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La vérité au duc de Bordeaux

On doit la vérité aux morts, dit-on communément, à quoi bon ? C'est la dire trop tard et à contre-temps. Les morts ne ressuscitent pas pour Ten tendre. Ce qu'on leur doit, c'est la flétrissure ou le respect, suivant qu'ils ont vécu criminels ou vertueux. La vérité appartient aux vivants. Le bien public et privé veulent qu'on la fasse entendre à leurs oreilles, qu'on la mette sous leurs yeux, qu'on la proclame haut et sans déguisement, car elle est l'effroi des puissances iniques qui la méconnaissent ou la foulent aux pieds, pour asservir l'humanité à leurs mondains intérêts ; elle est l'enseignement des peuples et des rois, la lumière des générations présentes et futures, qui éclaire les sentiers obliques \de toutes les impostures dont les dominateurs de la terre se font un moyen d'exploitation contre les fils de l'homme. Si la vérité accuse, elle protège aussi ; et c'est sous ce point de vue qu'on doit avoir le courage de la publier, afin qu'elle arrive, par la presse, aux oreilles des princes, qu'un cercle de courtisanerîe enveloppe pour arrêter au passage celles qu'on leur cache et qu'il importe le plus à leur honneur de connaître.

Ces réflexions. Monsieur le Duc, vont vous paraître, au pre-

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mier abord, pour le moins déplacées en tête d'un écrit que j'adresse à Votre Altesse Royale ; cependant elles naissent du sujet même dont je désire vous entretenir, et vous allez vous en convaincre, car j'entends vous parler de Louis XVII. Vous ne pouvez point ignorer les faits qui se rattachent à l'histoire du chef de votre maison royale, ou vous aurez été tenu en chartre privée. Aussi je vous écris par la presse, dans la prévision qu'une lettre, mise à la poste, ne vous parviendrait pas ou que, vraisemblablement, vous n'y répondriez pas plus que vous ne l'avez fait à celles qui vous ont été écrites antérieurement, notamment à Londres, en 1843, quand, au lieu d'adhérer dignement à l'offre que je vous faisais d'éclairer votre religion sur une question de probité pour les Bourbons et pour vous, vous avez brusquement quitté l'Angleterre.

En apprenant par les journaux, Monsieur le Duc, votre arrivée en Hollande et votre désir d'y fixer momentanément votre résidence, je me suis demandé quelle pouvait être la cause secrète qui déterminait votre Altesse Royale à choisir pour lieu de séjour actuel la terre où reposent les cendres de Louis XY II, où vit sa famille. Le Prince, me suis-je dit, ne vient point en Hollande, pays sympathique aux infortunes des descendants du Duc.de Normandie, p<4ur insulter à leurs angoisses par son ostentation, pour mettre dédaigneusement, en présence des orphelins royaux dépouillés de leur patrimoine, le détenteur de leur héritage, et vouloir les effacer moralement, par la hardiesse de son attitude, sous' leurs yeux, sans même avoir lair de s'apercevoir que la famille royale de Bréda est en possession non contestée du nom de Bourbon, généralement reconnu et respecté dans leur personne en Néerlande. Si telle pouvait être l'idée politique de ses conseils, on abuserait de sa candeur, et sa droiture ne serait pas complice d'une tactique aussi perfide.

Sans chercher à approfondir cette question, dont la solution est du domaine de la conscience, je profite du séjour de Votre Altesse Royale en Hollande pour lui faire entendre un langage consciencieux auquel* elle n'est point habituée, et la mettre à même de s'assurer qu'on l'abuse scandaleusement en la main-

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tenant dans une ligne de conduite, qui excite contre elle des murmures improbateurs et indignés qu'on ne lui laisse probablement pas soupçonner. Les démonstrations politiques et publiques que Ton vous fait faire et que font vos partisans, sachez-le, n'ont et ne peuvent avoir aucune consistance sérieuse, aucun bon résultat pour vous, tant que vous n'aurez pas, par des preuves acceptables autres que les mensonges d'écrivains de votre parti, répondu à des écrits qui vengent si viaorieusement la personne et la mémoire diffamées de Tauguste fils de Louis XVI. Ces manifestations de votre part, qui offrent un côté étrangement puéril, n'ont d'autre effet que de vous compromettre gravement aux yeux du monde intègre, celui dont le témoignage seul a de la valeur ; parce que dans ce monde on a lu nos écrits et qu'on s'est convaincu par une raison éclairée que le dernier roi légitime de France était le personnage en faveur duquel le commissaire de justice et syndic de Crossen ( i) a eu le courage d'écrire au Roi le 24 septembre i83i , et aux ministres de Prusse, les 19 et 22 juillet de la même année.

4( ... Le nommé Naundorff ne porte ce nom, qui n'est pas le sien, que parce qu'il y a été forcé par les circonstances malheureuses qui enveloppent son existence. Il est Français de nation et fils de Louis XVI et de Marie Antoinette, morts sur l'échafaud ; il est ainsi le dernier Dauphin de France, duc de Normandie, que les annales de l'histoire prétendaient faussement décédé au Temple sous le nom de Louis XVII. Muni de pleins pouvoirs et chargé d'affaires de ce prince malheureux, je fis un rapport à S. M. notre roi, dans lequel je spécifiai que j'étais chargé de demander l'appui de S. M. le Roi des Français, afin que mon mandant pût rentrer dans sa fortune paternelle. Je suppliai S. M. le Roi d'appuyer cette demande par son intervention puissante...

« Comme fidèle et heureux sujet de S. M., et particulièrement en ma qualité de fonctionnaire prussien, je n'aurais

(i) Ce Commissaire de justice, notaire et syndic de la ville de Crossensur-Oder, qui, après avoir été chargé de « surveiller » le prétendu Naundorff, était devenu son ami et «on défenseur, s'appelait Pezold. Il prit très ^ergiquement en mains les intéréits de son royal client et lui resta fidèle insqu'à sa mort survenue dans des xxxndition&iort étranges, le 16 mars i83s.

jamais osé importuner le roi mon mattre dans une semblable circonstance, si je n'étais convaincu que mon mandant est en vérité celui qu'il dit êtr« ; car j'ai eu le temps de l'étudier dans une longue intimité et de le connaître conséquemment à fond depuis l'année 1828. Mes rapports continuels, mes occupations journalières avec lui, mes observations attentives de chaque jour, de chaque instant, tout a concouru à établir dans ma conscience la conviction inaltérable et profonde qu'il ne peut être question ici ni d'une erreur, ni d'une imposture, dont les suites seraient un mépris général et une peine infamante... »

Je vais revenir un peu sur le passé, Monsieur le Duc. Dans un manifeste, en forme de protestation contre le nouvel empire qui s'organisait en France, publié par le Commerce, belge^ le 25 octobre i852, vous avez écrit :

« C'est l'honneur de mon pays comme le mien qui me décide à élever la voix aujourd'hui. On ne rétablit pas la sécurité en ébranlant le principe sur lequel repose le trône, en méconnaissant celui qui, en France, est la base nécessaire de l'ordre monarchique.

45 Resté chef de l'antique race des rois de France, héritier de cette longue suite de monarques, je me dois à moi-même, à ma famille et à ma patrie de protester hautement contre des combinaisons mensongères et pleines de dangers, je maintiens donc mon droit, et prenant Dieu à témoin» je déclare à la France et au monde que, fidèle aux lois du royaume et aux traditions de mes aïeux, je conserverai religieusement jusqu'à mon dernier soupir le dépôt de la monarchie héréditaire dont la Providence m'a confié la garde. Le pays ne peut confondre les volontés généreuses qui s'unissent pour sauver la chose publique, avec les manœuvres de l'ambition et de l'égoïsme. »

Quand on parle au public. Monsieur le Duc, il faut être vrai ; quand on se donne comme le représentant d'un principe, il faut que pas même l'ombre d'un doute n'affaiblisse le caractère dont on se prévaut, si l'on ne veut pas se ranger parmi les chefs de factions et soulever contre soi de justes répulsions. En

'Ti^çcr-'

général, on n'aura point cru que c'est l'honneur comme le vôtre, qui vous a fait élever la voix léon III. Vous n'aviez aucun droit pour pro sens, c'était une idée d'ambition qui en combatt le fils de Louis Bonaparte est l'héritier légitime c et vous, vous ne l'êtes pas de celle des Bourbonî en nommez le chef; mais la vérité et la famille d Breda protestent contre vous.

