‹ La vérité sur le Livre des sauvagesChapitre 3 sur 8 · SUR LE · texte numérisé non relu

SUR LE

L'histoire de l'Araérique du Nord ne nous étant pas connue au deli du neuvième siècle, et présumant, d'après les traditions indiennes et les manuscrits Scandinaves (1) qu'il y avait eu des émigrations irlandaises, sur plusieurs parties des côtes septentrionales de TAmérique (2), dès le septième siècle, je partis pour l'Irlande le 7 ou le 8 juillet, à l'effet d'y découvrir quelques documents sur ce fait historique, avant la prétendue découverte du Nouveau-Monde par Christophe Colomb. Désirant en outre étudier les anciens forts, les cairns et les tionuli irlandais, afin de les comparer aux monuments analogues éparpillés dans les solitudes américaines, je dus , pendant deux mois, parcourir les lieux les moins fréquentés du Munster, du Conaught , de TUster et du Leinster, sans pouvoir me faire suivre par les lettres que mes amis m'envoyaient à Dublin. De retour dans cette ville, j'appris par un fragment de VAthenœum et par mes lettres , que la discussion sur l'authenticité du « Livre des Sauvages » se continuait avec acharnement, et que la plupart de mes adversaires n'avaient pas reproduit ma réponse publiée par Vlndépen^ dance belge et le Temps, J'ignorais pourtant encore l'étendue de l'inqualifiable orage soulevé contre moi , et ne lui croyant aucune

(1) Cités par M. Rafn, dans ses Antiquitates americanœ^ M. de Humboldt dans son Cosmos et d'autres savants.

(2) Voir mon aperçu sur les origines américaines, dans le Voyage pittoresque aux grands déserts du Nouveau-Monde. 1 vol. in-4", avec quarante planches. Paris, 1861. — Tîlorizot, 5, rue Pavcc-Suint-Andrë.

porloc sérieuse je ne voulus pas intcrroiupre mes recherches archéologiques. En arrivant à Paris je fus bientôt informé de tout le bruit causé par la publication de mon « Manuscrit pictographique américain », et de la mauvaise foi dont on se servait pour attaquer ce curieux monument de Tart graphique des Peaux-Rouges. Je me mis aussitôt à reôueillir les journaux, les revues et la brochure qui ridiculisaient celte publication afin d'y répondre d'une manière satisfaisante, et je reconnus dans cette polénnique beaucoup de passion et de légèreté, autant que d'erreurs et d'inexactitudes. Les attaques de mes contradicteurs me font supposer qu'ils connaissent très-peu le manuscrit critiqué, et pas du tout l'idéographie des Peaux-Rouges, qu'ils persistent à confondre avec celle des Aztèques, malgré la différence énorme qui exisleentre les deux. Pourtant, comme parmi mes adversaires français, allemands, anglais et belges je vois des personnes honorables qui semblentavoirlesapparencesdelaconviclion, et quej'ai toujours des égards, sinon du respect, pour toutes les convictions quelles qu'elles soient, je répondrai de mon mieux aux objections plus ou moins étranges qui me sont faites.

J'ai remarqué que la presse anglaise, ordinairement si digne et si convenable, s'était mise à la remorque de la presse allemande et voulait ridiculiser un livre qu'elle n'a pas lu , comme elle le prouve par les fausses assertions reproduites dans ses colonnes. Quant aux écrivains qui font de la science de commande à raison de dix centimes la ligne, je pourrais ne leur répondre qu'en leur délivrant un brevet d'incompétence; mais je ne veux offenser personnne, et quoique mes travaux ethnologigues me rapportent plus d'épines que de lauriers, je tiens par dessus tout à prouver la vérité. Aussi célèbres que puissent être les noms de mes contradicteurs dans la bibliographie, la littérature ou l'érudition, je n'en vois aucun qui se soit illustré par des ouvrages sur l'ethnologie américaine ou par des récits de voyages instructifs faits en Amérique, et comme ces messieurs n'hésitent pas à m'accuser de m'être trompé sur un sujet qui leur est tout à fait étranger et dont je m'occupe constamment depuis seize ans, c'est-à-dire depuis mon premier voyage dansleNouveau-Monde, ils doivent trouver bien naturel qu'à mon tour je leur donne quelques renseignements qu'ils ignorent sans doute et qui modifieront probablement leurs idées sur riraporlance du « Livre des

Sauvages, » En lisant avec allenlion et sans préjugé la notice qui précède le Manuscrit pictographique américain, on aurait vu que je n*ai pas fait en Europe raes études d'ethnologie indienne, et que les ayant commencées en Amérique, mon opinion dans celle matière devait avoir une certaine valeur. Mes compatriotes surtout, peut-être un peu trop enthousiastes de la science étrangère, et parfois trop sceptiques sur le mérite de nos productions nationales (comme si Tintelligence manquait en France), auraient dû peser toutes les pièces dq ce procès, avant de donner gain de cause à mes contradicteurs d'outre-Rhin. J'aurais bien le droit d'être très-sévère dans ma réponse, car on ne mystifie pas aussi légèrement qu'on Ta fait, une foule de lecteurs qui n'ont pas les moyens de connaître la vérité ; et puis, on n'outrage pas aussi méchamment un homme qui a déjà fait ses preuves , sinon dans la même voie que suivent ces messieurs, du moins dans la mêraecarrière. Mais lors même que mon caractère sacerdotal ne m'obligerait pas à pardonner les injures et les malveillantes insinuations, je ne me sers jamais de pareilles armes pour combattre mes adversaires et je mécontenterai de démontrer leurs erreurs et la puérilité de leurs incroyables arguments.

D'abord, je prierai M. H. Noé, de la Gazelte d'Augsbourg^ de relire ma lettre du 7'juillet à VIndépenclance beige; il y verra que je ne l'accuse nullement d'être un méchant homme: le mot est du correspondant du journal et non de moi; car ce n'est pas mon genre d'insulter personne. Ten avais si peu l'intention que, doutant sérieuse-rraent de l'existence du savant allemand, dont parlait l'afticle, sans le nommer, je disais : « Je ne sais pas si le prétendu Allemand est un a méchant homme, mais je soupçonne un peu votre correspondant (( d'avoir quelque intérêt dans 1q prochain jugement de l'Académie c( pour le prix Volney. » En effet, la presse littéraire allemande s'étant toujours montrée sage et réservée dans sa critique , je ne croyais pas qu'un savant de ce pays classique pût écrire les lignes malheureuses qui ont mystifié la classe intelligente des lecteurs européens.

M. Noé m'attribue en outre une origine américaine : comme j'ignore la portée de cette assertion, je ne ferai qu'une seule remarque à son auteur, c'est qu'elle manque de clarté; car il y a tant de sortes d'Ame-

ricains : il y en a d'Allemands, il y en a de Français, d'Anglais, d'Espagnols, de Malais, de Mongols, etc. Si M. Noé veut dire que je suis Sauvage d'origine, je lui répondrai que je les aime beaucoup, mais que je ne le suis guère; s'il veut parler des Américains saxons, je lui dirai que j'admire sincèrement cette nation, mais que je n'en suis pas du tout. Autant qu'on peut s'en rapporter aux traditions de famille, mes ancêtres n'ont jamais vu l'Amérique, à moins que ce ne soit du temps de Christophe Colomb. Je suis Français, grâce à Dieu, et je désire avoir souvent l'occasion de le prouver.

