CHAPITRE XLYII
I ES Sangliers sont de telle nature, que quand ils naissent et sortent du ventre de la mère, ils apportent toutes les dents qu'ils auront iamais, et ne multiplieront plus i leurs dents sinon en grosseur et longueur. Ils en ont quatre entr'autres, lesquelles se nomment deffenses, dont les deux de dessus ne blessent point, mais sèment seulement d*aiguiser celles de dessoubs, desquelles ils blessent et tuent. S'il adulent que les Sangliers se creuent les yeux ils guarissent soudainement. Ils peuuent viure vingt-cinq ou trente ans. En Amil et Uay ils sont plus aisez à mettre aux toilles, que en autre saison : la raison est, qu'ils dorment plus fort en ces deux mois qu'en autre temps, parce qu'ils mangent les herbes fortes et !a iette du bois qui leur esmouuent le sang, et font monter les fumées au cerueau, ce qui les endort. Aussi que le printemps leur renouuelle les sang, qui est cause de leur grand repos. Les Sangliers vont au Rut enuiron le mois le Décembre, et dure leur grande chaleur près de trois sepmaines. Et encores que les Layes soient refroidies, les Sangliers ne bougent de leurs compagnies, qui ne soit enuiron le mois delanuier : alors se départent, et vont prendre leur buisson, 86 recelans aucunesfois dedans leur fort deux ou trois iours sans en sortir, et principalement quand ils ont ouuert leur fouge, et qu'ils trouuent la racine de fougère douce. Les Sangliers sortent aucunesfois des forests, et vont cercher leurs mangeures bien loing, le plus souuent au temps de vendanges, et demeurent là où le iour les prend, sans regarder le lieu , mais leur suffit seulement de demeurer en quelque gros hallier de ronces, ou d'espines, attendant la nuict à Tenir. Os escoutent l'homme de bien loing, quand ils sont au dessous du vent : mais quand ils sont au dessus, n'en ont sentiment que bien peu. Les Sangliers viuent de toutes sortes de bleds, fruicts, l^mes, comme pommes, poires, prunelles, faine, gland, et autres semblables, et de toutes racines, excepté de rabes et naueaux. Aussi en Auril et May, ils mangent la iette du prunier, et du chesne, et de toutes bonnes fleurs qu'ils peuuent trouuer, principalement celle du genest. Ils vont aux charongnes du Cheual et non d'autres bestes. Il faut entendre que le Sanglier a ceste propriété, qu'il ne dénient iamais ladre, comme vn Porc priué. Quand les
VENERIE PAR
Sangliers sont aux marais, ils viuent d*anguilles, d*achcts, et autres choses qu'ils peuuent trouuer.
A la coste de la mer, ils viuent de toutes sortes de coquilles, comme moulles, huytres, et leurs semblables. Leur saison et venaison commence à la my Septembre, et finist enuiron le commencement de Décembre, qu'ils commencent à aller au Rut. Communément les Sangliers se font abboyer aux Chiens en leur bauge, ou au partir d'icelle, et font plûtost leurs demeures dedans les bois forts d'espines et ronces qu'ailleurs. Et quand ils sont chassez des Chiens ils fuyent le fort pays et couuert, ne se voulant desbucher de leur fort, qu'ils ne sentent la nuict approcher. Et si de fortune il y a \ïïe compagnie de beste, et qu'il y en ait vne qui se desbuche par vn endroit, toutes les autres la suiuront, et sortiront par mesme lieu. Les Sangliers abandonnent plûtost les forests pour aller au loing chercher des buissons , que ne font pas les Cerfs : aussi dit on que le Sanglier n'est qu'^-n hoste. Et si d'auenture les Sangliers font leur demeure en vn buisson, et qu'ils soient venus de quelque forest loing delà, s'ils y sont chassez, ils s'en retourneront sur les mesmes erres par où ils sont venus, et depuis qu'ils se desbuchent d'm buisson, ils fuyent tousiours sans leur arrester, iusques à ce qu'ils soient au pays où ils ont esté nez, duquel ils sont venus : là où ils estiment leur sauue garde, et le refuge de leur force. Ce que i'ay veu par expérience d'vn Sanglier, qui estoit venu en vn buisson, lequel dés le lendemain laissé courre deuant les chiens , et tout soudain desbucha du buisson où ie le lancé, s'en retournant sur ces mesmes erres par où il estoit venu , en vne forests, qui estoit à sept lieues loing de là, et par les lieux où il passoit , ie voyois les vieilles erres par où il estoit venu. Il est vray, que s'il est nourry en vu pays et que les chiens le chassent, il ne cuide pas desbucher de son fort aisément, mais bien mettra la hure hors du fort pour s'en cuider aller, en sentant et prenant le vent de toutes parts: puis s'il oyt quelque chose, il retourne soudainement sur luy : et après quelque bruit que puissent faire les piqueurs ne les chiens, il ne cuidera pas ressortir par cest endroit^ si ce n'est vers le soir : mais s'il estoit vne fois sorti, ayant entreprins son chemin', il ne laisse pour homme, ne pour bruit à passer outre. Le masle ne cuide pas crier quand on le tue, principalement vn grand Sanglier, mais la femelle ouy. Quand le Sanglier fuit deuant les chiens il ne fait point de ruses, d'autant qu'il est pesant, et que les Chiens le suiuent et chassent de près. le trouue dedans le propriétaire, qu'on cognoist la vieillesse du Sanglier à la iambe, i laquelle y a force petites fossettes ou rides, et autant que la iambe en marque, il doit auoir d'ans : mais quant à moy, ie ne m'arreste qu'aux traces, à la hure, et aux deffenses. Les femelles ne portent qu'vne fois l'an. Les Sangliers sont plus hardis; et s'adressent plûtost aux hommes, pour leur courir sus, quand ils font leur pouchaison de noziles, et de Caine, qu'ils ne font pas quand ils la font de gland, ou d'autres mangeures. Yn ieune Sanglier en son tiers an, ne doit estre assailly pour prendre à force : car il courra beaucoup plus longuement que ne fera Tn ieune Cerf portant six eorùeit».
lACQVES DV FOYILLOVX.
DES MOTS ET TERMES QV'Oy DOIT VSER pour h Sanglier.