne fut mort. Ce Roy Groffarius, ayant ouy telles nouuelles fut courroucé et fâché, tellement qu'il délibéra de leur faire la guerre, et assembla toutes ses forces. Les Troyens aduertis de telle assemblée, marchèrent le long de la riuiere de Loire, auecq'toute leur puissance, et se rencontre-

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Teat au lieu où pour le iourd'huy est située la ville de Tours et là ils $e donoerent la bataille, en laquelle fut tué Turniis fils aisné de Bmtus et en mémoire de luy fut édifiée la ville, et du nom de Turnus fut nommée Tours.

Fay bien voulu raconter cette histoire, pour donner à entendre qu'il y a longtemps que les Chiens courans sont en vsage en la Bretaigne et croy certainement qu'iceux Troyens ont esté les premiers qui en ont amené la race en ce pays : car ie ne trouue point histoire qui en face mention de plus haute cognoissance que celle-là. Et est vue chose asseurée que la plus grand'part des races des chiens courans qui sont en France et autres pais circonuoysins, est sortie du pais de Bretaigne exceptez les Chiens blancs : la race desquels ie pense estre venue de Barbarie , pour m'en estre enquis (moy estant quelquefois à la Rochelle), à plusieurs Pilotes de Mer, et entr'autres à vu vieil homme nommé Âlfonce , qui auoit esté par plusieurs fois à la cour dVn Roy de Barbarie nommé le Domeherib , lequel faisoit grand mestier de chasse , et principalement de prendre le Rangier à force : et me comptoit que tous les Chiens de sa Vénerie estoyent blancs , et que tous les Chiens de ce pays-là l'estoyent aussi. Et certes ie croy qu'à la vérité les Chiens blancs sont venus des régions chaudes, d'autant qu'ils ne laissent à courir pour quelque chaleur qu'il face : ce que les autres chiens ne font pas. Phebus s'accorde à cette opinion , disant qu'il a esté en Mauritanie , autrement dicte Barbarie, où il a veu prendre le Rangier à force par des Chiens qu'ils nomment Baux : lesquels ne laissent à courir pour la chaleur qui puisse faire. Dont mon opinion est, que la race des Chiens blancs est sortie de ces Chiens Baux de Barbarie, dont Phebus entend parler. le ne mettray autre chose des antiquitez , mais ie vous escriray cy après du naturel et complexion tant des Chiens blancs , chauues , gris , que noirs : lesquels sont les plus commodes pour les Princes et Gentilshommes.

vi:Ni:»iE PAR

nv i\ATyREL ET COMPLEXION DÉS

Chiens Mancs dicts Baux et tutTwmmez Greflien.

ChapUre 11.

ES Chiens blancs ont esté mit en 9U9ni ^^ Fiifiice par derunct Monsieur le grand Senesçl^ d$s JNmiiiandie : et auparavant estoyent en peu d*e||lirae » l>rineipalenient entre les Gentils-hommes : 4*aataft {{irils ne sont pas cqmmuns à courir toutes b^te$^, luais seulement le Cerf. Le premier de la race.apiwt ^^^\^:it»m Sou illard , lequel fut donné par yn pau^ve Gentil-homme au feu Koy Loys : qui n*en fit pas grand compte d^îa^î^t

qu'il aymoit sur tout les chiens gris, desquels estoit toute sa meute et ne faisoitcas d'autres Chiens» si ce n'estoit pour faire Limiers. Le Senes-

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chai Gaston, estant présent auec le Gentil-homme qui anoit offert le Chien , cognoissant bien que le Roy n'aymoit point ce Chien , le supplia de lui donner, pour en faire présent à la plus sage Dame de son Royaume, ei le itojf lui demanda qui elle esioU : c'est, dù-il, Anne de Bourbon, voUre fille. le vous reprens, respond le Roy, sur ce point de l'auoir nommée la plus sage : mais diiîes, moins folle que les autres, car de sage femme n'y en a point au monde. Lors le Roy donna ce Chien au Seneschal Gaston, qui ne lé mena gnercs loin quil ne lui fust demandé : car Monsieur le grand Seneschal de Normandie Timportuna tant : qu'il fut contraint de lui donner. Phis Monsieur le grand Seneschal le bailla en garde à vu Veneur, nommé lacijues le Bresé:et deslors on commença à luy faire couurir des Lyces , et en faire race. L'année après , Madame Anne de Bourbon , laquelle aymoit fort la Vénerie , ayant entendu de la bonté et beauté 'Ue ce Chien, enuoya vue Lyce, nommée Baude, qui fut couuerte et M6mplie de ce Chien par deux ou trois fois , dont en sortit quinzi* ou fsetze Chiens, et entr'autres six d'excellence, ainsi nommez Cleraut, rJoubar, Miraud, Meigrei, Marteau, et Hoyse la bonne Lyce. Depuis la race s'est tousiours augmentée, comme est à présent : combien qu'au commence- *meut les Chiens de cette race n'estoyent pas si forts comme ils sont . pour le iourd'huy : car le grand Roy François les a renforcez par yn Chien nommé Miraud, qui estoit fauue, lequel Monsieur l'Amiral d'Annebauld luy auait donné. Et encores depuis la Roy ne d'flscosse donna au Roy yn Chien blanc, nommé Barraud, duquel Marconnoy, Lieutenant de la Vénerie , a tiré de la race : dont les Chiens sont bons par excellence : et beaucoup plus foris que n'ont esté tous les autres. Et à la vérité, tels Chiens sont dédiez pour les Rois, desquels ils se doiaent seruir , d'autant qu'ils sont beaux chasseurs , requerans , forcenans, et de haut nez: qu'ils ne laissent pour chaleurs qui puisse estre à chasser, sans se rompre à la foule des piqueurs , n'y au bruit et ery des hommes qui sont continuellement auec les Princes : et gardent mieux le change que nulle des autres espèces de Chiens , et sont de meilleure créance : toutes fois ils veulent estre accompagnez de Piqueurs, et craignent un peu l'eau, principalement en hyùer, quand le temps se porte froid.

le ne veux oublier à donner à entendre lesquels Chiens de ceste race se trouuent les meilleurs , parce qu'en vue laictée , il ne s'en trouue pas la moytié de bons. Il faut sçauoir que ceux qui sont naissant tous d'voe pièce, comme ceux qui sont tous blancs, sont les meilleurs : et pareillement ceux qui sont marquetez de rouge : les autres qui sont mar-

VENERIE PAR quêtez de noir, el de gris salle» liranl sur le bureau, sont de pea de valeur doot y en a aucuns subiels à avoir les pieds gras et (endres. Aucuoesfois nature besongne de telle sorte, qu'elle en fait sortir de tous noirs : ce qui ne se fait pas souuent , mais quand il aduient , ils se trouuent fort bons: Et faut noter que les Chiens de ceste race ne sont en leur bonté qu'ils n^ayent enuiron trois ans, et sont subiets à courir au bestail priuè.

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