M. L. Lalanne, de la Correspondance littéraire vient ensuite me reprocher de me servir d'expressions qu'on ne devraient rencontrer ditil, que dans un livre de médecine. Il faut avoir une furieuse envie de me critiquer ou bien peu d'érudition pour me faire un crime d'employer des termes qui n'ont rien à faire avec des livres de médecine. Quel est l'homme médiocrement instruit des rites et des cultes païens, qui n'a pas lu mille fois dans chaque volume de ces histoires anciennes, les mots à moitié grecs ou latins, par lesquels les historiens spécifiaient la nature de ces différents cultes si répandus jadis, non-seulement en Egypte, mais encore en Europe, en Asie et dans le Japon; qui donc ignore que. les Indiens du Nouveau-Monde, depuis le nord jusqu'au sud, étaient adonnés à d'horribles dépravations, au point que les historiens espagnols et français des seize et dix-septième siècles, qui ont écrit sur les Indes occidentales et la Nouvelle-France, nous soulèvent le cœur par les tableaux qu'ils font des mœurs de la généralité des naturels. Il fallait donc me servir de ces termes que j'ai trouvés dans MM. Aubin, Lajard, Dulaure, l'expédition d'Egypte, et dans d'autres ouvrages d'un incontestable mérite, contre lesquels la plume de M. Lalanne n'oserait pas s'élever.

Je voulais d'abord reproduire simplement le Livre des Sauvages, sans aucun commentaire, mais craignant que la malveillance ne vienne s'en emparer, -pour ni'accuser d'avoir fait une publication inconvenante, au lieu d'une publication scientifique, je me décidai à faire précéder le manuscrit d'une notice sur l'art graphique des Peaux- Rouges, et sur une partie de leurs pratiques plus ou moins occultes. M. Lalanne, s'inquiétant fort peu de ces coutumes et ne faisant attention qu'aux scènes représentées par des figures grossières et aux mot^

allemands, me dit encore que la présence des mois anglais ou allemands, que je signale dans ma notice, auraient dû suffire pour me faire avoir des doutes sur Torigine du manuscrit. Je lui ai répondu récemment, que s'il avait eu connaissance des nombreuses inscriptions hiéroglyphiques que j*ai vu dans les déserts de l'Amérique, et dont la plupart sont actuellement connues des archéologues américains, il aurait su que plusieurs de ces inscriptions sont accompagnées de signatures ou de légendes en caractères alphabétiques et dans les langues des premiers colons européens. Cela se conçoit parfaitement, quand on sait le nombre de trappeurs, de voyageurs, de prisonniers ou d'enfants volés devenus sauvages au suprême degré et même chefs de tribu, ainsi que le nombre plus considérable encore d'Indiens instruits par des missionnaires français, irlandais, allemands, espagnols, et parlant, écrivant très-bien toutes ces langues. L'idéographie des Peaux- Rouges est tellement primitive, que dans des sujets de longue haleine ou des récits détaillés, il est difficile de s'exprimer d'une manière exacte et complète tout à la fois, lorsque des caractères alphabétiques ou phonétiques ne viennent pas aider la tâche de l'auteur. Aussi est-il rare de trouver des événements compliqués et de quelque longueur, racontés au moyen des inscriptions purement symboliques ou représentatives, et c'est à cette pénurie des moyens idéographiques que nous devons l'absence de documents historiques d'un peu d'importance sur l'histoire des Peaux-Rouges (1).

En présence de ces faits, qu'il ne connaissait sans doute pas, il ne trouvera plus étonnant que les inscriptions allemandes n'eussent pour moi qu'un intérêt secondaire, je dirai même insignifiant, car ces inscriptions ne pouvaient indiquer que deux choses : ou que l'auteur, quoique d'origine européenne, était parfaitement versé dans l'art graphique des Peaux-Rouges, ou, quoique sauvage, il avait été instruit par un missionnaire allemand : dans l'un et l'autre cas le manuscrit n'en restait pas moins le monument le plus curieux et le plus étendu de l'idéographie indienne découvert jusqu'à ce jour, comme un manuscrit arabe est toujours un manuscrit arabe, quoiqu'il ne soit pas prouvé qu'il fût écrit par la main d'un Bédouin. Ce qui devait naturellement le plus attirer l'attention des ethnologues américains, c'é-

(1) AlaBibiiotliôque des échanges internationaux, chez son fondateur, M. Watternare^ on peut voir des dessins originaux faits par des Indiens, ainsi que des lettres en anglais écrites par des chefs de tribu.

laienl donc les récits exprimés parles signes hiéroglyphiques, symboliques ou représentatifs, ce furent aussi ceux-là qui m'absorbèrent davantage ; car, après tout, dès que nous abordons une langue écrite en caractères connus, les difficultés d'analyse et d'interprétation deviennent très-minimes.

Pourtant si Ton persistait à m'accuser de n'avoir pas encore publié la traduction des inscriptions alphabétiques, je dirai que ma notice sur ce sujet et les interprétations qu'on lira plus loin étaient prêtes dès le mois d'avril, et, quoique le Ministre d'État, M. Fould, m'eût donné trois ans pour cette publication, mon éditeur s'est constamment refusé de les imprimer, n'y attachant aucune importance, et le manuscrit étant déjà publié depuis un an. La Revue orientale et américaine, à laquelle je les avais donné avant mon départ pour l'Irlande, s'est également refusée de les insérer dans ses colonnes pendant mon absence, à cause de ces attaques. Dans tout cela, jo ne suis coupable que dé ne pas avoir assez de fortune pour imprimer mes propres ouvrages, et j'en suis réellement très-fâché. Si mon éditeur eût youlu prendre 200 fr. sur la souscription ministérielle ou sur les bénéfices de la vente, ou bien si la Revue orientale et américaine eût été moins timide, ma notice aurait paru depuis longtemps, personne n'aurait parlé du manuscrit, et mon livre serait actuellement enseveli sous celte noble poussière dont parle M. Edmond Texier, dans son charmant article du 14 juillet.

Quant à la brochure de Dresde qui a pour titre : « le Livre des Sauvages éclair ci par la civilisation française* , ce n'est qu'un ignoble pamphlet, surtout contre la France, et mon manuscrit sert à l'auteur de prétexte pour déverser sur notre pays toute la bile haineuse d'une jalousie nationale et n^al déguisée. M. Pelzholdt commence par attaquer le discours de M. le comte Walewsky, prononcé à l'occasion de la dernière exposition des beaux-arts, et dans lequel son Excellence dit : Que la civilisation de l'Occident porte le cachet de la civilisation française. J'avoue que ce n'est pas ma faute si la civilisation moderne porte un cachet français ; mais si Tamour-propre national de M. Petzholdt en est froissé, c'est à lui de prouver le contraire, et je ne vois pas quelle raison il peut avoir pour changer une question scientifique en un injurieux libelle contre notre gouvernement, parce qu'il protège

THE LIBRART

THE UNIVERSÎTY

OF TEXAS

les sciences, les lettres et les arts ; peut-être pas assez au gré de nos désirs patriotiques, mais certainement autant, sinon plus, que les autres gouvernements. M. Petzholdt devrait savoir que la France, toujours généreuse envers les étrangers, leur accorde toujours une noble hospitalité; qu'elle leur ouvre à toute heure des portes souvent fermées, à nous Français, et que plusieurs fois nous avons envoyé, surtout aux savants allemands, des caisses de nos plus précieux manuscrits orientaux pour les consulter, et que nous les avons même aid^ dans leurs magnifiques publications. Mais la France ne compte pas plus sur la reconnaissance des individus que sur celle des peuples, et la malveillance de M. Petzholdt ne changera rien dans sa fioble conduite (1). Malgré les insultes personnelles dont le pamphMtaîre m« gratifie, je lui répondrai tout aussi bien que s'il était- convenable dans son langage.