Que Votre Altesse Royale ne se fasse donc p gardez-vous des assurances trompeuses que vouî amis, pour tranquilliser votre conscience et v comme prétendant légitime, sur les ruines de proscrite, abaissée, répudiée par eux, par la Duel lême, par le duc d'Angoulême, par Louis XVIII, ; par les princes de TEglise, par les diplomaties et ments, et par tous les souverains de la chrétienté surtout dorénavant de prendre en vain le nom lit dans les cœurs et sonde les pensées les pli l'homme, pour vous faire attribuer, par la crédu le dépôt de la monarchie héréditaire que vous us la Providence, source de toute vérité, ne vous a { garde. Car, moi aussi, je prends Dieu à témoin, France et au monde que en face des documents q et qui ne vous permettent pas d'être plus qu'un I branche cadette, de semblables invocations sont vres de l'ambition et de l'égoïsme (i).

Les paroles de votre manifeste se retournen contre vous et vos adhérents, si vous ne les just tradictoirement avec les Bourbons de Breda, qui vos aînés, les seuls chefs de l'antique race des ro Leurs droits, je vous le certifie, sont solidemer des éléments de certitude évidente, qu'aucun de

(i) Dans un des prochains numéros de notre Revue, M. publiera un témoignage inédit des plus importants qui ] i858 le Duc de Bordeaux, qui s'appela alors le Comte avait la parfaite conscience de n'être, en effet, qu'un « branche cadette » et que c'est pour cette raison que le ( bord n'a plus sérieusement essayé de conquérir un trôr savait pertinemment n'avoir pas le droit légitime de s'assc

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n'a encore eu la témérité d*oser vouloir combattre et contredire, ils ont pour eux le jugement des plus hautes intelligences, celui des hommes probes dont la religion n'est plus abusée sur un fait historique, que les diplomaties ontvainement enveloppé des ténèbres de leurs machinations, et dont la vérité s'est fait jour pour, selon l'appréciation du ministre Rochow de Prusse, « être lé déshonneur de toutes les têtes couronnées. »

M. Florian de Kergolay, ancien pair de France, et une autre sommité légitimiste, ont écrit aussi, en 1848, dans un journal anglais :

« ... Ce qui importe maintenant, c'est que l'élection universelle de l'assemblée nationale soit sincère ; c'est qu'elle exprime fidèlement elle-même la vérité intime des sentiments de tout e pays.

« T accomplirai ainsi ma vieille vie en donnant enc(M'e une fois à mon vote la direction qui lui sera inspirée par mon amour pour la patrie et par ma fidélité K MOxN ROI, je me tiens pour bien assuré que, parmi tous les Français, sans exception aucune, Henri V est le meilleur de tous leurs amis. Le gouvernement provisoire déclara que la république était proclamée, et que la royauté, sous quelque forme que ce fût, était abolie, ils auraient agi plus franchement en disant : — ce qui fut vrai pendant quatorze ans du règne des Bourbons.

« Le droit de' mensonge est institué en faveur de ceux qui sont en possession du pouvoir,

« J'ai toujours pensé qu'il était à la fois plus naturel et plus facile à un roi légitime qu'à un usurpateur de gouverner avec probité, et de respecter et protéger les libertés publiques. Tai toujours pensé aussi que rien ne pouvait remplacer à un cœur pur la jouissance de se sentir fidèle,

« Je pense que le premier des droits publics des Français est celui de conserver leur dynastie légitime, dans l'ordre de primogéniture de mâle en mâle, tel qu'il est établi depuis tant de siècles parmi nous.

«: Je pense que le trône de France appartient, à l'instant même de la double abdication de S. M. le Roi Charles X et de son auguste fils, à S. A. R. Monseigneur le duc de Bordeaux.

« Pendant toute la durée de l'usurpation de i83o, je réitérai, dans toutes les occasions qui se présentèrent, la déclaration que Henri V était mon roi.

4c Ce qu'on nomme en France le parti légitimiste est, considéré dans son ensemble, la portion la plus recommandable de la nation. C'est uniquement dans ce parti que se sont conservés le dogme salutaire du dévouement à l'autorité, les idées saines du droit, les traditions favorables à l'ordre public; en un mot, les habitudes et les mœurs qui procurent aux nations la gloire et la prospérité qui en assurent la durée ; ce sont, en général, sous le point de vue politique, les plus honnêtes gens du royaume. La mission des royalistes français est donc enfin reconnue et appréciée. S'il entre dans les desseins de Dieu que la malheureuse France soit sauvée, que l'ordre et la morale y régnent de nouveau, c'est par eux, par leurs doctrines que cette transformation sera opérée. La règle de leur conduite est clairement tracée; ils doivent avant tout, rester ce qu'ils sont, les confesseurs intrépides du droit, dogmes inexorables, seul moyen de salut au milieu de la perturbation générale des esprits dévoyés en matière politique et sociale.

« Il ne faut pas, surtout, que le doute, l'inquiétude ou le découragement les portent à se plaindre de la silencieuse attitude gardée jusqu'ici par le représentant suprême du droit dont ils sont les premiers défenseurs. Pour apprécier la sage conduite du légitime héritier de Henri. IV, pour rendre une justice, peut-être tardive, à la prudence de ses conseillers, il suffira aux esprits généreux d'examiner froidement ce que la cause monarchique a retiré jusqu'ici de profit à être défendue avec des armes prises dans l'arsenal de la révolution.

4c Henri V n'est point un prétendant qui entre en lice avec quelques aventuriers ambitieux ; Dieu, à sa naissance, l'a marqué du sceau ineffaçable de la royauté légitime. Le prince gémit sur les malheurs de ses sujets; il est prêt à paraître partout où sera reconnue la haute mission qu'il vient remplir. La restauration de son trône ne saurait être assimilée ni à une conquête ni à un triomphe ; que les royalistes unissent tous leurs efforts pour convaincre leurs frères égarés que, sans un retour sincère au principe du droite la chaîne des révolutions ne sera jamais rompue. // reste la morale et la Justice, qui ne

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périssent jamais; c'est pour les rétablir^ du sommet de TEtat jusqu'aux derniers échelons, que la restauration du trône légitime est indispensable. A cette noble et diificile tâche, le prince est résolu de dévouer sa vie entière. »

C'est ainsi que, dans la noblesse de France, on entend la morale et la justice ! Cest ainsi qu'on met à profit les preuves de l'existence du fils de Louis XVI demandées et reçues, en 1834, par Tagent officiel de la cour de Prague, et par M"°« la duchesse d'Angoulême ; preuves publiées depuis cette époque, et qui ont convaincu le monde véritablement honnête que celui qui fut marqué à sa naissance du sceau ineffaçable de la royauté légitime, ce fut le personnage mort sur le sol de la proscription, bafoué par les plus honnêtes gens du royaume de M. le comte de Chambord et que les légitimes héritiers de Henri IV, aujourd'hui, selon le droit, mais sans prétentions politiques, sont les enfants du Duc de Normandie, que l'incomparable historien de Beauchesne, l'illustre plume du parti légitimiste en i852, que tout le parti enfin du roi Henri V traitent toujours d'imposteur, sans vouloir tenir compte des faits démonstratifs de son origine royale.

Ces sujets d'un royaume imaginaire, dont la probité politique est fabuleuse, se sont faits, avec M^* la duchesse d'Angoulème, qui fut leur reine aussi, les imitateurs de Pilate ; il demanda à Jésus-Christ qui lui disait : «Je suis la vérité;» «qu'est-ce que la vérité?» et tourna le dos à Notre Seigneur pour ne pas entendre la réponse : les grands prêtres, les scribes, les pharisiens et tout le peuple vociférèrent contre le fils de Dieu : «C'est un imposteur, crucifiez-le!» Les plus honnêtes gens de la France se sont conduits de la même manière avec le fils de Louis XVI, leur déclarant aussi qu'il était la vérité, et leur disant : écoutez-moi. Ils n'ont pas voulu l'écouter ; il l'ont laissé mourir sous la malédiction de leurs anathèmes; et ils redisent toujours effrontément : c'était un imposteur 1 (i)

(i) Les paroles sévères de Gruau de la Barre sont pleinement justifiées. Toute sa vie, ce prétendu « imposteur » fit de vains efiforts pour obtenir une entrevue de quelques minutes avec la duchesse d'Angoulêmel Et

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Mais tous ces fiers enthousiastes de la royauté illégitime ne sont plus crus sur parole ; la voix de la vérité a retenti dans le monde, et bourdonne toujours désagréablement pour eux. Les ennemis de TOrphelin duTempleTont eux-mêmes identifié par leurs manœuvres et par l'inconséquence de leur langage et de leur conduite. Ils n'ont le verbe si haut, pour ainsi dire, qu'à la sourdine. Nous leur avons proposé un duel judiciaire, en les provoquant par des paroles bien amères; ils ont fait semblant de ne pas entendre et tourné le dos, n'osant pas regarder en face ceux qu'ils traitent d'imposteurs; et ces redoutables palatins, qui se croient forts pour organiser une monarchie, tremblent et se taisent devant une femme et huit enfants qui les harcèlent sans cesse, en les poursuivant de leurs clameurs accusatrices ! Tant de longanimité serait-elle admissible, s'ils avaient pour eux le bon droit?

