‹ La vérité sur le Livre des sauvagesChapitre 5 sur 8 · PI. 9— B. CHANT D'AMOUR · texte numérisé non relu

PI. 9— B. CHANT D'AMOUR

N** 1. Le chanteur se croit investi d'un pouvoir magique pour charmer le sexe, il se regarde comme un monedo et se peint ainsi. — Chant. — Ce sont ma forme et ma personne qui me rendent grand.

N® 2. 11 embellit cetle idée par un pouvoil* musical. — Chant. — Écoute la voix de ma chanson , c*est ma voix.

N°'3. Il dénote les effets de sa nécromancie. — Chant. — Je me protège par de magiques vêtements.

N" 4. Il dépeint l'intimité de leurs sentiments en joignant les deux corps par un seul bras. — Chant. —: Toutes pensées me sont connues^ — rougis !

N* 5. Il représente sa fiancée dans une île. — Chant. — Je pourrais l'attirer ici, lors même que tu serais dans une île lointaine.

N*' 6. Sa fiancée est peinte endormie; il se vante de pouvoir atteindre son cœur par son art magique. — Chant. — Lors même que ta serais dans un autre hémisphère.

N® 7. Un cœur dans un cercle. — Chant. — Je parle à ton cœur nu.

Je vais terminer ce sujet en vous donnant r)nterprétation, toujours du même auteur, de quelques autres signes symboliques ou représentatifs que vous trouverez peu ou pas du tout modifiés dans le « Livre « des Sauvages, » et qui pourront vous édifier sur la validité de vos assertions, pour peu que vous examiniez ces lignes sans parti pris d'avance et saus préjugé. PI. 9. — c. n^ 1. Devises arithméticales et chronologiques, N° 2 et 3, symbole d'un corps décapité (ou mort). N° 4. Différentes représentations de la tête humaine. N° 5. Têtes de mort, symbolicalement éclipsées ou voilées. N^ 6. Symbole d'un homme marchant pendant la nuit ou sous la lune. N® 7. Un esprit ou un homme éclairé d'en haut , ayant la lête du soleil. N^ 8. Marque totémique du soleil. N^ 9. La lune, quartier de sécheresse. N'* 10. Tête d'homme avec les oreilles ouvertes à la conviction. N<^ 11. Une femme ailée. N*» 12. Un Ouabino. N° 13. pi. 10. Oreilles écoutantes. N° 14. La mer (ce signe s'emploie fréquemment pour désigner des lacs

~ 33 — et Teau en général). V 15. Un esprit. N® 16. Un Américain symbolique. N° 17. Le soleil dans une attitude écoulante (le soleil est ordinairement Temblème du Grand-Esprit). N<* 18. Symbole du temps. N** 19. Gr(fnde médecine (grand mystère). N° 20. Un prophète céleste. N** 21. Symbole du pouvoir. N° 22. Un esprit du ciel bleu. N° 23. Le ciel. N° 24. Symbole de mort. N° 25. Un puissant raidé. N° 26. Un canot rempli de guerriers. N° 27. Trois soleils sous le ciel et Tarc-enciel (trois journées de marche). N° 28. Le Dieu de Therbe des Dacotas, avec une raquette dans une main , un arc-en-ciel dans l'autre et des éclairs sur sa tête. N<^ 29. Le Dieu de la guerre des Dacotas, avec une grosse raquette dans la main. N° 30. Wigwam et la viande dans la marmite. N° 31. Réunion de Ouabinos assis dans la loge. N° 32. Cercle domestique. N° 33, Un nécromancien remplissant le monde avec sa puissance, et son adresse. N° 34. Symbole du soleil. N° 35. Adresse médicinale. N** 36. Un mauvais esprit du ciel. N° 37. Puissance botanique. N° 38. Un chef. N° 39. Un grand guerrier: avec une main il saisit la terre, avec Tautre le ciel. N<^ 40. Un campement symbolique. N<^ 41. Flammes symboliques. N^ 42. Une balle de marchandises. N<* 43. Un canot de chasseurs. N*" 44. Un loup-totem. N® 45. Le cœur humain symbolisé, N® 46. Un Ouabino assis, chantant.

J'espère, Messieurs, que ces exemples, ces citations et ces traductions vous suffiront pour vous prouver l'analogie parfaite des signes du « Livre des Sauvages, » avec ceux que Ton rencontre partout en Amérique, gravées sur les rochers ou peints sur les écorces d'arbres et les peaux de buffle. Comme dans les déserts américains il ne se trouve aucune académie des Beaux-Arts, pour définir les formes du corps humain, certaines tribus ou plutôt certains assistes sauvages se servent du triangle, d'autres du cercle ou de l'ovale, et d'autres enfin du carré pour représenter les parties principales du corps ; mais dans cette variété de formes on rencontre toujours l'unité de style , l'égalité de talent, ainsi qu'une incontestable parenté, qui nous prouvent que toutes ces figures carrées, pointues ou rondes sont de la même famille et sortent de la même école. Vous dites qu'elles appartiennent ce au monde enfantin, » mais vous ne faites que répéter une de mes phrases, que vous auriez dû citer, et dans laquelle je dis, p. 48 de ma notice : « Les signes dont ils (les Indiens) se servaient pour ces sortes d'ins-

ft criptions sont , pour la plupart, symboliques ; ils paraissent être à « peu près les mêmes que ceux employés parles différentes races de la « grande famille humaine, avant Tinvenllon des signes phonétiques et « des caraclères alphabétiques ; ils ressemblent à ces desseins gros- « siers que les enfants tracent sur les murs avec du charbon ou de la «f craie. » Vous voyez bien, Messieurs, que vous ne m'apprenez rien de nouveau, et vous n'ignorez pas que s'il existe des hommes enfants, il existe également des peuples enfants sous bien des rapports. Aussi lorsque M. Noé vient nous dire que « Dans les images authentiques « (c'est-à-dire faites par les Peaux-Rouges), le regard le plus superficiel «découvre une activité artistique réelle (Gazette d'Augsbourg, « le 24 juillet) » On ne peut s'empêcher d'être pris d'un accès d'hilarité, car dans \es dessins authentiques, que je viens de donner, et qu'on peut vérifier dans les ouvrages ci-dessus cités, je demande qu'on me réponde la main sur la conscience et franchement dans lesquels trouvez-vous une activité artistique. Il est vrai que les trois dessins iroquois, dont je parle dans ma notice, sont curieux et révèlent une connaissance assez exacte des formes extérieures ; mais parmi ces Indiens toujours en contact avec des hommes civilisés, il n'est pas étonnant qu'il s'en trouve de moins sauvages que les autres, il est même extraordinaire que le nombre des Peaux- Rouges civilisés soit si restreint, car autrefois on en instruisait même pour la prêtrise et pour répandre les lumières de l'Evangile au sein des tribus qui les avaient vu naître. Lors donc qu'on rencontrerait chez eux des Raphaëls, cela no prouverait qu'une chose, c'est que ces Raphaëls seraient des exceptions, comme les dessins qui.n'ont pas le caractère enfantin et primitif de nos planches ne sont que des exceptions.