Maintenant, après ces préliminaires indispensables, arrivons à la critiqué du livre. On dirait que ces messieurs se sont tous copiés, tant ils sont unanimes sur le point fondamental, c'est-à-dire sur l'origine du manuscrit ; car en commençant par M, Lalanne, voilà c6 qu'il dit : « La première pensée qui vient à l'esprit en jetant les yeux sur les

<( dessins du livre, c'est qu'il est l'ouvrage d'un enfant ; ce qui me

« semble ne point permettre d'hésitation sur l'âge de l'artiste, c'est la c( répétition fréquente de certaines figures indescriptibles trop chères « aux gamins, et qui trahissent une imagination que n'a point encore c( éclairée l'expérience. [Correspondance littéraire du IQ juillet,)

Je regrette que l'auteur ne nous ait pas expliqué ce qu'il voulait dire par figures indescriptibles ^ et ce qu'elles sont; mais ce genre de critique est commode, il donne l'air de comprendre une chose à laquelle on n'entend rien du tout !!! Nous lisons dans le premier article de la Gazette d'Augsbourg du 23 juin, et reproduit par la Gazette de Voss : « J'avais déjà vu beaucoup de fac-similé et de photographies « de Vart des autochtones d^ Amérique, et je n'étais pas peu curieux « de cette publication. Comment décrire mon étonnement, et c'est

(1) Cela me rappelle que, dernièrement» l'Angleterre ne voulut point envoyer en Irlande corîains manuscrits celtiques que les érudits de Dublin* voulaient copier, tandis que la Belgique, plus libérale, leur expédia ceux qu'elle possédait, aussitôt que la demande en fut faite.

— u — a bien peu dire, quand de planche en planche je ne vis rien d'autre « que les figures bien connues comme les barbouillent nos enfants.. . c( En un clin eCœil on s'aperçoit qu'on n'a rien de plus ni rien de « moins devant soi qu'un cahier de barbouillage d'un enfant de cinq « à sept ans, qui contrefait tant bien que mal ce qu'il voit autour de a lui; cet enfant était celui d'un colon allemand.. . »

Les raisonnements de ce genre sont admirables (mais trop connus), car en disant Vart des autochtones de V Amérique, on ne se compromet pas et Ton laisse au lecteur le soin de s'informer de quel art, de quels autochtones et de quelle partie de l'Amérique l'auteur veut parler; car l'Amérique est assez grande, les autochtones sont assez différents et variés (comme races), et les arts assez nombreux pour que l'auteur rencontre juste au moins sur ce point. En un clin-d^œil il a vu combien pouvait lui servir cette manière de parler.

Le pamphlet de Dresde répète les mêmes choses, mais avec un style de... pamphlet, a II est prouvé, dit-il, que tant de perte de temjis et « d'argent a été prodiguée à l'œuvre barbouilléejd'un garçon allemand « mal élevé. Le premier regard conduit à celte conviction. Naturelle- « ment cette production doit son origine (comme il faut le conclure « des obscénités souvent étalées), à la main d'un garçon, quoique « élevé dans la religion chrétienne et probablement catholique... Il a a eu certainement par la vie dissolue des colons des choses sous les a yeux qui, en deçà de TOcéan, règle générale, ne se rencontrent que « dans la boue du prolétariat. »

Après la politique, M. Petzholdt fait de la religion avec le même à propos et la même dignité; puis il injurie et les colons allemands de l'Amérique, et le prolétariat allemand de l'Europe. Quant à la boue dont il parle, elle n'existe que dails son imagination, car je connais aussi bien que personne les colons allemands du nord au sud et de l'est à l'ouest de l'Amérique septentrionale. Pendant trois ans je fus le pasteur d'environ dix mille colons, venant de tous les côtés de l'Allemagne, et parlant tous les dialectes tudesques imaginables; mon ministère m'obligeait à me mêler à leur existence autant que possible, et toujours j'ai trouvé ce peuple moral, honnête, instruit et laborieux. Or comme ce n'est pas en Amérique qu'il se forme ainsi, je crois ces inculpations tout à fait gratuites et sans fondement. Je passe sous silence cette méchante insinuation sur le calbolicisnie qui a civilisé le monde corrompu, et n'a pas encore corrompu personne. Mais passons.

VAthenœum enfin, brochant sur le tout, répèle ce que les journaux

allemands et français onl avancés, il ajoute quelques réflexions railleuses et politiques dans le genre Petzholdt, et nous raconte bravement que « M. Lacroix, dit dans sa préface, qu'il ne prétend pas interpréter les hiéroglyphes, etc. » Or comme il n'y a pas de préface, et que, par conséquent, M. Lacroix n'a pas dit cela, on voit à quel point celte polémique est impartiale et savante. Mais encore, passons là-dessus , et donnons d'abord sur le manuscrit les explications que demande la Gazette d' Augsbourg , et dont elle n'aurait pas besoin si elle avait étudié le livre et réfléchi sur ma notice qui le précède; elle verra que tout n'est pas facile dans cette tâche, etque même après cette brochure, le dernier mot sur le manuscrit ne sera pas prononcé.

M. de Paulmy reçut ce livre avec un dictionnaire iroquois, et c'est de sa propre main qu'il écrivit sur un catalogue « Livre des Sauvages. » Or, Messieurs, il .vous faut une bonne volonté pour croire qu'on eût pu mystifier un homme d'élite et savant comme Tétait le marquis, qui recevait des cadeaux de ce genre de tous les célèbres voyageurs et missionnaires, venant de toutes les parties du monde, et qu'on pût lui faire passer le barbouillage d'un gamin pbur l'œuvre curieuse, unique, d'un sauvage. Le dictionnaire iroquois donné en môme temps, quoique fort mal arrangé, est l'œuvre d'un homme connaissant à fond les mots et le génie de cette langue, son orthographe même s'accorde parfaitement avec tous les documents que je possède sur ce groupe de peuplades indiennes,'et son auteur n'avait pu le composer qu'après un long séjour dans les pays occupés par cette confédération. €et ouvrage me paraît déjà une garantie][de la valeur du manuscrit pictographique. Un livre aussi précieux que l'est ce dictionnaire ne pouvait être accouplé au cahier d'un enfant : le donateur et M. de Paulmy n'étaient pas assez simples pour s'y tromper, lors même qu'ils n'eussent pas été sûrs de Taulhenticité de l'origine. Voici d'autres renseignements qui ne sont pas sans importance. M. Margry, du ministère de la marine, chargé par le gouvernement de réunir les documents relatifs à nos premières colonies françaises, en fit décalquer quelques pages pour les joindre aux dessins qu'il devait publier sur la Nouvelle-France, et M. Catlin, qui visita la Bibliothèque de l'arsenal en compagnie du savant archiviste, lui déclara que ce manuscrit devait être l'œuvre d'un vieil Huron ou d'un Iroquois. Plus lard on en fit une copie pour une des bibliothèques royales du Canada, et il fut brûlé dans l'incendie qui détruisit la bibliothèque. Enfin M. Angrand, célèbre antiquaire et consul de France à New-York pendant vingt-cinq ans.

examina te manuscrit, l'intérpréla comme nous, mais ne le fit point copier parce qu'il ne le trouvait pas assez ancien. Il me semble que voilà bien des personnes compétentes mystifiées comme moi.

