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La véritable histoire de "Elle et lui", notes et documents

11 a été fait de cet ouvrage une édition in-8°, tirée à cinquante-cinq exemplaires, sur hollande.

Ces exemplaires, tous numérotés, ont été souscrits par la Librairie Deman, à Bruxelles.

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En publiant pour la première fois en maijuin 1896, la plus grande partie deces pages, — presque toutes écrites pendant l'hiver de 1895, — sur les origines et la véritable histoire de l'ouvrage de George Sand intitulé Elle et Lui) nous avions pris soin d'indiquer qu'après tant d'autres nous ne reviendrions pas sur le détail connu des faits qui l'ont précédé, et que nous nous bornerions à encadrer dans un commentaire succinct les textes cités par nous.

Il ne saurait donc être question ici, ainsi que certaines personnes ont semblé le croire, de la véritable histoire d'Me ni de Lui,

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mais uniquement d'un chapitre d'histoire littéraire, appuyé sur des documents authentiques et irréfutables. Le nombre en est sensiblement augmenté dans le présent volume, et nous espérons que le lecteur ne s'en plaindra pas. Nous ne nous sommes d'ailleurs interdit ni les digressions, ni les horsd'œuvre, afin de pouvoir lui offrir une série plus considérable de pièces inédites ou peu connues encore. Elles pourront aider les esprits impartiaux à s'éclairer sur la part réelle de responsabilités et de torts incombant, dans ce drame de passion sans frein, à chacune de ses deux victimes.

En prenant la plume, nous avons eu de plus la satisfaction de poursuivre un résultat désiré par le principal intéressé lui-même, c'est-à-dire la mise au jour d'une correspondance dont George Sand, loin d'en trouver la publication indiscrète ou inopportune, avait au contraire préparé et souhaité de longue date l'impression. Nous nous sommes

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du reste soigneusement abstenu de toute citation pouvant, d'une façon quelconque, créer un malentendu quant à notre but, ou modifier en apparence le caractère de notre œuvre. Le grand écrivain, dans les documents que nous publions ici, nous a d'ailleurs donné l'exemple de cette réserve, et nous aurions cru manquer à ce que nous lui devions en ne gardant pas la même mesure.

Nous tenons maintenant à remercier les personnes dont le précieux concours nous a permis d'exécuter ce travail.

Nous nommerons tout d'abord madame Maurice Sand, car, sans avoir pris connaissance d'un seul mot de notre étude, elle nous a spontanément donné l'autorisation d'y insérer toutes les lettres ou fragments quelconques de George Sand que bon nous semblerait; et cela avec une promptitude et une confiance qui nous ont été au cœur.

Il nous faut ensuite exprimer notre gratitude à monsieur Brunetière, le directeur

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actuel de la Revue des Deux Mondes, pour l'offre qu'avec sa bonne grâce coutumière il nous a faite, sans nous connaître, d'obtenir pour nous l'autorisation de publier les belles lettres de M. François Buloz, son grand prédécesseur. Nous l'en remercions avec le même empressement qu'il a bien voulu mettre à nous être agréable.

Enfin, nous ne quitterons pas le lecteur sans dire à quel point l'accueil fait à ces notes par Cosmopolis nous a touché. En effet, nous avons trouvé chez les directeurs de cette revue, encore toute jeune, mais déjà si importante, bienveillance parfaite, concours dévoué, et surtout le plus précieux des avantages que puisse souhaiter un écrivain, c'està-dire le droit reconnu pour lui d'être imprimé en complète liberté, sans avoir à subir une censure quelconque. Nous ne saurions en manifester trop chaleureusement ici notre vive reconnaissance.

Janvier 1897.

Il n'y a de fâcheux que les choses mal sues et les vérités altérées.

GEORGE S AND Lettre inédite à Sainte-Beuve, du 3 août 18)).

Est-il opportun d'éveiller de nouveau le souvenir de ce grand drame d'amour, — et peut-être davantage encore de passion romantique jouée au naturel, — dont les malheureux héros se firent eux-mêmes ensuite les historiens plus ou moins fidèles ?

Certes, tant que les plus importantes pièces authentiques de ce procès toujours en suspens, ou du moins sans cesse recommencé, n'auront pas été livrées à la publicité, c'est-à-dire tant que demeurera inédite la correspondance

échangée entre les deux amants, il sera bien difficile de formuler un jugement définitif sur leur part de responsabilité mutuelle dans ce duel de cœurs. En effet, les coups portés par chacune des victimes les atteignirent successivement toutes deux, ensanglantant à tour de rôle les cuirasses plus brillantes que solides des infortunés adversaires. Aussi, jusqu'à la mise au jour de ces témoignages irrécusables, les documents et les récits apportant quelque lumière sur cette phase de la vie de George Sand et d'Alfred de Musset seront, croyons-nous, toujours accueillis avec un intérêt marqué par tous les fidèles de ces grandes figures, car, nonobstant les tentatives faites pour diminuer leur prestige, elles ont conservé leur rang supérieur parmi les plus hautes physionomies littéraires de ce siècle.