Avant de passer à la traduction des inscriptions alphabétiques, citons d'abord les passages de mes adversaires qui m'attaquent sur ce sujet. M. Lalanne commence savamment le feu dans son article du 10 juillet en disant : « On sait qu'en général les Peaux-Rouges passent, à tort « ou à raison, pour n'être pas très-fort suc l'arithmétique. Je me suis « laissé dire que chez eux, les plus malins pouvaient compter jusqu'à « dix, grâce à leurs deux mains, et que même les individus d'une in- « telligence supérieure parvenaient dans les grandes occasions, à aller « jusqu'à vingt, grâce au moyen de leurs deux pieds. » Quand on se

laisse dire de pareilles absurdités, on peut les répéter dans un salon pour faire rire les dames, mais avant de produire ces niaiseries dans une discussion scienliiique on devrait s'instruire sur ce suj.t, aûn de ne pas faire tomber sur soi le ridicule qu'on veut jeter sur autrui. Or ' Monsieur, si vous aviez ouvert un livre d'ethnologie américaine, vous auriez vu qu'en'général, les Peaux-Rouges ont des termes pour désigner les nombres jusqu'à cent et même raille, et qu'au moyen de ces roots ils peuvent^compter tout ce qu'ils veulent ; vous auriez vu que toutes les tribus, même les Comanches (ce qu'on ignorait encore dernièrement) ont des mots pour compter jusqu'à dix, et qu'au moyen de ces mots répétés, ils peuvent compter comme nous, sans employer les pieds, ce qu'ils ne font jamais. « On comprendra donc, dites-vous « encore, qu'imbu de ce ridicule préjugé, j'ai été étrangement surpris « de voir le « Livre des Sauvages » rempli de chiffres arabes et même « romains de toutes dimensions. Je signalerai, entre autres, la pi. 44, (( oii je trouve écrit aussi lisiblement que possible 15 X 89535. » Il est dommage, Monsieur, que vous n'ayez pas ajouté, que pour trouver ce nombre vous avez tourné le livre à l'envers. Il est dommage que vous ne nous ayez pas dit sur quel monument ou dans quelle partie du monde vous avez vu des chiffres romains mêlés aux chiffres arabes dans la même inscription. Il est dommage enfin que vous ne nous ayez pas démontré que les signes dont vous parlez sont des chiffres arabes ou romains ; car vous ne devriez pas ignorer, Monsieur, que si les badauds littéraires se contentent d'une critique qui ne prouve rien, elle ne peut nullement satisfaire les gens sérieux. Au sujet des inscriptions alphabétiques vous dites encore que j'aurais dû reconnaître « à «première vue q\^Q[touies ces inscriptions étaient en allemand (et « même, je crois, en haut allemand], et offraient, sauf deux ou trois « incomplètes ou illisibles, un sens très-clair, l'orthographe et la langue « étant du r^sf^, comme on devait s'y attendre, à Cavenant du dessin. « M. l'abbé Domenech promet de nous en donner le déchiffrement « dans un travail spécial, nous allons essayer de lui faciliter sa tâche*. « C'est à la page 38 qu'apparaît sa première inscription. »

Je remercie beaucoup M. Lalanne de sa complaisance, elle vient un peu tard, mais j'en profiterai tout de même; qu'il me permette seulement de lui faire remarquer le chiffre de la page qu'il indique : est-ce qu'il aurait pris les inscriptions des pages trente-trois et trente-six pour des chiffres arabes ou romains. Quant à ce qu'il prend pour du haut allemand, c'est purement un dialecte de la Souabe, comme le dit

très-bien M. Noé, qui doit s'y connaître en sa qualité de savant aile-" mand.

M. Pelzholdt ne craint pas dejfaire des aveux compromettants pour la thèse qu'il soutient, car, après avoir découvert trente et un mots allemands, que mes écoliers alsaciens ou badois de cinq ans auraient lu couramment, il dit : « Ces mots paraissent servir cC explication, « quoique pour C observateur la marche des idées ne soit pas claire a partout. » Cette importante confession du savant allemand prouve du moins qu*il a cherché à se rendre compte du rapport des inscriptions avec les figures symboliques, et que ce rapport existe. Il ajoute : « Les noms Anna, Maria, Johannes, semblent appartenir aux figures « juxta-posées. On rencontre en outre... quelques autres preuves de « signes numériques arabes , soit en position droite , soit inverse « comme cela se trouve dans l'exercice de l'écriture des enfants. » L'auteur de ces lignes n'a pas vu de chiffres romains comme M. Lalanne. En constatant le rapport des inscriptions avec les figures, M. Petzholdt aurait dû reconnaître que ces figures avaient une signification, et je regrette qu'il n'ait pas tenté de la trouver ou qu'il ait refusé de faire ce travail.

La Gazette dAugsbourg^ en parlant de ces inscriptions qu'il qualifie de mystérieuses, dit]: « On devrait cependant prétendre qu'un « tel Peau Rouge barbare, initié dans tous les mystères des esprits « supérieurs et inférieurs et dans tous les arts des Ouabinos, devrait se <( servir, sinon des caractères indigènes s*il y en a (il ignore donc « qu'il n'y en a pas?) au moins d*une langue native^ par exemple, « ducherokee, etc. Mais le bonhomme explique tout son barbouillage « par la langue honnête des Allemands, qui nous rappelle le dialecte « souabien. » Eh bien ! j'espère que voilà un raisonnement; comme les Cherokees ont des caractères alphabétiques ou plutôt syllabiques, il fallait que Tauleur du manuscrit inventât des caractères quelconque pour s'exprimer dans n'importe quelle langue, pourvu que ce fût de l'indien. On ne sait vraiment d'où peut sortir une pareille logique. Mais M. Noé est aussi poli que son langage est admirable, et pour conclure il ajoute : « Pour que M. l'abbé ne pense pas qu'il faille « un certain esprit superfin pour déchiffrer ces mots allemands, je le < prie de s'adresser au premier ouvrier tailleur du faubourg Saintft Antoine, qui le satisfera. » L'idée est jolie, mais que M. Noé me permette de lui demander pourquoi ces inscriptions étant aussi faciles, ni lui, ni aucun de ses compatriotes n'a pu les déchiffrer toutes ; et

qu'ils nie laissent le soin de le faire? Est-ce qu*ils auraient besoin du tailleur ? Ces inscriptions sont si faciles, que MM. Petzholdt, Noé, Lalanne, et un docteur allemand que j'appelerai le docteur X (1), parce que j'ignore son nom, ne s'accordent pas sur leurs interprétations. ■ Avant de démontrer toutes ces contradictions et ces omissions volontaires ou non , je dois consigner ici ma notice sur les inscriptions alphabétiques, que j'avais préparée pour l'impression, dès le mois d'avril, et que mon éditeur n'a pas voulu publier, ainsi *que la lievue orientale et américaine, qui l'a gardée trois mois dans ses portefeuilles. La loyauté que j'apporte dans cette discussion me fait un devoir de nerieny changer; cène sera que lorsquej'arriverai aux inscriptions elles-mêmes que j'y ajouterai l'interprétation de mes adversaires, pour les comparer à la mienne, quand elles ne s'accorderont pas.

Notice sur les Inscriptions alpltabétlques du « Alaiiuscrll;

ainéHcalii.»

Dans notre notice sur l'idéographie des Peaux- Rouges, qui précède le manuscrit pictographique américain, nous disions, en parlant des inscriptions alphabétiques contenues dans ce livre, que pour ne pas émettre légèrement une assertion prématurée, nous préférions nous abstenir de toute dissertation sur ce sujet, et renvoyer à plus tard une étude approfondie de ces inscriptions. Cette étude, nous l'avons faite, et, reconnaissant l'impossibilité de donner un sens à toutes les inscriptions, nous publions notre travail tel qu'il est, espérant qu'un jour quelque philologue allemand complétera notre traduction.