Vous assurez que les signes ne sont qaeles barbouillages d'un enfant; mars à qui ferîez-vôus croire qu'il puisse exister au monde un enfant assez dépravé pour peindre les scènes représentées dans ce livre ; quelle est Fimagination assez féconde pour varier à un tel point les sujets et les signes hiéroglyphiques, auxquels vous ne comprenez rien. Vous dites bien qu'un petit bonhomme représente les figures tracées par nos gamins-sur les murs , que les croix représentent des croix, les chandeliers des chandeliers; vous expliquez aussi les noms propres et les mots allemands , qu'un Bavarois en nourrice lirait aussi bien que vous; mais il y a 228 pages au manuscrit, pas une ne se ressemble. Moi qui ai vu dans les déserts, comme dans les livres américains, des centaines d'inscriptions hiéroglyphiques, et qui étudie ce sujet depuis tant d'années, je trouve dans ce manuscrit bien des signes que je ne connaissais pas , et nou5 tous ensemble nous nous laissons battre par un enfant 7nal élevé, un enfant de votre pays? Allons donc, Messieurs. vous' n'êtes pas forts, ou décidément ce garçon-là ne ressemble pas aux polissons allemands de M. Petzholdt, pas plus que ces barbouillages ne ressemblentàceuxquevous voyez surles murailles de Munich, deDresde et de Berlin, sinon, vous vous seriez empressé d'interpréter ces signes ; car je dis dans ma notice, page 75 : « Nous laissons le champ de la « discussion parfaitement libre et nous adopterons même volontiers a toute interprétation contraire à la nôtre, lorsqu'elle nous sera dé- « montrée clairement et posée sur des bases solides, etc. » Mais je crois qu*il vous était plus facile d'aflSrmer que de prouver vos étranges assertions. Vous avez laissé de côté les hiéroglyphes auxquels vous ne compreniez rien ; vous avez à peine effleuré les signes symboliques ou représentatifs , auxquels vous ne compreniez guère plus, et vous ne vous êtes arrêté que sur les mots allemands, où vous ne brillez pas davantage comme vous le verrez tout à l'heure.

Je ne suis pas étonné que vous trouviez embarrassant les signes hiéroglyphiques ; si vous aviez bien examiné le manuscrit /vous auriez vu que l'auteur lui-même était souvent embarrassé pour exprimer ainsi sa pensée, soit que ses souvenirs lui fissent défaut, soit qu'il ne fût pas

bien sur que les signes dont il se servait représenteraient exactement ce qu'il voulait consigner dans son livre. En effet, vous avez dû remarquer dans le manuscrit une multitudede morceaux de papier collés sur les pages; j'en ai compté cent cinquante, et comme quelques-uns se détachaient facilement delà page sur laquelle ils étaientsuperposés, je mesuis aperçu que Tauteur du livre, manquant probablement de moyen d'effacer des signes déjà écrits, collait sur ces signes des fragments de papier coupés selon ses besoins, et traçait sur ces fragments des signes nouveaux. Ce genre.de correclion se trouve surtout au commencement du livre qui traite des coutumes secrètes des Ouabmos et où ne se trouve presque aucune inscription allemande; plus loin, lorsque le christianisme est en question et les inscriptions allemandes nombreuses , ces changements sont moins fréquents. Comme vous ignorez la nature de ces corrections, je vajs vous indiquer celles que j'ai pu examiner.

P. 16. La figure 4 (pi. 1) a été changée à cause de la couleur du cercle inférieur qui était rouge primitivement.

P. 20. L'auteur a corrigé deux fois (toujours par la superposition de morceaux de papier) les fig. 1, 2, 8 et 4.

P. 24. Les fig. 8, 3, 5 et 2 sont ajoutées, et ceux de la première ligne sont en partie effacées avec une matière végétale encore adhérente à la page.

P. 28. Entre les deux figures de la première ligne, l'auteur a effacé un hiéroglyphe qu'il avait placé, et il a ajouté les signes 16, 1, 2 el 4 qui ne s'y trouvaient pas.

P. 29. La partie inférieure de la dernière figure de la première ligne, qui ressemblait à la première, a été effacée, et le sig-ne 5 ajouté.

P. 37. Les signes 7 et 4 ont été effacés du milieu de la page, et les signes 3 et 5 ont été ajoutés en haut.

P. 39. Le dernier signe et la figure humaine qui tient un arc dans la main ont été ajoutés.

P. 40. La fig. 5 a été ajoutée.

P. 41. La moitié de cette page a été corrigée différentes fois et finalement effacée.

P. 42. La fig. 17 a été ajoutée.

P. 43. La fin de la page a été effacée.

P. 45. Les fig. 1, 6, 2, 3 et 4 ont été effacées.

P. 46. Les fig. 11, 1 et 2 ont été ajoutées.

P. 48. La fig. 11 a été ajoutée.

P. 49. Les lîg. 10, 3, 2 et 8 ont été ajoutées; la fig. 7, changée deux fois et finalement laissée.

P. 51. La fig. 4 a été remplacée par la fig. 8. Je n'ai pu constater les changements du bas de la page.

P. 52. Un morceau de papier rouge cache les fig. 9, 1 et 1, la fig. 3 a été effacée, et les fig. 8, 5 et 2 ont été ajoutées.

P. 53. La fig. 5 a été effacée ; cette page et plusieurs autres qui suivent sont remplies de changements, témoignant de la difficulté que rencontrait Tauteur pour exprimer clairement le sujet qui Toccupait.

P. 64. La fig. 15 est en partie effacée, et les fig. 5 et 4 sont totalement cachées.

P. 66. Une inscription a été effacée.

P. 67. La fig. 14 a été enfevée du premier bonhomme de la dernière ligne.

P. 69. Les fig. 5, 2 et 4 ont été ajoutées.

P. 70. Cette page contient plusieurs changements.

P. 72. Cette page renferme six corrections. Les fig. 6, 16 et 2 remplacent des signes effacés avec le doigt mouillé. Les fig. 17, 5, 2 et 4 ont été ajoutées.

' P. 77. Au-dessous du morceau de papier blanc on découvre une figure humaine, à yeux rouges, comme les deux premières de la troisième ligne.

P. 82. La fig. 18 n'était pas primitivement dans le manuscrit, l'auteur Ty a ajouté ainsi que le signe hiéroglyphique suivant, qui remplace les fig. 17, 2 et 8.

P. 86. Figures humaines, d'abord effacées, puis remises.

P. 91. Plusieurs figures effacées, et les signes 8, 5 et 2 ajoutés.

P. 93. Cette page a été toute refaite.

P. 95. Les fig. 7, 6 et 2 remplacées par les fig. 5, 1 et 2.

P. 97. La fig. 5 remplace la fig. 6.

P. 98. Les fig. 5, 14, 2 et 4, d'abord effacées, sont remises.

P. 104. Les deux ajoutures du bas de la page cachent l'inscription suivante : nach meineh, et au-dessous, des caractères effacés, dont je n'ai pu reconnaître que llen.

P. 108. Les fig. 11 et 12 ont été ajoutées sur le cercle primitivement en blanc, et le tiers de cette page a été refait.

P. 109. La fig. 5 remplace une ligure humaine.

P. 117. Le mot lif est placé sur un signe effacé.

P. 128. La deuxième figure humaine a été modifiée deux fois, et les signes 9, 1 et 4 sont ajoutés.

P. 129. Les fig. 6, 3 et 4 remplacent les fig. 10, 2 et 4 qui précédaient une inscription dont les mots gern gesortïd sont seuls lisibles.

P. 139. Une figure et des anneaux remplacés par les fig. 8 et 4.

P. 144. Les fig. 1, 17 et 2, effacées.

P. 160. Les fig. 7 et 3 modifiées deux fois et remplacées par les fig. 10 et 2.

P. 174. Toute la deuxième ligne, sauf un signe, est effacée avec le doigt mouillé,

P. 176. Plusieurs signes effacés de la même manière et remplacés par la fig. 9. Dès la page 170 Tauteur efface souvent ces signes avec lo doigt mouillé.

