‹ La vérité sur Jeanne d'ArcChapitre 11 sur 24 · V. — Vaucouleurs · texte numérisé non relu

V. — Vaucouleurs

Je pars. Adieu, vous que j'aimais!

P. ÂLLARD.

Reprenons le cours de l'histoire de Jeanne. Nous l'avons vue quitter Domremy. Dès ce jour, l'épreuve va surgir sous chacun de ses pas. Et cette épreuve sera d'autant plus cruelle qu'elle lui viendra de ceux dont elle doit attendre sympathie, affection, secours. On peut lui appliquer ces paroles : « Elle est venue parmi les siens, et les siens ne la connurent pas (1). »

Les alternatives pénibles qui l'assiégeront fréquemment par la suite, Jeanne les connut dès le début de sa mission. Elle, si soumise à l'autorité de ses parents, si attachée à ses devoirs, malç^ré l'amour qu'elle porte à son ipère, à sa mère, elle doit enfreindre leurs ordres et, clandestinement, s'échapper de la demeure qui l'a vue naître.

Son père avait eu en songe une révélation de

(1) Év. selon saint Jean, I, 11

108 JEANNE d'arc MEDIUM

ses desseins. Une nuit, il rêva que sa fille quittait son pays, sa famille, et partait avec des hommes d'armes. Il en fut vivement préoccupé et en parla à ses fils, leur ordonnant, plutôt que de la laisser s'en aller ainsi, « de la noyer dans la Meuse. Et si vous ne le faites vousmêmes, ajoutait-il, moi, je le ferai ! »

Jeanne avait dû dissimuler, résolue qu'elle était « d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ».

A Rouen, ses juges lui en feront un grief : (( Groyiez-vous bien faire, lui demandèrent-ils, en partant sans le congé de votre père et de votre mère ? — J'ai bien obéi à mon père et à ma mère pour toutes autres choses, hors pour ce départ. Mais depuis, je leur en ai écrit, et ils m'ont pardonné. »

Elle montre par là sa déférence et sa soumission envers ceux qui l'ont élevée. Pourtant les juges insistent : « Quand vous avez quitté votre père et votre mère, ne croyiez-vous point pécher ? » Jeanne exprime alors toute sa pensée dans cette belle réponse : « Puisque Dieu le commandait, il fallait le faire. Même si j'eusse eu cent pères et cent mères et que j'eusse été fille de roi, encore serais-je partie (1) ! »

(1) J. Favre, Procès de condamnation^ 2^ interrogatoire secret, p. 1H9.

Page 1