Les inscriptions alphabétiques ne modifient nullement notre interprétation, traitée trop facilement d'arbitraire (2), par des personnes d'un haut mér>te, mais ignorantl'art graphique des Peaux-Rouges. Il a même été publié que sous le point de vue archéologique, le « Livre flf des sauvages inspirait bien moins d'intérêt, qu'une foule d'autres

(1) Ce docieur, que je ne connais pas, sur la demande d'un de mes aruis, a lu trenteune inscriptions, qu'il a consignées sur un morceau de papier.

(2) Allusion au rapport de la Société géographique de Paris, dans un des builetins du commencement de Tannée 1861.

<( inscriptions analogues gravées sur les rochers en Amérique. » Nous étant particulièrement occupé de l'idéographie indienne, nous répéterons ici, qu'en général, les inscriptions auxquelles on fait allusion sont fort laconiques, quoique nombreuses, et d'une valeur historique très-secondaire; car elles ne se rapportent pour la plupart qu*à des récits de chasse, à des combats, ainsi qu'aux traits les plus saillants de la vie des guerriers fameux.

Le Livre d^s sauvages^ nous présente au contraire 228 pages de curieux détails sur les superstitions, les croyances, les initiations mystérieuses et les coutumes des Indiens, mises en contraste avec nos dogmes religieux, l'abrégé de notre histoire sacrée et l'introduction du christianisme dans ]a Nouvelle-France. Ce tableau représentatif et symbolique nous rappelle ce qu'on voyait au moyen âge dans ces tableaux chronologiques, commençant à la création du monde, et finissant à la venue du Messie. Sous ce point de vue seulement, le manuscrit offrirait un intérêt d'autant plus grand, que c'est le seul monument de ce genre connu de nos jours. Ce livre confirme encore davantage l'assertion du célèbre M. Schoolcraft, lorsqu'il dit, que l'idéographie indienne de ces vastes régions n'a pas fait un pas vers un perfectionnement quelconque depuis deux mille ans. En effet les Peaux-Rouges de l'époque anté-colombienne représentaient exactement leurs idées de la même manière que le font encore les tribus dont nous parlons, dans notre ouvrage sur les grands déserts du Nouveau -Monde.

Pour. nous refuser un honneur, qui ne nous a jamais été fait, la critique a déclaré que nous n'étions pas le premier ayant traité longuement la question des hiéroglyphes indiens, et que MM. Aubin, de Humboldt et Kingsborough en avaient parlé avant nous. En nous attaquant ainsi, l'on s'est maladroitement rendu coupable d'une confusion regrettable, que nous devons rectifier. MM. Kingsborough, de Humboldt, Aubin, et plusieurs savants ecclésiastiques ou laïques des dixseptième et dix-huitième siècles, ont beaucoup parlés de l'écriture mexicaine, mais ils n'ont pas dit un mot de la pictographie des Peaux-Rouges de l'Amérique septentrionale, avec laquelle cette écriture n'a pas plus de ressemblance qu'avec les hiéroglyphes égyptiens. On a donc eu tort de confondre la peinture didactique et l'écriture figurative des anciens Mexicains avec la peinture purement symbolique et représentative des Peaux-Rouges. Les divers travaux faits sur ces sujets diffèrent donc essentiellement les uns des autres.

Quant aux caractères alphabétiques du Livre des Sauvages, nous croyons qu'ils ont été tracés par la même main qui a crayonné les signes symboliques. Nous avons dû conclure de cette remarque, que le manuscrit est l'œuvre d'un chef de tribu instruit par un missionnaire allemai^d, ou celle d'un vieux sachem d'origine souabe. Ces deux hypothèses paraissent également probables. Dans la première, l'Indien se serait servi des mots allemands, dans les relations purement historiques, comme d'un complément ou de légendes explicatives, que les signes symboliques pouvaient difiicilement remplacer. Dans la seconde hypothèse, par laquelle nous pouvons attribuer le manuscrite un chef d'origine souabe, nous devons d'abord faire remarquer qu'il existe encore de nos jours bien des chefs indiens d'origine mexicaine, française ou saxonne ; il n'est donc pas étonnant de voir un souabe (dont le caractère nomade est un trait saillant de la nation), parvenir à cette dignité. Dans mon ouvrage publié à Londres l'année dernière, intitulé : Seven years résidence in the great déserts of north America (1). Je dis que souvent les prisonniers de guerre sont adoptés par les mères ou les veuves des Indiens morts dans les expéditions guerrières, et que ces prisonniers prennent dans le cercle de famille le rang, le titre et la place des défunts. Mais ce n'est pas seulement à celte coutume bizarre que nous devons de rencontrer des hommes d'origine blanche, dans les sommités indiennes ; les trappeurs, les chasseurs, les enfants volés, et bien des individus à caractère excentrique, se font ou (jeviennent sauvages soit volontairement, soit accidentellement, et finissent par acquérir dans la tribu, au milieu de laquelle ils se trouvent, un pouvoir considérable, qu'ils doivent à leur courage ou bien à leur intelligence, et que leur facilitent singulièrement les facultés inhérentes aux races européennes.

Nous croyons que l'auteur du manuscrit, dans ce cas là, aurait été adopté encore jeune, que par conséquent il avait eu tout le loisir de s'initier à l'idéographie et aux coutumes indiennes, et qu'il suppléait par des caractères grossiers et d'homme illettré à la pénurie des signes symboliques, toutes les fois que son sujet demandait des détails d^idées ou des noms propres, qu'il ne pouvait spécifier qu'au moyen de l'écriture cursive. Nous pensons en outre que l'auteur a composé ce manuscrite dans l'intention de montrer à ses frères adoptifs l'horreur de leurs cou-

Ci) L'édition française n'avait pas encore paru lorsque je remis cette Notice à mon éiïxi^wv ^i\x Va RéMue Orientale et Américaine, ' "' r- :- r^ " / «^

— /lO — tûmes mystiques ou secrètes, mises en parallèle avecl es enseignements religieux des chrétiens La partie purement historique étant assez limitée, il fallait donc que le but de cet ouvrage fût instructif; mais nous sommes loin de nier que ce travail n'eût été entrepris pour se rappeler simplement quelques souvenirs historiques et bibliques, et consigner en même temps dans ce long recueil les éléments des mystérieuses cérémonies des Indiens, leur théogonie et leurs secrètes associations.

Telles sont les explications que nous devions donner avant de faire la nomenclature des soixante inscriptions alphabétiques intercallées dans les 228 pages du manuscrit (1).

P. 33. Le mot n'a pas de sens; on lit duein; en intercaltant un r, peut-être oublié, on pourrait lirexHOERiN, qui veut dire tn^^n^^^. Lcd, est en effet souvent employé pour le th, dans l'écriture des classes illettrées allemandes, à cause de leur ressemblance phonétique. Ce root, du reste, s'applique très-bien aux figures de cette page et des précédentes, à cause de l'inconvenance dos actes auxquels se livrent parfois es Indiens. . — MM. Noé, Pelzholdt et Lalanne, n'ayant pas de ailleurh leur disposition n'ont pas déchiffré ce mot. — Le docteur X, a lu DARiN (dedans).

P. 36. On litERD, sans doule pour erde la terre, car la dernière partie de ce mot est cachée dans les plis du livre. Les signes symboliques de cette page représentant remblèmc des nuages ou de la pluie; nous trouvons plusieurs sens à donner à ces figures pour les faire concorder avec le mol allemand. L'avanl-dernière figure de cette page porte l'emblème de la puissance productrice; il tient au bras le symbole de l'eau et derrière lui se trouve une tente surmontée d'une croix, symbole du christianisme. Ceci nous engage donc à croire que l'auteur a voulu représenter un cfi rétien ayant la puissance de féconder la terre en obtenant de la pluie, par le secours de sa religion. — Aucun de mes adversaires n'a pu déchiffrer ces trois lettres.