Monsieur le duc, je le dis avec un sentiment de profonde et douloureuse conviction, malheur à la France, le jour où elle serait gouvernée par ceux qui se vantent d'être les plus honnêtes gens du monde, car leur cause monarchique aurait triomphé par la puissance du mensonge ; et si cette cause monarchique, comme on le dit en effet avec raison, a été défendue avec les armes prises dans l'arsenal de la révolution, c'estque, illégitime et révolutionnaire, elle ne pouvait pas se maintenir autrement; c'est que ces armes avaient été forgées par l'usurpation; que les comtes de Provence et d'Artois et la religieuse duchesse d'Angoulême s'en servirent contre la royauté légitime, pour en frapper Louis XVII et le faire entrer dans le cercueil, où des mains révolutionnaires l'avaient mensongèrement enseveli. Aspirez au trône, si bon vous semble, comme successeur des usurpateurs Louis XVIII et Charles X ; mais ne dénaturez pas la légitimité en vous donnant comme le représentant. Restez sur la même ligne que vos cousins d'Orléans, qui ont sur vous l'avantage de ne pas s'approprier un principe qui ne leur

lorsque, le i3 juin i836, il inscrivit régulièrement son procès en revendication d'état au Tribunal de la Seine, le gouvernement n*eut rien de plus pressé à faire que de l'arrêter, de lui voler les dossiers formés en vue du *outien de son procès, et de l'expulser en Angleterre pour l'empêcher de se faire juger!...

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appartient pas; et sous ce rapport, souffrez que j'appelle encore votre attention sur quelques passages d'un opuscule intituler La France en i953.

Sénateur de l'Empire et plus conséquent, par la pratique dans son intérêt en repoussant la légitimité véritable, que ceux qui s'attachent aujourd'hui sans profit à celle usurpée ; maïs non moins aveugle, en théorie, ou aussi peu sincère que ceux qui ont repoussé sciemment Louis XVll ; M. le marquis de Larochejacquelein nomme de même monarchie répoluttonnaire celle à laquelle prétendent les Orléanistes, et droit tradiiionnely la souveraineté que les proscripteurs du fils de Louis XVI ont concédée aux comtes de Provence et d'Artois, qui ont, pendant quinze ans de fausse restauration, occupé révolution naii^ment le trône de France, avec le bon vouloir des gouvernements de la Sainte Alliance, bien que tous fussent informés de l'existence du dernier Dauphin . Vainement on voudrait faire méconnaître que vos légitimistes sont les continuateurs des républicains de 1792, qui ont aboli la royauté légitime ; on n'ignore plus qu'ils n'ont cessé et ne cessent de méconnaître le 'principe d'hérédité monarchique, en la faisant reposer sur votre tête. Les peuples sont en train d'y voir cls^ir et de ne plus se laisser fourvoyer par les hommes au pouvoir, et par ceux qui voudraient tenter de s'en emparer en se prévalant d'un droit imaginaire, ils ont appris comment, sous la plume des hommes de faaîon, la vérité devient mensonge et le mensonge se donne pour vérité, à l'effet de favoriser les projets d'envahissement de la puissance nationale. SI la France populaire se tait, c'est qu'elle n'a rien à dire en ce moment et qu'elle se repose sur sa souveraineté, sans laquelle on ne saurait plus lui donner de maître ; car cette France là, plus instruite que ne le supposent et ne vous le disent vos conseillers, et qui ne veut plus être dupe de la probité des restaurateurs de libertés publiques, cette France là, si l'on vous offrait à elle pour roî, comme héritier légitime de Tancienne monarchie française, se prononcerait contre vous en repoussant votre usurpation.

On accuse la branche d'Orléans d'avoir, par ses mauvaises

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passions, détroit en France la foi monarchique et la croyance aux principes contre lesquels, pendant plus de huit siècles, sont venues se briser toutes les tentatives de révolution. Mais appelle-t-on donc bonnes passions celles qui ont fait méconnaître, par les frères de Louis XVI, le fils du royal martyr, qu'ils ont si lâchement abandonné aux mains des destructeurs de la royauté légitime; par la duchesse d'Angoulême, TOrphelin compagnon de ses angoisses de la Tour du Temple ; par vous, monsieur le Duc, le chef de votre race, dont vous vous attribuez faussement toutes les prérogatives, dont vous détenez la fortune, au préjudice de vos aînés, pauvres et opprimés?

Voyons les choses comme elles sont. Les escamoteurs de la légitimité ont bien mauvaise grâce de jeter la pierre à Louis- Philippe, usurpateur en i83o d'une usurpation mille fois plus ignominieuse que la sienne; car il s'emparait d'un pouvoir vacant, brisé par la colère du peuple, tandis qu'en 1814, le comte de Provence, qui fut régicide avec les assassins de Louis XVI, et plus criminel que le duc d'Oriéans, acheta de la Coalition européenne le trône de France, en maintenant la proscription de son roi Louis XVII, qu'il fit ensuite jeter dans les prisons de Prusse, traîner une vie misérable, rendue abjecte par ses calomnies, pour qu'il ne vînt pas lui demander compte du sang de son père, de sa mère, de sa tante, et de tant de nobles personnages immolés à sa monstrueuse ambition. La Foy monarchique ? mais ce sont les Bourbons et leur révolutionnaire entourage qui l'ont détruite. La foi monarchique a cessé d'exister pour la France depuis que la noblesse, en masse, désertant la cause de Louis XV!, laissé sans défehse à la merci des factieux, est allée, par rémîgration,* courtiser la royauté anarchique de Coblentz : et les gouvernements étrangers, peu soucieux du principe monarchique héréditaire de la France, et du leur par conséquent, ont appris aux peuples i en faire mépris, en leur montrant l'héritier de la couronne de France dans la vie d'humiliations qu'ils lui ont imposée pendant un demi-siècle. Aussi, nous les avons vus un moment, tous ces rois et princes contempteurs de leur frère malheureux, dans une pitoyable déroute, sous la verge vengeresse de leurs peuples en révolte, désabusés du orestige qui n'environne oius

/aie dégradée par les gouvernements dans la oi Louis XVII.

répulsion générale qui a frappé l'Orphelin du réapparition dans le monde politique, révèle iption de Tétat social, les mensonges permanens lit la base des puissances publiques ; quand ceux ment ravagé la proscrite existence du roi mis au nité entière, accueillent encore avec une amère stes plaintes de sa veuve et de ses enfans ; quand vérité, les droits du malheur, sont indignement viles considérations de Tégoïsme; il faut être lour ne pas discerner, dans les voies iniques et s pouvoirs dominateurs, la cause réelle des ont troublé la paix des Etats, dont Tesprit lis non éteint, fermente toujours et se réveillera errible que jamais contre ceux qui trompent les lavent répondre à de légitimes exigences que par î et le bannissement.

>rdre donné à la cour de Marie-Thérèse et à la ir le Duc, a été fidèlement suivi depuis le jour lu clergé et de la noblesse ont rejeté ouvertement

ire était de dire, à tort et à travers, que TafFaire , prétendant duc de Normandie, n'était pas était une imposture visible qui ne valait pas la tn occupât; et, pour qu'une pareille lâcheté se tous les moyens de publicité calomniatrice, il

presse remît en scène mille fois les vieux faux elle en inventât de nouveaux, et qu'elle leur s — sottement — un certain éclat, en passant dlence les faits et témoignages qui concernent le

que la prétention d*ètre fils de Louis XVI fût un jour si ridicule, si ténébreux, qu'il y eût une ince à vouloir contester le fait mensongèrement ort au Temple de TOrphelin royal, il fallait donc se conduire, comme s'il ne s'était jamais agi de ^sien que d'une manière fantastique et tout à fait

ette insigne mauvaise foi, monsieur le Duc,

qu'on a traité «et qoi'oa traite dans vos conseils la plus étonnante question historique qui se soit Jamais présentée à Texamen religieux des hommes impartiaux, question depuis longtemps décidée contre vous, par des autorités si nombreuses et si concluantes, qu'elles ne laissent pas même de prétexte à un doute réfléchi, et qu'elles ont inspiré à la duchesse d'Angoulême et au roi des Français une telle épouvante qu'ils n'ont eu de repos que quand leur royale victime a été arrachée du sanctuaire de la justice et chassée de France.

