DE L’HÉRÉDITÉ PLASTIQUE
L’hérédité plastique ou la transmission, aux êtres procréés, de la structure externe du corps et des traits du visage, se remarque dans les familles à des degrés plus ou moins apparents. Il est très-rare de ne pas rencontrer chez les enfants quelques-uns des traits de la mère ou du père.
Cependant, s’il existait une complète dissemblance entre les procréateurs et les procréés, il faudrait remonter à l’aïeul, et rarement au bisaïeul, pour retrouver la ressemblance ; on dit alors que l’hérédité a fait un saut vers les ascendants. Ces cas sont exceptionnels.
Quelquefois l’hérédité des traits ne se montre point d’une manière continue, pendant les diverses périodes de la vie. Chez beaucoup d’individus, elle se manifeste pendant la jeunesse, tandis que chez d’autres, c’est pendant la vieillesse. On est souvent étonné de voir des personnes âgées revêtir peu à peu la ressemblance de leurs parents directs, auxquels ils ne ressemblaient nullement pendant leur jeunesse.
La ressemblance arrive parfois jusqu’à faire illusion. On cite plusieurs cas où les enfants,
parvenus à l’âge de dix-huit ans, ressemblaient tellement à leur père ou à leur mère, qu’il. y avait à s’y méprendre. Notre célèbre chanteur Nourrit, parut un jour, avec son fils, sur la * scène de l'Opéra, dans une pièce à quiproquo, faite spécialement pour eux. Leur ressemblance était si exacte, si frappante, que les spectateurs prenaient tantôt le père pour le fils, et tantôt le fils pour le père.
Hérédité de la taille et des formes, etc.
La transmission de la stature, des formes et du volume du corps, est un fait vulgaire qui se renouvelle incessamment. — Deux procréateurs de haute taille, engendreront des enfants qui acquerront une taille élevée. — Les procréateurs de petite taille, donneront le jour à des enfants d'une taille semblable, ou à fteu près, à la leur.
Certains peuples de l'antiquité ne permettaient le mariage aux hommes de haute stature qu’avec des femmes d’une taille élevée, dans le seul but d’obtenir des êtres grands, vigoureux et propres à la guerre.
Frédéric le Grand, roi de Prusse, avait une prédilection pour les soldats de haute stature ; i composa sa garde d’hommes colosses, et, pou f perpétuer cette génération de géants, il mariai
ses gardes avec cfees femmes dont la taille égalait la leur. L’histoire dit qu’il avait réussi.
Le Times du 13 janvier 1845 rapporte le fait suivant :
Un homme, haut de six pieds six pouces, et pesant 468 livres anglaisés, se présenta devant le juge pour réclamer contre un engagement frauduleux ; ses réponses firent connaître ces détails :
— son père, fermier d’un grand personnage, mesurait six pieds quatre pouces ; — sa mère six pieds ; — ses frères, six pieds quatre et six pouces ; — la taille de ses sœurs égalait celle de leur mère. — D’où l’on peut conclure que l’union de l’homme et de la femme de haute stature transmet leur taille à leurs enfants.
Les mariages de deux individus de petite taille engendrent généralement des enfants dont la taille ne dépasse point celle des parents et, parfois, reste au-dessous.
L’obésité, de même que la maigreur, sont transmissibles par voie d’hérédité.
Les père et mère solidement constitués et doués ^ d’un système musculaire athlétique, transmettent à leur progéniture leur forte charpente et leurs muscles.
Les procréateurs usés par les excès, affaiblis par les maladies, engendrent des êtres débiles et | dont la santé sera toujours chancelante.
Ces diverses transmissions physiques sont le
résultat direct de la loi d’hérédité ; quoiqu’il existe beaucoup d’exceptions, cette loi n’en reçoit aucune atteinte.
En Angleterre, plusieurs éleveurs célèbres sont parvenus, àu moyen du croisement des races, du choix des sujets, de l’alimentation, du repos et des exercices combinés , à métamorphoser les animaux domestiques ; — à grossir, à engraisser les uns ; — à maigrir , à rapetisser les autres ; — à d’obtenir le développement monstrueux ou l’atrophie de tel tissu, de tel membre et de telle partie du corps. (Voyez pour les détails de leurs procédés, l'Hygiène cle la Beauté humaine et perfectionnement des formes , au chap. Entraînement. — Lisez aussi notre Hygiène alimentaire.)
§ II-
Hérédité de la couleur.
La couleur des cheveux et de la peau, leurs diverses teintes et nuances, de même que leurs qualités et leurs imperfections, se transmettent directement.
Chez les races types qui ne se mélangent point, la couleur reste constamment la même. Les peuples à cheveux blonds ou roux, et les peuples à cheveux noirs, transmettent invariablement la couleur de leur peau et de leurs cheveux. Mais, si de l’hérédité de la couleur, des espèces et
des races, on descend à l’hérédité desr teintes, des nuances tégumentaires et pileuses, par le croisement , alors les variétés sont très-nombreuses.
L’union d’un brun et d’une blonde donne la nuance châtain à la fille et la couleur blonde au fils. — Du mariage d’une femme brune à un homme blond, naissent des garçons bruns et des filles blondes.
Les nuances châtain foncé jusqu’au châtain clair; — les nuances du^ blond, qui tantôt se délaie, devient presque blanc, et tantôt passe au roux , produisent par leur alliance des nuances à l’infini. Ce sont particulièrement les unions des sujets de race noire aux sujets de race blanche, . qui produisent les variétés de couleur de la peau, les plus tranchées.
Le tableau suivant donnera au lecteur une idée de la progression du métissage en Amérique.