Nous n'avons pas l'intention, d'ailleurs, de refaire à cette place le récit détaillé de leurs épreuves, depuis la première rencontre des

deux écrivains jusqu'à leur séparation. Trop de plumes diverses se sont avant la nôtre chargées de ce soin, pour qu'il soit utile d'y revenir encore. Nous nous contenterons donc d'encadrer les documents et les notes rassemblés dans ces pages, au moyen d'un simple commentaire explicatif, plus ou moins développé selon les points à éclairer.

En conséquence, nous laisserons de côté le récit minutieux de faits si souvent racontés et connus aujourd'hui de tous, y revenant seulement quand il le faudra pour expliquer nos citations, et nous aborderons directement notre sujet à partir de l'heure où la lourde chaîne des malheureux amants vient d'être enfin brisée pour toujours.

Après les orages de la rupture et la fuite de l'héroïne, celle-ci s'apaisa longtemps avant Musset.

L'inestimable faculté, qu'elle a possédée plus que personne, de pouvoir sincèrement pardonner, et d'oublier aisément le mal causé par autrui, l'aida puissamment et rapidement à se reconquérir dans cette horrible crise. C'est à Nohant, dans son paisible Berry, où elle s'était réfugiée toute meurtrie ncoredes luttes et des scènes violentes qui

avaient précédé le déchirement final, que, presque sans effort, elle retrouva le calme, et, si l'on peut dire, en quelque sorte la raison. D'ailleurs, l'air natal, la bienfaisante atmosphère de la Vallée Noire, eurent toujours sur elle cette secourable influence.

Peu à peu la vision de ce passé récent, qui la hantait comme un cauchemar véritable, se transforma doucement en une impression plus vraie, plus sereine et plus juste. Sans perdre en rien le souvenir des torts graves du grand poète qu'elle avait fini par tant aimer, ses fautes à elle se précisèrent davantage à ses propres yeux, et contribuèrent, sa nature généreuse aidant, à lui rendre plus facile encore la possibilité du pardon complet.

Elle dut revoir alors, avec la suprême impartialité dont Y Histoire' de ma Vie contient tant de preuves, tous les détails de ces vingt mois (août 1833-mars 1835), et fixer pour jamais dans sa mémoire le résumé des

événements et des faits accomplis. Sans doute elle évoqua les débuts de ce redoutable amour, la passion du héros, la tendresse de l'héroïne, et comment celle-ci avait cédé par dévouement pour lui, alors que, chez elle, existait bien plus le désir de lui donner le bonheur que l'espérance de le recevoir en échange. Tout ce début d'un roman vécu, qui devint si vite un véritable drame, avec ses premiers transports, sa juvénile gaieté, ses folies exubérantes, repassa d'abord sous ses yeux.

Elle se souvint de l'heure où lui fut envoyée une Complainte anonyme, tout à fait inédite et inconnue jusqu'ici, comme le seront d'ailleurs, sauf avis contraire, et ceci dit une fois pour toutes, tous les documents qui suivront.

George Sand avait précieusement gardé et authentiqué de sa main ces strophes, qu'elle avait d'abord attribuées à la collaboration d'Alfred de Vigny et de Brizeux,

mais dont le véritable auteur — facile à deviner ici, J — s'était bientôt fait connaître, Il s'agit, dans cette plaisanterie rimée, du duel provoqué par l'article critique de M. Capo de Feuillide sur LéHa, article paru dans V Europe littéraire du 22 août 1833 1.

t. Voir à l'appendice le texte de cet article.

M. Capo de Feuillide, né aux Antilles en 1800, mort en 1863, eut une existence des plus agitées.

Nous rappellerons seulement qu'il fit d'abord partie de la maison de Charles X, et publia vers cette époque quelques pièces de vers à tendances légitimistes. Puis, sous le ministère Martignac, il fit montre d'opinions républicaines.

Entré comme collaborateur à l'Europe littéraire en 1833, au moment de sa fondation par Victor Bobain, il devint ensuite, pour peu de temps, le rédacteur en chef de cette revue dont, pendant sa courte carrière, les transformations furent incessantes.

Enfin, après son duel avec Gustave Planche, ce fut encore à propos de ses articles contre la Presse, publiés dans le Bon Sens et défendus par le National, qu'eut lieu la déplorable rencontre d'Émiie de Girardin avec Armand Carrel, dans laquelle ce célèbre publiciste perdit la vie.

En tant que littérateur, M. Capo de Feuillide n'a guère laissé d'autre trace que sa participation aux origines de ces deux duels.

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