C'est ainsi que les superbes déclamateurs à grands sentiraens s'étaient entendus pour profaner la vérité et exploiter, parle^ mensonge, contre le vrai Louis XVII, la crédulité inépuisable du vulgaire. Cette marche ténébreuse se suit encore aujourd'hui dans les moyens qu'on oppose aux démonstrations les plus concluantes. Cette honteuse tactique des meneurs légiti" mistes et des diplomaties a été fidèlement accréditée et propagée par les trompettes de toutes les factions. Les rédacteurs de la Quotidienne y de \aiMode, de la Ga^^ette de France^ de ÏAmi de la Religion, de Y Univers Religieux, ont mérité, sous ce rapport, la palme de l'apostasie. La grande intelligence même de M. Veuillot, en i85o, dans une série de feuilletons intitulés les Faux Dauphins, pour la plupart consacrés à l'agent de police Richemont, apprend à ses lecteurs que son cœur s'incline plus volontiers vers Eliezer- Williams, faux dauphin de nouvelle date? Le pauvre homme! comme la comédie le dit de Tartufe; il se donne la. tâche de démasquer les hypocrisies de tout genre, dans son journal qui, s'il était qualifié l'Hypocrite, aurait du moins le seul titre qui lui convient. Et aujourd'hui, Ton n'aura pas manqué de vous dire que le fils aîné d'un nommé Meves, qui vient de mourir à Londres, s'appropriant un rôle que son père n'a pas voulu jouer, quoique sollicité de le faire par un parti d'intrigans, réclame, nous dit bonnement un journal anglais, la couronne de France. Des mémoires annoncés sur son compte, comme devant être publiés bientôt, nous apprendront les merveilles de cette extravagante imposture, patronée par des journalistes qui n'ont jamais eu de places dans leurs feuilles pour insérer les réclamations du vrai fils de Louis XVI. Voici, au surplus, Tavant-propos de ces mémoires.

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je Tai écrit en 1846, dans les Intrigues dévoilées >remier, pages 35 1-352.

ice, en arrivant à Londres, y -trouva deux Louis XVII, léMeves, àqui une fraction de royalistes avaient octroyé ine royale, et le faux baron de Richemont, que le ement français venait d*y envoyer, en le libérant îment de douze années de réclusion auxquelles il condamné par arrêt de la Cour d'assises de la Seine,

mon diplomatique de ce dernier consistait à s'emparer > et qualités du duc de Normandie, pour détourner du scrit les sympathies du peuple anglais, il était qualifié ir son entourage, et notamment par un sieur Morin ^ière, l'agent le plus actif de cette burlesque princile nous avons vu le correspondant confidentiel d'un de France, is orphelin jeté dans le monde par un père et une

l'ont délaissé, avait une ressemblance si frappante ries Xet d'autres bâtards nés de ce prince, que tous

Tont connu n'hésitent pas à le regarder comme un )reux fruits de la jeunesse libertine du comte d'Artois, homme, en raison de son origine mystérieuse, fut un accaparé par des intrigues qui, tout en lui persuadant : l'orphelin du Temple, souffraient qu'il donnât des

musique pour nourrir sa famille. On s'empressa de au duc de Normandie dès les premiers jours de son

Londres. Son Altesse Royale alla aussitôt rendre on compétiteur, accompagnée de deux amis, M. le le la Perrière et mon frère, ancien garde du corps de III. L'entrevue fut des plus originales. Le crédule

questionné sur son enfance à la cour, sur le voyage les, sur la Tour du Temple, ne pouvait faire qu'une «J'ai tout oublié.» Il resta donc bien et dûment 1 qu'il était le passif instrument d'imposteurs ; il )n titre, et n'ayant pas de raisons pour méconnaître du fils de Louis XVI, il finit par lui confier i^qu'il nvité, de la part de la duchesse d*Angoulêmey à se près d'elle et qu'il s'y était refusé, »

>yez, monsieur le Duc, dans quel insipide abus de

paroles creuses, dans quel dédale d'inepties et de faussetés, dans quelle route tortueuse s'embarrassent ceux qui veulent étouffer une vérité qui respire malgré eux et par eux, ils se voient forcés de se placer toujours hors de sens commun. Voilà le langage de ceux qui se sont emparés de votre confiance, et qui s'efforcent de la justifier en feignant de ne pas se douter qu'un demi-siècle d'événements leur donne le plus solennel démenti.

Je veux quelque peu vous faire entrevoir un monde que vous ne connaissez pas, car il est étranger à celui des plus honnêtes gens de votre royaume. Quelle que soit la destinée que l'avenir réserve à Votre Altesse Royale, il est bon que vous sachiez ce que Ton pense et ce que l'on dit dans le monde qu'on vous cache, et à quelles pénibles réflexions sur votre compte donne lieu le trop d'honnêteté de vos partisans. Quelques fragments de correspondance et de la presse, que vous ne lisez pas, qui vont passer sous vos yeux donneront à votre Altesse Royale un aperçu d'opinion publique bien différente de celle qu'on a composée pour vous. En narrateur fidèle, pour vptre meilleur enseignement et afin que Votre Altesse Royale apprenne à juger les hommes et les choses par elle même, je ne dois rien déguiser, et je me vois forcé de reproduire textuellement des passages d'écrits qu'il ne m'est pas facultatif d'altérer et dont les originaux vous seront communiqués, si vous le désirez. Mais à Dieu rie plaise que je me rende complice d'expressions peu convenantes, par l'ombre même d'une pensée offensante pour votre Altesse Royale. Je proteste ici hautement et sans réserve de mon respect pour l'auguste fils du magnanime duc de Berri. Ce n'est pas en vous montrant le danger des flatteries qui vous perdent que je dois moi-même faire parler le monde que je 'vous découvre autrement qu'il ne parle. L'intérêt de votre dignité royale exige que la vérité vous apparaisse sans aucun nuage qui l'obscurcisse.

Ce qui doit, d'ailleurs, m'ôter tout scrupule et mettre ma délicatesse à Taise, c'est ce qu'écrit Charles Didier, rendant compte, en 1849, d'une visite à votre Altesse Royale :

4( M. de Lévis, dit-il, est spécialement attaché à la personne de M. le duc de Bordeaux, qui a placé en lui toute sa confiance

et SOUS les yeux duquel il met impitayableinent tout ce qa*on écrit de lui, le mal comme le bien. Une anecdote, que je me plais à rapporter, prouve que M. ie duc de Bordeaux, quoique prince, n'a point Toreille fermée à la vérité. Il s'était trouvé en relation, je ne sais où ni quand, avec un souverain de TEurope, j'ignore lequel, dont il avait cru s'être concilié laflfection. C'était une illusion ; il s'aghssait de le détromper. Quelqu'un le fit, un peu rudement à ce qu'il paraît^ et lui dit même à ce propos des choses asse:^ dures. Loin de s'en offenser, le prince Tem brassa quand il eut fini, et le remercia ^vec effusion de lui avoir dit la vérité sans ménagement. !►

Monsieur le Duc,

'Cette noble disposition de votre caractère, Monsieur le duc, et la franchise de M. de'Lévis à ne rien laisser ignorer à Votre Altesse Royale de ce qu'on dit à son sujet, me font espérer que mon écrit vous sera remis, et me disculpent âmes yeux de ta hardiesse de ma propre franchise ; je me flatte aussi que, loin d'encourir votre approbation, elle sera comprise et appréciée par vous selon le sentiment qui m'anime.

« Quoique prince, vous n'avez point l'oreille fermée à la vérité, » dit M. Charles Didier. A ces vérhés banales et sans conséquence, je le crois ; à des vérités utiles, telles que celles que je vous écris, peut-être, si la prudence trop tardive et trop inconsidérément circonspecte de vos conseillers vous les faisait entendre. Mais les plus honnêtes gens du royaume de Henri V les gardent dans Tombre avec une piété silencieuse^ comme l'historien de Beâuchesne y garda ses Térités mensongères jusqu'en i852 . Les fabricateurs de votre royauté légitime ne peuvent pas détruire eux-mêmes leur ouvrage, daws l'intérêt de votre honneur, dont ils se sont montrés jusqu''^i6î moins soucieux que de kurs espérances chimériques. Vous ne pouvez donc point connaître la vérité la plus esseittirfte à

LÀ VËRITE AU DUC DE BOROEAUi:. %l

savoir pour vous .. Où Tauriez-vous apprise ? Vous vivez dans un entourage qui la connaît et vous la cache, et qui place des barrières entre elle et vous. Vous vous en convaincrez si cet écrit, comme tant d'autres, n*est pas mis à Tindex par l'excessive probité des honnêtes gens auxquels vous livrez votre confiance et votre conscience, et que vous allez juger par quelques échos de l'opinion publique répandue chez ceux qui ne sont pas vos sujets. Votre Altesse Royale conçoit fort bien que je ne puis pas traiter ici la question d'évasion, ni celle d'identité, et que, dans l'exposé que je lui soumets, je ne veux que lui montrer combien 1 affaire dont je l'entretiens est sérieuse et réclame sa plus religieuse attention ; que ceux qui vous disent le contraire en imposent, et font de vous un instrument aveugle de leurs calculs d'avenir et de leurs vues ambitieuses.

