AVEC LE
gouvernement nuise.
Paris, ce X^ d'Avril 1860.
A Monsieur le Comte Kùaélew,
Ambassadeur de Russie h Paris.
MoNsiEDs l'Ambassadeur,
Vous m'avez invité k passer à Thôtel de l'Ambassade, et TOUS m'avez adressé trois questions, en m'exprimant le désir d'avoir ma réponse par écrit, pour la transmettre au gouvernement:
1) Si je consens à retirer de la circulation mon livre : La Vérité sur la Russie ?
2) Si je consens à quitter Paris?
3) Si je me considère comme sujet russe?
Ma réponse, complètement négative sur les deux premiers points, est affirmative sur le troisième.
Je me suis fixé à l'étranger dans la conviction, profonde et intime chez moi, d'y être utile à mon pays par mes publications. Sans répéter ici ce que j'ai dit aux pages 1 — 4 et 372 — 378 de mon livre sur la nécessité, sur l'urgent besoin, pour la Russie, d'une large publicité, je suis persuadé que sans la publicité, les efforts les plus loyaux n'amèneront jamais aucun pays dans les voies de la prospérité. Mon émigration n'est point un coup de tête — l'on n'en fait plus à mon âge — elle est le résultat d'une conviction profonde, d'une idée ancienne, longuement mûrie pendant des années et prudemment menée à bonne fin. Cette idée a pris sa source dans l'affection sincère, ardente et illimitée que je porte à mon pays, à la nation dans laquelle j'ai eu le bonheur de nsdtre. Placé aujourd'hui, à l'étranger, dans une position indépendante, je crois accomplir un devoir de bon citoyen en écrivant désormais sur' la Russie, en disant la vérité à cette patrie que j'aime de toutes les forces de mon âme.
Mon livre: „La Vérité sur la Russie/* n'est point dirigé contre les hommes: il est dirigé contre les choses, contre les abus. Le nom de 8. M. l'Empereur Alexandre n'y est prononcé, non-seulement qu'avec le respect qui lui est dû, mais encore avec un sentiment de reconnaissance, si naturel envers un Prince animé d'aussi excellentes intentions. Dans la position si complètement indépendante où je me suis placé, mes paroles ne sont certainenement point les accents de la flatterie: je me trouve aujourd'hui à même de pouvoir dire tout ce que je pense, et les expressions de
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respect et de reconnaissance ne sont que l'hommage spontané d'un homme libre, d'un vrai patriote.
Pour ce qui en est de quitter Paris, non-seulement je ne vois aucune raison de le faire, mais encore c'est dans cette ville que je compte désormais passer la plus grande partie de l'année.
Pour ce qui en est de la position de sujet russe, l'on ne se dénationalise que pour les raisons les plus graves, surtout lorsque l'on est attaché à son pays natal conmie je le suis, moi Je me considère comme sujet russe. Après cela, si le gouvernement russe jugeait à propos d'exercer des poursuites contre moi, je me verrais obligé de me placer sous la protection d'une autre puissance.
Les ouvrages que je me propose de publier dans l'avenir sont:
1) La Russie de 1847 à 1859;
2) Une Histoire de la Conspiration du 14 Décembre 1825;
3) Une Histoire de Russie;
4) Des Mémoires sur la Russie, de 1682 à 1834;
5) Un Dictionnaire biographique et généalogique des familles russes;
6) Mes Mémoires personnels, commencés en 1834 (et qui ont échappé, en 1843, à la visite de mes papiers, opérée à cette époque),
Veuillez agréer. Monsieur l'Ambassadeur, l'expression de mon respect
Prince Pierre DOLGOROUKOW.
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CONSULAT GÉNÉRAL N® 32, Groat Winchester Street,