P. 38. Nous lisons DRuzpour trutz outrotz, courroux, bouderie^ inflexible fierté, entre deux Indiens qui ont la poitrine rayée et un

(1) Pour abréger la discussion, je ne citerai mes" commentaires que lorsqu'ils seront nécessaires pour indiquer le rapport des mots avec les signes symboliques.

— /il —

cœur dans la main. Les deux cœurs sont tournés vers un esprit (1^^ fig. 1^® Jigne). Ces rayures longitudinales de la poitrine expriment qu'elles ont été ouvertes pour en arracher le symbole de Taraour et Toffrir au Grand-Esprit pour calmer son courroux et se le rendre propice. — M. Lalanne, qui est très-fort en haut allemand^ voit treuz, soitTREu, fidèle, dans druz ; dans les deux cas il ajoute un e qui n'y est pas, et dans le second il retranche le z qui s'y trouve. — M. Noé, lit brez, en changeant le d en t et Tu en e, puis il ajoute: « pas clair. » Est-ce qu'il n'y avait pas à Augsbourg des tailleurs à consulter? Le docteur X, a" lu GE (sous entendu) dreg, il porte, M. Peizholdt, n'a rien lu.

P. 42. Nous lisons wuessd, pour wuest, dissolu, débauché, mé-chant. Le chapitre auquel appartient cette page étant incomplet, il s'ensuit que l'intelligence du sujet est d'une grande difficulté. On pourrait croire qu'il s'agit ici d'une partie de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que ce mot s'applique à Ponce-Pilate, qui serait alors représenté par la figure au pouvoir suprême, placée au-dessus de l'homme attaché à la colonne; mais rien ne s'oppose à ce que l'interprétation soit limitée à la reproduction d'une de ces scènes mystiques ou de cruautés si communes parmi les peuplades américaines. — Aucun de mes adversaires n'a vu ce mot: mais le docteur X, a remplacé I'e par un r et lit wurst, saucisse.

P. 47. Le mot anna est écrit Irès-lisiblemént en toutes lettres ; mais comme plus de la moitié de cette page est déchirée, il est impossible de deviner pourquoi ce nom se trouve placé là. — Il est inutile d'ajouter que tous les savants étrangers et français et môme V Athenœum ont lu. ce nom.

P. 55. Nous lisons le mot gern, volontiers, ayant un sens d'acquiescement à une action qui s'est faite ou va se faire, mais que nous n'osons pas spécifier. — Tous mes adversaires ont également lu ce mot !

P. 63. Le nom de maria, paraît ici pour la première fois; il est placé au dessous de deux figures, dont l'une représente un animal tolémique du sexe féminin, et l'autre un génie. Il est indubitable qu'il s'agit d'une histoire ayant rapport à ce nom propre. — Mes aimables juges ont savamment lu ce nom.

P. 64. Dans cette page on lit le mot an, coupé par le pli du livre, qui empêche de lire la suite, puis au dessous d'un morceau de papier collé plus bas sur des signes symboliques on lit le mot avertt. Le

— U2 — premier peut se traduire par anna ou eva cl se rapporter h la qua* trième figure de la page, et le second nous paraît plutôt venir de wird WERDEN, miitrcy devenir, que signifier tout simplement werth, valeur. En lisant werd pour werth, nous pourrions interpréter celte page soit dans un sens biblique, soit par Thistoire d'une héroïne célèbre à celle époque parmi les tribus indiennes. — M. Lalanne dit à ce sujet : « C'est tout seul que je déchiffre gern, volontiers^ AN-\vERT^ a ou peut-être an-werp, anvers, ce qui nous mettrait un peu loin du « Canada et des Peaux-Rouges. «C'est naïf, mais je lui ferai remarquer que si, grâce à Teuphonie, on peut prendre parfois le d pour un t en allemand, on ne prend jamais le t simple ou double pour un p. — Quant aux docteurs allemands, ils n ont pas jugé à propos d'interpréter ces deux mots.

P. 69. Le mot nicht, rien^ négation, en partie effacé, a été refait sur un morceau de papier portant des signes hiéroglyphiques ajoutés. — M. Lalanne l'a traduit par pas; le docteur X par non, et les docteurs Pelzholdt et Noé le citent sans commentaire.

P. 70 et 71. Dans ces deux pages le mot ssbott est répété trois fois et veut dire moquerie, raillerie en changeant le b en p,. Mais s'il nous était permis de traduire ce mot librement et avec les sous-cnlendus fréquemment employés parmi les personnes illettrées, nous lirions (da)ss (GE)BOTT,cettoprière.Jesuisd'aulanl plus incliné à prendrecette traduction que je suis persuadé que la seconde lettre de ce mot est un b, comra e nous le voyons p. 148, dans le raotBEi gott, et que le commencempnt du mot est peut-être caché sons Tajouture qui sert à effacer une inscription dont je n'ai pu reconnaître la nature. D'après les figures du livre, le mot moquerie, n'a aucun rapport avec ces figures, tandis que celui de prière en a beaucoup ; car nous voyons dans ces pages 70 et 71 , l'effet de la prière, représentée par la puissance qu'elle donne à ceux qui la pratiquent et symbolisée par les appendices attachés aux figures de ces deux pages. — M. Lalanne a lu « blot pour blut, sang. » Les deux ss deviennent maintenant pour lui un b, et le p ou le b deviennent un B, et le double t un t simple. Voilà des caractères bien élastiques. Les docteurs X et Pelzholdt ont lu comme nous ssbott, qu'ils traduisent par spott, moquerie. — M. Noé lit tout simplement spott.

P. 90. Nous lisons deux fois le mot will, vouloir, volonté, mais ils sont légèrement tronqués par le pli du livre; il se peut donc que le mot ne soit pas achevé tel qu'il est, et qu'on puisse en lire un autre. — MM. Lalanne et Noé ne le citent pas. Le docteur X pense qu'on

peut lire will, volonté, et will, abrégé de wilhelm, Guillaume.

P. 99. On lit GEBAUTT, construit^ édifié, ou iiEBANTT, exilé; la barre du t, qui n'est pas représentée dans le livre, est très-effacée sur Toriginal; mais elle est pourtant visible. Il suffit de bien examiner les pages 98 et 99 pour se convaincre que ces deux interprétations peuvent se rapporter aux figures représentatives ; car le mot gebaut pris substantivement veut dire commandement. — Mes contradicteurs n'en parlent pas, et le docteur X lit gelauf, part, passé de laufen, courir ; mais il n'est pas possible de prendre le b pour un l et le t pour un F.

P. 105. L'inscription de celte page porte iohannes-vatder UNSSER, Jean notre père. — Naturellement ces mots étant trèsintelligibles, je les trouve dans toutes les pages de mes adversaires. Le docteur X, seul y a trouvé la traduction suivante : Jean le poisson,

P. 106. Nous lisons le mot prophète, qui n'a pas besoin de traduction et se rapporte naturellement au personnage directement au-dessus, qui communique ses dons aux trois petites figures peintes en rouge. — Mes adversaires n'ont pas su déchiffrer ce mot. Le docteur X est moins embarrassé, il prend le premier signe pour un g, il en fait ensuite ss, et lit GROss HUT, grand chapeau.

P. 108. L'inscription de celte page est illisible; le monosyllabe SGHAM, kontèy qu'on lit, n'est que le commencement d'un mot tronqué par le pli du livre et des signes méconnaissables. — MM. Noé, Pelzholdt et Lalanne se sont empressés de ne pas en parler, à cause des difficultés qu'elle présentait.