Monsieur le duc, vous n'êtes pas sans avoir entendu dire que M. Morel de Saint-Didier a été à Prague avec madame de Rambaud. Tous deux; y étaient envoyés par S. A. R. le duc de Normandie, pour obtenir que sa sœur daignât consentir à le voir. M. Morel de Saint-Didier a été reçu deux fois par la princesse ; vous allez voir comment on dit la vérité dans les salons des princes. L'auguste sœur a fait chasser de Prague, comme une intrigante, madame de Rambaud, qui lui avait écrit en faveur de son frère, et dont le témoignage avait fait sur son esprit et celui de M. le vicomte de Larochefoucauld la plus profonde impression.

Voici maintenant ce que je sais par des communications officielles qui sont venues d'Allemagne au fils de Louis XVI :

« Le commissaire de police, qui eut son bureau au château duHradschin pendant tout le temps que les Bourbons l'habitèrent, ayant demandé au duc de Blacas des instructions relatives à ces deux étrangers, le duc lui répondit avec une amertume toute particulière : « Que ce n'était qu'un intrigant et une intrigante venus pour escroquer de l'argent à la famille royale, » Pendant quatre ans que dura son office, il eut un homme de police au bas de chaque escalier, qui demandait à chacun son nom, du moins Jusqu'à ce qu'il fût connu comme un des habitués. — C'était la garde qui veillait pour empêcher la vérité de s'introduire au château. — Les registres de lia po-

lice de 1834 portent écrit :• « Madame Agathe-Rosalie de Rambaud, née Mottet. voulait parler avec la Dauphine ; mais elle n'a pas été reçue. »

« Un valet de place italien, au service de la famille royale, a déclaré qu'il y avait eu ordre exprès donné dans Vantichambre de ne jamais recevoir madame de Rambaud, et que le duc de Blacas y était venu lui-même pour en faire un devoir à chacun des valets de pied,

« Il a encore raconté que, même à table, — la famille royale entourée de ses gens de service parmi lesquels il était — 4^ on avait parlé, assez haut pour être entendu des valets, du duc de Normandie comme d'un prince mort depuis très longtemps et de la fable réchauffée par M. Morelde Saint-Didier, »

« La famille royale sachant si bien le contraire et craignant à un tel point la présence, le témoignage et les preuves de madame de Rambaud, il est évident que l'assertion de la mort du duc de Normandie, faite indécemment à haute voix en présence de nombreux valets, n'était qu'une ruse de sa part, concertée pour donner le change à tous ces gens-là. »

A propos de la femme intrigante que, pour ne pas recevoir madame de Rambaud, madame la duchesse d'Angoulême supposa, contre la vérité qui troublait sa conscience, avait pris le nom de cette noble et respectable dame, je vais, Monsieur le duc, vous raconter une petite anecdote assez curieuse, qui peut très bien trouver sa place ici, car votre nom y figure. Une lettre de Prague, du 12 novembre 1840, du chevalier docteur de Carro à un ami du prince, la raconte ainsi :

«... A propos de Crossen, voici du nouveau et du très intéressant. Le docteur M... (i) fit connaissance. Tété dernier, avec un monsieur Louis-Maurice Henoek, homme très-savant, propriétaire et grand industriel de la Silésie prussienne, peu admirateur, à ce qu'il m'a paru, de la morale politique du cabinet prussien. M... lui prêta l'Abrégé des infortunes du Dauphin, lui raconta une foule de choses qu'il tenait de moi et me le présenta. C'était vers la fin de la saison. Mais il s'était formé une table d'hôte où se rencontraient chaque jour M...,

(i) Lisez Mannl.

M. Henoek, un dignitaire de la cour de Saxe-We tamment un M. Wehner, jurisconsulte hanovrien gue, qui me parut fort distingué. Pour soutenir !'( M..., j*y dînai deux fois, et // ne fut question que Normandie. M. Wehner fut tellement frappé, indigné de tout ce que nous lui dîmes, et de la U traduction de l'Abrégé par Percevais qu'il a décla ment au docteur M... son intention de traiter cett( fond, et qu'au moment de mon départ, il me dei pourrais mettre mes notes à sa disposition ; ce promis de faire. Comme il est riche, la justice et seules sont les motifs de cette résolution. Lui et A compagnèrent jusqu'à Tendroit où je me niis en i Prague. Mais, ce qu'il y eut de plus intéressant conversation, c'est que lorsque je leur parlai des p< par le fils de Louis XVI au prince Hardenberg, lumière frappa M. Henoek, qui raconta à M. .. ce

« Lorsque vous parlâtes à ces messieurs de ces Henoek se rappela de plus, que le chancelier prii denberg, à son retour de France, en 1814, avait très jolie personne, de basse extraction^ dont il fit : Au congrès d'Aix-la-Chapelle, il s'en défit, et la sousHDfficier qui, pour dot, reçut un emploi civil a district ou du gouvernement de Francfort-sur-l devint ensuite commissaire de police, à Vépoque c duc, à Crossen, ville appartenante sa juridiction. ] Baudemer ; c'est un honnête homme, et ami de l Il lui parla souvent de cette affaire, en homme a ridentitéde M. Naundorffavec V orphelin du Ter

« La femme de M. Baudemer, dont la sœur est chande de fruits à Bonn, est non-seulement de bass mais de HONTEUSE RENOMMÉE, et néanmc en relations continuelles et même en corresponda Jamille royale de Gorit^. Pendant le peu de Charles X passa à Francfort sur-l'Oder avec si logea tout près de M°*® Baudemer, qui la serv journée, et qui reçut même des visites du duc de conduisait aussi che\ elle le duc de Bordeaux alliance très intitne existait entre la famille ro]

Quelques années après cet événement, elle alla aux bains de Bohême, et probablement à Carlsbad, pour rejoindre la famille royale ; car M. et moi, nous avons vérifié que M™« Baudemer s^y trouva en même temps que la duchesse d'Angoulême, en r836, qu'elle fut reçue par cette princesse qui lui fit cadeau dune chaîne cTor, qu'elle parlait souvent, à son hôtesse, de la famille royale de France. La fortune de M. Baudemer étant nulle, on n'avait pas compris que sa femme pût si souvent faire des voyages ; tout récemment encore (1840), elle a acheté une maison à Francfort-sur-l'Oder, au prix de huit mille écus de Prusse comptant. C'est là qu'elle demeure maintenant, méprisée, il est vrai, de tout le monde, mais exempte de soucis.

« 11 est donc évident que, pour s'abaisser à faire sa cour à une pareille femme, il Jaut qu'on la sache maîtresse de grands secrets, et il est probable que cette coquine aura su tirer d'eux tout cet argent sous peine de parler à qui de droit.

« Ce qu'il y a de curieux, c'est que j'ai souvent causé a\ec M°^^ Baudemer, qui parlait le français très couramment pour une allemande, mais vulgairement, faisant de fausses liaisons. On racontait déjà à Carlsbad qu'elle avait pendu des oranges, à je ne sais quel théâtre ; mais M. Henoek la désigne comme unejruitière, et, par dessus le marché, comme une femme de mauvaise vie.

^ ... Ayant rencontré le même commissaire de police qui fut constamment employé au Hradschin pendant le séjour de la famille royale, je lui racontai l'épisode de M°i« Baudemer, sans la nommer. L'anecdote l'intéressa sans du tout l'étonner, sachant mieux que personne qu'aucun instrument n'était trop vil, pour ne pas s'en servir, quand ils y voyaient leur intérêt...

« J'ai été consulté par un diplomate au service de Russie qui n'avait que les plus fausses idées sur S. A. R. le duc de Normandie. Ce que je lui racontai et lui fis lire produisit sur lui un eff^et prodigieux, excita sa plus vive sympathie et la plus ferme résolution de communiquer sa conviction à d'autres. Ce fut en même temps pour lui la solution d'une foule de questions diplomatiques qui lui avaient toujours paru énigmatiques, et qui, maintenant, s'expliquaient tout naturellement. C'est ainsi, par exemple^ qu'il n^apait jamais compris les lacunes qu'il avait observées dans les mémoires du prince de

LA YÈRrri AU DUC DE BORDEAUX 2S

Hardenberg SUR TOUT CE QUI CONCERNE LOUIS XVII. « Avez-vous connu jadis un abbé de Chousy, propriétaire dans les environs de Blois et parent du défunt Cambacérès ? Cet ecclésiastique, mort depuis longtemps, avait parié avec beaucoup de chaleur de rexistence du duc de Normandie à un Anglais célèbre, M. Wakefield, que j*ai vu dernièrement à Prague. »

Monsieur le duc, vous avez vu que chez madame la duchesse d'Angoulème on transformait en intrigue la vérité relative à son frère, et en intrigans les personnages de vérité qui n'avaient pas un certificat d'honnête homme donné par M. de Blacas. Assurez-vous que, chez vous aussi, vos honnêtes sujets laissent la même vérité à la porte, et qu'on en tient barricadées les avenues. Il convient que je remémore à Votre Altesse Royale dans quelles circonstances eut lieu la démarche que je fis à Londres pour éclairer sa religion. Le prince avait écrit à sa sœur :

Londres, 3i octobre 1840.

