ACTE I, SCÈNE I
ASPASIE, riant.
Je l’ai pris justement parce qu’il ne l’est pas.
D’un artiste pour nous la tendresse idéale Nous donne dans son cœur la gloire pour rivale ; Mais avec Agathon il u’en est pas ainsi;
A mon amour son art ne cause nul souci ;
Nul chef-d’œuvre de moi ne viendra le distraire.
AGATHON
Tu plaisantes fort bien, mais si j’ai su te plaire C’est que je suis artiste.
CLÉON
Artiste toi! Vraiment 1
AGATHON
Sans doute, moi.
CLÉON
Sur l’art veux-tu mon sentiment?
Honneur à Phidias! Buvons tous à sa gloire!
CALLIMAQUE, à Agathon.
Eh bien! tu ne bois pas?
AGATHON, de mauvaise humeur.
Non, je suis las de boire,
Je n'ai plus soif.
(a part.)
Toujours Phidias!
PHIDIAS
A demain
Les ennuyeux soucis; ne songeons qu’au festin.
(A Agathon.)
Vieux satrape, voyons, quitte ces airs moroses;
La vie est courte, il faut la parsemer do roses.
A quoi rèves-tu donc?
CLÉON, à Phidias.
Son ennui vient de toi.
PHIDIAS
De moi? cela m’étonne infiniment.
CLÉON
Pourquoi,
Phidias, as-tu fait d’aussi belles statues?
Pourquoi s’incline- t-on devant toi dans nos rues? Pourquoi l’Aréopage, au pied du Parthénon, Chaque année au concours proclame-t-il ton nom?
Des succès éelaauts qui remplissent ta vie il est jaloux; ta "gloire excite sou envie.
ASPASI F., à Agathon.
Quoi, tu serais jaloux? Jaloux de Phidias?
Chacun a sa valeur.
ACATHOK.
CLÉON
Ami, ne te plains pas,
Mon avis est qu’on doit accepter sans murmure Les qualités qu’on tient des mains de la nature.
A chacun elle donne avec variété:
Au serpent, la prudence, au lion, la fierté,
A l’éléphant, la force, au renard, la finesse,
Au chien, la vigilance, au lièvre, la vitesse. Voit-on ces animaux se jalouser entre eux?
Sachons les imiter, nous serons plus heureux,
Et n’assombrissons pas les heures de la vie Lorsque autour du festin le plaisir nous convie. Phidias tient du ciel la gloire; son ciseau Peut créer chaque jour un chef-d'œuvre nouveau; Son nom est devenu célèbre dans la Grèce;
Mais à ton tour, ami, n'as-tu pas la richesse ?
Le vois-tu soupirer après tes mines d’or?
Laisse-lui son génie et garde ton trésor.
J’ai dit : Esclave, à boire!