P. 110. Nous lisons bebregek, sans doute pour beïruegen, trompé. La dernière lettre est à moitié prise dans le pli du livre. M. Lalanne lit betreger pour betrieger, trompeur. MM. Pelzholdt et Noé lisent bedreger pour betrueger, et le docteur X traduit comme nous.

P. 113. Nous lisons le mot will, déjà expliqué.

P. 117. On lit le mot lif, qui peut se traduire par il a couru, — Ce mot est également passé sous silence chez nos contradicteurs.

P. 119. Trois inscriptions occupent celte page. La première, honig, miel; la seconde se compose du monosylabe pond, auquel je ne connais aucune signification en allemand, quoiqu'il en ait en anglais, ainsi que plusieurs autres mois de ce manuscrit, qui appartiennent indifféremment aux deux langues; la troisième, honigross, qui veut peut-être dire ruclie^ quoique ross se traduise par cheval, lise pour-

— H — rail en effet que des ruches fussent symbolisées par les trois carrés et les deux triangles contenant des points. Cette page et les précédentes, depuis le commencement du chapitre, indiquent, comme nous l'avons déjà remarqué, un pays fertile, abondant en ressources naturelles, et le miel sauvage n'est pas une des moindres richesses de l'Indien. M. Lalanne se tait sur ces trois inscriptions; MM. Noé et Petzholdt ne parlent que de la première, ainsi que VAthenœmn, et le docteur X traduit la dernière par : pain d*épice en forme de cheval.

P. 120. Nous lisons les mots EiCHEN sghaedlegh, pour sghaedlich, ckPnes nuisibles. Les signes symboliques de cette page nous font supposer que cette inscription peut s'interpréter dans un double sens ; savoir, que les arbres dont il est ici fait mention sont dangereux à cause du terrain humide ou fiévreux qui les entoure, ou bien parce que c'est un endroit fréquenté par des personnes hostiles et méchantes. M- Noé lit R1EGHEN SGHAEDLICH (cu ajoutaut uu R, qui ne se trouve pas dans Tinscription), ce qui veut dire sentir mauvais, — M. Peîzholdt, à son tour, prend Te pour un r, et lit righen. Le docteur X n'en parle pas, et M. Lalanne s'accorde avec nous.

P. 121. Le bas de cette page est très-embrouillé, car l'inscription commence avec une lettre qui ne se^elrouve nulle part, et qui parait incomplète : on lit ensuite erdernd, auquel je n'ai trouvé aucun sens, même en supposant que celte première lettre soit un u, un n ou un v. C'est en vain que j'ai cherché ce mot parmi les docteurs allemands et M. Lalanne; pour celui-là, comme pour tant d'autres, ils ont préféré me renvoyer au tailleur que de l'expliquer eux-mêmes.

P. 122. On lit EBEL, pour uebell, mauvais; ce mot peut se rapporter aux productions du pays dont on en voit de grossiers symboles dans les figures au-dessus. — Silence général sur ce mot.

P. 123. On lit HONiG, déjà traduit.

P. 125. WOHR pour wAHR, vrai, allusion faite probablement à la sincérité d'un acte qui se passe entre les deux personnages crayonnés à droite de l'inscription. — Le docteur X, qui seul en parle, lit wort, parole, en laissant de côté I'h et mettant un t à la fin.

P. 126. Nous lisons lessde word, pour letste wort, dernière parole. Le mot lessde ne paraît pas fini, une autre lettre le suit, probablement un s, à moitié disparue dans les plis du livre. — Les docteurs allemands n'en parlent pas, et M. Lalanne traduit comme nous.

P. 127. On lit VERRADEN pour verrathen, trahir^ ou verrath,

trahison. Ces mots, comme plusieurs déjà cités et d'autres que noua citerons plus loin, sont de vrais légendes sans lesquelles la plupart des scènes symboliquement représentées au-dessus resteraient très-obscures. — Personne n'a signalé ce mot.

P. 131. Le mot winiger pour wejsiger, moins ^ de cette page, est sans doute mis sous le deuxième groupe pour désigner qu'il était moins considérable que celui de dessus. — Ce mot est reconnu par tous mes adversaires allemands.

P. 132. Nous pensons que le mot horen doit se HrenoEREN, entendrCy car il s'agit ici de l'explication symbolique de la doctrine chrétienne par les missionnaires arrivés sur les navires (p. 132), ou par l'auteur du manuscrit. Certains appendices auriculaires, symboles de l'attention etde l'entendement, ajoutés à plusieurs figures de ce chapitre, nous font embrasser cette opinion. -^ MM. Pelzholdt etNoé, sans doute embarrassés par ce mot, ne l'ont pas cité. Le docteur X le traduit par écoulez^ et M. Lalanne par huren, qu'il ne traduit pas.

P. 135. Le mot gewussb pour gewusst, connu, compris, se rapporte indubitablement à l'enseignement dont nous venons déparier. — MM. Petzholdt et Noé Tont lu comme nous, M. Lalanne ne le cité pas et le docteur X a vu go pour gross et wurst pour wusst, grosse saucisse. C'est vraiment admirable !

P. 143. MARIA, déjà nommé.

P. 144. L'inscription de celte page est incomplète. On lit d'abord WUEST, mauvais, méchant^ débauché, et le mot mna, mot sioux, qui sans préfixe ou suffixe veut dire le fruit de l'aubépine. Comme un mot sioux ne doit rien avoir à faire ici, nous croyions que les lettres ont été interverties par inadvertance et qu'il fallait lire man, homme^ méchant homme ; mais après avoir attentivement examiné l'original nous nous sommes aperçu que ces trois lettres faisaient partie d'un mot plus long, que nous n'avons pu déchiffrer. — M. Lalanne se tait sur ce mot et les trois docteurs allemands changent Te en r et lisent WURST, saucisse, ainsi que VAthenœum de'Londres. En mettant toujours ce comestible dans mon livre, ces Messieurs commencent à devenir monotone; de grâc'e qu'ils y mettent, une bonne fois, de la choucroûte pour changer, et n'en parlons plus.

P. 145. Le mot fassdïtag pour fasttag, jour de jeûne, est sans doute placé ici à litre de réminiscence ou bien encore à litre d'instruction ou de précepte. — M. Lalanne le traduit tout simplement par jetine, ne tenant nul compte de 'ï\Gc,jour, Le docteur X, le traduit

par carême, MM. Pelzlioldl Tin 1er prèle comme nous, ainsi que VAt/iœneum, puis il ajoute eri parlant do ce mot : « On voit trois personnes, « chacune avec les anneaux (de pain) dans les mains, tels qu'ils sont « usités pendant le carôme. » M. Noé dit sur le même sujet : « une « paire de figures tiennent un pain, » le bretzel du carême.

P. 146. L'inscription de cette page est fort obscure : voici quels sont les caractères dont elle se compose an vergelpt, peut être le p, mal écrit, doit-il être pris pour s mal placé, et doit-on lire an vergelt's. En lisarât ainsi et prenant an pour l'abréviation d'un nom propre nous aurions an le récompense. M. Noé Ut an vergelt (ung), il ajoute la syllabe ung pour faire le mot récompense^ mais il n'explique pas le préfixe ou substantif an. Le docteur X.. et MM. Lalanne et Petzholdl n'en parlent pas.

P. 147. Nous lisons dans cette page les mots hass, la haine, et DENAND, qui doit être sans doute un mot souabo ou patois, pour signifier toedtet,^?/^ ou quelque chose d'approchant dans ce sens. Le docteur X.., M. Lalanne et M. Peizholdt n'ont lu pour leur plus grande commodité que le mot iiass, qui est en haut de la page, et M. Noé lit ainsi : hasst enand pour einander, une autre haine ; c'est possible, mais je ne le crois pas, car les deux mots sont trop séparés et trop distincts pour admettre celte interprétation.

