‹ La Venus de Milo comedie en trois actes en vers par le comte Louis d'Assas (volume 2)Chapitre 7 sur 45 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Ce type que son art divin a su rêver ?

Non, l’art c’est l’idéal et non pas la nature.

Toi, tu n’es pas sculpteur, tu fais de la sculpture.

CALLIMAQÜE.

Aspasie a raison.

PHIDIAS, se levant; tout le monde le luit.

Quoi ! sérieusement

- Tu songes à la gloire, à son enivrement ?

Eh bien! puisque entre nous chacun parle à sa guise,

Je veux t’ouvrir mon cœur, excuse ma franchise.

Tu n’es pas né pour l’art, toi, mais pour les plaisirs. Dans un facile amour contente tes désirs,

Dépense tes trésors, fais parler de tes fêtes,’

Mais, crois-moi, laisse^nous, intrépides athlètes, Descendre dans l’arène où, sous sa main de fer.

Un dieu nous tient captifs. Par le grand Jupiter,

C’est beau d’avoir un nom illustre. Oui, sans doute,

J’en conviens j mais ce noin, sais-tu bien cc qu’il coûte? Dis-moi : connais-tu bien ce signe glorieux Dont quelques fronts élus sont marqués par les dieux? Sais-tu bien, toi qui veux briguer cette couronne,

De combien de douleurs le destin l’environne?

Les épines, vois-tu, s’y cachent sous les fleurs Et font saigner le front et répandre des pleurs.

Etre artiste! tu crois que c’est chose facile?

C’est le colosse au cœur de flamme, au corps d’argile : Le corps s’use bientôt dans ces jeux triomphants; Comme Saturne, l’art dévore ses enfants.

Oui, pour l’artiste il est des heures bien cruelles I Souvent, lorsqu’il s’efforce à déployer les ailes.

Qu’il veut suivre le vol de l’inspiration.

Il succombe, au berceau meurt sa création.

Et même s’il parvient, au prix de mille peines,

A maîtriser le dieu qui s’agite en ses veines;

Si, dans ce grand combat il demeure vainqueur,

Crois-tu que tout soit dit pour le triomphateur?

Son triomphe est souillé par la hideuse envie.

Serpent, dont la fureur n’est jamais assouvie.

Et qui cherche à ternir, de son souffle odieux,

Tout front que le génie a rendu glorieux.

Il tient le feu du ciel ainsi que Prométhée,

1Ü LA VÉNUS DE MiLO.

Mais par d’obscurs rivaux sou œuvre est insultée Et, pour avoir atteint au lumineux séjour.

Cet autre Prométhée a trouvé son vautour.

Crois-moi, tu n’es pas fait pour d’aussi grandes choses, Ces combats sur ton front effeuilleraient les roses, Regarde Icare : au sien Ion sort serait pareil,

L’aigle seul a le droit d’approcher le soleil.

CLÉON

Ah ! mou pauvre Agatlion, Phidias parle en maitre. Renonce à la sculpture, apprends à te connaître :

A chacun son métier, mon cher, garde le tien.

AGATHON

Cependant...

CA LLIM AQUE.

Mes amis, pour changer l'entretien.

Je propose...

CLÉON

Quoi donc?

CA LLIM AQUE.

Hier, je fis la folie

D’acheter deux chevaux venus de Thessalie;

On va les atteler pour la première fois;

Je veux vous les montrer.

PHIDIAS

Nous te suivons tous trois.

ASPASIE

Je rentre.

(Agatlion, Phidias, Callimaque, Cléon sortent par le fond. *— Aspasie rentre dans la maison.)

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