CHAPITRE L
> 'AY voulu diligemment regarder tant au dire des anciens que modernes 5^ d'où est venue la première race des chiens courants en France, et n*ay I trouué chronique ou histoire qui en parle de plus long temps quVne que ti'ay veûe en Bretagne, faite par vn nommé loannes Monumetensis : îa- ' quelle traicte qu'après la piteuse et espouuentable destnicUon de Troye la i grande, ^neasarrîua en Italie auec son fds Ascanius, lequel fut Roy des Latins, et engendra vn fils nommé Siluius, duquel descendit Brutus, qui aymoit fort la chasse^
Or aduint que son perc et luy estans vn iour en vne forest courant vn cerf, furent surprins de h miict : et voyans le cerf deuant eux forcé des chiens , allèrent à luy pour le tuer, La fortune aduint telle a Brutus (comme Dieu le voulut) qu'ainsi qu*il pensa aller tuer le cerf, il tua son père Syluius, qui causa le peuple à s*e$leuer et mutiner contre luy, pensant qu'il Teust
[ VENERIE PAR
îl faîct par xna malice et cupidilc de régner, et pour auoîr le gouuernement du Royaume : telle-
ment que pour cuader leur grande fureur et indignation , Brutus fut contrainct s'en aller du I pays, cl entreprint le voyage de Gi-ecc, pour aller deliurer quelque nombre de Troyens ses
i, compagnons et alliez qui estoicnl encores détenus captifs du temps de la destruction de Troye :
j; laquelle chose il fit à force d*ar mes. Or après les auoir deliurez, il assembla grand nombre
d'hommes d'icelle nation Troyenne : ausquels il fit faire serment de ne retourner iamais en leur pays, tant pour le deshonneur qu'ils y auoient receu, que pour la perte irrécupérable de leurs biens, et pour les regrets de leurs parents et amis qui estoient morts es cruelles batailles. Alors il fit appareiller grand nombre de nauires , esquelles il s'embarqua luy et tous ses hommes , et amena auec luy grande quantité de chiens courants et leuriers. Puis nauigea tant qu'il passa le destroit de Gilbathar, entrant en la mer Oceane, et vint descendre auxisles Armoriques, que pour le iourd'huy nous nommons Bretaigne, à cause de son nom Brutus, laquelle il conquit sans résistance, et en fut paisible l'espace de quatre ans. Auquel temps vn de ses capitaines, nommé Corineus, édifia la ville de Cornoûaille. Bien tost après que ils se furent accommodez et habituez audit pays, Brutus et son fils Turnus, qui auoient comme dit est,
l amené grand nombre de chiens courants, s'en allèrent chasser en de grandes forets, qui
Icontenoient de longueur depuis Tiffaugc iusques auprès de Poictiers, dont vne partie du pays se nomme pour le iourd^huy la Gastine. Or en iceluy temps regnoit en Poictou et Aquitaine, vn Roy nommé Groffieurius Pictus, qui faisoit sa continuelle résidence à Poictiers, lequel, un iour entre les autres, fut aduerty que les Troyens faisoient gi*and'cxercice en Testât de Vénerie, et qu'ils chassoient ordinairement en ses forests auec telle race de chiens que depuis qu'ils auoyent trouué vn cerf ilz ne l'abandonnoient jamais qu'il ne fut mort. Ce Roy GrolTarius, ayant ouy telles nouuelles fut €Oun*oucé et fasché, tellement qu'il délibéra de leur faire la guerre, et assembla toutes ses forces. Les Troyens aduertis de telle assemblée, marchèrent le long de la riuiere de Loii*e, auecque toute leur puissance, et se rencontrèrent au lieu où pour le iourd'huy est située la ville de Tours, et là ils se donnèrent la bataille, en laquelle fut tué Turnus fils aisné de Brutus, et en mémoire de luy fut édifiée la ville , et du nom de Turnus fut nommée Tours.
Fay bien voulu raconter cette histoire, pour donner à entendre qu'il y a longtemps que les chiens courants sont en vsage en la Bretaigne, et croy certainement qu'iceux Troyens ont esté les premiers qui en ont amené la race en ce pays : car ie ne trouue point histoire qui en face mention de plus haute cognoistance que celle-là. Et est vne chose asseurée que la plus grand'part des races des chiens courants qui sont en France et autres paîs circonuoysins , est sortie du pais de Bretaigne, exceptez les chiens blancs : la race desquels ie pense estre venue de Barbarie , pour m'en estre enquis (moy estant quelquefois à la Rochelle) , à plusieurs Pilotes de Mer, et entr'autres à vn vieil homme nommé Alfonce, qui auoit esté par plusieurs fois à la cour d'vn Roy de Barbarie nommé le Domcherib, lequel faisoit grand mestier de chasse, et princiiialement de prendre le Rangier à force : et me comptoit que tous les chiens de sa i J Vénerie estoyent blancs, et que tous les chiens de ce pays-là l'estoyent aussi. Et certes ie croy
qu'à la vérité les chiens blancs sont venus des régions chaudes, d'autant qu'ils ne laissent à courir pour quelque chaleur qu'il face : ce que les autres chiens ne font pas. Phcbus s'accorde
tu cette opinion, disant qu'il a esté en Mauritanie, autrement dicte Barbarie, où il a veu prendre le Rangier à force par des chiens qu'ils nomment Baux : lesquels ne laissent à courir pour la chaleur qui puisse faire. Dont mon opinion est, que la race des chiens blancs est sortie de CCS chiens Baux de Barbarie, dont Phebus entend parler. le ne mcltray autre chose des anliquitez, mais ie vous escriray cy après du naturel etcomplexion tant des chiens blancs, .fauues, gris, que noirs : lesquels sont les plus commodes pour les Princes et Gentils*hommes.