P. 184. Les fig. 1, 10 et 2 remplacées par la fig. 5 ; et au bord de la page, la fig. 4 est remplacée'par la fig. 11.

P. 186. Les fig. 11 et 3 sont ajoutées dans un sens horizontal.

P. 191. Cette page est en partie refaite.

P. 220. Moitié de la page refaite.

Vous avouerez, Messieurs, que si ce manuscrit était l'ouvrage d'un enfant, il ne se serait pas donné la peine de coller peut-être deux cents morceaux de papier (1) sur certains signes et de les remplacer par d'autres ; si ces signes n'avaient aucune signification , aucune valeur, pourquoi donc les changer si souvent, et quelquefois les remettre après deux corrections faites. Non; malgré toute votre assurance et votre partialité, je crois encore trop à votre intelligence , à votre esprit d'analyse, à votre bonne foi, pour n'être pas persuadés que vous doutez maintenant beaucoup de vos assertions légères et que vous regrettez le ton ironique et tranchant que vous avez pris dans cette question.

Mais puisque nous sommes sur le chapitre hiéroglyphique, répondons à vos timides observations sur ce sujet. La Correspondance litlé* raire, dans les quelques lignes qu'elle consacre à la partie symbolique ou représentative, voit une scène immonde à la planche 11 où,

(1) Le manuscrit, trtîs-ddtérioré, tombe en poussière, cl je n'ai pu m'assUivr du nombre do pages manquantes.

sur 29 figures humaines, il n'y en a qu*une seule indiquant ostensiblement son sexe. M. Lalanne trouve étrange que j'appelle cette scène mystique; mais, lors même qu'elle serait immonde (ce qui n'est pas), elle pourrait être mystique en même temps; car il me semble que les mystérieuses cérémonies des Égyptiens , de la Rome et de la Grèce païennes, ainsi que celles des autochtones de rAmériquey ne brillaient pas toujours sous le rapport de la décence et de la morale, et que le mystère convenait très-bien à toutes ces obscénités ; mais comme M. Lalanne se contente de jeter le scepticisme dans l'esprit de ses lecteurs et qu'il ne nie pas mes interprétations, je passe à M. Petzholdt, qui est beaucoup plus explicite, non pas dans ses interprétations, mais dans ses injures , qui me feraient supposer qu'il sort de la même école que ce jeune colon, dont il parle en termes peu... scientifiques.

D'abord, je dirai à M. Petzholdt que ce n'est pas loyal de vouloir donner au public une idée du manuscrit pictographique en en détachant par ci, par là des signes isolés et ceux qui convenaient le. mieux à sa déplorable thèse ; c'est en agissant ainsi, en prenant ça et là différents textes de l'Écriture sainte, qu'on a fait de la Bible une source de dissension et le fondement des doctrines religieuses les plus contradictoires; mais avec l'honorable auteur du pamphlet de Dresde, il ne faut pas être méticuleux sur les convenances ; il comprend mieux les tristes sentiments qui divisent parfois les nations que l'urbanité des rapports qui devraient les rapprocher. Quant à moi, j'aurai la loyauté de reproduire les figures auxquelles il fait allusion , sauf celles qu'on ne doit pas publier dans une brochure, bien qu'elles trouvent leur place dans un livre scientifique et lu seulement par des savants qui ne voient pas toujours des obscénités dans certaines représentations sym-t boliques.

« Si l'on passe, dit M. Petzholdt, au troisième tableau, on rencontre c( sous 28,30 avec l'inscription honig (miel), le rayon (gaufre) de miel, « peut-être même le pain d'épice très aimé en Allemagne et la cruche « pour la conservation du miel. On voit 2S^ fassdtag (jour déjeune), « trois personnes, chacune avec les anneaux (de pain) dans les mains, <c tels qu'ils sont usités pendant le carême. La quatrième et dernière « image représente des cuillères.» (Fig. 31. — M. Lalanne penche pour les ciseaux et M. Noé ne me contredit pas, mais il voit aussi des cuillères, non pas dans les signes de M. Petzholdt ; mais dans ceux du riz sauvage ou d'autres graminées de ce genre). M. Petzholdt a de trèsbons yeux pour voir des mains aux figures que j'ai fait décalquer sur

celles de son pamphlet ; mais ne soyons pas exigeants et continuons cette naïve lecture : a Le quatrième et le cinquième tableaux donnent des « preuves des dessins grossiers tels qu'on les remarque produits par « de jeunes gens : des figures humaines d'une exécution la plus enfan- « tine, fig. 32, des feuilles; 33 et 35 des animaux; 36 des vaisseaux, « au dessous 38, on voit égorger un animal. Le fusil 39, dans des c( mains d'homme, 41, qui sont placés comme ennemis, les uns contre « les autres. » — Eh bien j'espère que voilà de la science : M. Pelzholdt a dû interpréter ces choses au premier coup dœiL Qu'on vienne dire maintenant que les savants allemands n'ont pas de la profondeur dans les vues. Après ce grand effort d'imagination , le bibliographe ajoute une facétie de bon goût, suivie d'une grosse bévue : « Sous 43, c< on voit une exécution bien connue des enfants, dit-il, en parlant des « verges, Si l'auteur en avait essayé les effets dans son enfance, il ne « s'y serait pas trompé. La réminiscence des verges l'aurait guéri de i( tous ses rêves somnambules sur la pîctographie aztèque. » Comme on le voit le pamphlétaire de Dresde, ne connaissant pas plus l'idéographie des Poaux -Rouges que celle des Aztèques, les confond toujours, quoiqu'elles ne se ressemblent pas. Aussi, je le prierai de s'adresser à mon ami et collègue, M. Aubin, qui lui donnera sur les Aztèques et l'idéographie mexicaine, tous les renseignements qu'il voudra. « Si Ton a prétendu, poursuit « l'impartial bibliographe, que Tori- « gine est due à un polisson, enfant des colons, on peut s'en persuader « par les obscénités qui se répètent souvent. On pourrait en êlre étonné « et en douter (de l'origine du livre) à cause de l'âge » (de l'enfant). « Admirable aveu. « Mais on rencontre de pareilles choses chez les « enfants en bas âge, qui reçoivent leur éducation delà France. On voit « même de pareilles obscénités par ci, par là, sur les murailles, preuve « que de telles représentations no sont pas étrangères au monde once fanlin. Aussi cela doit moins étonner chez un garçon dans les forêts « de l'Amérique, quoique (il est naïf le quoique) y'\\ n'ait pas joui des « bienfaits de la civilisation française comme (cela se rencontre) chez a nous dans les habitations du prolétariat, et certainement dans le (( foyer de la civilisation française, à Paris. » Au milieu de ce triste galimatias, M. Pelzholdt ne s'aperçoit pas que dans sa haine aveugle et son animosité méchante et somnambulique, il retourne l'arme contre lui-même, car le jeune polisson dont il parle ici n'a pas écrit en français, mais bien en allemand, et s'il a jamais existé ailleurs que dans le cerveau des savants d'outre-Rhin et de M. Lalanne, c'est dans la Souabe

prolcslantc qu'il faul aller le cljcrcher. Mais ir.oiiblious pas qui nous sdmmes el laissons à ces messieurs le trisle honneur de ne savoir pas . discuter sans injurier leur adversaire. Les injures sont des armes de mauvais aloi et le pire de tous les arguments ; elles montrent la faiblesse et l'intention de ceux qui s'en servent, et l'homme honnête, impartial ou franc croirait s'abaisser en en faisant usage.

