XII
Le Menton.
La forme délicate et régulière du menton concourt naturellement à la beauté du visage. Le
menton exige les mêmes soins, les mêmes attentions qu’on donne aux autres traits. — Les difformités du menton se remarquent dans les irrégularités de forme et de direction : un menton trop carré, trop pointu, projeté en avant ou retiré en arrière sont disgracieux. Ces difformités, dépendant de la conformation vicieuse des os de la mâchoire , sont difficiles à redresser. Néanmoins, l’os maxillaire,- encore très-malléable chez les enfants, permet d’en atténuer les défauts, en pratiquant, plusieurs fois par jour, des tractions, pressions et extensions selon le défaut qu’on veut corriger. — Ainsi, par exemple, pour les mentons rentrés, les tractions se feront d’arrière en avant ; — pour les mentons qui dépassent l’angle facial, les pressions se feront d’avant en arrière. Plus tard , on applique de petits bandages dont la pression ou l’extension continue parvient, quelquefois, à rendre la difformité à peine sensible.
S xiii.
Les Oreilles.
Les oreilles, de même que le nez, sont les deux organes de la face qui offrent le plus d’irrégularités et de difformités. Les observations de tous les physionomistes ont désormais prouvé que les oreilles bien faites, irréprochables, sont aussi rares que les nez grecs dans toute leur pu-
reté. Les mères sont vraiment coupables de ne pas surveiller la pousse et la direction des oreilles de leurs enfants ; car elles pourraient en effacer ou en amoindrir les défauts.
Les difformités de ces organes se rapportent à la forme, à la longueur, à la direction qu’elles affectent, à l’irrégularité des lignes, éminences et cavités qui constituent leur forme.
Oreilles larges et appliquées contre le crâne . — On remédie à ce défaut au moyen d’un petit bourdonnet de linge fin ou de coton, appliqué derrière l’oreille et maintenu par une bande ou un bonnet, de façon à détacher de la tête le pavillon de l’oreille. Ce n’est qu’au bout d’un temps assez long qu’on arrive au résultat désiré.
Oreilles trop écartées du crâne . — Ici, le procédé à employer est l’opposé du précédent : les oreilles doivent être collées sur le crâne, par plusieurs tours d’une bande large et de linge fin, qu’on a soin de resserrer dès qu’on s’aperçoit qu’elle est relâchée.
Un plaisant auteur du xvme siècle écrivait au sujet de ces deux genres de difformité :
« On rencontre tous les jours des jeunes coquettes affligées d’oreilles aussi larges que la main, qui se coiffent en belle-oreille , ce qui est affreux à voir ! — D’autres , ayant les oreilles écartées comme les ailes d’un moulin-à-vent, se coiffent à la chinoise ; ce qui est encore plus
horrible à voir. On est à plaindre d’avoir des difformités qu’on ne peut cacher; mais, d’en étaler qu’on pourrait dérober aux yeux, n’est-ce pas une folie ?... »
Que dirait cet auteur s’il vivait aujourd’hui? Il ne douterait plus des folies de la mode.
Longueur démesurée du lobule de V oreille. — Le moyen de le raccourcir est simple : — On trace avec 'un crayon une ligne courbe sur la portion du lobule qu’on veut enlever, et on le coupe d’un seul coup de ciseaux ! — La douleur est beaucoup moindre que celle produite par l’arrachement d’une dent. On panse la petite plaie avec de la charpie râpée ; la cicatrisation qui a lieu au bout de quelques jours est à peine visible.
Défaut de lobule. — On voit un très-grand nombre d’oreilles auxquelles le lobule manque, et qui sont disgracieusement attachées à la peau de la joue. — Cette difformité exige deux incisions peu douloureuses ; — la première pour détacher la partie inférieure de l’oreille ; la seconde pour former et arrondir le lobule. — Après avoir étanché le sang, on isole ce dernier de la joue, en collant une mouche de sparadrap sur la plaie faite par la première incision ; ensuite on applique un bourdonnet de charpie entre la joue et le lobule, qui lui-même est entouré de charpie râpée, et Ton maintient le tout avec des bandelettes agglutinatives. Après cinq ou six jours les
plaies sont cicatrisées, et 'les oreilles possèdent leurs lobules.
Les oreilles trop courtes peuvent facilement s’allonger , par des tiraillements répétés ; mais les longues et larges oreilles, hélas ! n’ont pas trouvé jusqu’ici de remède.
Quant à ces affreuses oreilles qui s’étalent en si grand nombre, les unes aplaties, minces et sans bordure ; les autres épaisses., mal contournées, offrant des éminences, des enfoncements et des ressauts hideux, il faut les cacher... l’art ne possède aucun moyen pour les redresser (1).
(1) Voyez YHygiène médicale du visage, où se trouvent les formules et procédés pour conserver la beauté et la restaurer lorsqu’elle a subi des altérations.