P. 148. On lit d'abord bei gott, par Dieu^ puis gott mein zeuge, Dieu mon témoin ou soit mon témoin, exclamation qu'explique la pose de la figure au dessus. MM. Lalanne, Peizholdt, le docteur X.,, et V Athœneum ont interprété ces inscriptions comme nous. M. Noé ne les mentionne pas.

P. 149. Nous lisons d'abord sur cetle page so woiiR (pour wahr) als gott, tfwwitrâfî 91/^ /)î^i/. Nous croyons que ces mots indiquent un serment et non pas un juron. L'inscription suivante est moins claire. On lit gnat re chgottes : comme il y a beaucoup de place entre le re et le ch, nous croyons qu'on doit y placer un i soit oublié, soit effacé par le temps; alors nous aurions gnat pour gnade, grâce, re(i)ch, royaume, règne, gottes, de Dieu (règne de la grâce de^Dieu. Cette légende est corroborée par les pages suivantes, qui représentent les effets de la grâce dans le cœur des chrétiens fidèles; car si nous avons dit dans notre notice (p. 109), qu'il s'agissait ici d'un hommemédecine et d'un midé inspiré par un pouvoir autre que le sien, et possédant toutes les qualités et toules les facultés d'un être supérieur, il n'est nullement besoin de changer V homme -médecine en un mission-

naireni le m W^ en un chrétien pour rcndrcnolrepremièreinterprélalion plus exacte; tout homme supérieur est un homme-médecine pour un Indien, et tout midé peut-être un néophyte; Tun enseignant les effets de la grâce, et l'autre écoulant les instructions de la nouvelle doctrine. M. Petzholdt n'a rien vu de cette inscription, et M. Lalanne, toujours fort en haut allemand, ajoute, après avoir traduit la première inscription, qu'il se trouve au bas de celte page : « encore des mots mutilés ou inachevés. » Vraiment, je commence à croire qu'il ne m'aurait pas beaucoup aidé dans ma traduction. M. Noé lit gnadreich gottes, mais il ne donne aucune explication. Le docteur X a traduit comme nous. P. 159. Le Mot geavald pour gewalt, puissance, violence, force supérieure, est inscrit au bas de cette page. Ce mol s'accorde parfaiteïïient avec la forme et l'arrangement des figures placées au dessus. A part M. Petzholdt, qui ne le cite pas, je me trouve en cela d'accoi-d ' avec tous mes adversaires, comme pour les mois An?îa, Maria et autres aussi lisibles.

P. 164. En haut de la page on lit le mot grund, base, fond, cause, motif, et le mot feirdag pour FEimrxo, jour de fêle, est au bas. — Sur le premier mot tous mes adversaires se taisent ; sur le second nous sommes tous d'accord.

P. 168. Nous lisons ici le mol eiger, dont nous ignorons le sens ; EiGEN, veut dire appartenant, mais Tr étant bien formé, il n'est pas possible de s'y méprendre. — Le tailleur de M. Noé aurait bien dû nous renseigner sur cela; car il est inutile d'ajouter que les docteurs allemands, comme M. Lalanne, renferment ce mot dans un prudent silence.

P. 171. Le mot heilig se lit au bas de cette page, et peut signifier pur, saint, sacré; il est hors de doute qu^il s'applique ici au culte catholique; peut-être aux sept dons du Saint-Esprit, ou bien aux sept sacrements, comme les deux cercles de cette page et les cinq de la suivante l'indiquent. — Sur ce point accord général, qut^ique M. Lalanne l'ait oublié.

P. 177. Nous lisons nicht wohl, pas bien, Accord parfait comme ci- dessus.

P. 179. On lit en deux lignes hei-cii, sans doute u a été effacé ou perdu dans l'esprit de l'auteur, et l'on doit lire heilig comme à la p, 171. — De ce mot personne n'en parle.

P. 180. Au milieu de celte page on lit heilig sache, chose sainle ; ces inscriptions s'expliquent par la nature des figures qui sont auprès

— /i8 — déciles, cl des piigcs de ce chopilre qui Irailc exclusiveinenl des choses religieuses. — Encore ici je m'accorde avec tous mes contradicteurs.

P. 189, L'inscription de cctlo page porte le mot geordhl, qu'on peut traduire par jugé^ sentencié. Parmi les signes représentatifs de cette page on voit du feu, une espèce de potence avec des clous, et la raquette au bout d'un bâton, qui sert à faire sécher la peau du scalp ; plus haut le squelette d'un mort. Nous croyons donc que notre interprétation est justifiée par ces signes symboliques. — Il est inutile de dire que ce mot offrait trop de difficultés pour être traduit par mes adversaires : le docteur X seul en fait mention ; il a lu geuoerd^ il appartient^ appartenu, qui ne trouve aucune application ici.

P. 196. Cette page contient plusieurs inscriptions presque impossibles à déchiffrer, et nous ne pouvons y donner aucun sens, même en nous fondant sur les signes symboliques, qui nous représentent un souvenir tragique. Voici les caractères de celte inscription : hass-g- DRAG-osE-LL-OEPELLDA ; nous pouvons ajoutcr s, qu'on aperçoit à peine à cause du pli du livre qui le cache. Nous avons d'abord hass, la haine; puis gdrag, qui ne signifie rien, à moins de lire getragen (I'e et I'n étant peut-être pris dans les plis du livre, comme je le crois), portée soutenu; quant au reste, osell-oepell dass, nous n'y comprenons rien, si ce n'est le mot sell pour seele, âme, et das, nominatif et accusatif neutre de l'article der, le. — MM. Pelzholdt et Noé s'en sont tiré en ne mettant que la partie suivante de l'inscription

LL-OEPELL DAS, qu'ils lisCnt : « LLOEFEL DAS (dAS SIND LOEFEL) , » Ce

sont des cuillères. Mais outre que cette manière de tronquer les mots n'est pas admissible, il reste encore plusieurs autres difficultés à trancher ; d'abord c'est de savoir pourquoi Ton retranche de celte inscription les caractères ossE, et pourquoi l'on fait du p deux f, que l'auteur trace toujours d'une manière très-distincte, comme on peut s'en convaincre par le mot lif, p. 117 et 124. Cependant nous ne nions pas absolument l'interprétation arbitraire de ce mot par mes savants adversaires, car il est possible que dans l'ancien allemand l'on écrivait LOEPEL pour l'oefel. M. Lalanne a préféré ne pas se compromettre en donnant son opinion sur cette inscription, et le docteur X y trouve les moX^ pantalon, boUe et rose'i

, P. 198. Nous lisons les mots unschuldig, innocent, inocemment et wiss, abréviation de gewiss, certainement. — M. Lalanne croit que wiss vient de weise , qui veut dire , manière, façon, usage. M, Petzholdt,

naturelleraeni ne met pas ce mot. M. No6 le fait venir comme nous de GEwiss, et le d' X le liredewissEN, savoir.

P. 199. Le bas de celte page contient les mots suivants : will na- CHNAMEN , pour NACHAHMEN, il vcut imiter. 11 est possible que 1*a de NACHSoil un 0, comme dans l'inscription suivante; mais nous avons vu dans wahr, écrit wohr , que Tauteur confondait parfois ces deux lettres. Le d' X croit qu'il faut lire nachnehmen, prendre; cela se peut; MM. Lalanne, Petzholdl et Noé n'en parlent pas.