« Madame,

« Il y a bien longtemps que vous n'avez entendu parler de moi, du moins directement, car depuis mon retour en France, et surtout depuis ma proscription en Angleterre, mon nom a souvent été porté dans le public par la presse honnête avec tous les égards qui sont dûs à mes royales souffrances. De nombreux écrits ont été répandus pour attester mes droits et mon identité, et je sais que beaucoup d'entre eux, sinon tous, sont parvenus à votre connaissance. M. Sosthène de Larochefoucauld, M°^ la duchesse de Montmorency et M. le comte de Pastoret, d'après vos ordres, vous ont tenue au courant des incidents qui me furent relatifs, lors du procès que j'avais inteaté pour réclamer mon État, et dont le gouvernement de Louis-Philippe a prévenu l'issue en me faisant arrêter et jeter

hors de France, à la sollicitation du gouvernement autrichien, qui fut prié par vous de négocier dans ce sens, pour provoquer cet inique résultat. Vous avez dit à la comtesse de G... que vous saviez parfaitement que j'étais votre frère, mais que le gouvernement prussien ne voulut pas que vous me reconnussiez. Ce n'est donc point pour vous donner des preuves de mon identité que je viens encore une dernière fois vous importuner de mon souvenir.

« Votre frère, Madame, n'est pas mort au Temple; vous en êtes convaincue, car vous n'avez point ignoré que le premier prisonnier de Rouen, auquel la police a substitué Mathurin Bruneau, était, sinon votre frère, du moins son mandataire; et, lorsque le commissaire de justice de Crossen, mon avocat, le courageux Pezold, empoisonné « pour qu'il ne se mêlât pas des affaires qui ne le regardaient point, » vous écrivit à mon sujet, rappelez- vous votre réponse; elle est toujours entre mes mains.

« Vous savez que votre frère n'est pas mort au Temple, car le général du Fays eut en Prusse, en 1812, la certitude de mon existence, comme horloger à Spandau..., et il vous en informa sous la Restauration

« Pourquoi donc n'avez-vous jamais voulu me voir? C'est que vous n'ignorez point que votre frère existe, et que je suis ce frère; c'est que, après une entrevue avec moi, il ne vous aurait plus été possible, ultérieurement, d'abriter votre mauvaise foi et votre méconnaissance sous V autorité dune parole d'honneur qu'opposent vos amis aux faits les plus décisifs et les plus concluans. Pourquoi avez-vous fait chasser de Prague, comme une intrigante, par la police, M"*^ de Rambaud, qui fut attachée à ma personne jusqu'au 10 août 1792, et qui, malgré les fatigues d'un long voyage, par son dévouement à la cause du malheur, s'était rendue auprès de vous pour vous confirmer de vive voix les preuves de mon identité, sachant que vous aviez confessé à M. Morel de Saint-Didier que son témoignage écrit vous avait fait une profonde impression? Pourquoi ? je viens de le dire. Pourquoi encore ? par les mêmes raisons, sans doute, que celles qui empêchèrent les comtes de

Provence et d'Artois de me reconnaître, et par ui qui vous est personnelle, parce que vous possède et que, plutôt que de me rendre la justice que v< vous avez la cupidité de la retenir, ne rougissa fille des martyrs Louis XVI et Marie-Antoinette, contre moi, l'instrument de la politique des j qui furent ou les auteurs de toutes nos infortune: et impassibles spectateurs des assassinats de famille.

« J'ai dit que vous m'aviez dépouillé de ma ; vérité est la conséquence forcée de la situation êtes sciemment placée, en vous appropriant seuk vant l'héritage de nos parents. Mais, en outre, spolié de ma fortune personnelle. Louis XVI av£ de nos amis un capital de trois cents millions, p< à son fils. Ce capital a été converti en neuf milli( Pendant les Cent-Jours deux millions ont été M. de Blacas, pour préparer la seconde usurpi qu'il vous reste aujourd'hui sept millions de rev ma propriété exclusive; et ma famille est dan Londres !

« En me méconnaissant et en usurpant mon n'avez pas eu honte de vous montrer servile à su la volonté impérieuse du possesseur de mon trôi la dévorante ambition de l'homme qui, vous le calomnié la plus vertueuse des mères,en nousdécl vous et moi, pour être le seul héritier de la co avoir fait tomber la tête de notre père 1

«. Ces faits. Madame, sont de la plus rigourei vous ne les ignorez point; et il en est d'^iutres qi raient pas moins l'indignation générale, si je les i vous et votre perfide entourage de faux amis qui vaincus de l'existence de l'orphelin du Temple, n' pas moins l'espoir insensé de placer le duc de Bi trône de France. A ce sujet, je vous préviens qi lettre de l'évêque Tharin, datée d'Italie, danslaqi çait « récrire de la main droite, et tenir de la ga Louis XVII )>. Cette circonstance confirme c

LAt ¥BRiTi DU DUC DE BOADJSAUJI

r la justice de Dieu se manifeste ea ma fa^eur^ oa incore un faux dauphin, tenu en réserve, pour les ps, dans un couvent des Etats du pape. Quel est t Ton a instruit pour le rôle qu'il aura à jouer, et

encore paru sur la scène politique ? Je ne m'exi ce moment, pourtant je veux vous rappeler un i se passa à la cour de France, et que vous n'avez ^r.

tes de Provence et d'Artois, connus plus tard sous Louis XVII I et de Charles K, avaient épousé les princesses de Savoie. L'épouse du comte de Pro- Linais, et remarquable encore par des moustaches grands yeux de la même couleur. Elle était un peu :jue sa sœur. M^^.la comtesse d'Artois était plus it une blancheur de peau qui tirait presque sur le s cite toutes ces minutieuses particularités poUf • que je n'ai rien oublié des souvenirs de mon 3ute, pour vous et les anciens serviteurs de la cour tants, que j'aimais la princesse, qui fut la mère [^oulème et du loyal duc de Berri, beaucoup plus qui me répugnait par ses moustaches et son infirante.

:omtesse d'Artois, à cette époque, vivait avec nous e Versailles, où j'ai parfaitement connu ses deux ncesse, indignement négligée par son mari, eut la ecevoir dans son intimité un capitaine de sa garde ir avec lui des liaisons criminelles. Les courtisans Artois l'en informèrent, et celui-ci, ayant surpris pitaine en tète-à-tète avec sa femme, il le fit sauter î. Le capitaine a disparu ; mais, quelques mois mtesse d'Artois est accouchée d'un fils qui n'a :onnu par son mari, et dont l'éducation s'est faite nent. Qu'est devenu cet enfant ? Pour quelle desîrve-t-on ? Je ne m'expliquerai pas davantage

ayant encore la confiance que cette lettre, en vous nos devoirs à mon égard et envers vous-même, •a la volonté et le courage de les remplir... il but, en dehors de toute prévision politique,

liA HdotCTÉ DU laiifC AE BORDSMSC ^

Madame, est de vous avertir que tc» amis même ne croieat phis à votre boniie foi, et que vous êtes l'objet de réflexions bien douloureuses pour le cceut d'un ifrêre qui ne peut pas ne pas voir en vous la sœur aveugle et coupable, fille du plus vertueux des rois. Peu de temps avant la tentative d'assassinat sur ma personne, en 1834, dont vous avez officiellerpent connu les détails par M. Sosthène deLarochefoucauld,ceuxqui se disent iégitimistes me firent proposer de s'associer à mes intérêts, si je ^Toulais renier l'épouse généreuse qui fut ma seule consolation «dans mes longues ai^oisses, et mes enfants qui m'ont fait supporter avec résignation une vie qui, hors des jouissances rmérieures, n'aété^que larmes, déboires et tortures. C'est parce que, étranger à la corruption des cours, j'ai voulu rester hon- •wête homme, que M. Berryer a reçu Tordre de ne pas proclamer mon exis^nce,à la Chambre des députés, quoiqu'avant son élection, il en eût pris le formel engagement avec un comité d'électeurs d'Issengeaux, département de la Haute- Loire. J'étais bien l'orphelin du Temple, a-t-il dit l'année suivante : mais fêtais prescriL

^ Plus tard, on me fit offrir trois cent mille francs qm, déposés chez un banquier, seraient toujours complétés, au fur et à mesure que j'en disposerais à ma volonté, si je voulais aller rejoindre ma famille en Suisse; et sur mon refus d'accepter un secotrrs ainsi conditionnel, Désiré R&ussel^ qui était alors en Suisse, fut envoyé à Londres où, cinq mois après, il a tiré sur moi deux coups de pistolet à bout portant, et m'a frappé de trois balles, dont deux me sont entrées dans le bras. Mes ennemis les plus acharnés, qui sont vos partisans et ceux du duc de Bordeaux, ne m'ont épargné ni diffamation, ni calomnie ; ils ont soudoyé la trahison^ ils m'entourent d'espions ; ils m'ont enlevé, par leurs criminelles manœuvres, le crédit dont je jouissais en Angleterre, et les ressources qui ont fait vivre ma famille jusqu'à ce jour. Lfô misérables m'ont fait tomber dans un tel état de détresse, qu'au moment où je vous écris, je n'ai pas le pain de mes enfans assuré pour xkmain.