Après avoir insulté de nouveau notre patrie, notre littérature et notre gouvernement, Tauteur du pamphlet jette un peu de bave sur le catholicisme, et conclut, des signes chrétiens qui se trouvent dans le manuscrit, que l'interminable polisson était catholique. Je dirai pourtant, afin de ne rien omettre, que M. Petzholdt trouve dans les figures 63 et 64, l'enlèvement d'une âme par un diable; « mais le plus « beau, dit-il, est p. 3, où l'auteur a pris une saucisse avec ses deux « bouts pendants, pour le symbole du ciel. »I1 attaque ensuite la distribution du manuscrit en quatorze chapitres, ainsi que ma traduction, puis il ajoute gracieusement à mon adresse : « L'éditeur doit avoir été c( dans un état de somnambulisme où Ton voit des choses qui sont int concevables pour les hommes qui ont conservé lu raison. » On ne sait vraiment que répondre à des politesses de ce genre. Je demande pardon à mes lecteurs de leur faire entendre un pareil langage; mais ils ne doivent pas oublier que c'est de la traduction^ et quoique la Correspondance littéraire soit très-habile dans ce genre de polémique, je suis heureux de constater qu'en France nous ne parlons pas ordinairement ainsi. L'auteur du pamphlet termine en plaisantant sur mes interprétations, et comme il paraît aimer beaucoup la saucisse, il en met partout; pour lui, la saucisse c'est son faible; il en veut à tout prix, et l'on verra plus loin que n'en trouvant pas assez dans les signes hiéroglyphiques, il en met encore (comme mes adversaires), jusque dans les mots allemands.

M. Petzholdt taxe d'arbitraire mon explication des hiéroglyphes. Et de quel droit, lui demanderais-je, se pose-t-il en censeur? Sa brochure ne prouve-t-elle pas une ignorance complète, non-seulement de l'idéographie des Peaux- Rouges, mais en général de tout ce qui concerne les Indiens du Nouveau-Monde? Que l'auteur du pamphlet soit un grand bibliographe, un grand savant même, je l'admets, je l'en félicite, et j'aurai toujours la plus grande déférence pour les questions littéraires ou scientifiques dans lesquelles il peut exceller ; mais vouloir me donner, à moi, des leçons d'idéographie indienne, allons donc, Monsieur Petzholdt, vous plaisantez 1 C'est comme si je voulais ensei-

— magner la langue eirinsloire mexicaines à M. Aubin et à Tabbé Brasseur de Bourbourg. Non, Monsieur, je ne reçois de leçon, sur ce sujet, que des ethnologues américains, n'importe leur origine, mais connus par leurs ouvrages et leur long séjour dans les déserts de TAmcrique septentrionale fréquentés par les Peaux-Rouges.

Arrivons maintenant au deuxième article de la Gazette d*Aug$^ bourg, dont la critique est sinon plus sérieuse, du moins plus convenable. M. Noé se sert d'une singulière logique pour nier l'authenticité du manuscrit; il prend le dernier paragraphe de ma page 36, dans lequel, après avoir constaté la brièveté des inscriptions indiennes de l'Amérique du Nord, je dis : « Ceci devait nous faire supposer que les « Indiens ne s'étaient jamais donné la peine de produire aucun monu- « ment manuscrit de longue haleine, car depuis trois siècles on n'en a « pas découvert un seul nulle part (1).» Comment, parce qu'on n'a pas trouvé une chose pendant trois siècles, cette chose doit naturellement ne pas exister? Mais, alors, il faut retrancher le mot découverte^ des dictionnaires de toutes les nations civilisées. Il me semble au contraire que ma supposition ne fait que relever l'importance du manuscrit, encore unique dans son genre. «Dans tout le livre, ajoute M. Noé, on ne trouve « aucun rapport aux manuscrits d'une pareille nature. » Ici je dois interrompre ma citation pour faire remarquer à l'auteur, ou qu'il confond aussi le manuscrit pictographique des Peaux-Rouges avec les peintures mexicaines cl les hiéroglyphes phonétiques de l'Amérique centrale, ou qu'il se contredit; car ^ si les Peaux-Rouges ont produit d'autres manuscrits, celui de la Bibliothèque de l'Arsenal n'est pas le seul, et je défie l'auteur de m'en citer un qu'il puisse comparer avec celui que j'ai publié. Mais continuons : — « On ne trouve aucun « rapport aux manuscrits d'une pareille nature, au langage, aux cou- « tûmes, aux habitudes des indigènes. Le texte ne consiste que dans « l'interprétation arbitraire et symbolique de quelques lignes ou d'un « croquis mal indiqué par quelques lignes, et dans l'indication apo-» « diclique et non raisonnée d'un visage ridiculement barbouillé, comme a personnification de tel ou tel principe. .. Pour quelqu'un qui les « regarde (les dessins) seulement quelques moments, et qui les com- « pare avec ceux dessinés sur des écorces d'arbre, sur les peaux de « bufile, sur des parchemins^ sur des pierres contenant des figures

(1) M. NolS dans une note sur ce passage, dit formellement que je déclare qu'il n'y en a pas. On voit que ma négation se borne en une supposition, dans mon texte.

« quoique grossières mais oulhenliques, celle discussion esl la plus « superflue du monde. La ressemblance des figures de ce livre avec « les autres ne peut être trouvée que par le penchant sanguin et riche « de M. Domenech, qui est Américain d'origine. »

Pour démontrer la communauté des scènes représentées par le manuscrit avec les coutumes indiennes, M. Noé n'a qu'à lire les relations des voyageurs espagnols et français du seizième et du dix-septième siècle à ce sujet ; la bibliothèque de Munich doit en posséder quelques-uns ; je ne puis reproduire, dans une brochure, les citations de ces historiens, à cause de l'obscénité de ces récits. Dans la collection de M, Ternaux- Compans, on trouvera des coutumes d'une immoralité révoltante, et contre lesquelles les chefs mêmes et les souverains de la plupart des nations américaines s'élevaient par des flétrissures, des lois et des châtiments. Je ne sais si la conquête espagnole a détruit toules ces horreurs, mais nous trouvons encore des historiens qui nous en révèlent une partie. En efl*el, le P. Lafileau, dans son livre intitulé: Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des premiers iemps^ pag. 603-608 du l®"" vol., nous dit : a L'At/ienrosera, ou les amitiés « particulières entre les jeunes gens, qui se trouvent établies à peu « près de la même manière d'un bout de l'Amérique à l'autre, sont a un des points les plus intéressants de leurs mœurs, parce qu'elles « renferment un des articles les plus curieux de l'antiquité. » — c; Ces « liaisons d'amitié parmi les sauvages de l'Amérique septentrionale « ne laissent aucun soupçon de vice apparent, quoiqu'il y ait ou qu'il « puisse y avoir beaucoup de vice réel. Elles sont très-anciennes dans tt leur origine, très-marquées dans leur usage constant, etc., »

Le P. de Charlevoix dit aussi dans son Journal d'un voyage fait par ordre du Roy dans l'Amérique septentrionale ; adressé à M^^ lu duchesse de Lesdiguiéres^ p. 303 du 3® vol. : « Dans les pays méric( dionaux ils gardent peu de mesures sur l'article des femmes, qui de « leur côté sont fort lascives. C'est de là qu'est venue la corruption « des mœurs qui depuis quelques années a infecté les nations sep- <( tentrionales. Les Iroquois en particulier étoient assez chastes, avant « qu'ils eussent commerce avec les Illinois et d'autres peuples voisins « de la Louysiane; ils n'ont gagné à les fréquenter, que de leur être « devenu semblables. Il est vrai que la mollesse et la lubricité étoient <( portées dans ces quartiers-là aux plus grands excès. On y voyait des « hommes qui n'avaient point de honle d'y prendre l'habillement des c( femmes, et de s'assujettir à toutes les occupations du sexe, d'où s'en-

(( suivait une corruption qui ne se peut exprimer... Ces efféminés ne « se marient point, et s'abandonnent aux plus infâmes passions, etc. » Dans les Voyages de la Nouvelle-France occidentale dicte Canada faits par le sieur de Champlain^ les mômes turpitudes sont confirmées, et dans les Mémoires de V Amérique septentrionale^ ou suite des Voyages de M. le baron de Lahontan^ on lit, p. 142, vol. 2®, le passage que vous m'obligez à reproduire malgré moi. « L'on trouve (( parmi les Illinois quantité d'hermaphrodites ; ils portent l'habit de « femmes, mais ils font indifféremment usage des deux sexes. Ces lift linois ont un malheureux penchant pour la sodomie, aussi bien que « les autres sauvages qui habitent aux environs du fleuve de Missis- « sipi, etc. »