JACQVES DV FOYILLOYX.
Dr NATVREL ET COMPLEXIOiy DES
Chiens blancs dicts Baux et surnommez Greffiers.
CHAPITItE IL
[es chiens blancs ont esté mis en auant en France par defunct Monsienr lie grand Seneschal de Normandie : et auparavant esloient en peu d*estime, I principalement entre les Gentils-hommes : d'autant qu'ils ne sont pas [communs à courir toutes bestes, mais seulement le cerf. Le premier de la » race auoit nom Souillard, lequel fut donné par vn pamTe Gentil-homme fau feu Roy Louys : qui n'en fit pas grand compte d'autant qu'il aymoit sur tout y les chiens gris, desquels estoit toute sa meute, et ne faisoit cas d'autres chiens, si ce
n'estoit pour faire limiers. Le Seneschal Gaston , estant présent auec le Gentil-homme qui auoit offert le chien , cognoissant bien que le Rov n'avmoit point ce chien, le supplia de lui donner,
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'' |l pour en faire prtscni n la plus sage Dame de son Royaume, cl le Hoij lui demanda qui
\ !■ elle cstoît : c'est, dit-il, Anne de Bourbon, rostre fille. le tous reprens, respond le Roy,
sur ce point de fauoir nommée la plus sage : mais dittes, moins folle que les autres, car »" i de sage femme n'y en a point au monde. Lors le Roy donna ce chien au Scncsclial Gaston,
i|ui ne le mena gueros loin tjifil ne lui fusl (lemandc : car Monsieur le grand Sencschal de Normandie rîmporluna tant , qu'il fui contrainct de luy donner. Puis Monsieur le grand Seneschal le bailla en garde à vn Veneur, nonunc lacques le Bresc : et deslors on commença i luy faire courir des Lyces, et en (aire race. L'année après. Madame Anne de Bourbon, laquelle aymoît fort la Vénerie, ayant entendu de la bonté et beauté de ce chien, enuoya une Lyce, nommée Baude, qui fut couuerte et emplie de ce chien par deux ou trois fois, dont en sortit quinze ou seize chiens, et entr'autres six d'excellence, ainsi nommez Cleraut, loubar. Mirant^ Meigret, Marteau, et Hoise la bonne Lyce. Depuis la race s'est lousiours augmentée, comme elle est à prosent : combien qu'au commencement les chiens de cette race n'estoient pas si forts comme ils sont pour le îourd'huy : car le grand Roy François les a renforcez par vn chien nommé Miraud, qui estoit fauue, lequel Monsieur l'Amiral d'Annc- Iiauldluy auoit donné. Et encoros depuis la Royne d'Escosse donna au Roy vn chien blanc, nommé Barraud, duquel Marconnoy, Lieutenant de la Vénerie, a tiré de la race : dont les chiens sont bons par excellence : et beaucoup plus forts que n'ont esté tous les autres. Et ù la vérité, tels chiens sont dédiez pour les Rois, desquels ils se doiuent seruir, d'autant qu'ils sont beaux chasseurs, requerans, forcenans, et de haut nez: qu'ils ne laissent pour chaleurs qui puisse estre à chasser, sans se rompre à la foule des piqueurs, ny au bruit et cry des hommes qui sont continuellement auec les Princes : et gardent mieux le change que nulle des «autres espèces de chiens, et sont de meilleure créance : toutes fois ils veulent estre accompagnez de piqueurs, et craignent un peu l'eau, principalement en hyuer, quand le temps se porte froid.
le ne veux oublier à donner à entendre lesquels chiens de ceste race se trouuent les meilleurs, parce qu'en vne laictée, il ne s'en trouue pas la moitié de bons. Il faut sçauoir que ceux qui sont naissant tous d'vne pièce, comme ceux qui sont tous blancs , sont les meilleurs : et pamllement ceux qui sont marquetez de rouge : les auti'es qui sont marquetez de noir, et de gris salle, tirant sur le bureau , sont de peu de valeur dont y en a aucuns subiets à avoir les pieds gras et tendres. Aucunesfois nature besongne de telle sorte, qu*elle en fait sortir de tous noirs : ce qui ne se fait pas souuent, mais quand il aduient, ils se trouuent fort bons. Et faut noter que les chiens de ceste race ne sont en leur bonté qu'ils n'ayent enuiron trois ans, et sont subiets à courir au bestail priué.
JACQVES DV FOVILLOVX.
DES CHIENS FAVVES ET DE LEVR
naturel.