4^ Ces crimes. Madame, et d'amres dont je ne parle pas, qin tendent à débarrasser la politique des cours d'un fils de roi qui

îurs calculs ambitieux; tous ces crimes sont commis s votre méconnaissance, et le monde vous accuse, oins, de complicité morale. Rentrez donc en vousayez la force de vouloir la justice; il en est temps n dit que vous avez de la religion; ce qu'il y a de est que vous en affichez par vos pratiques extérieures, n alors vous commande d'assister les pauvres et les . Je suis orphelin et mes enfans sont pauvres; je suis i abreuvé d'amertume, et vous, vous vous réjouissez ilence avec mon héritage ! A combien plus forte raison is pas tenue au précepte rigoureux de la morale relirevs ceux de votre famille qui sont dans le besoin, st vous qui les avez rendus pauvres en usurpant leur e ! De coupables prêtres, en vous absolvant, retien- •être votre conscience dans l'égarement, et vous soulans votre endurcissement. Mais la voix intérieure )nscience ne vous crie-t-elle pas que, si vous trompez es, vous ne pouvez tromper Dieu qui nous jugera un qui opprimez le fils innocent de votre père, et moi, me? Lorsqu'au pied de votre crucifix, ou que, prosant les autels, vous affectez une dévotion qui vous a fnmer, par vos lâches courtisans, la sainte duchesse me, n'avez-vous pas un remords? Dans le silence de quand le sommeil fuit loin de vous, et que vous vez seule avec vous-même, seule avec la vérité qui se, songez-vous qu'il vous faudra bientôt paraître :ernelle justice, avec vos œuvres de fausses vertus et

as n'y avez pas pensé, songezf-y. Madame ; vos jours seront courts sur cette terre, et le moment des fatales is approche rapidement pour vous. Au tribunal de L qui vous auront absoute dans ce monde, seront s accusateurs; le cri de l'orphelin, ceux des enfans in que vous avez faits pauvres, et que vous laissez ir la terre de proscription où vous les avez fait jeter lement, vous y accompagneront; car depuis longi'élèvent vers les cieux, pour demander à la misérilie l'assistance que les hommes leur refusent dans la

LA VÉRITé AU DUC DE BORDEAUX 3l

poignante détresse qu'ils vous doivent. Réfléchissez-y donc sérieusement, et craignez de mourir dans Tinjustice, comme ont fait vos deux oncles Louis XVIII et Charles X. Epargnezvous les angoisses d'une agonie dont les dernières heures, inefficaces pour Tacquit de vos devoirs méconnus, ne vous laisseront plus de retour profitable.

4c Je vous accorde un mois, Madame, pour méditer et prendre un parti qui soit digne de la fille des rois de France. Si, pendant ce temps, je n'ai pas reçu de vous une réponse satisfaisante, je ferai imprimer cette lettre dans les journaux.

4i Charles-Louis, « duc de Normandie. »

S. A. R. le duc de Normandie, Monsieur le duc, vous écrivit aussi, le 20 novembre suivant, une lettre que nous allons lire tout à l'heure. Mais, afin d'être certain qu'elle vous serait remise, il l'adressa, ainsi qu'une copie de celle à Madame la duchesse d'Angoulême, à un gentilhomme allemand, de ses amis (i), en lui disant :

« Mon cher de ***,

« Depuis que vous vous êtes déclaré mon ami, vous m'avez donné des témoignages d'un attachement bien rare. Je n'ai jamais rien exigé de votre dévouement ; je me flatte donc que vous ne refuserez pas de me rendre le premier service que je vous demande, et qui sera peut-être tout-puissant pour mettre fin à mes infortunes. Je vous adresse une lettre pour le duc de Bordeaux; je vous prie de mettre de côté toute répugnance et toute considération humaine, et de consentir à la lui remettre vous-même. Il est important qu'il la reçoive et la lise sans qu'elle passe par l'intermédiaire des gens de sa suite. Vous concevez qu'il est gardé à vue, et que je ne puis compter que sur vous. Rappelez-vous ce qui se passait à Prague lors du séjour qu'y fit ma sœur, et quand M.^^ de Rambaud se pré-

(i) Cet ami était le célèbre docteur chevalier Jean de Carro, médecin de CarUbad et de Prague.

S2 lA ¥£AII\É AU DOC DE BORDEAUX

pour la Yoir» Latil et Blacas ont laissé des suocesseiu^ ivent leurs erremens. Je suisconvaincu qu'on n'a jacziats jement parlé de moi au fils de mon noble ami le duc de Il ignore que son père m*aécrit, et qu'il est mort victime 1 dévouement à ma personne. Si sa religion était éclairée, )nduirait en homme d'honneur, car les vertus sont héfés comme les crimes. Quelle gloire pour vos vieux jours, s, l'ami du duc de Bordeaux et le mien, vous faisiez le conflit qui existe entre nous, et si, par ce jeune fM-ince, rappeliez tous les légitimistes vers moi ! Les résultats )areil rapprochement seraient immenses et pourraient tre éviter bien des malheurs à la France et au monde. uoi abandonner à son ignorance et à l'intrigue de mes lis une âme pure, un cœur innocent, un prince entouré X amis qui n'a sans doute besoin que de lumières pour ntrer le digne descendant du courageux duc de Berri. ! mon cher de ***, soyez le moderne chevalier sans peur ; reproche, pour faire triompher la vérité. La tâche n'est -dessus de vos forces ; elle sera le généreux complément -e conduite passée, la couronne d'une belle vie, l'orgueil re nom. Cette démarche ne peut vous compromettre. » que vous me connaissez, vous n'avez pas craint de lettre en avant pour me faire des partisans, parmi les capacités politiques. Vous vous adresserez au chef des légiis français, c'est donc frapper un grand coup pour atteinbut que vous vous êtes proposé par vos constants eiForts ci ; c'est suivre la même ligne de conduite, c'est, en un Ofuloir finir efficacement ce que vous avez si énergiquecommencé. Je ne comprends pas qu'aucun prétexte motiver et justifier une résistance de votre part... Je ne e point que vous parliez si l'on ne vous questionne pas ; uffit que vous délivriez la lettre vous-même dans les du prince, et que vous soyez certain qu'il l'ait lue. Le ;t son affaire et la mienne. Je vous déclare que si je ne pas une réponse du duc immédiatement, je publierai re, ainsi que celle que j'ai écrite à sa tante ; et je les i à jamais, par la presse, dans l'opinion publique. )ici donc ce que vous ferez : vous garderez pour vous la |ue je vous envoie ; vous la ferez copier très lisiblement

^^^^^Î^PTT

et VOUS joindrez cette copie à la lettre pour le duc, tout sous un même pli, avec l'adresse du comte de C vous solliciterez une audience, et vous remettrez le prince. Ma famille est dans la misère ; chaque jour pain du lendemain assuré ; eh bien ! j'ai tant à c< sauve le fils du duc de Berri, que, si l'on me four frais du voyage, cet argent ne servirait pas à tirer i du besoin, mais j'enverrais à Prague mon fidèle M, la Barre. Vous m'apporterez donc la consolation q de vous, et, par cette preuve de dévouement, vous é hauteur de l'orphelin du Temple, vous pourrez orgueil que vous êtes son ami, et que vous aurez, temps, pour ami, à la vie à la mort,

« Charles-Loui « duc de Normand

Mais déjà Votre Altesse Royale n'était plus à Pra^ la lettre y parvint; et le gentilhomme allemand r( prince :

« 10 décembre 184:

« Monseigneur,

« J'ai reçu le 6 de ce mois la lettre dont Votre Alte m*a honoré, et celle incluse pour la personne quenoi rons Henri. Les gazettes vous auront probablement ( son départ pour Dresde, le 7 courant, avec sa suite..