Mais terminons ces citations, que vous auriez dû avoir la générosité de m'épargtier, en vous instruisant un peu des coutumes indiennes de l'Amérique, avant de les nier aussi légèrement. Puisque vous parlez des dessins qu'on trouve sur les écorces d'arbres, sur des peaux de buffle et sur des pierres, je vais vous en montrer quelques-uns pour les comparer avec ceux oe mon manuscrit. Quant aux dessins sur parchemin, je n'en ai jamais vu ni entendu parler dans aucun livre américain, mais vous êtes si exacts et si heureux dans vos assertions, que je crois celle-là comme les autres. Les figures 19, «, 6, c de la m® planche, sont tirées de l'expédition scientifique de J. H. Simpson dans le pays des Navajos, faite par ordre du gouvernement des États- Unis, et publiée par ordre du congrès dans les documents exécutifs du sénat [V^ session, n« 64, 31^ congres, vol. 14, année 1849-50). Ces inscriptions hiéroglyphiques existent sur les parois de la gorge du Chaco, près des ruines du Pueblo Chetho Ketlle. Les figures 20, a, b, se trouvent sur d'énormes blocs de grès, au commencement de la même gorge. Les figures 2i, a, 6, c, représentent des peintures indiennes copiées dans les estuffas du Pueblo des Jémez. M. Simpson ayant demandé à l'un des chefs du nom de Hosta ce que signifiaient ces peintures, celui-ci lui répondit : « Les cercles représentent le soleil et la i( lune; les demi-cercles signifient les nuages et les zigs-zags (que « M. Petzholdt appelle des saucisses) représentent la foudre. Theem- « blcm ofgood ïightning^ ajoute M. Simpson, his represented in pencil « vpon my note-book as teiminating morebluntly^ ttius (fig. 21, d). a Les deux figures humaines avec des trompettes dans la bouche ff (fig. 21, 6), il me les représonia comme les adjudants de Monte-

« zumn, qui sonnent [œko are sounding a aill io Itim) pour lui de- « mander de la pluie (I). »

Les figures 22 représentent les hiéroglyphes du rocher del'ElMoro, près du Pueblo des Zuûis ; ces inscriptions symboliques et représentatives sont bien plus profondément gravées dans le rocher que les inscriptions alphabétiques espagnoles ; c'est uniquement la raison pour laquelle elles ont mieux résisté à l'action du temps, ce qui étonnait plusieurs voyageurs, quiles avaientprobablement regardées de la même manière que vous avez regardé celles du manuscrit. Les figures 23, 24, 25 et 26, sont des inscriptions qui se trouvent sur les rochers d'Arch Spring, de TOjo Pescado, du Rocky Dell, et que vous verrez dans le compte rendu de l'expédition scientifique organisée pareillement par ordre du gouvernement des États-Unis dans le « Reports of explorations anclsurveysfrom the Mississipi river to the pacifie Ocean^ etc. , » faite sous la direction du ministre delaguerre, et par actes du congrès, 3 mars 1853, 31 mai 1854, et 5 août 1854 (vol. 13, P. T. 3, 33»^« congrès, 2® session, documents exécutifs du sénat, n^ 78). Vous en verrez également une copie dans l'ouvrage de M. Boldwin Molhauscn, ainsi que des peintures du Rocky Dell. Au sujet de la figure 27, &. M. Whipple, le chef de l'expédition, dit : « Celte figure est très ef • « facée, et paraît très-ancienne. Elle occupe une part notable du ro- <( cher. La figure est nue, et la tôte porte des appendices circulaires « comme pour représenter d'énormes oreilles. Dans une main on voit c( un gros casse-tête, et dans l'autre une épée. Les couleurs sont rouge, « noire et blanche, w Au sujet de la figure 27, a, il ajoute « qu'elle « est de la même période; c'est la représentation d'un être supérieur, « avec des ailes, peut-être pour dénoter la spiritualité, et une main, « signifiant qu'il est le créateur du soleil, qui paraît sortir d'elle. »

Mais pour en finir avec les inscriptions gravées ou peintes sur. les rochers , d'un caractère tout à fait enfantin et qui sont indubitablement l'œuvre d'adultes et de medecin-man, je ne vous renverrai pas à mes divers travaux sur ce sujet; je ne ferai que copier M. Schooleraft, dont voici quelques figures décalquées sur son grand ouvrage intitulé : Historicaland statistical information respecting the fiistory, condition ad prospects of theindian tribes ofthe U ni ted States \ colléeied and prepared under the direction ofthe bureau ofindian affairs^

(t) Voyez sur ce sujet l'ouvrage cité ci-dessus, page 67, et le Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau- Monde, — Paris, Morizot, 5, rue Pavée-Saint-André.

per act o( lougress of mardi 3® 1847 by Henry R. Schooleraft. LL. D. publié par autorité du Congrès. Au sujet de la pi. 6, fig 42, et qui se trouve sur un énorme rocher, à Esopus, dans l'État de New- York, il dit : « Les lignes sont profondément et nettement gravées. C'est une « double ligne. Les plumes sur la tête (M. Petzholdt y verrait les Xi cornes du diable) dénotent un chef, un homme versé dans Tart indien « médico-magique. M. Schooleraft pense que cette colossale effigie est une commémoration de l'introduction des armes à feu parmi les tribus indiennes. Les fig. 43 ^ et 6 font partie d'une grande inscription médico-magique gravée sur un rocher escarpé de la vallée San Pete, dans le territoire de l'Utah, voici ce qu'il dit au sujet de la fig. 43,a. « Le pouvoir prophétique et sacré est assumé par celte figure, « dont la lête, par une apparente élévation sur les épaules du chef, <c remplit la voûte du ciel. Et plus loin , en parlant de la fig. 43, 6 : Le « magicien qui a une main et une aile, dénote l'union du pouvoir « humain et ornithological, et l'emblème de l'autorité, Bg.X,43se trouve « sur la tête de chacun. Les inscriptions (tig. 44) se voient sur un « rocher de l'île Cumingham du Jac Erié et appartiennent, toujours a d'après le savant ethnologue, à la catégorie du Kekeewin, »

Que pensez- vous. Messieurs, de ces enfants qui couvrent les montagnes de l'Amérique de ces nombreuses et parfois gigantesques inscriptions, si semblables à celles du manuscrit pictographique? Mais laissons les hiéroglyphes et les petits bonshommes dormir dans leurs lits de granit et voyons si la pictographie tracée sur des écorces d'arbre et des peaux de buffle diffère essentiellement de celle du « Livre des Sauvages. » PI. 7 est le fac-similé d'une chanson de chasse des Chippeways ; voici sur celte chanson ce que dit dans sa cinquantehuitième lettre M. Callin , qui a peint d'après nature une multitude d'Indiens de la vallée du Mississipi, et quoique ignorant la manière d'interpréter leur idéographie, connaissait parfaitement leurs mœurs et coutumes. « Ce curieux dessin esiun fac-similé d'une chanson indienne, « qui fut dessinée sur une ùcorce de bouleau , environ deux fois la « grandeur de cette planche et en usage parmi les Chippeways avant «une chasse-médecine [a medecine-hunt) . . . Plusieurs jours avant « de partir, ces docteurs, qui sont généralement les seules personnes c( initiéesdans ces profonds secrets, chaulent en s'accompagnantdu tam-