P. 200. Nous lisons NOCHNAMENEGUEopour GUT, bien {bien imité); ïîocHNAM^E n'étant qu'une répétition de l'inscripiion précédente. Tous mes adversaires ont oublié ce mot.

P. 202. L'inscription de celte page est moins claire; ellepedt néanmoins s'interpréter saris de grands efforts d'imagination. On lit d'abord scHEiLM, qui n'est autre que sciiELM,/npo72, et dise pour dièse, ceuoo-ci. Le A^ X, te seul qui parle de ce mot, a lu vvEiFE^^sifflant.

P. 210. Nous lisons à la page 210 les mots wuesd word, pour WUEST WORT, mauvaise, horrible ou détestable parole. - — M. Lalanne ne cite pas ces mots; M. Noé n'a pas osé mettre de la saucisse ici comme il en a mis à la page 44, et je ne sais pourquoi, car les lettres sont très-lisibles et parfaitement les mômes dans les deux inscriptions; mais sans doute il voulait tout simplement faire rire ses lecteurs tout en les mystifiant par une bévue : quant à M. Petzholdt il n'a pas manqué d'y revoir sa saucisse chérie; le d' X a fait de même, quant au mot de WORT, il l'interprète ^BlV parole oviest devenu; c'est à dire ilest devenu saucisse^ ou saucisson^ si le lecteur préfère employer le masculin. 11 me semble que mes savants juges devraient être fatigués de trouver toujours de la saucisse sous leurs yeux , sous leur plume et sur leurs lèvres^; mais <i des goûts et des couleurs on ne dispute pas. »

Au bas de la page on lit zornig, irrité, courroucé^ et gessteld pour GESTELLT, représenté^ joZacé; c'est-à-dire représenté courroucé, ce qui doit s'appliquer à la première figure humaine de cette page. MM. Noé, Petzholdt et Lalanne l'ont à 'peu près traduit comme nous ; mais le d' X a lu le moi patience, je ne sais guère comment.

P. 212. Nous lisons le mot spottliche pour spottiscîï, moqueur, ironique. Le d' X seul a traduit ce mot comme nous. MM. Lalanne, Petzholdt et Noé l'ont sans doute oublié, car ils n'en parlent pas.

P. 224. En haut de cette page nous lisons le mol spott, ironie, déjà citéelqui termine les inscriptions alphabétiques du Livre des Sauvages.

Vous voyez, Messiears, que malgré votre soia^ee et votre qualité d'Allemand vous ne vous accordez ni sur la lecture ni sur le sens des motSy que le premier ouvrier tailleur du Jaubcurg Saint* Antoine devait lire si facilement ; vous avez également eu Vadresse de glisser sur toutes les inscriptions dont la lecture ou rinterprétalion vous paraissaient équivoques. Vous me direz, peut-être» que vous n'avez pas voulu vous donner la peine de les déchiffrer , je le crois, quoique j'aurais le droit d'en douter ; mais cela prouve toujours que ces interprétations n'étaient pas aussi facile à trouver que vous l'avez certifié ; cela prouve encore que j'avais parfaitement raison de prendre du temps pou^eipliquer ces inscriptions , que nous tous ensemble nous n'avons pas encore pu déchiffrer complètement. Soutiendrez-vous toujours que ce manuscrit est l'œuvre d'un polisson de cinq à sept ans ; j'en doute, mais le public est là pour juger de quel côté se trouve la vérité, comme il jugera de quel côté sont les convenances et la modération qui doivent toujours présider à toute polémique impartiale et sa vante. Yous avez voulu faire rire à tout prix, eh bien ! vous avez parfaitement réussi, c^r le rire me gagne à mon tour, et vos admirables articles m'ont fait passer les plus délicieuses journées qu'on puisse désirer pour interrompre la monoto-» mie d'une existence laborieuse et triste.

Si votre critique s'était renfermée dans les bornes d'une analyse consciencieuse de mon livre , qu'elle eût été de bonne foi quoique ignorante , et qu'elle fût arrivée à votre conclusion par un examen sérieux et raisonné des matières contenues dans le manuscrit , je me serai réjoui d'avoir trouvé des adversaires où je pensais ne rencontrer que des indifférents. Avec mes connaissances personnelles et les longues études auxquelles je me suis livré depuis tant d'années sur tout ce qui concerne l'Amérique en général (que j'aime sincèrement], et les Indiens en particulier, je ne pouvais pas me tromper aussi grossièrement que vous l'avez affirmé, malgré votre incompétence, que je constate hautement, tout en reconnaissant vos talents et vos mérites pour d'autres branches de la science. Mais si je m'étais trompé.; j'aurais eu le courage de l'avouery tenant beaucoup plus au titre d'honnête homme qu'à celui de savant. Je connais malheureusement, par ma propre expérience, l'époque dans laquelle nous vivons, et je sais que ce titre fait bien des ennemis à ceux qui le portent, et qu'il conduit souvent à l'hôpital en passant par la misère. Mon aveu, du reste, ne m'aurait pas été pénible, ayant bien des excuses pour me justifier, comme 'vous avez pu le voir. Le gouvernement

français» àe son côté, ne perdait rien desa considération» car on n*aurait pu Taccaser que de pousser trop loin sa libéralité en souscrivant à des ouvrages sur la valeur desquels personne ne pouvait le renseigner. Les gouvernements accusés de trop de générosité sont rares, Messieurs,, vous le savez sans doute mieux que moi. En avouant qu'on s'est trompé^ on ne se compromet nullement, je crois, au contraire, qu'en agissant ainsi. Ton fait preuve d'une loyauté et d*une honnêteté aussi honorables que peu communes de nos jours.

Quant au ridicule inqualifiable que vous avez voulu jeter sur la dé* couverte du Livre des Sauvages^ d'autres, avant vous, ont voulu le jeter sur des découvertes d'une bien plus grande importance, que nous admirons aujourd'hui, et qui furent honies jadis même par des intelligences d'élite. Je me rappelle à ce propos de m'ôtre indigné à Londres, en Usant à la bibliothèque royale une note de M. Prescott, et dans laquelle il se moquait assez cavalièrement de lord Kingsborough 5 au sujet de sa reproduction des manuscrits mexicains , « que personne, dit-il, ne comprenait. » M. Prescott ignorait sans doute les travaux et les traductions de la plupart de ces manuscrits, par les auteurs que je cite dans ma notice, et que M. Aubin lit aussi couramment qu'eux.