« Il m'eût donc été impossible. Monseigneur, d'es ordres, si même je n'y avais pas vu d'insurmontî cultes, et une imprudence qui ne pouvait avoir que les plus funestes, et pour votre cause et pour moi, m sive surveillance dont H... est entouré. Je crois av< l'honneur de vous dire. Monseigneur, que personne n ni pour affaires, ni pour hommage quelconque, aup autrement qu'en présence de M. le duc de Lévis, qi lui-même, dans la chambre où Henri reçoit, les admises, y reste pendant toute la visite, écoute a tion, et les reconduit formellement jusqu'à Tant Les précautions journalières, et surtout nocturnes, qi dans la maison pour la sûreté personnelle de H..., ( rément aucun Bohême ni Allemand ne s'occup(

îibles; et il paraît que c'est M. le comte de Nie (i)

spécialement chargé. . .

is demande donc, Monseigneur, comment, dans un de choses, sans affaire quelconque à alléguer, j'aulliciter une audience, et l'ayant obtenue, comment, ^ront, en présence de l'argus ducal, qui ne quitte pas laître que son ombre quand un tiers est là, et avec ice de succès j'aurais pu tirer de ma poche et remettre e la main à la main, une lettre de Son Altesse )nseigneur le duc de Normandie, chef, non reconnu, es légitime de son auguste maison, et dont la recondétruirait toute la fausse magie de Henri IV second^ ïs illusions au milieu desquelles on Ta élevé, et dans on l'entretient ?

n*ai jamais manqué d'énergie. Monseigneur, dans itances épineuses de ma vie ; je ne suis étranger à nd sentiment, et je vous répète, dans toute la pureté ne, que vous êtes à mes yeux l'idéal des hommes ix, et que je n'en connais aucun de plus digne de ; sympathies : le désir de vous servir donnerait du ceux qui n'en auraient pas. Mais, dans cette occa- ... n'eût pas été parti, en exécutant à la lettre les Votre Altesse Royale a cru faciles, je me serais mis de vous être utile, au présent comme à l'avenir; et usqu'où H..., sa famille et sa suite auraient porté la contre moi, et dans quelle affreuse position je me envers le gouvernement autrichien, qui n'est point 1 votre cause ; tant s'en faut. . .

avoir expliqué à Votre Altesse Royale pourquoi, si . était resté ici, je n'aurais pas pu exécuter vos ordres, de vous dire comment je* m'y suis pris, de concert lie personne qui soit dans ma confidence, c'est-à-dire lient ami qui me permet de recevoir vos lettres sous rt (2). Nous avons fait copier, par une personne tout . la lettre précédente que vous avez adressée à votre is l'avons jointe à celle c^xxi est destinée à H..., et

le Professeur Rammstein ; il habitait Marien Platz, n* 99, sue.

nous Tavons adressée aujourd'hui, par la poste, à banquier de Dresde, en le priant, en allemand, de rc mains propres, s'il est possible, la lettre en question Prague après le départ de H... Reste à savoir maii H... ouvre seul les lettres qui lui sont adressées...

4c Du reste. Monseigneur, quoique fort éloigné d la liberté de vous donner des conseils, j'espère que Vo Royale exécutera la menace qu'elle a faite à sa sœur, la lettre qu'il lui a adressée dernièrement, et qui ne manquer d'être arrivée à sa destination. // est ter semble, de démasquer tous ces personnages,.. »

Le même gentilhomme écrivait encore au prii mai (i) :

« Monseigneur,

« Je suis trop profondément affligé de vos nouve heurs pour essayer de vous exprimer tout ce que j'e de vous dépeindre l'agitation que j'en éprouve jour < Uallg. Leip^iger Zeiiung a annoncé votre arrestat manière amère, et je suis tenté de Tattribuer à. .. (2). du moins que mes tentatives et celles de l'ami de échoué pour faire insérer dans la susdite gazette un < aurait indiqué les sources auxquelles on peut puiser h sance que vous n'êtes pas le prétendu, mais bien 1( duc de Normandie. Je suppose que cette gazette et des autres ont des instructions sévères à votre égard de plus d'un gouvernement.

4c Vous aurez vu, Monseigneur, qu'en dépit des d< que vous avez écrites à la duchesse d'Angoulême et Bordeaux, l'activité des légitimistes, qui devraient \ pour chef, n'a jamais été plus grande; que /e duc de dirige ouvertement les gas^etiers de son parti, et leui le blâme ou les éloges, selon qu'ils parlent plus ou n

son sens Ils sont toujours les mêmes. Si Vot

Royale n'avait pas les mains liées par la détresse, il î que temps de divulguer par des faits, des dates et de

(a) Henri Laube. Le docteur de Carro avait des* raisons ] pour suspecter cet écrivain célèbre.

(3) Liser, l'ami de Prague, c'est-à-dire le professeur Ramrasi

urpitudes de vos Parents, ainsi que vous les en avez

\y satiristy dans un article intitulé Le duc de Norïndait compte de l'état de détresse du prince, et de sonnement pour dettes, et il disait :

la colonne de ses droits, après avoir désigné des prône immense valeur en France, dont il a hérité du mère, Marie-Antoinette, il ajoute:

mes droits et intérêts, en ce qui concerne le trône de ï ma qualité de fils légitime et héritier de Louis XVI, i de France... »

onc, Monsieur le duc, pendant que votre roi légiemprisonné, se nourrissant du pain de la geôle briet pendant que M™^ la duchesse d'Angoulême déstueusement la fortune dont elle avait dépouillé son ■ut alors que vous vîntes à Londres, et que la majeure a noblesse de France s'y rendit pour jurer hommage a Henri V.

•mment les choses s*y sont passées ; je copie le récit 1 donné dans les Intrigues dévoilées^ commençant e que le prince a écrite à Votre Altesse Royale ;

Prince,

|ue vous ne me connaissiez pas, j*ai le droit de vous un moment d'attention, car je suis le chef de votre n est la mienne. Vous êtes le fils de mon noble ami, Berri, qui m'a reconnu et écrit lorsque j'étais en •ur m'attester sa loyauté et son dévouement à son ne. 11 a été assassiné parce qu'il voulait que justice idue par l'usurpateur Louis XVIII ; sa mémoire me jrs chère, et j'ai résolu de tenir lieu de père à ses le j'ai adoptés dans mon cœur. Elevé par ceux qui li et sont la cause de toutes mes infortunes, je ne it que s'ils vous ont parlé de moi, ce n'ait été pour partager leur haine et vous associer au complot qu'ils isé contre l'orphelin du Temple. Mais j'aime le« i prince mort victime de leur criminelle politique ; us pardonne votre conduite envers moi. Jeune, vous

LA véRITé'DU DUC DE BORDEAUX

êtes encore étranger à la perfidie des hommes ; vo rience vous rend accessible à la séduction et aux ru pocrisie. Les flatteurs qui vous entourent vous ont d pour leurs vues ambitieuses, et vous n'êtes pour instrument: apprenez-le, Prince, de la bouche maître, qui Test en même temps de ces fourbes légitimistes; apprenez-le de la bouche d'un prino qui, lui, n'a pour courtisans que ceux qui le sont < heurs et qui, loin d'être payés, ont épuisé leur forti soutenir. Vous avez autour de vous des gens que nommer, qui affirment savoir parfaitement que Louis XVI n'est pas mort au Temple, qu'il existe, pas moi, et qu'on le présentera à la France, quand sera venu de le faire. Je possède la preuve de cette forts de cette conviction, ils ne vous considèrent comme le roi légitime de France, appréciez la bc leur dévouement à votre personne et la loyauté de cipes. Prince, c'est par Tinfluence de pareilles gen vous êtes écarté du sentier de la justice et de la amis ont attiré le ridicule sur vous, et ils vous ferc leur honte, si vous n'avez pas le courage de vous î leur dépendance. Voulez-vous qu'ils se démas mêmes ? ordonnez que l'on vous communique toi que j'ai publiés, et chassez de votre présence ceu cacheront les faits par lesquels mon identité est d tout de notoriété publique. Prince, le passé vous ji l'avenir témoignera de votre culpabilité si, doréna ne changez pas de manière d'agir. Votre place esi moi. Maintenant, vous êtes majeur et libre de v vous n'avez donc plus d'excuse pour rester dans Ti mon sujet. Vene^ passer un mots à Londres, accc vous le voulez, de tous ceux qui vous entourent témoins de notre entrevue, ainsi que des preuves donnerai, et qui ne vous permettront plus de do suis bien l'héritier légitime du plus infortuné des conque vous empêchera de prendre cette résolution la seule sauve garde de votre honneur, ne sera pas i ennemi que le mien ; car il n'y a que les vrais ami chent à éclairer les princes dans leur conscience (

otre dignité commande que vous donniez à TEurope mple de droiture.

« Charles-Louis, « duc dt Normandie. »

lettre a été transmise au duc de Bordeaux par une de communication. Lorsque Tannée d'après il arriva , il n'ignorait donc point qu'il s'y trouverait en préils de Louis XVI. Quelques mois avant l'arrivée du ice à Londres, le journal du Tyne-Mercury^ du bre 1843, contenait un article ainsi conçu :

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