« bour, les chansons écrites dans ces' caractères sur ces tablettes, et tous « les chasseurssejoignenlàladanseet font chorus, quoique^^n^ra/é?w^;i/ « ils ignorent la traduction et la signification de la chanson. » Il ajoute plus loin que « les hommes-médecine ne les révèlent que sous le sceau « du secret le plus profond, seulement à ceux qui se sont rendus recom- « mandables à la tribu par quelque service extraordinaire comme chas- « seurs ou comme guerriers. » Plus haut, après avoir fait la description du manteau d'un docteur Pawnee, il dit : «t Sur les côlés on voit de « nombreuses figures représentant curieusement sa profession, purgeant « et faisant vomir ses patients avec des herbes. L'ours, son totem , est « aussi représenté, ainsi que le lever du soleil et les différentes phases « de la lune, auxquelles ces magiciens font une grande attention pour « leurs opérations, leurs charmes et leurs mystères dans le traitement <c do leurs malades. »

Puisque vous dites, Messieurs, que mes interprétations sont arbitraires, je vais vous donner des spécimens de dessins et d'interprétations de M. Schoolcraft, et que vous trouverez dans son grand ouvrage, surtout à la fin du premier volume. J'espère que vous ne récuserez pas son auloriié; car, ayant demeuré très- longtemps, en qualité d'agent oflîciel pour les affaires indiennes, parmi les tribus Algonquines, et s'élant marié avec une Indienne, le gouvernement des États-Unis le jugea, sur cesujet, assez compétent pour lui voler, ce que j'ai ouï-dire, un crédit de 300,000 piastres (un million cinq cent mille francs) pour la gravure et l'impression de son ouvrage.

La planche 8-A représente un chant de chasse pictographié. Pour ne pas vous ennuyer je ne citerai ni le texte indien de cette chanson, composée de cinquante-trois couplets, ni mon interprétation ; mais je vous donnerai celle de M. Schoolcraft, que je traduirai de l'anglais, pour vous montrer le serts que les Indiens attachent aux figures (1).

Chaut de ehasse peint nwtv de Téeoree de l»oiileaii.

N® 1. Un savant, Midé, peint avec des lignes ondulées (encore les saucisses de M. Pelzholdl) qui sortent de chaque oreille pour indi-

(1) Voir sur ce sujet notre ouvrage déjî\ cité.

quer son atlenlion. — Chant. — Maintenant je técoute (le cœur probablemenl] de mes amis les midés qui sont assis autour de moi,.

N** 2. Représentation de l'union symbolique d'un raidé avec un oiseau, pour indiquer son pouvoir de locomotion. — > Chant. — Mes compagnons^ qui fait promener tUnishenaubal mes compagnons, ce sont les oiseaux qui font promener CUnishenauba.

N® 3. Loge d'un midé. — Chant. — Je m'asseois à la place d'un midé, la loge de Monedo.

N** 4. — La position de cette figure signifie le repos et le cercle audessus de la tête, un fardeau. — Chant. — Je suis chargé de présentSy je m'asseois pour me reposer,

N** 5. Le plat rempli au-dessus de la tôle symbolise Teau. — Chant. — Je puis faire descendra l'eau den haut, du ciel et de la terre,

N** 6. Figure humaine barrée. — Chant. — J'ai fait ressembler à la mort un homme, — idem, une femme, — idem, un enfant.

N® 7. Abondance de bien dénotée par le cercle autour de la tête : le carré indique une femme de midé. — Chant. — A moi-même je me fais du bien, à moi-même.

N® 8. L'attention dénotée par les lignes ondulées (toujours les saucisses de M. Petzholdt). — Chant. — J'écoute les paroles de votre bouche, vous êtes un mauvais esprit.

N^ 9. Symbole de la lune (1). — Chant. — Je brille pendant la nuit.

N® 10. Les rayons de la tête indiquent un esprit, et la raquette en main un midé. — Chant. — Je suis un esprit, ce que f ai je le donne à vous dans vos cœurs.

N<^ 11. Le cercle autour de la tête dénote Tinfluence qu'il a dans le ciel. — Chant. — Quoique vous parliez maide moi — c'est en haut que sont mes amis,

N° 12. Le cercle autour de l'abdomen dénote l'abondance, profusion. — Chant. — Maintenant elles mangeront ^ mes femmes! main^ tenant je les ferai manger.

N° 13. — Une plume. — Chant. — La plume, la plume, c'est le pouvoir,

N" 14. — Un cœur percé d'une flèche. — Chant. — Je tue ton cœur, homme.

(1) Ce signe s'interprète au moins de trois manières, comme nous le venons par la suite.

N® 15. Un oiseau. — Chant. — MainUnant, je veux essayer mon oiscaUy — autrefois il avait la puissance,

N° 16. Manabozho assis. — Chant. — // csl assis, le grand ManahozhOj — son feu brûle pour toujours.

N° 17. Une plante. — Chant. — Je pense que vous enchantez ave le ive-ne-ze-bu-oan,

N^ 18. Symbole d'une double lôte de mort. — Chant. Je viens d'en bas. — Je viens cCen haut, je vois V Esprit, je vois les castors.

N^ 19. Ua bon chasseur indiqué par un oiseau avec une tête de flèche. — Chant. — Qui fuit marcher le peuple vers les réjouissancesl c'est moi,

N° 20. Un cercle avec trois lignes horizontales et deux marques au nord et au sud en place des pôles. — Chani. — Je puis faire passer sur terre le vent d'est.

N® 21. — Un chien. — Chant. — Avec mon medawinje puis tuer quoique ce soit y même un chien,

N® 22. Un serpent et un carré indiquant sa résidence en terre. — Chant. — Voilà longtemps depuis que je suis allé dans la terre^ vous êtes des esprits.

N** 23. Un chevreuil. — Chant. — Une bétel quelle est la bête qui appelle f c'est un chevreuil qui appelle,

N° 24. Un ours. — Chant. — J'ouvre ma peau de renard (allusion sans doute aux sacs de médecine), et le coup de mort doit s'en suivre.

Comme vous devez être versé dans ce qui concerne les langues et coutumes des Indiens, je ne me suis pas permis d'ajouter entre parenthèses les mots français qui donneraient un sens' complet et presque une suite aux couplets de la chanson ; car vous savez que le langage indien est très-expressif, quoique laconique en même temps.

Le tableau B de la planche est le fac-similé d'ua souvenir de Texpédilion à la recherche des sources du Mississipi, il fut fait par les guides indiens sur une écorce de bouleau, pendant une nuit où l'expédition s'était égarée , et voici Texplicalion qu'en donne M. Schoolcraft. « Le n° 1 représente rofficier commandant les troupes de l'expédition. <( Il est peint avec une épée pour indiquer son rang. Le n° 2 porte un « livre à la main pour dénoter qu'il est le secrétaire. Le n® 3 est « dessiné avec un marteau pour indiquer qu'il est minéralogiste. Les « n<>' 4 et 5 sont des attachés, et 6 l'interprète. Le groupe de figures, « marqué 9., représente huit soldats d'infanterie; chacun était armé

« d'un fusil, comme on le voit n® 10. Le 15 signifie qu'ils avaient un « feu séparé, c'est- à-dire qu'ils mangeaient à part. Les figures 7 et 8 « représentent les deux guides chippeways; ce sont les deux seules (( figures peintes sans le symbole distinctif d'un chapeau. C'est un (( symbole caractéristique généralement employé par les indiens pour « distinguer la race blanche de la rouge. Fig. 12 et 13 représentent « une poule de prairie et une tortue verte, qui furent prises hier et man- « gées dans le camp. »

Mais comme le premier gamin venu pourrait interpréter celte inscription, revenons aux chansons qui sont plus embrouillées :

PI. 9 — A, représente un chant de guerre dont je donne la traduction, toujours d'après M. Schioolcraft, pour vous montrer que mes interprétations ne sont pas aussi arbitraires que vous le prétendez.

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