Dans les injures dont vous me gratifiez, dans les perfides insinuations que vous faites, et dans la passion que vous avez mise à vouloir ridiculiser le manuscrit, il est difficile de voir dans vos écrits une simple question littéraire. Il est douloureux, Messieurs, de voir dans ces graves questions se mêler des rivalités de nation, des antipathies puériles et des préjugés surannés, qui répugnent à la civilisation moderne. Tout esprit supérieur s'élève noblemenrt au dessus de ces petites passions humaines, que l'on rencontre encore trop souvent dans cette espèce de franc-maçonnerie intellectuelle , qui devrait lier ensemble les grandes intelligences de tous les pays et de toutes les religions. En plaisantant parfois sur vos erreurs où vos légèretés je n'ai point voulu faire usage de vos armes, car je les trouve méchantes, et puis elle me répugnent ; mais après les outrages dont vous m'avez si indignement abreuvé il devait m*6tre permis de m'amuser aussi, tout en respectant vos personnes et vos talents, et je crois avoir été plus généreux que vous en cela t car vous n'avez respecté en moi , ni le prêtre ,

ni rhomme, ni Técrivain. Monsieur Lalanne surtout s*ost signalé par des mois cruels , qui ra*onl fait saigner le cœur ; je ne veux pas le blesser à mon tour, mais je lui dirai que lorsqu'on trouve dans son imagination des mots pareils, on doit au moins avoir la pudeur de les signer d'un nom étranger, et tout à fait ignoré dans les Lettres. Je lui dirai aussi, que je comprends très-bien que VAthenœum de Londres blâme le gouvernement français de dépenser de l'argent pour la publication d'ouvrages exceptionnels, qui ne verraient jamais le jour sans la généreuse souscription du ministère d'État. Quoique le gouvernement anglais dépense des sommes considérables pour les études et les travaux géographiques, il n'a pas habitué les savants des lies britanniques à compter sur sa bourse pour publier les trésors que possèdent les bibliothèques royales des Trois royaumes. Pour ne parler que de l'Irlande d'où je viens, je dirai que sans les fonds privés et fort restreints que possèdent Tuniversité catholique et l'académie royale de Dublin, nous ne connaîtrions pas les ouvrages admirables des docteurs O'Donovan, O'Curry, Wilde, Pétrie, Todd, Reeyes et autres, et que nous aurions toujours une bien médiocre idée de l'histoire, de l'archéologie et de l'ethnologie irlandaises. Le docteur Graves aussi, dean du château royal, attendra sans doute longtemps encore que le ministère anglais lui vote des fonds pour l'aider à continuer et à produire son admirable découverte de la triangulation des anciens forts de rirlande. Mais ce que je ne comprends pas c'est qu'un Français vienne faire à notre gouvernement un tel reproche qui fera toujours sa gloire.

M. Lalanne aurait dû se rappeler la motion de notre spirituel orientaliste, archéologue et philologue, M. de Saulcy, qui demandait au Sénat, à l'époque de l'adresse à S. M. l'Empereur, que le budget des sciences et des arts fût augmenté. Pour ma part, je préfère la libéralité et les vues élevées du savant sénateur à ce blâme maladroit, malveillant et mesquin du rédacteur en chef de la Correspondance littéraire.

M. Lalanne ne doit pas ignorer que des quatre grandes parties du monde, l'Amérique est la moins connue dans son histoire, son ethnologie et sa philologie ; mais ce qu'il ignore peutêtre c'est que les quelques documents précieux que nous possédons sur ce sujet, nous viennent de l'Amérique, de l'Allemagne et de l'Angleterre, et que là France n'en a produit encore que de très-secondaires et presque uni- (|uement sur l'histoire du Canada et des États-Unis. Je crois donc (|u'au nom de l'orgueil national, qui devrait faire battre le cœur de tout Français, M. Lalanne devait trouver que le ministre d'État agit

nobleoient en comblant celte déplorable lacune, et protégeant par son généreux concours les travaux qu'on lui propose sur cette partie de notre globe imparfaitement explorée.

M. Noé finit son article en me disant « qu'il trouve profondéce ment enracinée dans une multitude d'hommes, la méchanceté de « distinguer des mots allemands des mots indiens, et de puériles. bar- « bouillages, de dessins artistiques et d'origine vénérable. » Si l'ironie perce sous cette phrase spirituelle, elle est du moins de bon goût, et n'ayant rien d'offensant, j'en félicite l'auteur, tout en le priant de faire une visite à son tailleur pour en obtenir des renseignements sur ce qu'il dit (( n'être pas clair. »

Quant à M. Petzholdt, il termine son pamphlet en me conseillant « de me taire dans une retraite modeste , au lieu de me décider peut" « être à vouloir entrer dans une analyse plus détaillée de ce livre. » Je regrette de n'avoir pas suivi son conseil, mais c'est de sa faute; il aurait dû mettre moins de saucisse dans mon livre, et plus de dignité dans son langage; alors je serais p^w^-é/re allé dans une retraite réfléchir sur. les douceurs et les profits de la science, comme sur la modestie et le patriotisme des hommes. En attendant que je m'y décide, je finis à mon tour en disant à mes charmants voisins du midi de l'Allemagne, que je les admire d'avoir trouvé tant de choses dans mon livre : au railieu de leurs poétiques visions, ils n'ont vu que les articles dont se constituent leurs menus plaisirs. Il est vraiment dommage que leur phénoménal gamin ait oublié la chose la plus essentielle pour tout bon Allemand. — Quelques pots de bière: — Ils auraient alors vu plus clair et nous auraient certainement favorisés de nouvelles découvertes plus admirables encore, et surtout assaisonnées de ces expressions distinguées auxquelles la civilisation française n'accorde jamais, chez nous, les droits de naturalisation. Nous pouvons assurer ici les chers disciples de Gambrinus que nous ne leur en voulons pas du tout de ne voir à travers les vapeurs émanées du liquide national que l'appétissante image d'objets gastronomiques et matériels.

Nous nous résignons volontiers à leur abandonner tout le mérite de leurs hallucinations, comme nous leur laissons toute la responsabilité de l'impardonnable mystification dont le monde littéraire a peut-être été la dupe mais non les savants. Nous les laisserons faire de la politique contre nous,sans prendre notre revanche en leur demandant à notre tçur ce qu'ils ont su faire sur ce chapitre à l'heure solennelle et décisive, appelée 1848-50. Ils peuvent à leur aise jeter do la boue sur

notre civilisation, mais nous n'ayons aucun motif d*6tre jaloux de la leur, si les enfants en bas Age sont chez eux jugés dignes de tracer les figures du manuscrit américain. Mais notre caractère nous impose quelque chose de plus grave que des aménités de ce genre, et des personnalités qu*on ne saurait toujours éviter dans une polémique pa*retUe que nous avons abrégée le plus possible.

G*est avec bonheur que nous saisissonscette occasion dedonner à T Allemagne, dont personne ne conteste le mérite, un doux tribut de recon^ naissance pour les égards et la considération que ses enfants honnêtes et laborieux m'ont toujours témoigné dans les solitudes du Nou veau*Monde . A part les prétentions puériles et les jalousies aveugles de quelques têtes ffamôrinisées, j*ai toujours rencontré dans les Allemands des vertus morales et sociales qui faisaient mon admiration, et, là bas, là bas, au delà des forêts vierges, dans les grandes prairies , je pourrais citer plus d'une colonie où des lèvres allemandes répètent encore mon nom avec amour et respect. Quand des fatigues inouïes me firent dé^ poser la croix du missionnaire pour prendre la plume de Tethnolc^e, je savais que toutes les épines qui déchirent le cœur de Thomme ne se trouvent pas dans les déserts américains ; je savais que j'allais travailler un champ improductif et stérile, que j'arroserais aussi souvent de mes larmes que de mes sueurs ; mais, heureux de pouvoir dévoiler à ma patrie des horizons plus ou moins inconnus, de lui lire bien des pages utiles sur les tribus indiennes de cette partie du globe , pagea difficiles à découvrir, difficiles à déchiffrer, et que les livres ou les études de cabinet n'enseignent pas, je me mis à cette tâche ingrate sans hésiter^ ^ sans m'effrayer de la malveillance des uns ou de Tindifférence des autres, le ne travaille que par conscience, devoir et nécessité; ma plume ne se souille jamais par des injures; je ne U trempe jamais dans le fiel qu'on pourrait à mon insu distiller en moi, et ma devise sera toujours la vieille devise franchise. -Fais cb q9E dois, aih-

YIDNNE QUE POURRA.

l>ans, 10 octobre 1861.

paris. — Imprïmerlc de U TINTERLW et C% t uc ^euvc des-Boiw-Enfants, 9

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